Me voici de retour d'une douzaine de jours « à la côte ». Disons que ce fut moyen. Autant l'environnement que l'état intérieur, le baromètre était sur variable, avec toutefois quelques incursions du côté « beau temps ». Et donc inutile de s'étendre sur cette période qui laissera un souvenir doux amer.
Pourquoi ne pas aller faire un tour à Tokyo. Les JO des non-handicapés n'avaient guère retenu mon attention. Rentré chez moi j'ai cependant branché ma télé sur les paralympiques. Pas par curiosité, car des tordus j'en ai vu de tous acabits « en live » depuis que j'ai été plongé dans ce milieu bien malgré moi. Alors pourquoi allumer ma télé sur ce truc ? Voir des exploits sportifs ? Mais qu'est-ce que ça veut dire ce genre d'exploits… il y en a bien plus dans la vie quotidienne des gens qui font des exploits chaque jour et mériteraient des médailles d'or !
Donc voilà j'ai regardé, assis dans mon propre fauteuil roulant, qui est loin d'avoir une fabrication haut-de-gamme et sur-mesure qui vaut un paquet de fric et un autre paquet de fric en entretien, comme il en est pour les ZHandis français sponsorisés chargé de glaner des médailles, et dans huit jours on aura oublié le nom des médaillés. Moi je suis Electric Basic sécurité sociale ! (Et merci à la solidarité nationale…).
Tiens, au passage, j'ai remarqué combien les publicités des multinationales diffusées entre les combats de fauteuils roulants, ont récupéré les Zhandis d'une manière éhontée et intolérable, en laissant croire que ces grands groupes capitalistes s'intéresseraient à eux. Alors qu'on sait très bien qu'ils n'en ont rien à foutre de nous ! Encore une démonstration qu'on nous prend vraiment pour des cons !
Donc voilà j'ai regardé. C'est peut-être au bout d'un moment que j'ai compris pourquoi j'avais allumé cette foutue télé. Lorsque j'ai été pris d'une émotion forte, lointaine et puissante parce que je voyais sur l'écran, « mes-semblables-différents » et que tout à coup cela m'a percuté. Non, je n'ai pas fondu en larmes, ou été pris de spasmes ! C'était bien plus profond que cela, bien plus enraciné dans l'histoire de mon corps tout entier. J'ai laissé faire mon corps. Il avait sûrement besoin de s'exprimer face à de telles images bien léchées qui masquait les énormes souffrances subies par un corps handicapé. J'ai dit à mon corps : tu as raison, une fois de plus l'arbre médiatique cache la forêt des souffrances.
Voilà, c'est tout, je n'ai rien d'autre à dire. Si ce n'est que eux comme moi, ne sommes jamais que des humains bien ordinaires même si différents. Mais en même temps nous serons toujours classifiés à part. On organise des jeux internationaux pour les tordus, d'autres pour les non-tordus.
Bon j'élargis, (un petit couplet à l'ancienne comme j'en faisais dans le temps) : On retrouve cela dans tous les secteurs de la société, comme s'il fallait toujours catégoriser tout le monde, tout le temps. Alors on finit par se sentir à l'abri dans ses propres carcans catégoriels bien à soi.
Et peu à peu on se rétrécit dans nos particularismes qu'on entend défendre contre vents et marées. Comme répétait une connaissance qui m'énervait : « Oui, mais chez nous, c'est différent ! ». Comme si le « chez nous » était une justification à la primauté, voire la suprématie. Et le différent de signifier : « pourquoi vous n'êtes pas comme moi ? Ce serait bien mieux d'être comme moi, non ? »
Bon, je vais m'arrêter là. sinon je vais encore m'énerver, c'est pas bon pour mon cœur.





