J'en rêve encore… parce que je suis réaliste…
"Ce que nous accomplissons à l’intérieur modifie la réalité extérieure." (Plutarque)
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lundi 30 septembre 2019

Eve et Lilith





Ces deux petites, où vont-elles ?
C’est Pivoine qui me l’a demandé.
Elle n’en sait rien mais elle se le demande...
J’ai une idée car je les connais, je sais pourquoi elles vont vers ces rochers noirs, là-bas.
Et ce qu’elles pensent et se disent.
Mais vous ?



Eve et Lilith

— Eve : (tout excitée) tu sais quoi ? J'ai retrouvé cette photo de notre enfance ! J'étais persuadée qu'elle était disparue lors de notre déménagement dans la précipitation. C'est vrai qu'il avait fallu déguerpir fissa, après la colère de l'Autre, à laquelle on ne s'attendait pas, il faut bien le dire. 

— Lilith : (surprise et contente) C'est génial que tu l'ai retrouvée ! C'est Adam qui l'avait prise en clignant de l'œil. Un sacré type d'ailleurs. En ce temps-là tu étais folle de lui. Moi j'étais folle également, mais de jalousie. Je te jure que je vous aurais bien étripés tous les deux.

— Eve : (nostalgique) Je regrette ce temps-là où on était tranquillement seules. Tu te souviens, on adorait se balader sur la plage, main dans la main. Ce temps béni où ce n'était pas encombré par les touristes, débarqué de je ne sais trop quelle planète. On avait tout pour nous, et entièrement gratos.

— Lilith : (mi figue, mi raisin, mi pomme) C'est vrai ! L'Autre avait créé avant tout le monde, le revenu universel permanent, les loisirs, le bonheur garanti, enfin bref une sorte de paradis permanent. Une société de l'abondance éternelle sans risque de restriction. L'Autre avait promis que le pommier grandirait jusqu'au ciel sans décroître ni mourir. Et tu vois, au final, il ne faisait que de la politique : des promesses et ensuite le bordel.

— Eve :  (grand soupir) Faut quand même reconnaître qu'on ne s'est pas comporté au mieux envers lui. L'Autre nous avait tout donné gratos, et comme des imbéciles on a cru qu'il avait une idée derrière la tête. L'amour, on voulait bien, mais faut être sérieux, on n'aime pas gratuitement, on attend toujours quelque chose en retour pour flatter notre narcissisme congénital. L'Autre était sûrement comparable à nous. Tu vois Lilith, on a péché par doute et ingratitude. Parce qu'on pensait que l'Autre était comme tout le monde. Or il n'en était rien.

— Lilith :(outrée) On n'allait quand même pas passer notre éternité à lui dire merci à tout bout de champ, quand il venait se promener sur la plage avec son espèce de chapeau de cow-boy vissé sur la tête ! Courbettes et re-courbettes, ce n'est pas du tout mon genre. 

— Eve : (romantique ) Moi, j'aimais bien le croiser, il avait fière allure, élancé comme il l'était, avec ses yeux bleus à damner tous les saints du paradis, même s'il n'y en avait encore aucun.

— Lilith : (avocate de la défense) Tu penses ce que tu veux, mais j'en veux sérieusement à l'Autre. C'est ignoble ce qu'il a fait de nous chasser à grands coups de pompes dans le train. Tout cela parce que Monsieur n'était pas content qu'on s'instruisait pour en savoir autant que lui. Quel orgueilleux ! Quel dominateur ! Et tu as vu l'ampleur de la condamnation ? Ton Adam qui  doit trimer comme un dingue, et nous également, sur cette planète pénible qui s'appelle Terre et qui franchement fait bien pâle figure par rapport à ce qu'on a connu « là-haut ». Et puis ces milliards d'humains qui continuent à la saloper comme c'est pas possible. L'horreur !

 — Eve : (avec un éclair dans l'œil) Tiens ! Je pense à un  truc qu'on pourrait peut-être faire…

— Lilith : (moqueuse) pour une fois que tu penses ! Alors c'est quoi ton truc génial ?

— Eve : (enthousiaste, presque excitée,) Et si on reprenait contact avec l'Autre ? Peut-être qu'après une bonne explication, on pourrait…

— Lilith : (l'interrompant) tu rigoles ma vieille ! Mais il y a très longtemps qu'il nous a oublié. Il a certainement d'autres créations à fouetter… et puis franchement, on finit par s'y faire à cette « condition humaine ». Moi aussi j'aimais bien la plage et tout ce bon temps qu'on a pu prendre. L'existence sans souci, la prévenance permanente de l'Autre qui, il faut bien le reconnaître, n'était pas un mauvais bougre dans le fond. Mais tu imagines ça éternellement ? Ça doit virer un jour ou l'autre à l'ennui. Et crois-moi l'ennui il n'y a pas pire dans l'existence.
Non, il faut qu'on accepte la réalité telle qu'elle est. Arrête d'avoir la tête dans le ciel. Utilise plutôt tes pieds sur terre pour faire quelque chose qui en vaille la peine.

— Eve : (se ravisant) C'est probablement toi qui as raison. J'ai gardé mon âme de petite fille de là–haut. Je te l'avoue : c'était assez sympa avec Adam, mais mon plus grand amour c'était quand même l'Autre. Il me subjuguait. Il parlait peu, mais je sens qu'il me comprenait dans les profondeurs les plus intimes. J'ai toujours rêvé de le retrouver. Mais tu dois avoir raison. Désormais nous sommes ailleurs.

— Lilith :  (pensive). Tu veux que je te dise ! ? Moi aussi j'espère secrètement ce que tu viens de dire. 

Mais je suis irrémédiablement une pragmatique matérialiste.

lundi 23 septembre 2019

Le dernier bal





Racontez-nous lundi un conte qui commencera par cette phrase du grand Albert :
« Solennels parmi les couples sans amour, ils dansaient, d’eux seuls préoccupés, goûtaient l’un à l’autre, soigneux, profonds, perdus. »
Conte qui se conclura par ces mots du familier Verlaine :
« Son nom? Je me souviens qu’il est doux et sonore,
Comme ceux des aimés que la vie exila. »





Le dernier bal

Solennels parmi les couples sans amour, ils dansaient, d’eux seuls préoccupés, goûtaient l’un à l’autre, soigneux, profonds, perdus. Elle était dans les bras de cet homme, vêtue de ce seul châle diaphane, qui caressait son dos dénudé.

Éléonore avait répondu à cette invitation mystérieuse, reçue sur un bristol ivoire, à l'ancienne, avec une écriture bleutée, imprimée en relief.

Vous êtes cordialement conviée à l'événement unique du siècle
« Le dernier bal. L'ultime définitif »
Tenue de nuit exigée.

Suivait une adresse dans un quartier inconnu.

Éléonore cultivait le goût du risque. Était-ce un défaut ou une qualité ? La suite nous le dira peut-être. Pour l'immédiat elle ne regrettait rien, tant la magie de la rencontre avait opéré instantanément C'est peut-être de cela dont elle aurait dû se méfier. Mais lorsqu'on est dans  l'éclatement premier de la maturité, on a les audaces de la beauté et la candeur de la nuque offerte.
À présent l'homme y déposait des baisers prometteurs et la nuit exhalait déjà les parfums subtils du plaisir à venir.

L'orchestre était composé de musiciens en chemises et bonnets de nuit. L'originalité était au rendez-vous. Peu à peu la musique se fit plus dense, plus lourde, plus épaisse et les couples de danseurs commencèrent à ressentir cette pesanteur qui semblait venir du plafond. C'était étrange.
Éléonore, tellement attentive à la montée de son désir, s'en apercevait à peine.

L'homme la pressa plus fort contre lui, en même temps y claqua des doigts en direction des musiciens. C'était le signe attendu la musique alla decrescendo. La lumière artificielle déclina. L'homme dit :
— Ferme les yeux, laisse-toi aller.
Proche de l'état second, Éléonore obéit.

Ce fut son dernier souvenir de la soirée. Elle oublia même l'adresse. Elle fit le nécessaire pour vérifier si… mais non ! Tout était normal. Il ne lui restait plus que l'odeur forte de ce corps qui l'avait envoûtée.

À mon ultime question elle répondit :
- Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore, comme ceux des aimés que la vie exila.



jeudi 19 septembre 2019

Bilan estival


Les années précédentes, j'avais pris pour (mauvaise ?) habitude d'écrire un certain nombre de « Chroniques estivales ». Cette année elles se sont comptées sur les doigts d'un amputé de la main
il faut dire que je n'ai pas le sentiment d'avoir eu « un été ». La plupart des projets sont tombés à l'eau, ou transformés en vapeur, quand ils n'ont pas explosé en vol. J'ai traversé des journées difficiles, car il n'est pas si simple d'apprivoiser la réalité quand elle se fait rebelle à ce que l'on voudrait qu'elle soit. Ce ne fut pas non plus catastrophique, loin de là. J'ai connu bien pire que des vacances gâchées.
Le plus délicat est sans doute d'accepter ce que je considère comme une « perte de temps », d'autant plus que j'arrive à un âge où il y a plus en arrière que devant. Le terne n'est pas dramatique. Il est simplement terne.

Mes problèmes de Zhandi ayant partiellement trouvé une solution, nous sommes partis une semaine à l'hôtel dans les Côtes-d'Armor. Une sorte de « village balnéaire » quasiment déserté en septembre. Le top pour moi ! (On ne pouvait s'empêcher de fredonner « hors saison » de Cabrel). Cela ne rattrape rien, mais ce fut intense en émotions de toutes sortes, et rencontres comme on peut-on faire en vacances, au bar de l'hôtel ou dans un petit resto. Un couple d'amis ( parisiens devenus bretons ) est venu nous rejoindre 48 heures. Que du bonheur, autant de rires que d'échanges profonds. Mon ami D. Se bat contre un cancer métastasé dont chacun sait que ce dernier sera vainqueur. Sur la route du retour, avec ma compagne de vie, on se demandait si c'était la dernière fois que l'on riait ensemble…

je suis rentré physiquement fatigué et intérieurement paisible. Cette paix intérieure m'a étonné cependant. Les heures de voiture, l'absence de mes repères habituels qui ne facilitent pas ma recherche d'équilibre quand je marche encore quelque peu, en particulier dans la chambre d'hôtel. De tout cela j'ai plus ou moins l'habitude. Mais la fatigue s'accroît d'année en année. Normal. La vieillesse est là. Un Zandy de mon espèce doit ajouter 10 ans à son âge d'État civil. Parfois cela peut particulièrement m'énerver et ma brave compagne, compréhensive, subit quand même quelques retombées atomiques. Mais rien de cela cette année et pourtant la fatigue fut vraiment bien plus présente. Comme s'il y avait toujours des ressources cachées prêtes à bondir.
Parfois je me dis que dans ce genre de circonstances je suis peut-être comme un athlète dit de « haut niveau » qui puise en lui au moment des compétitions une puissance énergétique spécifique.
Cette semaine en Bretagne était pour moi importante à plus d'un titre. Il en était de même pour mon ami D. Combien de fois nous l'avons évoquée dans les semaines précédentes au téléphone. Un peu comme si chacun pressentait, sans l'exprimer clairement, qu'il n'y en aurait pas encore des tonnes dans l'avenir…

il y a parfois un niveau de profondeur où les mots deviennent totalement inutiles à exprimer et comprendre. Les gestes et le regard parlent clairement.

lundi 16 septembre 2019

Un nouvel entrepreneur.




Cet homme est-il désolé par la vision de cette usine vidée de son âme ?
À moins qu’il ne se demande déjà comment il va aménager le lieu pour lui redonner vie …
D’après vous ?
Racontez-nous ce que vous dit cette image.





Un nouvel entrepreneur.

— Exactement ! C'est bien ici que travaillaient mon grand-père, puis mon père, dans cette usine spécialisée dans l'étude, la conception et la fabrication d'équipements industriels. C'était une entreprise innovante — enfin, pour l'époque. Mais concevoir et réaliser des machines capables de fabriquer des produits qui n'ont plus cours actuellement... ce n'est pas à porter au crédit de ces capitalistes aveugles quant à l'avenir. 
Il est clair que les dirigeants de l'époque se sont montrés incapables d'une reconversion dans le domaine des technologies nouvelles. Vous comprendrez dès lors que la faillite était à la clé. Elle n'a pas tardée d'ailleurs. L'usine est à l'abandon depuis plus de 20 ans.

— Tout à fait exact également ! Je suis un fils de cette lignée d'ouvriers. J'ai travaillé d'arrache-pied dans des conditions que vous ne pouvez imaginer pour être admis dans les meilleures écoles de commerce international. Mon objectif est de venger ma lignée.

— Mais non, voyons, je ne suis pas pire que ces messieurs de la haute finance ! Ce ne sont ni le gain ni la notoriété qui me motivent. Uniquement la réhabilitation de tous ceux qui furent exploités. voilà pourquoi j'ai racheté l'ensemble des bâtiments industriels de l'usine.

— Un Rastignac ? Votre comparaison est presque une insulte ! Certes, j'ai su m'introduire dans les milieux de la finance, convaincre des investisseurs en capital – risque. J'ai au préalable courtisé leurs épouses ou leurs premières maîtresses. Par l'entremise des femmes, on obtient beaucoup, et même je devrais dire énormément.
J'ai levé des millions d'euros. Il suffit parfois d'avoir au poignet une fausse Rolex, et de louer une voiture haut-de-gamme allemande avec chauffeur, et de proposer un bon plan de financement prévisionnel garantissant un retour sur investissement particulièrement juteux.

— Mais non ! Je n'ai pas couché avec les femmes de ces gens-là ! C'est bien plus subtil que cela. Il faut savoir se faire désirer afin de s'introduire, convaincre sans exaltation, les prendre au piège avec leurs propres arguments. Mais sans doute, et surtout, une sorte « d'aura personnelle » dont je ne saurais vous dire d'où elle me vient, mais qui est bien présente, comme un don du ciel. Et en l'espèce le ciel semble argenté.

Je leur ai présenté un projet de mise en bouteilles à gaz comprimé, de l'air que l'on trouve dans des endroits encore respirables et non pollués (ou très peu) et que l'on pourra vendre à prix d'or, lorsque l'atmosphère ordinaire deviendra irrespirable et pestilentielle. Ce qui ne manquera pas d'arriver dans quelques années. Des gens fortunés donneront des sommes considérables pour pouvoir continuer à respirer « normalement » un air ordinaire et garanti bio.
J'ai vu certains investisseurs transpirer à grosses gouttes face à la perspective de multiplier leur investissement d'origine par 50 ou 100, voire plus.
L'affaire était mise en bouteilles… si je puis dire…

— Est-ce que c'est une réussite ? Évidemment ! Tout du moins pour l'instant. Mais je dois vous quitter. Je prends l'avion tout à l'heure. Les 400 millions d'euros qui viennent de m'être débloqués pour le lancement des opérations, ont été transférés il y a quelques minutes dans un paradis fiscal dont je ne vous dirai rien, bien évidemment.
J'ai été très heureux de bavarder avec vous.



lundi 9 septembre 2019

La femme en rouge





Le devoir de Lakevio du Goût, nous demande ce qui attirait de façon si vive l'attention de cette jeune femme.
Ma réponse est programmée pour lundi. Quand vous lirez ce texte je serai en Bretagne pour une semaine, et c'est de là-bas que je lirai vos commentaires sur mon petit Smartphone !


-o0o-





Pourquoi donc fallait-il qu'elle ramène toujours des types de ce genre chez elle chaque week-end ?
Quel genre ?
Le genre dont il vaudrait mieux se méfier. Y regarder à deux fois, ou même trois, et parfois plus que cela. Sauf qu'elle ne savait pas où il fallait regarder exactement. Le physique dans sa globalité ? Le détail qui attire ? La couleur des yeux ? La puissance du regard ? Les mains efféminées ou les grandes paluches ? Le renflement de la braguette ? Les épaules de catcheur à moins qu'elles ne soient tombantes ? Le crâne rasé ou la queue de cheval ? Et cette dernière devait-elle être haute sur le crâne avec un élastique, ou basse sur la nuque avec un catogan ?

En réalité, elle n'en savait rien. Ce n'était pas sa manière de fonctionner. Elle naviguait généralement à l'instinct, la pulsion du moment, le titillement dans le bas-ventre, ou la poitrine qui manifestait un besoin de caresses. Parfois la bouche, avide d'être prise.
Animale et sauvage, voilà qui elle était. 

Elle tenait cela de sa mère qui en avait dévoré des hommes, sous ses yeux, quand elle était petite.
— File dans ta chambre ! qu'elle lui criait si jamais elle entrebâillait la porte du salon, curieuse de découvrir ce qui s'y passait. Elle entrevoyait le dossier du sofa rouge. Un homme s'y était affalé en soupirant, et sa mère assise de côté lui prodiguait on ne savait pas vraiment quoi avec un sourire étrange.

*

Ce soir elle s'interrogeait à propos de cet homme qui regardait par la fenêtre, le verre  à whisky d'une main, une cigarette dans l'autre. Elle l'observait, dubitative. Qu'allait-il vouloir celui-là ? Serait-il comme tous les autres, sans originalité ?

Elle l'avait abordé tandis qu'il sirotait au zinc du « Bar des Loups ». Aussitôt ce léger tremblement, entra de sa poitrine Elle faisait toujours le premier mouvement, tout en craignant le refus, tant elle se sentait improbable et quelconque. Il avait souri. Tous les mêmes : d'abord un sourire. Et puis le regard qui va de haut en bas en vous déshabillant. Il a dû penser :
 — Pourquoi pas ? Puisqu'il n'a pas tardé à lui payer un verre.

*

L'homme s'est retourné, il a éteint sa cigarette et posé son verre.
— Tu te déshabilles ? Ou c'est moi qui dois le faire ?
Voilà. Cela allait se passer comme d'habitude. Et puis il partirait rapidement, à peine quelques mots entre excuses et remerciements.


Et déjà Jeanne se demandait ce qu'elle ferait le week-end suivant.

mercredi 4 septembre 2019

Et puis… la musique…


Une banalité de dire que la musique, les chansons, jalonnent nos souvenirs. Des comptines de l'école jusqu'à ce concert symphonique que l'on écouta à deux, dans les fauteuils de velours  rouge, main dans la main, dirigée par Jean-Claude Casadesus. Et que dire de ces chanteurs et chanteuses qui bercèrent et alimentairent nos rêves d'adolescents et de jeunesse.

Le premier concerto pour piano de Chopin marqua plus particulièrement divers événements qui firent date dans mon existence. Des instants heureux, et des moments plus douloureux. Il fut à la fois une exaltation et un baume apaisant. Et puis, sans que j'en décide, cela se termina en exaspération.
Je ne pouvais plus le sentir. Ou plus exactement je ne pouvais plus l'entendre. Me demandant comment j'avais pu apprécier une telle bouillie dégoulinante de notes pianistiques.… Et ce fond d'orchestre plan-plan !…
Ainsi en fut-il durant bien des années.

Et puis, il n'y a pas très longtemps, j'écoutais sur YouTube je ne sais plus quelle œuvre romantique. Celle-ci terminée, l'algorithme, qui décide à ma place ce que je suis censé aimer, lança pour suivre ce fameux premier concerto de Chopin. J'ai laissé faire. Guettant ma réaction intérieure.
Alors une émotion très positive est revenue, sans s'annoncer préalablement. L'œuvre m'a soulevé et je l'ai écoutée in extenso. J'étais envahi de l'intérieur par ce satané Frédéric !
Il faut dire que l'orchestre était dirigé par une femme    :  Agnieszka Duczmal.
et que la pianiste était une femme également : Olga Scheps.
On dira tout ce que l'on veut UNE pianiste n'est pas UN pianiste.
(Je sais c'est d'une banalité à pleurer si on ne comprend pas ce que je veux dire…)

Vous pourrez apprécier la beauté si vous regardez la vidéo. Beauté du corps et de la silhouette, beauté du geste et du toucher de l'instrument.
Toutes deux inconnues dans mon panthéon personnel.
Et c'est l'interprétation que j'ai trouvé absolument sublime. Comme si c'était exactement celle que j'attendais pour m'emporter au-delà de tout.


Comme quoi toute chose et toute vie sont sans cesse en renouvellements et en montées chromatiques !




lundi 2 septembre 2019

La dame du train




Je suis entre deux voyages.
En transit chez les ch'tis, avant de partir en Bretagne du Nord.
J'en profite pour faire


-o0o-





La dame du train

Il y avait de quoi se poser des questions. Ce n'était pas pourtant dans les habitudes d'Annabelle de se triturer l'esprit. Depuis qu'elle portait le deuil de son défunt mari, qui avait eu la bonne idée de voyager jusqu'à trépas, elle se sentait libérée, et avait plutôt l'âme frivole. Certes il convenait de se donner une contenance sérieuse pendant encore cinq à six mois par respect des conventions du deuil auxquelles sa famille et son entourage était excessivement attachés. Mais dans le fond de son âme c'était plus proche de la fiesta que de l'enterrement de première classe.

Jusqu'à ce qu'elle reçoive cette documentation aussi abondante qu'anonyme quant à sa provenance. La grosse enveloppe avait été déposée dans sa boîte aux lettres. En première page une lettre manuscrite d'une écriture à l'anglaise avec des pleins et des déliés.
« Madame,
Nos sincères condoléances pour le décès de votre époux.
Veuillez consulter les documents ci-joints très attentivement.
Après lecture, vous comprendrez qu'il est impératif de vous présenter à la date indiquée au bar de « l'hôtel la victoire » au Touquet Paris plage, à midi précisément
avec nos respectueuses salutations »
s'ensuivait une signature illisible.

Annabelle relisait dans le train une nouvelle fois ces extraordinaires documents. Et le mot extraordinaire était faible. C'était proprement incroyable pour ne pas dire incompréhensible.
Elle allait de découverte en découverte à propos de ce mari défunt. Qui aurait pu penser que cet homme tiré à quatre épingles de jour comme de nuit, à la moustache élégante, aux lunettes d'écaille et au charme indéniable, avait pu être à l'origine de tout ce qu'elle avait désormais sous les yeux.

Annabelle tenait entre les mains de quoi révolutionner la planète. Rien que ça. Certes elle ne comprenait pas tous ces éléments beaucoup trop techniques qui étaient exposés avec minutie, mais enfin la conclusion apparaissait claire.
Elle songea : — Bien trop claire !…Et il s'en fut de peu qu'elle ne pensa… pour être honnête !.

À la gare d'Etapes le-Touquet, elle prit un taxi jusqu'à l'hôtel où elle arriva près d'une heure à l'avance. Au bar, elle commanda un Guignolet kirsch pour se donner du courage. Elle ne pouvait détacher son regard de la porte tambour, se demandant si chaque personne qui entrait n'était pas son interlocuteur. Annabelle regardait sa montre fréquemment avec impatience. Midi sonnèrent et son cœur palpita. C'est vers 13 heures que l'angoisse mit à monter, d'autant que le serveur lui demandait pour l'énième fois si elle reprenait quelque chose ou si elle voulait déjeuner.
Non merci, j'attends quelqu'un ! S'excusait-elle à la chaque fois.

À 14 heures il fallut se rendre à l'évidence : on appelait cela un lapin !


Annabelle rentra par le train de nuit. Furieuse. Comment avait-elle pu ainsi se laisser berner ! ? Quel était l'imbécile qui lui avait fait cette très mauvaise plaisanterie ?
Le cousin Rodolphe ! C'était clair, cela ne pouvait être qu'un coup du cousin Rodolphe ! Il allait voir ce qu'il allait voir.… D'ailleurs elle n'allait pas tarder à se rendra chez lui. Cette attitude était honteuse !

***

Annabelle ne s'était toujours pas rendue chez le cousin Rodolphe. Elle hésitait. Après tout quelles preuves avait-elle.
Elle s'installa au salon pour boire son thé et lire « La Petite Gazette Parisienne Illustrée » du jour. C'est ainsi qu'elle apprit qu'un homme avait été retrouvé poignardé entre les omoplates et que du sang s'était répandu de la salle de bains jusqu'au salon. Elle poussa un petit cri suraigu et faillit s'étrangler dans son thé. 
Cousin Rodolphe !

***
Plus tard ma mère me raconta qu'Annabelle s'était suicidée dans d'étranges circonstances qu'elle n'a pas voulu me détailler.
On aurait retrouvé dans le feu de la cheminée d'étranges documents aux trois quarts brûlés dont personne n'a pas vraiment réussi à déchiffrer le contenu.