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lundi 27 mars 2023

Avril à Paris

 

157ème Devoir de Lakevio du Goût


Cette giboulée qui arrose l’Arc de Triomphe me parle.
Alors que la fin du mois de mars arrive, impossible de ne pas penser à « April in Paris ».
John Salminen, Ella Fitzgerald et Louis Armstrong nous invitent à regarder la vie.
Et vous ?
Qu’en pensez-vous ?
Le printemps vous inspire-t-il ?
À Paris ou ailleurs ?
À lundi j’espère.








Parfois il suffit d'une chanson pour se retrouver au cœur du charme d'un printemps à Paris. 


Un Paris de ma jeunesse où j'aimais retourner. À moins que ce ne soit lui qui revienne.


Avril à Paris

Vers qui puis-je courir?

Qu'as-tu fait de mon cœur?  🎶 ♫ ♩


Ça existe des souvenirs entrelacés avec une chanson. Alors on a envie de la réécouter en boucle, encore et encore, comme si une voix inconnue s'apprêtait à nous rapporter d'autres voix d'hier chargées de mots d'amour qui s'étirent et s'enroulent comme des bras d'affection, des lianes de douceur.


Cette mélodie à la trompette qui invite à la réjouissance et au bonheur. Quelque chose de doux et cependant pointu. Parce que ça excite délicieusement les avenues parisiennes, la tour dressée, et l'arc majestueux.


Que ce soit Ella Fitzgerald ou Sarah Vaughan, le charme de ce temps-là agit par pénétration. Le voilà qui descend jusqu'à l'âme, réveillant les étreintes qui n'en finissaient pas.

Et puis les bavardages, les rires, le théâtre, les spectacles. Ce petit restaurant où on avait presque nos habitudes. On disait : « Aller ! On va chez l'aveyronnais ? ». Et on y allait.


Avril à Paris

qu'as-tu fait de mon cœur ? ♩ ♬ 


C'était elle, c'était lui, c'étaient eux. Pas en même temps. Pas aux mêmes époques. Mais c'était le même bonheur avec ses nuances piquantes ou chaleureuses, transcendantes ou ordinaires.


La vie sans souci. Tout était devant. 

On allait tout inventer.

On ne fera que passer.

 Et cependant :


Avril à Paris

C'est le sentiment

que personne ne pourra jamais reprendre ♫ ♩


Parce que le souvenir n'appartient à personne d'autre que nous. 

Notre bien précieux à jamais.

Il suffit de fermer les yeux, de remettre la chanson.

Et tout est redonné… jusqu'à la prochaine fois…


Et en cet instant, il suffit d'écouter :


j'ignorais qu'un cœur pourrait chanter

Jamais je n'avais senti une étreinte chaleureuse jusqu'à là  ♪ ♬





vendredi 24 mars 2023

La complainte Rutebeuf — prolongement


Le texte ci-après, fut écrit il y a quelque temps, sans être publié. Je le trouvais insatisfaisant. En le relisant je m'aperçois qu'à quelques modifications près il me convient finalement. Donc, voilà :


*


Va savoir pourquoi, depuis quelques jours, me revient souvent en tête « La complainte Rutebeuf », chanson écrite par Léo ferré en 1955,  constituée d'un assemblage de vers, poèmes et textes épars que Rutebeuf n'est plus là pour contester l'agencement. 

Qui n'a pas lu ou entendu :


Que sont mes amis devenus

Que j'avais de si près tenus

Et tant aimés

Ils ont été trop clairsemés

Je crois le vent les a ôtés

L'amour est morte

Ce sont amis que vent emporte

Et il ventait devant ma porte

Les emporta

etc.…


Dans ma tête j'ai la voix de Joan Baez (voir à la fin du billet), plutôt que celle de Léo ferré.


Serais-je pris d'une séquence nostalgie ? Pas vraiment ! Car les amis auxquels je pense ce n'est pas le vent qui les emporta, mais la mort qui rodait par-là beaucoup trop vite à mon goût.

À la différence de l'auteur : l'amour n'est pas morte, comme cette chanson le dit. Mais sa manifestation complète, corporelle, n'est plus possible. Le reste demeure.


— Avec G… nous avons partagé l'enfance et tu m'apaisais la fois le cœur par tes paroles précieuses et le corps par tes gestes affectueux.


— Avec D… c'était l'ouverture qui te caractérisait.… Tu m'as ouvert l'esprit et l'intellect, emporté où je ne serais pas allé avec tous ces livres que tu me prêtais ou m'offrais. J'en ai gardé de très précieux.


— Avec J… ce fut l'aventure spéléologique de l'intériorité. Ces cavernes à l'obscurité lumineuse où il faut manifestement un guide pour y parvenir et apprendre à visiter. Sinon on se perd et peut-être définitivement.


— Avec C… ce fut l'engagement intense. La découverte des « frères d'armes » pour des combats essentiels, qui parfois meurtrissent, mais n'en sont pas moins à but pacifique. Elles sont modestes les victoires, joyeux les succès. Même si certains combats traversent des zones de paix,il faut parfois y revenir, hélas. « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? ». On aura l'espérance qu'un jour futur nous verrons les astres lumineux.


— Avec A… celui que je nomme « mon maître à vivre » parce j'ai reçu en partage cette sorte de don qu'il portait, quelque peu visionnaire  ordinaire de ce qui pourrait advenir à condition d'y croire et de s'engager à déplacer les montagnes, animé par ce bonheur doux qui a goût de paix et qui ne quitte pas « l'ardent ». Nous avons fait notre petite part, une sorte de fécondité invisible à action lente. Mais ta trace demeure pour toujours en moi.



— Avec… bien d'autres, je ne vais pas énumérer une litanie. Cependant je ne peux terminer sans évoquer mon père dont j'ai mis tant d'années après sa mort à comprendre qui il était vraiment. Il m'avait aimé comme je ne savais pas le percevoir. Il avait une humilité pudique et a tellement pris soin de moi. J'ignorais alors ce qu'il en était de l'amour silencieux mais en actes. Il fut malheureusement trop pudique en paroles et affections manifestées. C'est maintenant que je découvre les petites ampoules électriques dont il a balisé un parcours quand il était là. Savait-il que je viendrai un jour les allumer une à une pour que s'éclairent des zones sombres qui ne le seront plus ? Toujours la lumière montre les possibles de la route.


 Alors oui je les ai « de si près tenus et tant aimés » qu'ils sont toujours en moi, comme sédimentés dans mon être profond. Ils ont fécondé ma terre intérieure et ne peuvent donc disparaître dans un néant. Ils ne sont pas non plus transférés dans je ne sais trop quel « ailleurs divin » dans un coin de l'univers. Ils sont redevenus poussières sur cet astre Terre, mais je n'ai qu'à fermer les yeux pour les retrouver et descendre, là où ils refleurissent au fond de moi, semeurs de graines qui perpétuent les générations.

C'est peut-être cela l'éternité.




mardi 21 mars 2023

Vertige


« Vertige de l'amour », chantait-t-il.

Vertige du temps qui passe et qu'on aimerait retenir.

Semaine passée où j'ai eu l'occasion d'en faire le constat de manière intense.


— « Non ? Il y a déjà tant d'années de cela ? ! »

C'est elle qui évoque, c'est moi qui m'exclame. Et c'est alors une affluence de souvenirs–sensations. Ils viennent déborder celui qui se souvient. Et alors les paupières aussi débordent.


C'est arrivé plusieurs fois dans la semaine aux multiples péripéties. Et puis, tout à l'heure, tandis que tout le monde est parti et que je me retrouve seul, ce truc que je cherche et qui me fais tomber sur une vieille carte postale, du temps où on s'envoyait des cartes postales. Les propos sont conformes aux mots d'une carte postale : banalité et ordinarité vacancière. Cela pourrait être sans affect. Mais cette écriture portant la marque de sa jeunesse et sa détermination, comment ne pas évoquer sa mémoire. Quel âge aurait-elle ?… Ah bon ! autant que ça !


 Regarde-toi dans le miroir, Alain, et tu vas bien voir ce qu'il en est des traces du temps. — Mais enfin, que je me suis répondu, je fais plus jeune que ma date de naissance sur ma carte d'identité, tout le monde me le dit !

Et elle ? Quelle allure aurait-elle aujourd'hui ? Aurait-elle toujours ce sourire merveilleux, ce pétillement dans l'œil ? Et la douceur de sa voix qui m'avait séduite, et sa silhouette harmonieuse. Ça donne quoi en 2023, après 15 ans dans un cercueil ?


Vertige de la vie. Sa force et sa vulnérabilité mêlées. 

La tête me tourne un peu dans ce monde qui tourbillonne si vite.




lundi 20 mars 2023

L'Énigme




156ème Devoir de Lakevio du Goût




Cette promenade aux champs de Mr Carl Spitzweg vous inspire-t-elle ?

Je vais quant à moi tenter de vous écrire un petit quelque chose pour lundi.

Et j’espère que vous aurez vous aussi ce courage.






L'Énigme



Disons-le tout net, la scène à laquelle nous assistons en direct est des plus étranges. De là où nous sommes on aperçoit un homme traînant une selle qui proviendrait d'une sorte de cheval d'arçon d'enfant. Cependant, grâce à des jumelles qui viennent de m'être prêtées, il semblerait qu'au final ce soit un chapeau ! A-t-il une signification singulière et spéciale ?


Certains observateurs laissent entendre la présence d'un inspecteur de la police ventru, qui a déposé son chapeau dans sa canne, afin d'aérer son cerveau lui permettant ainsi de brasser diverses hypothèses à propos de ce crime campagnard dont on recherche toujours l'auteur. La dame qui suit serait un autre inspecteur déguisé en personne féminine coiffée d'œillères de réflexion sous lesquelles régne une fièvre de cheval. Ce déguisement lui permet d'une part de ne pas se faire repérer, d'autre part de regarder droit devant vers la solution de cette énigme que toute la France suit avec un intérêt énorme. Cependant nous attendons confirmation du sexe de ladite personne.


Selon les dernières indications qui viennent de nous parvenir, entre Monsieur et Monsieur/Madame il y aurait une fillette qui se dissimule dans les herbes hautes et dont on aperçoit quand même un vêtement bleuté. Elle porte un chapeau ressemblant fortement à l'autre, mais en version mini qui cependant l'oblige elle aussi à regarder droit devant elle. D'ailleurs le prétendu inspecteur à l'avant lui répète sans cesse : — « Bon sang de bonsoir ! Mais regarde devant toi !… ». Or, ainsi placée, elle ne peut voir que les fesses de l'homme. De source locale à confirmer ce serait en réalité un père, sa fille, et sa femme qui marcheraient l'un derrière l'autre, et seraient connus dans la région en tant que promeneurs du dimanche. Mais ce n'est dans l'état actuel qu'une hypothèse.


Ici tout le monde se questionne : mais qu'est-ce qui peut pousser ce possible inspecteur à mettre un gilet vert caca de poule, sur un pantalon salopette caca d'oie. Alors certes, il revêt une chemise blanche, mais quand même quel abominable manque de goût. L'autre personne supposée chargée de l'enquête, que pense-t-il (ou elle) de tout cela ? S'agit-il d'une opération discrète et secrète dont nous ne devrions pas avoir connaissance ? Cherche-t-on à bâillonner l'information en France ?


Nous avons pu nous entretenir avec le chef de la police locale dans le grade le plus élevé. Il nous a fait observer qu'il ne fallait pas perdre de vue le cordon de l'ombrelle qui se termine par un anneau jaune. Ce détail aurait une grande importance et les autorités s'interrogent : pourquoi jaune ?


Décidément l'affaire baigne dans des mystères insondables qui, chers téléspectateurs, je le suppose, vous tiennent inévitablement en haleine, autant que nous.

À vous les studios.


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Merci Bruno Jesérien, notre envoyé spécial sur place, n'hésitez pas à reprendre l'antenne dès que vous aurez de nouveaux éléments sans intérêt à nous faire connaître, en particulier sur des questions sur lesquelles nos téléspectateurs attendent des éclaircissements avec impatience telles que : — pourquoi un chapeau claque ? — Pourquoi une canne à bout ferré ? — Pourquoi le pré n'est-il pas fauché ? — Quel messager subliminal y a-t-il dans le ruban vert du chapeau  ? — L'enfant que l'on devine ne serait-il pas en réalité un autre inspecteur, mais nain… (pardon toutes mes excuses « une personne humaine de  taille inférieure à la moyenne généralement constatée ») ou autre chose ?


Dans quelques instants la suite de l'actualité… 

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lundi 13 mars 2023

Le Chat Virment

 


Devoir de Lakevio du Goût N°155


Que peuvent se dire cette jeune femme et ce chat dans la toile d’Auguste Renoir ?
Je suis sûr qu’il y a une histoire à raconter.
Une histoire qui commencerait, comme beaucoup de contes de fée, par « Déjà petite elle savait qu’elle allait se marier avec un prince. »
Et si elle se terminait sur « Elle sourit alors à la pensée qui la traversa. »
À Lundi j’espère…





Le Chat Virment


Déjà petite elle savait qu'elle allait se marier avec un prince.

Déjà petite elle prenait ses désirs pour des réalités.

Et cependant… elle se souvenait de ce Charles qui se voyait déjà en haut de l'affiche et qui finalement y est parvenu. Alors, pourquoi pas elle ?

La prémonition, les intuitions profondes, les élucubrations cérébrales, la déréalisation des désirs, la réalisation du non désiré, et autres choses du genre, est-ce qu'on lui avait dit que ça existait ? Non bien sûr, mais elle découvrirait tout par elle-même.


Elle était « Jeune et Jolie » en ce temps-là. Quand bien même la revue pour petites nanas  émancipées portant  le même nom n'existera que plus tard de 1987 à 2010. Voilà donc bien la démonstration qu'un désir anticipé sur le réel a un pourcentage de probabilité d'accomplissement non négligeable . Alors pourquoi ne pas épouser un prince. Rien n'était à même de démontrer le contraire.


Plus tard elle crut qu'un Auguste s'intéressait à elle. Un majestueux prince qui aurait le geste auguste du semeur de joie, ce serait pas mal non plus. Ce ne fut qu'un peintre nommé Renoir dont l'intérêt à l'époque se portait plutôt sur les chats que sur les juvéniles porteuses de bêtes à poils.


Elle se posa là où il lui dit. Elle posa comme il lui dit. En guise de prince dans ses bras, ce fut un greffier. Il ne savait même pas se servir d'une plume. Il n'était que poils de pinceau. Mais point de prince à l'horizon.


Les années passèrent. Elle commençait à douter de sa prescience princière. Tout cela lui laissait un chat dans la gorge, si bien qu'interroger sa conscience devenait difficile sans toussotements désagréables. Et les voix de la conscience n'aiment pas être dérangées. Décidément, rien ne semblait favoriser l'accomplissement prophétique.


Cependant, un jour arriva où une de ses amies lui narra qu'un Roi s'en venait d'un royaume lointain dans le merveilleux pays où elle résidait. Elle précisa :

— « Tu te rends compte un Roi ! C'est encore mieux qu'un prince comme te l'avait prédit la fée Chouquette quand tu étais petite ! Il faut absolument que tu le rencontres. ».

— Qui est donc ce Roi ? Demanda notre héroïne.

— C'est un Shah persan ! Indiqua l'amie

— un chat ? Comment un chat peut-il être Roi ? Un Chat divin peut-être ? Paraît qu'ils ont ça en Égypte.

 Mais l'heure n'était pas à se poser toutes sortes de questions. Aller de l'avant, voilà ce qui convenait. Avancer au-devant d'un roi fut-il chat (futile Shah ?).


En chemin, d'étranges propos, venus d'on ne sait où, lui traversèrent le cerveau. De nouveau elle eut la certitude de devoir se marier avec une personnalité, mais ce serait un roi. Information confirmée. Elle en ressentit  une grande allégresse. Guillerette comme une soubrette elle sautillait joyeusement. en se parlant intérieurement :

 — « Désormais Shah va aller ».

Elle sourit alors à la pensée qui la traversa.