C'est le titre de couverture de Philosophie magazine du mois d'octobre dernier. Je n'ai pas encore lu le dossier correspondant, je me trouve donc quelque peu « vierge » face à la question.
—Le mot « encore » m’arrête en premier. Il présuppose qu'il n'y a plus guère de vérité, et certainement pas une. Si l'objet vérité venait à disparaître, je considérerai que c'est une catastrophe.
— Puis le mot « une ». Une dernière parmi d'autres ? Une ultime survivante ? Toutes les autres ayant explosées en vol ? Heureusement sans doute il n'est pas écrit LA vérité. Celle qui s'imposerait par évidence, conviction, par la force, par obligation, ou tout autre chose du genre.
Souvent je rencontre cette expression : « à chacun sa vérité », ce qui au mieux constitue une forme du relativisme total. Tout ce vaut… et globalement rien n'est vrai…
À moins qu'il soit proféré : je vais te dire tes quatre vérités ». Pourquoi quatre d'ailleurs ? Ceux qui signifient je vais te dire MES quatre vérités, c'est-à-dire celles qui s'imposent à toi de par ma volonté. On passe du relativisme à la domination.
C'est bien connu, les religions détiennent LA Vérité, et même : la Vérité des vérités. Elles peuvent être par exemple inscrites dans des « tables de la loi ».
Quant aux mathématiciens, ils ont déterminé des « tables de vérité » qui paraît-il sont d'une implacable logique.
Du côté des « vérités scientifiques », celles-ci ont tellement variées et contredites entre elles au cours des siècles, que je ferais bien une parodie de Brassens : « mourir pour des vérités scientifiques d'accord, mais de mort lente ; d'accord, mais de mort lente ! »
« Qu'est-ce que la vérité ? », demanda Ponce Pilate, spécialiste du lavage des mains, à Jésus. Puis il sortit côté jardin.
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. Et moi, comment je me situe ?
J'observerai cette question sous deux angles :
— À titre personnel
Il me semble que j’ai toujours eu soif de vérité, dès ma petite enfance, au cœur d'un milieu où se véhiculaient un certain nombre de mensonges.
Au fond de moi-même demeure en permanence une quête de vérité, à commencer sur moi-même.
La vérité que je cherche est une sorte d'accord intérieur, de cohérence de mon existence, avec moi-même, mon environnement, mon entourage, et quelque chose qui « me dépasse », me transcende. Une sorte de vérité supérieure à moi, vécue comme « bonne pour moi », que je perçois sans pour autant en connaître les contours exacts. Elle est ressentie au fond de moi-même quand je me montre honnête avec ma personne, pour autant que je le peux. Cela pourrait se résumer ainsi : parler vrai, agir vrai.
Le critère de référence n'est pas équationnel, explicatif par A+B, il est essentiellement de l'ordre d'un ressenti des certitudes permettant de conduire ma vie dans l'axe de la vérité, dont je ne suis qu'une parcelle d’un ensemble plus vaste que moi-même. Puis-je parler de direction commune ? Je ne sais. En tout cas d'autres personnes rencontrées coïncident avec cet axe par choix. C'est en quelque sorte la possibilité de faire « communauté » par reliance intérieure guidée par un souci de vérité.
– Au titre de mon expérience professionnelle
Au fil des années de ma pratique, j'ai vu progressivement apparaître le relativisme dans ses aspects négatifs, voire néfastes. Rien n’est vraiment vrai, rien n’est vraiment faux. Je recevais des personnes, qui étaient censés avoir atteint une certaine maturité personnelle, engagées dans la société (médecins, enseignants, dirigeants de sociétés…), qui avaient reçu une éducation très permissive, sauf l’obligation de « bien travailler à l’école et réussir dans les études ». Mais sans balises sur le reste, notamment quant à la personnalité et à la conscience. Tout était possible, tout était ouvert, tout se valait, l'expérience tout azimut et dans tous les domaines constituait le nouveau paradigme. Au milieu de cette multiplicité d'expériences en tourbillons, ils étaient proprement « paumés », et comme sans repères intérieurs, comme un navire en errance, parti sans cartes, sans boussole, sans port à atteindre, sans phare éclairant leur vie personnelle. Dès lors qu'il convenait de « décider par soi-même » (c'est-à-dire ne pas suivre la pente des autres, et de mener sa propre réflexion psychologique, voire existentielle), ces personnes se perdaient et laissaient place à l’angoisse du non-vivre-soi.
Comment être vrai et vivre en accord avec soi lorsque préside la primauté d’une structuration mentale forte de surmoi ? Comme aurait pu dire Montaigne, ils avaient une tête bien pleine mais guère bien faite. Cela aboutissait souvent à la question : — « dites-moi ce que je dois faire ! » Avec dans la voix ou l'attitude un véritable désarroi palpable, face à des décisions de choix personnels à prendre qui ne correspondait pas au cursus balisé par autrui. ( se marier, avoir des enfants, gérer une perte d’emploi, se situer dans des conflits interpersonnels, etc.) Bref gouverner sa vie.
Ce n'est pas d'évidence première car, comme dit Lacan : « la vérité [sur soi] exige qu'on se dérange »
Au début, je tentais d'orienter vers ce que je peux résumer dans la formule « les réponses sont au fond de vous-même », mais je m'aperçus que c'était vain dans la mesure où ce fond de soi n'était pas perceptible, enfoui qu'il était dans les brumes de l'inconscient et l’absence de ressentis profonds. Comment faire percevoir que pour bien faire, il faut d'abord passer par Bien-Être…
Je me retrouvais face à une faille invisible qu'il faudrait combler avec de la patience et du temps.
— Je sais faire beaucoup de choses pour soigner le corps de mes patients, me dit en substance une femme médecin, célibataire, approchant la quarantaine, j'ignore tout de ce que je dois faire pour diriger ma propre vie personnelle comme je le voudrais, ne plus être dévorée par le métier, rencontrer l'homme de ma vie….
J’ai opté pour ce qu'il est convenu d'appeler « la directivité aidante » pour avancer pas à pas vers la conscience d'un « qui je suis » et d'un « comment être » avant de pouvoir aborder un « comment faire » à partir de qui je suis.
Bien entendu, les personnes qui venaient vers moi étaient en difficulté plus ou moins grande. Je ne fais donc pas de généralité. Il n'empêche, les personnes déstructurées psychologiquement par manque de repères personnels fiables, semblent plus nombreuses qu'auparavant.
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Partir à la recherche de la vérité sur soi-même et un long chemin.
Mon chemin de vérité est sous forme de la perception, forte ou ténue, du sentiment d'être dans mon axe de vérité. Il est alors une sorte d'apaisement intérieur. Un : « oui, c'est ça ! ». À l'inverse toute déviance ou chemin de traverse par rapport à cet axe, je le ressens comme un travestissement, une dissimulation et parfois un mensonge face à moi-même.
J'aime la vérité, et les êtres de vérité. Ne pas trop se raconter d'histoires, « se la jouer », déformer ou s'accommoder de demie-vérité sur soi-même. C'est d'abord un sentiment de malaise intérieur, envers moi en premier, envers autrui ensuite, dès lors que je ne me suis pas montré vrai dans la relation.
J’ai toujours toutes sortes de mauvaises-bonnes-raisons pour biaiser avec elle.
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Quant au concept de vérité absolue ou universelle, c'est une forme de représentation mentale, dont j'ai tendance à penser qu'elle est nécessaire.
Mais c'est probablement aussi une sorte d'aspiration profonde de l'être humain.
En observant les enfants, en pensant à celui que je fus, à cet aspect de moi qui demeure, je fais le constat que l'enfant « à qui on ne raconte pas des choses fausses », et qui vit dans un environnement où la vérité tient une place, se structure beaucoup plus aisément.
Combien de parents se mettent en colère face à l'enfant qui ment !
C’est sans doute que le parent est lui-même quelque part avide de la part de vérité qui lui manque.
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« La vérité est rarement pure et jamais simple. » Oscar Wilde