Ma chère tante, vous qui êtes partie pour des contrées lointaines, je viens vous entretenir de la situation du Royaume de France.
Gouda 1er règne toujours et se montre régulièrement aux fenêtres cathodiques dans des positions avantageuses, montrant l'exemple d'un ventre arrondi, afin de convaincre le bon peuple qu'il est possible d'engraisser encore dans le Royaume. Il arbore ce sourire de totale satisfaction qu'on lui connaît de longue date. Il porte toujours à gauche, je parle de sa cravate, signe manifeste que les mauvaises langues qui le traitent d'homme de droite se trompent. Il a toutefois modifié de manière significative l'élément essentiel de sa politique : Il a changé de lunettes, sur le conseil du chambellan Communicatus, qui trouve que cela lui confère un avantageuse allure se rapprochant de celle d'un régnant antérieur, savoir Jakou Le Chichi, qui malheureusement dépérit dans sa demeure, victime de la bière dans laquelle on finira par l'enfermer définitivement.
Ma chère tante, sachez que notre bon maître Gouda 1er à tout récemment limogé le Grand conseil du Roi, suite à une philippique navrante entre le premier Chambellan et sa seigneurie Montejetebourre, qui fut renvoyé en sa province, mais dont il n'est pas impossible de penser qu'il ourdit sa vengeance avec quelques marquis et barons locaux, fidèles à son panache tricolore et pétris de désirs vengeurs.
Gouda 1er a renouvelé sa confiance à Manolo de Vallsus, descendant d'un Grand d'Espagne, pour conduire une fois de plus le royaume vers le Graal de la Croissance, toujours rêvée, jamais réalisée… Pour tenter une ultime saillie fécondante aux fins de rajeunir la France et son avenir. Or donc et pour se faire, Manolo de Vallsus s'en est allé quérir un Grand Argentier, Manu Macrocon, aussitôt anobli et nommé Prince du Trésor et protecteur des Riches Seigneurs qui tiennent le pays en asservissement librement consenti grâce à la passivité des bons sujets de Sa Majesté Gouda. Sujets éternellement franchouillards, toujours râleurs pour la forme, mais amorphes et résignés à la Décadence de notre Bon Royaume de France, où, ma chère tante, vous connûtes des jours heureux.
Il reste bien au Peuple un vague espoir du côté de la marine royale. La Maréchale Lapinne espère un coup d'urnes favorable pour rétablir en nos Provinces un Culte nouveau, et une épuration des souches malades qui gangrènent LA France de Toujours. Mais Napo de Sarko, - dit le bismuth agile - espère reconquérir l'Empire. Il veille dans l'ombre, préparant son retour de l'Ile au Trésor, où ses pirates et pilleurs en tout genre ont planqué les butins du Bigmac Lion et autres espèces sonnantes et trébuchantes. A moins qu'un Tribunal du prévôt royal ne l'envoie d'ici là au Bagne de Cayenne, spécialement réouvert pour lui. Car si on ne l'expédie pas très loin, il est capable de s'évader avec la complicité de son affidé le Duc de Copécolé.
Sachez enfin, ma chère tante, que lors d'un grand tournoi royal tenu en province ce week-end, Manolo de Vallsus a dû affronter en combat singulier des chevaliers félons décidés à organiser la Fronde, ou, pour employer un langage plus châtié, décidés à foutre le bordel partout, prêts à mourir au combat, ce qui, il faut bien le dire, débarrasserait le Royaume d'une bande d'incapables…
Vous voyez, ma chère tante, tout va bien. Enfin tout est comme il se doit d'être dans un Royaume où chacun attend avec impatience la visite du cousin d'amérique, Paul Emploi, venu des anciennes Contrées Glorieuses, disposant encore pour quelques mois de quelques piécettes qu'il laisse négligemment tomber de la table et chacun de se précipiter pour attraper ce qu'il peut, en espérant des jours pire encore. Car il n'est jamais interdit d'espérer….