Accueil

samedi 31 décembre 2016

Bilan 2016

Cela fait plusieurs années que j'ai abandonné une pratique, qui pourtant m'était plutôt bénéfique : celle de faire le bilan de mon année. En ce temps-là, c'était généralement à l'occasion des vacances d'été que je me mettais à cette tâche, le plus souvent après quelques jours de repos.
La symbolique du 31 décembre est une occasion de m'y remettre.

La tonalité générale est positive. Je dirais même assez largement positive. 2016 aura été un bon cru personnel. Ma situation physique s'est légèrement améliorée, alors que la perspective est plutôt du côté de la lente dégradation vers la perte d'autonomie. Je mets cela sur le compte du nouveau mode alimentaire que j'ai adopté dans les premiers jours de janvier 2016. Après le temps de la nécessaire adaptation, ce ne fut pas véritablement difficile de m'y tenir. J'ai au moins une qualité, celle d'avoir pas mal de volonté et de capacité à tenir dans la durée. Sinon il y a longtemps que je serais grabataire.
Cela eut aussi des retentissements sur mes douleurs récurrentes, même si j'ai appris à les supporter quotidiennement depuis tant et tant d'années. Elles m'étaient devenues familières. En voir disparaître certaines fut quand même un soulagement, comme on se débarrasse d'une relation encombrante dont on ne savait pas trop comment s'y prendre pour la mettre dehors…

Au plan « post professionnel » j'ai eu pas mal de satisfactions dans ma participation à divers « comités » où on fait appel à moi en raison de « mon expérience ».… Et ma sagesse… comme disent certains… je dois bien reconnaître que c'est gratifiant la reconnaissance de ses anciens pairs, qui plus est, étant dégagé de toute responsabilité directe, on n'a pas le souci du quotidien, et encore moins les emmerdements ordinaires… !

En même temps, cela ne cesse de me surprendre, dans la mesure où demeure toujours quelque part tapie dans l'ombre, cette image déplorable de mon enfance, du « bon à rien », et de l'imbécile de service qui n'est pas capable de tout comprendre sans qu'on ne lui explique jamais. Un de mes maîtres m'avait dit qu'on ne se débarrassait jamais totalement de certaines scories qui parfois se remuent d'elles-mêmes en faisant de la poussière qui vient troubler la vue…

Positif également d'avoir mené jusqu'à publication mon troisième bouquin. Même s'il ne s'agit que d'un petit recueil de nouvelles, qui correspondait à un vieux rêve d'écrire un jour des trucs de fiction, je suis plutôt content du bon accueil global. Et puis, malgré des faiblesses, que quelques « spécialistes » m'ont soulignées, il n'en demeure pas moins que j'ai été sélectionné par un comité pour participer l'an prochain à un salon du livre, au titre d'auteur indépendant… Donc ce n'est quand même pas nul ce que j'ai produit !

Positif encore les relations familiales qui se sont approfondies à l'occasion des rencontres que nous avons organisées, ma compagne et moi. Nos enfants ont eu des propos à notre égard qui nous ont touché particulièrement loin dans ce fondamental que nous avons toujours désiré en couple, et que nous nommions, non sans audace quasiment prétentieuse : « Réussir l'éducation de nos enfants ». C'était dans notre charte pour notre mariage. Et oui ! On faisait ça à l'époque… je n'ai jamais regretté cette sorte de « contrat de réussite » que nous avions établi… puisqu'au final, et jusque-là, c'est plutôt une mise en œuvre qui ne nous a pas déçu. Comme quoi, se fonder sur la confiance, la réciprocité et l'altérité, alliée à un sérieux travail sur soi et en couple, peut donner des fruits très positifs. J'ose affirmer. Puisque c'est ainsi. Puisque nous le constatons. Puisqu'on nous le reflète.

Dans un monde où la désespérance est devenue le nouveau paradigme à la mode, je me réjouis, une fois de plus, d'être, comme toujours, à contre-courant des pensées-à-la-con qui séduisent toujours les moutons de Panurge.

Ce qui fut plus difficile.
. L’acceptation du décès de mon ami d'enfance, lui qui a été comme le frère que je n'avais pas eu, et il est mort au soleil d’été, d'un cancer généralisé dans d'horribles souffrances, que l'on tarda bien trop à soulager… il y a encore des poches de résistance dans certains hôpitaux au regard du système législatif actuel sur la fin de vie. C'est assez révoltant.
Je pense très souvent à lui, gardant au cœur cette injustice dont il fut victime. Il est une de ces personnes dont on dit : « elle ne méritait pas ça… ».

. D'autres amis qui me sont chers et que le crabe a aussi envahi… et en même temps j'admire la puissance et la force de vie qui les habite pour lutter. Mais c'est comme une lame qui m'aurait pénétré sans qu'il soit désormais possible de la retirer. Comme une écharde avec laquelle il faut vivre. Je sais bien qu'il en est ainsi de chacune de nos existences. Peut-être voudrais-je seulement être épargné. comme si j'avais un « droit à l'être » en raison de mon âge qui avance, et comme une sorte de récompense pour une vie que j'ai quand même réussi à « sauver du pire »… Je sais que c'est idiot. Un orgueil démesuré. Une revendication sans aucun fondement, sans aucune légitimité.

. Mes défaillances relationnelles. Arriverai-je un jour à extirper le « sale gosse » qui est en moi ! ? le chantre des mauvais combats. Juste pour en découdre. Difficile d'abandonner ce qui fut totalement nécessaire à survivre, alors que l'on n’est plus dans la survie. Certes j'ai beaucoup progressé. Celui qui aimait à manier « le mauvais aiguillon », comme me disait une amie, s'est beaucoup assagi… Du chemin reste à faire. J'ignore si j'en serais capable. Car le plaisir d'en découdre ne s'est pas tari. D'où mes coups de gueule parfois. Certains sont légitimes. D'autres pas.

. Trop de temps perdu encore à des choses sans intérêt. Je ne cesse de dire qu'il me faut utiliser valablement les dernières années qui me restent à vivre. Car je sais que mon espérance de vie n'est plus bien grande. Et cependant… je traîne à des conneries…

. Des « bonnes résolutions » ?
Non… jamais… Ça ne sert strictement à rien.
En revanche, des projets concrets, des Plans-d’action. Oui.
Mais ce que j'envisage ne regarde que moi…

— Pour conclure.
L'intérêt de ce petit travail, je le trouve très bien exprimé dans cette phrase du « Journal d'un itinérant » qui a parfois des propos excessivement lumineux pour moi :

«  … l'homme est au plus près de ce qu'il est, et ce qu'il fait suit parfois "le cours des choses" au point que, bien-heureux ou malheureux, les éléments de sa vie sont à leur juste place au moment où il les fait siens. »

Et en effet, un bilan permet de mettre chaque chose à sa juste place. Enfin je le vis ainsi.


vendredi 30 décembre 2016

Une phrase que j'ai dite

(proposition journalière de Raymond Queneau)


Vous pourriez répéter la phrase que vous venez de dire, je n’ai pas eu le temps de la noter.
Combien de fois ai-je entendu ce genre de phrase en animation.

Eh bien non, je ne peux pas la répéter. J'en suis incapable. Ce n'est pas de la mauvaise volonté. C'est ainsi. Les phrases surgissent comme ça, au fond de moi, elles remontent à la vitesse du serpent agile jusque dans ma gorge et sortent toutes seules. Alors elles m'échappent. Elles ne m'appartiennent plus. D'ailleurs elles ne m'ont jamais appartenu. Je ne suis qu'un transmetteur de ce qui vient d'ailleurs. 
Enfin, je veux dire, dans ces moments-là, lorsque je suis dans une sorte de pleine maîtrise de moi. Alors je perds pouvoir sur ce qui jaillit pour l'autre. Je ne peux que constater que c'est le plus souvent une bienveillance pour autrui. C’est donc normal, ce n’était pas une phrase « pour moi », mais pour l’autre. Elle n’est plus là, elle est chez lui.

Je n'ai pas de mémoire. Je ne sais rien réciter. Je ne suis pas un quelconque Fabrice Luchini, capable de mémoriser des pages entières. (mais ça sert à quoi qu’autre que « briller en société » ?) 

Je n'ai rien d'autre que la valisette de l'intériorité. Un truc qui ne fonctionne qu'à l'instant. Il n'y a pas de mémoire dans l'instant. Il y a juste ça : l'instant. Il n'y avait rien avant, il n'y aura rien après. Il fallait juste savoir se laisser saisir. 

Quelque part c'est tant mieux. Quel intérêt à vouloir noter ce que je dis. Si c'était important pour la personne, alors c'est rentré en elle, ce n'est pas une affaire de mémorisation ou de prise de notes. C'est une question de confiance dans l'alchimie intérieure qui a sa propre existence et sur laquelle nous n'avons aucune maîtrise directe.

On le sait pourtant, on ne maîtrise pas certains ressentis. C’est hélas souvent dans le registre négatif qu'on repère cela (émotions déstabilisantes, panique, chagrin surgissant, corps qui parle…)
Mais voilà quand il est question des mots de l’intériorité ou de quelque chose qui touche au coeur, on croit qu’il faudrait faire œuvre d'un effort de mémorisation dans le cerveau.
(Je le note pour m’en souvenir …. Ah bon ?? Comme un RDV chez le dentiste ??)
Quel manque de confiance dans la mémoire organismique ! 
Et puis quelle fatigue de chercher à retenir ce qui ne doit pas l'être, pas plus qu'on ne retient l'eau de la rivière entre ses doigts…
C’est oublier que la rivière coule sans cesse…. 

Qu’elle abreuvera le moment venu.

mercredi 21 décembre 2016

Noël

C'était une histoire ancienne.
Une histoire de bébé qui allait naître, sortir du ventre d'une mère probablement assez intuitive à moins qu'elle n’ait eu un imaginaire débordant. On sait bien que toutes les mères rêvent que leur fils laisse une trace dans l'histoire.
Intuitive, elle devait l'être, puisque son rejeton influe encore sur des centaines de millions d'êtres humains sur la planète.

C'est une histoire de naissance qu'on a longtemps célébrée en France au solstice d'hiver. Cela faisait chaud au cœur à bien des générations, parce qu'on partageait une sorte d'espérance d'un renouveau qui, peut-être, tardait à venir, mais ce soir-là, entre une vache alanguie et un âne têtu comme une bourrique, on retrouvait l'espoir en regardant un gosse souvent blondinet aux yeux bleus, les bras ouverts, dont l'innocence était patente. 
Et on se disait que peut-être c'était cela qu'il nous manquait à tous. L'innocence.

Et puis les marchands du temple sont arrivés. Eux ils ne sont pas innocents, puisqu'ils ont le sens des affaires. Alors ils se sont mis à vendre des choses diverses, souvent laides et inutiles. C’étaient des présents qui n'étaient pas de mise pour ce jour-là. Mais qu’importe, les marchands du temple n’en ont cure de la moralité et encore moins de la décence et du respect.  Ils ont installé partout leurs baraques en bois. Ils ont appelé cela « marché de Noël », comme on dit marché boursier, marché aux bestiaux, marché financier, marché noir, marché aux esclaves, marché aux femmes, marché de dupes.

Forcément, ils ont eu beaucoup de succès. Chacun est avide de posséder. Mais comme les marchands du temple ont l'intelligence de ceux qui savent faire des affaires sur les marchés,  ils n’ont pas parler de possession, mais d'offrir des cadeaux. Elle était là l'idée de génie:  donner à ce qui est mercantile l’apparence du Don : Joie d’offrir, plaisir de vous exploiter.
Ça a parfaitement fonctionné, hier, comme aujourd'hui, comme demain.

Les marchands du temple ont très bien réussi leur coup. Ils ont dépossédé les êtres de l'espérance annoncée par un enfant innocent et pur. C’est pas vendeur l’innocence.


Mieux vaut faire ripaille que vivre l'ascèse d'un bonheur vrai.

Marché de Noël 2016 - Rome

mardi 20 décembre 2016

L'image du jour ....


"Je vous l'ai mis bien profond ! Hein ?"

Pénalement coupable de "négligence" et condamnée  par la Cour de Justice de la République, dans la grosse magouille Tapie, dans laquelle elle a trempé jusqu'à la gorge.
Mais aucune peine ne sera appliquée, en raison  de :  "Sa personnalité et sa réputation nationale et internationale"
Confirmée dans ses fonctions de Présidente du FMI... (salaire 400.000 euros, net d'impôt...)

Elle est pas belle la vie  des grandes nanas de ce monde !!

vendredi 16 décembre 2016

À l'atelier ...

Atelier d’écriture hier matin, chez moi :
Petit exercice d’échauffement pour démarrer :
Écrire quatre paragraphes commençant successivement par : — j'ai quitté — avec — j'ai traversé — j'ai vu.

—————————

J'ai quitté l'enfance sans nostalgie comme on quitte une maison triste où rien ne nous attacha jamais, sans désir de retour, sans but précis comme une errance, vers l'inconnue délivrance.

Avec ardeur j’ai entrepris l’ascension vers le sommet, par les chemins tortueux où chaque caillou blanc et une espérance et chaque pierre noire nouvelle désolation.

J'ai traversé des hivers ensoleillés, des étés pluvieux, des printemps de sécheresse, des automnes lumineux. Le temps est nécessaire aux fécondations prometteuses, autant qu'aux moissons décevantes. Tout chemin mène à son but. Là-bas, au loin, mais si proche déjà, s’en viennent des temps nouveaux.


J’ai vu, au sommet de ma colline, l’espace infini de l'inaccessible. Scrutant de mes yeux vieillissant un horizon tremblant, je vis apparaître un enfant turbulent et rieur. — C'était peut-être moi.

mercredi 14 décembre 2016

Les paroles fécondantes

Que restera-t-il des millions de mots, phrases, conseils, sentences, conférences, émissions de radio, livres, bavardages utiles et inutiles, que l'on a pu entendre ou lire, sans compter tout ce qu'on a pu émettre et prononcer soi-même.
Sans doute existe-t-il un certain stockage au fond de nos cerveaux. Une capacité mémorielle à se souvenir d'un certain nombre de propos. Ce pourcentage mémoriel étant probablement assez faible (10 % 20 % peut-être ?), Tout le reste étant agglutiné dans un inconscient peu accessible, ou éteint avec la mort d'un certain nombre de nos neurones. Heureusement pour nous d'ailleurs, on sait combien certaines pathologies du « non oubli » créent des troubles profonds dans le psychique des personnes qui en sont atteintes.

Cette nuit, entre deux épisodes de sommeil, je pensais aux paroles qui se sont inscrites en moi de manière indélébile et dont je porte toujours la trace fondatrice.
(J'aime bien ces périodes de demi éveil, la nuit. Ce n'est jamais pénible pour moi, et encore moins angoissant. Au contraire le plus souvent le flottement cérébral fait remonter à la surface de l'essentiel. Ensuite je peux me rendormir en paix).

À mesure que ces paroles refaisaient surface, j'observais à quel point elles avaient été fécondantes. C'est-à-dire qu'elles furent comme des semences déposées dans ma terre intérieure. À charge pour moi de faire pousser, cultiver, récolter, donner… on non…
Dans l'enfance et la jeunesse, j'en ai identifié quelques-unes. Évidemment l'aspect fécondation, je ne l'ai perçu que bien des années après.
Il y a celles dont je me souviens très précisément comme si c'était aujourd'hui. Je revois la personne, les situations, le ton sur lequel furent prononcés les mots, le silence qui accompagna parfois, ainsi que mes propres réactions sur l'instant. Réactions qui avait toujours l'allure d'un frémissement, soit une très légère agitation, soit d'une sorte de bousculement quelque peu déstabilisant.

Concernant les personnes :
— Je distingue celles chez qui je venais volontairement chercher une sorte d'éclairage, parce que je me sentais en confiance ou parce qu'il s'agissait d'un des maîtres choisi. Se faire attentif à ce phénomène intérieur que j'ai appelé « frémissement », était plus important que l'ensemble du discours.
Un peu comme le pêcheur en rivière qui regarde l'eau couler sans s'arrêter vraiment au fait qu'elle passe plus ou moins lentement ou rapidement, mais qui surveille le bouchon de sa ligne jusqu'à ce qu'il frémisse, signe alors qu'à l'autre bout il y a « une prise ».

— Je distingue les rencontres informelles, sans la quête de quoi que ce soit de particulier, et tout à coup, au détour de la conversation, une phrase vient s'inscrire « comme ça » et prendre une ampleur et une valeur à laquelle je ne m'attends pas. On pourrait ne pas y prêter beaucoup d'attention, considérer que c'est juste « une réaction passagère ». Or, il arrive que ces paroles entendues quasiment à la volée, entraînent plus tard un changement radical.

— Je distingue un autre phénomène communément appelé « parole intérieure ». Par le passé, je me suis longuement attardé ici sur ce phénomène, exposant la distinction claire entre ce que l'on pourrait nommer « se parler à soi-même sous forme d'un dialogue intrapsychique », et le phénomène beaucoup plus rare de cette parole comme « venue d'ailleurs que soi-même », avec les risques et les écueils de confusion sur lesquels j’avais attiré l’attention. Ce genre de propos intérieurs n’a de véritable valeur, que s'il se traduit en actes par la suite, et généralement en changement de vie significatif. Le changement étend souvent une sorte d'engagement « au service d'autrui ».  Sinon,… ça ne sert pas à grand-chose… sauf le plaisir que certains ont de raconter tout cela afin de pouvoir apparaître comme des personnes illuminées, pourquoi pas prophétiques, des gourous, détenteurs de vérités universelles, Jean passe et son frère aussi… le style : — « Dieu existe, je l'ai rencontré »… — « et après » — « après ?, Je suis allé boire un coup au bistrot ! » — « et encore après ? » — « bah, évidemment, j'ai écrit un bouquin !  qui s'est d'ailleurs très bien vendu »

Me concernant :
— Dans le métier d'aide à la personne, ou aux organismes, j'ai toujours essayé d'être attentif à mes propos. Dans les aides individuelles, c'est évident. Dans les propos publics (animation de stages, de groupes, conférences…) c’était encore plus nécessaire d'essayer de peser ce que je racontais. Je le faisais au nom d'une certaine « vérité » (forcément la mienne ou celle de mes groupes d'appartenances), qui me semblait justifier un minimum de rigueur avec moi-même et d'éviter de me laisser emporter, comme j'en suis parfois capable.

— Mais ce qui m'a le plus souvent surpris, ce furent les réactions qui me revenaient en écho, parfois des années après, avec des phrases du genre : « un jour, à la pose, vous m'avez dit ceci… » — « une fois, après qu'on ait repris rendez-vous, en me reconduisant à la porte, vous avez eu cette phrase… » et ensuite, la personne exprimait des remerciements pour l'importance que cela avait eu pour elle.
Comme quoi, on n'a pas la maîtrise des effets que nos propos peuvent provoquer chez d'autres. C'est vrai dans le registre positif (l'expression de bienfaits), c'est vrai dans le registre négatif (expression qui fut néfaste à entendre). Sauf évidement la flatterie intéressée, ou le propos belliqueux délibéré.
Peut-être que c’est « hors fonction », lorsqu'on est d'une certaine manière encore plus pleinement soi-même après un temps de nécessaire rigueur d’expression, qu’alors surgissent des propos qui seront utiles pour l'interlocuteur. Il vaut mieux que l'on n'en sache rien.


Je me suis demandé si ceux qui viennent lire ici ont ce genre d'expérience, de paroles fécondantes pour eux. Jusqu'à quel point.

jeudi 8 décembre 2016

Grandeur et dérisoire

— 13 ans. 
À Noël on m'offre le grand atlas mondial du Reader’s digest. Le plus grand livre que je n'avais jamais eu. Le plus beau peut-être. Je voyage dans les cartes, imaginant le Colorado avec les westerns dans les yeux. La Chine immense m’évoque ce livre qui m'avait dépaysé « la vie en Chine » (Olga Lang).



Et puis il y a une représentation de l'univers, un dessin sur une double page :
« l'espace infini du ciel »
une mention à droite au bas de la photo : « notre système solaire est là quelque part »




Je suis resté longtemps à contempler ce dessin interprétant l'univers. Voyager dans la tête, m’éloignant des préoccupations quotidiennes de jeune paralytique en pleine rééducation intensive, obtenant la permission de rentrer chez lui à Noël. À condition de « faire les exercices quotidiens » listés par la kiné de service à l'intention de mes parents. Je m'évadais tout en restant là. Qu'est-ce que j'étais donc, qu'est-ce que nous étions au regard de cette immensité. Entre l’étonnement de l’incommensurable, et l’anxiété de me retrouver seul et perdu dans cet infini, comme le capitaine Haddock attiré par l'astéroïde Adonis. 
Fallait-il faire tous ces efforts pour vivre, ou bien choisir d'avancer vers le néant ? Ce que j'avais fait précédemment.

— Aujourd’hui.
Toujours en rééducation. Plus tellement physiquement, évidemment. De ce côté-là, reste simplement à observer le lent déclin, en continuant à bricoler ça et là dans la carcasse minimale, avec bout de ficelle et selle de cheval, mais cheval de course il n'y eut ni aura.
En revanche la rééducation intérieure est un chemin permanent. Le chemin d'existence n'est autre que soi-même. Tenter le parcours est une tension fondamentale, et une dérision permanente, digne sans doute d’une certaine grandeur de l'homme. On y tient comme à un bien précieux.
Et ce constat : chemin aussi long que minuscule, petit parcours aussi éphémère que dérisoire.

La progression de mon désir me fait voir  qu'il faut tenir compte des deux dimensions dans une sorte d'écartèlement de tension qui permet de tenir ensemble la grandeur et le dérisoire.

Ce n'est que par tension que vibre le violon et qu'il offre sa musique. Sans les chevilles d'un côté, le cordier de l'autre, le chevalet tendant les cordes sur la table du violon, sans cette tension, l’instrument ne produirait aucun son. Sans la baguette de l’archet tendant la mèche de crins de chevaux, de la plaque de tête à la hausse, comment valablement faire vibrer les cordes du violon.


Sans la tension fondamentale de la grandeur et du dérisoire, comment vibrerait mon existence dans le concert des humains en recherche de l’éphémère harmonie.

vendredi 2 décembre 2016

Relation humaine

image du net


RELATION HUMAINE ENFANTINE

*


Dans les ordures 
Je cherche ma nourriture 
Vos déchets je triture 
Infâme pourriture 

C’est ma déconfiture 

Un cœur pur 
était ma vraie nature 
Désormais je suis dur 
Jugé sur mes blessures 

C’est ma fracture 


Roulez dans vos voitures 
Vos regards d’imposture 
Sont une vraie torture 

C’est ma devanture 

Le jour est nuit obscure
où j’offre ma fêlure
corps en bariolures
salissez ma figure

C’est ma désinvolture 


Demain je fais ceinture 
Ou  prendre une biture 
Un jour vous payerez la facture 


Ce sera ma signature

*

mardi 22 novembre 2016

Il suffit de presque rien…

Bon, tant pis, ce n'est peut-être pas bien d'agir sans permission, mais je le fais. Je recopie ci-après le billet de Désirée Thomé

Et aussi le commentaire que j'ai laissé.

Et ensuite, je complète avec le ressenti que ce texte a fait naître en moi.

————————————— 
Je te salue Marie
          *

Je te salue Marie, pleine de grâces,
toi qui a trouvé la force et le courage
parce que la mort était en retard 
de sacrifier ce qu'il y avait de plus grand en toi:
ton amour pour ton enfant.

2016

Ultime don de Soi.


Marie H. hante mes pensées chaque fois que les indices sont mauvais, chaque fois que les preuves de l'effondrement de notre monde sont là, chaque fois que ceux qui vont bien veulent "briser le système", chaque fois que je ne parviens plus à percevoir la palpitation légère de l'espoir.

Même mes rêves sont remplis de toi...

Mon commentaire :
Rhalala ! C'est prenant ton poème !… Tu me sidères sans cesse par cette qualité. Et je t'assure que je suis sincère en disant ça. Je ne te lis jamais sans émotion.
Le don de soi… c'est peut-être cela l'espoir palpable. Cela me prend du plus profonde de coup, en te lisant.
Et s'il n'y avait plus que cela : le don de soi.
Il n'y avait plus que cela véritablement salvateur.

——————————————— 

Il y a la difficulté du temps, la situation du monde, celle de la France qui ressemble quelque peu à un bateau à la dérive, le gouvernail fendu, et plus grand monde qui tienne la barre… Ceux et celles qui voudraient s'emparer du gouvernail ont dans l'idée que le meilleur cap sera de nous diriger vers le triangle des Bermudes. 
Il y a l'océan tempétueux où chacun tente de surnager dans sa propre barquette, désirant protéger les siens, et que les autres de débrouillent.
Dans le sauve-qui-peut, c'est forcément chacun pour soi. Comme si la solution égocentrique était non seulement la bonne, mais l'unique solution.

Il y a mes difficultés personnelles, les nuages blancs, gris ou noirs, qui passent au-dessus de ma tête et font de l'ombre à l'intérieur de moi.
Il y a mes amitiés qui partent vers les cimetières.

Il y a le texte de Désirée.
J’en mesure la force et la part de mystère. Je comprends sans comprendre.  Dès lors ma réaction s'étend aussi ailleurs. C'est sans doute pour cela que sont remués au fond de moi mes propres sensations. C'est cela le signe d'une oeuvre poétique de qualité (enfin selon moi).

L'espoir, sa palpitation, celle qui ne cesse d'être au fond de moi, mais je peux m'en éloigner au point de ne plus la ressentir.
Lorsque j’y reviens, c'est toujours parce que m'arrive une sorte de générosité tournée ailleurs que sur moi-même. Ce sur quoi je peux mettre cette formule complexe et simple du « don de soi ». Formule complexe parce qu'elle a souvent pour synonyme, dans l'esprit de beaucoup, un concept de sacrifice. Et dans la société contemporaine, il ne faut jamais faire le sacrifice de quoi que ce soit, au risque de mettre en péril son « petit moi » auquel on tient tellement…
Et celui qui prétend trouver un certain bonheur dans le don de soi, passe pour quelqu'un qui devrait rapidement consulter un psychanalyste ou un psychiatre. Son « moi » est en danger !

Alors je vais être concret.
Hier j'ai reçu une série de photos de quelqu'un qui m'est proche et qui m'est cher. Les photos illustrent son engagement nouveau pour « une cause qui en vaut la peine ». Pour la réussite naissante de celle-ci il a fait certains sacrifices. Comme je ne suis pas totalement étranger à cette aventure, par l’apport d’un certain soutien, il me dit qu’il est heureux de me les envoyer.
Et moi, bêtement, j'ai ressenti un grand bonheur intérieur, une réjouissance et cette sorte d'immense toute petite espérance que ce fameux « monde meilleur » et là, à côté de moi, à portée de main.

Car au fond, pour lui, autant que pour ma petite participation, c'est une aventure du don de soi à autrui dont il est question. Quelque chose qui procure du bonheur à un petit ensemble d'humanité. Évidemment l'objectif n'est pas le bonheur, c'est juste un petit fruit. L'objectif c'est l'engagement, la transpiration qui va avec, les soucis, la logistique et quelques autres choses encore. Dont l'argent, forcément…

L’intégralité du billet de Désirée me conduit à ce petit temps de retour sur expérience, et de me dire que rien n'est jamais perdu en ce monde et que tout peut concourir à sa réussite, même les échecs, même des situations aux allures désespérées. C'est lorsque ces situations sont considérés comme désespérantes et qu'on baisse les bras. Alors on est véritablement en péril.


Fort heureusement les sursauts salutaires restent toujours à portée de mains. 
À portée de cœur. À portée de transpiration.

dimanche 20 novembre 2016

À droite, ils sont primaires…

Une  Bien Belle Brochette !
Hier, et encore ce matin, j'ai fait mon devoir de bon citoyen.
J'ai examiné attentivement les programmes de ces messieurs et de la dame de droite qui se sélectionnent aujourd'hui. Oui je sais, c'est méritoire. J'espère que vous allez me manifester toute votre admiration !
J’ai étudié les programmes de nos sept loustics (supplément du Monde )
Je me suis attardé sur les trois du groupe de tête.
Évidemment,  c’est très droite de chez droite… Normal !
le problème c’est qu’en se fiant à leur seul programme,
je me demande si le moins pire n’est pas Sarkozy !
Juppé gouvernant par ordonnances sitôt élu, (Dictateur, me  voici !), supprimant les CDD, c’est pas vraiment le pied ! (font ch…. ces salariés qui veulent garder un boulot !), le CDD pourras être cassé pour « raison légitime de l’employeur »….. pas difficile à trouver ça : la raison légitime !
Quant à Fillion… C’est le très grand libéralisme triomphant avec des sacrifices énormes à faire… par les plus pauvres… évidemment !…
Le pauvre et le chômeur étant les 2 plaies françaises, qui coutent trop cher à la société, c’est donc  eux qui doivent payer. Le prix étant la forte diminution, voire la suppression de toutes les aides qui les engraissaient jusque là ! 
Puis, moins de cotisations patronales (les riches sont méritants !), et en échange 2 point de TVA en plus pour tous !!

Avec lui, la France sera dirigée par lui et par son Ministre de l’Intérieur…… dont on se demande s’il n’absorbera pas le pouvoir Judiciaire ! Adios la séparations des pouvoirs, c’était trop révolutionnaire ça ! Le chef doit avoir tous le pouvoirs ! Il  commencera par mettre l’Administration pénitentiaire sous la responsabilité de l’Intérieur… les petits délinquants incarcérés pour grand excès de vitesse, vont devoir se suicider en masse !!

Finalement Sarko, avec ses blabla de charretier inculte, et ses discours abjects et démago,  finit pas apparaitre « light » avec ses petites référendums sur l’accessoire !
Mais, comme, viscéralement, je ne peux pas voter Sarkozy…
je ne suis pas dans la merde !

— Et avec tous ça qu’est ce que je vous sers ?
— Ben des bulletins de vote. 
Je suis donc allé à la « votation » en bravant la tempête ! — Bon alors ? Les sifflets d'admiration, ça vient ! 

Il n’est pas d’usage de dévoiler son vote… je te dis cependant, lecteur vénéré en qui j'ai placé toute ma confiance, comment j’ai procédé.
Le vote « utile » est parmi le trio de tête…
j’ai donc éliminé Sarkozy, évidemment.
J’avais en main  les deux autres bulletins. Comme c’est un peu bonnet blanc et blanc bonnet,je les ai tripotés à l’envers… puis j’ai glissé au hasard l’un des deux dans l’enveloppe.
En consultant celui qui me restait en main, j’ai su pour qui j’avais voté ! …. Et finalement c’est celui pour lequel j’avais  peut être le moins d’envie de vomir !

En rentrant chez moi, je me suis dit que tout cela était quand même bizarre. Voilà un scrutin non officiel, au sens qu'il n'est prévu dans aucun statut électoral national, et cependant il présente une importance majeure.
Ce qui me paraît évident, c’est que celui qui sera en tête ce soir sera le prochain Président de la république.
 Je suis assez d’accord avec l'article du Monde sur ce point.
Vers 22 heures ce soir, ce sera plié pour 2017 ! (celui qui sera en tête sera confirmé la semaine prochaine)

En effet, on n’échappera pas au scénario du pire en 2017 : Droite de chez droite / Droite extrême de chez extrême…. Vu la débandade lamentable de la gaaôôôche ! et leur extrême division, il est impensable qu’ils soient au 2° tour !!
Et comme tout le monde se rabattra vers le victorieux de ce soir, parce que globalement la France ne veut pas  une Présidence Marine  La Pine, … d'une certaine manière tout se décide aujourd'hui !
On n’est pas sorti de marasme français !


Merci Hollande de nous avoir trahi !

----------------------------

Edit : lundi matin :
J'ai très bien dormi ! Pas vous ?
C'est bizarre, c'est un peu comme quand il a été éliminé la dernière fois notre bling-bling : j'ai ressenti un soulagement physique…
je remercie mes potes de gauche, que j'ai réussi à convaincre d'aller voter à cette primaire pour évincer définitivement celui qui faisait honte à la France.
Peut-être faut-il aussi remercier les bonnes grand-mères catholiques de droite qui ne voulaient pas non plus de notre futur repris de justice…
je me dis enfin que les juges peuvent se réjouir : ils vont enfin pouvoir passer à l'action judiciaire, sans avoir Sarko se défendant en criant au complot politique !
Carla en visiteuse de prison : ça va nous faire des souvenirs !

lundi 14 novembre 2016

Le Bataclan, après la musique...

Autant le dire, hier soir, lorsque ma compagne de vie a proposé que l'on regarde le documentaire d’Antoine Leiris suite aux attentats du 13 novembre, j'étais réticent. Encore un reportage sur ce drame… depuis quelques jours, et à juste titre, je le reconnais volontiers, l'actualité mémorielle nous abreuvait sur les horreurs de ce jour-là. Mais j’avais ce sentiment : trop, c'est trop !
Et puis, nous avons regardé.

Et là,, j'ai reçu en plein cœur une grande leçon d'humanité. La sobriété et la pudeur de ce reportage, tourné par Antoine qui fut victime indirecte, (le décès de son épouse), est d'une grande dignité. il donne à voir l'extraordinaire force humaine qui habite le cœur des femmes et des hommes. Sans occulter l'ampleur du malheur qui s'est abattu, ni le chemin difficile long et douloureux d'une reconstruction. Mais, était présente et manifestée la grandeur des êtres. Elle s'enracinait évidemment dans le texte qu’Antoine Leiris avait posté sur Facebook.

Le débat qui a suivi eut aussi son intérêt, même si l'animatrice ne fut pas suffisamment à la hauteur.
On a vu à la fois l'humain s'exprimer chez les « personnalités » invitées. Et aussi cette permanence de la « parole officielle » toujours à la limite de la langue de bois. Seule Christiane Taubira (mais je suis peut-être mauvais juge, appréciant beaucoup cette femme), fit relativement bien une synthèse avec justesse de ces deux dimensions : chaleur de l'humain, froideur de l'administration.

Mais ce qui restera majeur, ce sont les dialogues entre Antoine Leiris et les autres victimes qu'il a souhaité rencontrer pour dialoguer de leur vécu et de leurs évolutions, et aussi du processus de résilience en cours ou encore à venir. Sa lenteur et la nécessaire participation active de la victime.

Je n'ai pu alors m'empêcher de penser à toutes les personnes qui ont séjourné quelques heures, quelques longues heures parfois, souvent réitérées, dans le fauteuil du patient de mon cabinet de consultation. J'ai repensé à vous : V… ; J… ; R… ; S… ; L…, A… ; … et tant d'autres…
Personnes ordinaires ou quelque peu connues, victimes d'accidents de la vie, d’enfances dévastées, de traumatismes profonds, de viols, incestes et d'autres choses plus ou moins nommables. 
 J'ai repensé à vous que j'ai vu ressurgir des enfers intérieurs.
J'ai repensé à vous qui avez patiemment reconstruit, réparé ce que d'autres avaient cassé.
Je repensais à vous, à vos larmes, vos sanglots, la morve qui coulait du nez, les rimmels qui dessinaient sur vos joues les rigoles du désespoir.
J'ai repensé à vous, vos éclats de rire, vos espoirs retrouvés, vos renaissances inespérées, dont moi-même, je l'avoue, j'avais parfois douté qu'elles s'en viennent.
J’ai repensé à vous, vos merci chaleureux, mais c'est à vous-même qu'il faut que vous vous les adressiez en premier. Et c'était aussi à moi de vous remercier d'être témoin de la générosité fondamentale de l'existence envers chacun, bien au-delà des traumatismes ; pour ce surgissement des trésors intérieurs qui habitaient vos âmes.

J'ai repensé à moi, à tout ce chemin de ma propre reconstruction, de ce corps délabré qui pourtant continue à me porter voire me supporter. De mon psychisme au bord de l’implosion, de ma tendance subsidiaire à 20 ans.
J'ai repensé à moi, et à la gratitude dont je suis redevable envers toutes celles et ceux qui ont accompagné et accompagnent toujours ce chemin d'existence. 

Alors m'est revenu ce texte de mes « 120 pensées plongeantes »

*

75. Libération

Je viens de très loin. — J'arrive de ces contrées lointaines de l'enfance. J'ai traversé des brumes épaisses, de celles qui font peur, parce que l'on se souvient des jours de perdition dans l'épais brouillard. Je suis là, au creux de la paupière, prête à m'écouler. Je suis une larme du souvenir qui surgit tout à coup. Quand on ne s'y attend pas.

Ah ! Vous aussi vous me reconnaissez ?
Cela vous est arrivé de me voir surgir au détour d'une scène banale, sur un écran de télévision, alors que vous regardiez distraitement, tout à coup, vous voilà saisi, sans comprendre, parce que je suis apparue. — Les larmes aux yeux. Vous avez les larmes aux yeux. — Je suis celle qui témoigne de vos souvenirs enfouis, gardienne de votre mémoire défaillante.
Vous clignez de l'œil. Et je commence à m'écouler sur votre joue, pour une lente descente que vous pourriez interrompre d'un revers de main. — Mais voilà, votre visage s'emplit de l'émotion qui vous saisit. Il vous faut me laisser couler jusqu'au bout si vous désirez vous libérer.
Tapie au fond de vos ventres, et de vos cœurs, vous m'ignoriez encore il y a un instant. Mais désormais je suis là, et d'autres larmes derrière moi n'attendent que votre permission pour surgir à leur tour. 
Laissez-moi vous libérer de ce nœud qui vous serre.
Laissez votre visage s'envahir de pleurs,
laissez vos rides naissantes devenir rivière d'une eau de vos profondeurs insoupçonnées.
Je viens de très loin.
Je suis un chagrin qui s'écoule.
N'allez pas mettre votre visage ainsi devant le miroir, regardez plutôt à l'intérieur de vous-même, derrière ce masque que vous portiez jusque-là — Mes larmes sont là pour ôter la peinture de vos déguisements inutiles.
Je viens de très loin.
Je suis une larme qui vous sauve.


jeudi 10 novembre 2016

Possession et confiance

« en ce temps-là », comme disait alainx à ses disciples…
… j’étais crédule
Un mot m'était promission
Et je prenais les campanules
Pour les fleurs de la passion

Non, ça c’est Aragon.

En ce temps-là, j'étais possessif comme il n'est pas permis de l'être. Une vraie sangsue affective. Le pire, sans doute, était que je n'en avais nulle conscience. Mon avidité dévorait tellement ma capacité à prendre un recul… que je n’en avais donc aucun.

Moi qui rejetais le plus loin possible une mère avide et possessive à l'extrême, qui me serrait contre son corps adipeux et qui sentait mauvais, jusqu'à m'en étouffer ; voilà que je vivais la même avidité envers « Elle » sans même m'en apercevoir. Elle n'avait pas de bourrelets superfétatoires et sentait bon. Non, ce ne fut pas ma première petite copine, ni la deuxième, ni la troisième.
« Elle » c'était Mademoiselle Sanbont, une aide-soignante du Centre. On n’avait pas encore cette terminologie. En ce temps-là, c'était : « une Demoiselle du Centre », chargée de nous aider à la toilette, nous habiller, nous préparer, et accessoirement vider les pots de chambre, éventuellement nous faire manger dans une assiette ordinaire, mais non, pas dans un pot de chambre. Lorsqu’on a 11 ans, et qu'une Demoiselle du Centre, qui en a sans doute environ 25, vous assiste dans un corps redevenu proche de celui d'un nourrisson, vous ne devez pas avoir de difficultés à imaginer l'intense intimité que cela représente.

« Elle, je ne veux qu'elle » comme ne chantait pas encore Ringo, qui avait alors tout juste mon âge à l'époque. C'était chez moi obsessionnel. Je désirais le monopole de Mademoiselle Sanbont, pour habillage, déshabillage et pâturage… Lorsque c’était une autre, ou pire, un autre, je crisais. Je faisais tout pour que l'autre andouille soit obligé(e) de passer deux fois plus de temps que nécessaire. Et quand un handicapé veut faire chier sa race avec ce genre de choses, il a des ruses de Sioux. J'étais pas mal en indien à plumes ! 

Passer sa puberté au Centre de rééducation, c'est un peu comme franchir le mur que Donald va nous construire entre Mexique et les Staites .  Il y a d'un côté, indigence relationnelle entre les jeunes que nous étions et qui rêvaient que leurs bandaisons puissent servir à l’extérieur; et de l’autre côté, au-delà du mur du centre, sont les jeunes filles ordinaires et valides qui ne nous attendent pas à bras ouverts… du moins c'est ce que nous croyions. 
Pour ma part j'ai franchi ce mur en emportant les mêmes désirs de possession dans ma valise, sauf que j'ignorais qu'ils s'y étaient glissés.

Je vous passe les épisodes ou certaines jeunes filles avaient saisi tout l'intérêt de vérifier si un certain handicapé, qui marchait avec les jambes raides, était en capacité de raideur, ailleurs. Je les ai déjà racontés dans le passé.

Ce n’est pas véritablement de « posséder » ces demoiselles, au sens sexuel du mot, qui m'intéressait en premier, après que j'eus vérifié la possibilité qui en était offerte. Ce que je désirais le plus, c'était une exclusivité : « de l'amour, de l'amour, de l'amour, » comme nous serine encore le vieux Johnny. Je veux dire en recevoir, en recevoir, encore et encore. Et comme j'étais toujours relativement con, je pensais que j'en donnais encore et encore.
Il me semble bien que c’est dans ce contexte que mon premier soi-disant grand amour capota lamentablement.

C'est évidemment au cours de l'aide individuelle, que j'ai sérieusement commencée à la suite de cet épisode lamentable, que les prises de conscience naquirent. J'ai évidemment transféré à mort sur la femme que j'avais choisie comme aide. Et, tout aussi évidemment, elle engagea le processus de frustration, qui me fit beaucoup souffrir, et dont je ne cesserai de lui rendre hommage. Aujourd'hui, paix à son âme… c'est ainsi que je suis sorti de mon merdier de la possessivité. La frustration faisant apparaître la souffrance primale qu'il faut expurger dans les cris et dans les larmes.

J'ai alors compris que tout était une question de relation de confiance. Enfin pour moi en tout cas. Je ne veux pas en faire une généralité. Quand on désire posséder, c'est qu'on n'a pas confiance dans la générosité de l'amour de l'autre. Les est-ce que tu m'aimes ? répétés jusqu'à plus soif, et l'affection sans cesse revendiquée en sont les signes. 
S’ajoute évidemment le fait évident qu’on n’a pas non plus confiance dans sa propre aptitude à aimer.
Le désir de plaire, c'est-à-dire d'attirer l'attention, le désir de paraître bien sous tous rapports, et accessoirement pour tout rapport, c'est-à-dire faire croire qu'on est un miel qui attire l'abeille, et toutes ces sortes de forfaitures pour acquérir de l'amour, c'est une erreur magistrale et totale. J'en pris conscience avec toute l'amertume en bouche.

Il est probable qu’ainsi j'ai payé le prix de ma libération intérieure. Certes, elle ne peut jamais être totale, ce serait idiot de le croire. Mais elle a pris une ampleur suffisante au fond de moi, qu'il devient impossible de la déloger. En tout cas, c'est ainsi pour moi jusqu'à ce jour. Et je veux bien admettre que j'ignore de quoi demain sera fait.

Demain ce sera le 11 novembre. Anniversaire du jour où je ne me suis plus relevé valide.  Il y a un certain nombre de décennies en arrière, je fis la connaissance des « Demoiselles du Centre ».
Les prémices d'une libération des emprises néfastes… 

Comme quoi ce n'était pas si bête de choisir un jour d'armistice.

mardi 8 novembre 2016

nuit de chine....

Aujourd'hui ça a l'air vieux mais…
 (Le Queneau du jour, sans les contraintes qu’il impose…)

« Nuit de Chine, nuit câline »
C’est ce que chantait sa mère au temps de sa jeunesse. C'est dire si ce n'était pas d'hier.
Mais elle préférait nettement les nuits de chine, dans ces quartiers cosmopolites, où elle venait courir quelques risques à lampe de poche. Il y avait là le monde interlope qui l’avait toujours fascinée, avec ses petits trafics et ses magouilles à la petite semaine. 

Lui savait que dans la pénombre il n'était pas difficile d'alpaguer la bourgeoise avec des pâles vessies vendues pour des lanternes.
Elle s'était arrêtée devant une encoignure, qu'évidemment elle avait lorgné en coin. Dès que le regard est porté plus que quelque secondes,  lui, le brocanteur, le considère comme insistant. Il s'approcha qu'elle :

— C’est en marqueterie d'époque Napoléon.
— Ah ! Si ancien que ça ! s’exclama la bourgeoise.
— Mais oui madame ! Voyez d'ailleurs le prix. Pour un meuble de ce style, 5000 €, c'est donné ! Vous devriez vous décider tout de suite, il va partir dans les minutes qui viennent. C'est certain. Je viens juste de le déballer.
— C’est quand même cher ! argumenta la bourgeoise.
— Bon, c'est bien parce que c'est vous, je vous le laisse à 4 600 €. Croyez-moi vous fait une excellente affaire.

La bourgeoise, au bras de son amant du moment qui regardait ailleurs continuait d'hésiter.
C'est alors qu'une autre lampe de poche éclaira l'encoignure. La bourgeoise remonta le bras depuis la lampe de poche jusqu'au visage qu'elle découvrit comme étant celui d'un homme entre deux âges et d'une grande beauté élégante, vêtu d'un pardessus des années 50 et d'un feutre du plus bel effet. L'homme s'accroupit avec autant d'élégance et scruta le petit meuble d'encoignure attentivement dans tous ses détails. Puis il se releva et murmura à l'oreille de la bourgeoise.
— Ne vous faites pas arnaquer chère Madame, c'est une vulgaire copie récente. Pas très bien réalisée d’ailleurs. Je ne serais pas étonné que l'on trouve quelque part au dos d'un tiroir une estampille du genre « Made in china. »

La bourgeoise, qui n'était pas bête, loin de là lui rétorqua aussitôt dans un grand sourire enjôleur : 
— Ah oui, je vois. C'est donc ça la Chine…


samedi 5 novembre 2016

Clitoris, mon amour…

Madame la Sous-directrice des Établissements Scolaires de la Ville de Paris, n'aime pas le petit bouton de la porte d'entrée des plaisirs féminins, vulgairement appelé « clitoris ».

(Source : France Inter, libération, actualité du livre, etc.)

Elle vient de faire connaître à tous les établissements sous sa responsabilité, que l'abominable livre sulfureux dénommé : « Dictionnaire fou du corps »  de Katy Couprie aux éditions Thierry Magnier, devait immédiatement être  censuré et soustrait à la vue des enfants, qui sont la pureté même, et ne peuvent bien évidemment avoir connaissance de toutes ces turpitudes sexuelles que rend possible ce petit bouton de la porte d'entrée.

Observons toutefois que ce Dictionnaire (sorti en 2012)  a été largement salué par la presse, récompensé par la pépite du livre OVNI du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, et par le prix international Bologna Ragazzi Awards à la foire de Bologne. L’auteur a également reçu une bourse du CNL pour la création de ce livre. 

Madame la Sous-directrice des Établissements Scolaires de la Ville de Paris a réfléchi durant quatre longues, longues, années, de 2012 à 2016, avant de prendre position sur le sujet … position sur le sujet… je ne sais si l’expression est la mieux choisie en l'occurrence… peut-être devait-elle expérimenter longuement la chose au préalable.

Est-ce que vous vous rendez compte de l’horreur absolue de tout ça ? Je veux dire de tous ces prix absolument illégitimement obtenus. On suppose que l'auteur et son éditeur ont dû magouiller en coulisse pendant des semaines et des semaines pour faire accepter ce bouquin qui parle de clitoris !
Mais quelle horreur, mon Dieu quelle horreur !
Et s’il ne s’agissait que du clitoris… mais on y trouve aussi vulve, pénis, vagin, spasme, sperme, et autres mots d’une vulgarité absolue.

L’éditeur a tellement été surpris qu'il a cru qu'il s'agissait d'un gag, d'une farce, d'un truc comique, d’un mail envoyé par un de ses potes pour faire rigoler toutes la maison d'édition. Mais non ! L'éditeur a vérifié auprès de la mairie. Ce mail est une réalité, il a effectivement été envoyé partout.
Il semblerait que Madame la Maire de Paris n’ait pas réagi. Sauf à s’emmêler les pinceaux en disant qu'il ne s'agissait pas d'une censure, mais d’un simple vague conseil.

On peut donc se rassurer sur l’absence de risques de constats des plaisirs de la chair dans les couloirs et/ou bureaux, de la Mairie de Paris, sans oser nommer les toilettes. Vous me direz que ce n'est que normal, le lieu de travail n’étant pas l’endroit idoine pour la chose, je veux bien vous le concéder, car seul le lit conjugal permet d'ouvrir la porte.
On suppose donc que dans les bureaux et couloirs de la mairie de Paris,  tout est calme, normal, sans petits cris sulfureux, et sans rien qui puisse laisser entendre que ce petit bouton de porte aurait pu servir à l'occasion à ouvrir des  endroits secrets.

Nous savons désormais que les petits enfants parisiens sont à l'abri de toutes ces choses horribles et sulfureuses concernant le corps, la chair, et j'en passe. Certes, on ne fait pas grand-chose pour les protéger des attentats terroristes… mais cela ne peut pas être une priorité au regard des bonnes mœurs à protéger en toutes circonstances.

Mais je vous laisse avec François Morel qui a parlé de tout cela bien mieux que moi :