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mercredi 15 novembre 2017

Sornettes et calembredaines - 3


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Une idée trottait dans sa tête.
Il se mit à courir
afin d’arriver plus vite qu'elle au bout de celle-ci.

Pour se venger elle devint une idée fixe.

Il ne pouvait plus la suivre.

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lundi 13 novembre 2017

la consigne du jour de Lakevio




La consigne pour le 12 Novembre :

Il y a longtemps que je n'ai pas proposé une maison à votre imagination.

En voici une bien jolie, ce qui change des étranges masures !

Le bonheur derrière les murs ?...









Une si jolie villa.

Arnaud Larozeur, notaire de père en fils, n'avait pas la conscience aussi tranquille qu'il l’aurait voulu. Certes, il n'avait commis dans son Étude aucune malversation en plus de 34 ans de carrière, mais cela le gênait quand même d'avoir acheté en viager cette splendide villa, au pied de la colline, dans un cadre verdoyant et dont le jardin fleuri promettait des instants délicieux, d'autant qu'après son divorce, il venait de  dégoter une Jolie Blonde, qui ne crachait pas sur les bijoux qu’il lui offrait. 

La bâtisse  appartenait à une rombière sur le départ pour l'éternité. Elle frisait les 90 ans, et d'après sa petite enquête, elle n'en avait plus  pour très longtemps, quelques mois peut-être, un an pas plus. C'était donc une excellente affaire.  Il s'amusait parfois à penser, avec un sourire de carnivore, qu'il allait la payer « en monnaie de rombière ». D'ici là il avait tout le temps d'échafauder des plans d'amélioration avec  Jolie Blonde qui rêvait d'un jacuzzi et d'une piscine, dans laquelle elle lui promettait de se baigner nue, vraiment toute nue. Cela avait le mérite d'échauffer le costume trois pièces du notaire. 

Il n’empêche, une éducation religieuse dont il n'arrivait pas à se débarrasser pleinement, lui titillait la conscience. C’est tout juste s'il n’entendait pas le grand Saint-Pierre secouer les clés du paradis en faisant beaucoup de bruit, comme pour lui signifier : 
— Tu ne rentreras pas ici ! Gredin de notaire ! 

Déjà, le divorce suivi par l’arrivée de Jolie Blonde, Là-Haut, on n'avait pas beaucoup apprécié. Et maintenant, arnaquer la rombière n’allait pas améliorer son CV d'éternité. Il avait en effet largement minimiser le prix de la propriété, prétextant qu'il y avait d'énormes travaux à effectuer, et qu'en conséquence la rente viagère ne pouvait qu’être excessivement limitée, et « le bouquet » (la partie de la vente réglée au comptant) réduit à pas grand-chose. Cette vieille dame, qui n'avait plus aucune famille, fit confiance à ce notaire, si gentil, si bien de sa personne, et qui semblait tellement respirer l'honnêteté par tous les pores de sa peau.

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Étant donné qu'il y a toujours de la chance pour la canaille,  celle-ci sourit à Arnaud Larozeur. La crédirentière décéda deux mois et demi après la signature de l'acte notarié. Arnaud n'avait pas déboursé grand-chose. Il promit à la Blonde une piscine quasi olympique.

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Le notaire cinquantenaire à l'embonpoint florissant, et la Jolie Blonde à la poitrine épanouie, vécurent  dans la splendide villa un bonheur aussi limpide que l'eau de la piscine pendant les deux années où ils l’occupèrent ensemble. Ils la firent aménager de mains de maîtres par des architectes réputés.

C'est au cours de la troisième année que les choses changèrent progressivement. Jolie Blonde ne cessait d’exprimer de nouvelles exigences, non seulement au lit, où notre notaire commençait à avoir des défaillances, mais encore elle faisait un peu trop chauffer la carte bancaire. Arnaud Larozeur finissait par se demander s'il avait fait une si belle opération que cela. D'autant plus qu'il venait d'embaucher une jeune secrétaire, brune celle-là, avec une bouche et des lèvres dont  je préfère taire  ce à quoi elles faisaient penser. Arnaud ressentait en lui comme un désir nouveau de changement.

*


— Bien sûr, Monsieur l'inspecteur, j'ai tenté le bouche-à-bouche, mais il était trop tard. Oui, j'étais dans mon bureau personnel dont les fenêtres ne donnent pas sur le jardin, hélas. Sinon je l'aurais peut-être entendue se débattre ou appeler. Elle ne se serait pas noyée dans la piscine comme ça.  Vous savez, je suis totalement désespéré. Je l'aimais tellement. Depuis si longtemps que nous étions ensemble…. C'est un drame dont je ne pourrais pas me remettre.

vendredi 10 novembre 2017

Y a-t-il encore une vérité ?


C'est le titre de couverture de Philosophie magazine du mois d'octobre dernier. Je n'ai pas encore lu le dossier correspondant, je me trouve donc quelque peu « vierge » face à la question.

—Le mot « encore » m’arrête en premier. Il présuppose qu'il n'y a plus guère de vérité, et certainement pas une. Si l'objet vérité venait à disparaître, je considérerai que c'est une catastrophe.
— Puis le mot « une ». Une dernière parmi d'autres ? Une ultime survivante ? Toutes les autres ayant explosées en vol ? Heureusement sans doute il n'est pas écrit LA vérité. Celle qui s'imposerait par évidence, conviction, par la force, par obligation, ou tout autre chose du genre.

Souvent je rencontre cette expression : « à chacun sa vérité », ce qui au mieux constitue une forme du relativisme total. Tout ce vaut… et globalement rien n'est vrai… 
À moins qu'il soit proféré : je vais te dire tes quatre vérités ». Pourquoi quatre d'ailleurs ? Ceux qui signifient je vais te dire MES quatre vérités, c'est-à-dire celles qui s'imposent à toi de par ma volonté. On passe du relativisme à la domination.

C'est bien connu, les religions détiennent LA Vérité, et même : la Vérité des vérités. Elles peuvent être par exemple inscrites dans des « tables de la loi ». 
Quant aux mathématiciens, ils ont déterminé des « tables de vérité » qui paraît-il sont d'une implacable logique.
Du côté des « vérités scientifiques », celles-ci ont tellement variées et contredites entre elles au cours des siècles, que je ferais bien une parodie de Brassens : « mourir pour des vérités scientifiques d'accord, mais de mort lente ; d'accord,  mais de mort lente ! » 

« Qu'est-ce que la vérité ? », demanda Ponce Pilate, spécialiste du lavage des mains, à Jésus. Puis il sortit côté jardin.

*

. Et moi, comment je me situe ?
J'observerai cette question sous deux angles : 

— À titre personnel
Il me semble que j’ai toujours eu soif de vérité, dès ma petite enfance, au cœur d'un milieu où se véhiculaient un certain nombre de mensonges.
Au fond de moi-même demeure en permanence une quête de vérité, à commencer sur moi-même.
La vérité que je cherche est une sorte d'accord intérieur, de cohérence de mon existence, avec moi-même, mon environnement, mon entourage, et quelque chose qui « me dépasse », me transcende. Une sorte de vérité supérieure à moi, vécue comme « bonne pour moi », que je perçois sans pour autant en connaître les contours exacts. Elle est ressentie au fond de moi-même quand je me montre honnête avec ma personne, pour autant que je le peux. Cela pourrait se résumer ainsi : parler vrai, agir vrai.
Le critère de référence n'est pas équationnel, explicatif par A+B, il est essentiellement de l'ordre d'un ressenti des certitudes permettant de conduire ma vie dans l'axe de la vérité, dont je ne suis qu'une parcelle d’un ensemble plus vaste que moi-même. Puis-je parler de direction commune ? Je ne sais. En tout cas d'autres personnes rencontrées coïncident avec cet axe par choix. C'est en quelque sorte la possibilité de faire « communauté » par reliance intérieure guidée par un souci de vérité.

– Au titre de mon expérience professionnelle

Au fil des années de ma pratique, j'ai vu progressivement apparaître le relativisme dans ses aspects négatifs, voire néfastes. Rien n’est vraiment vrai, rien n’est vraiment faux. Je recevais des personnes, qui étaient censés avoir atteint une certaine maturité personnelle, engagées dans la société (médecins, enseignants, dirigeants de sociétés…), qui avaient reçu une éducation très permissive, sauf l’obligation de «  bien travailler à l’école et réussir dans les études ». Mais sans balises sur le reste, notamment quant à la personnalité et à la conscience. Tout était possible, tout était ouvert, tout se valait, l'expérience tout azimut et dans tous les domaines constituait le nouveau paradigme. Au milieu de cette multiplicité d'expériences en tourbillons, ils étaient proprement « paumés », et comme sans repères intérieurs, comme un navire en errance, parti sans cartes, sans boussole, sans port à atteindre, sans phare éclairant leur vie personnelle. Dès lors qu'il convenait de « décider par soi-même » (c'est-à-dire ne pas suivre la pente des autres, et de mener sa propre réflexion psychologique, voire existentielle), ces personnes se perdaient et laissaient place à l’angoisse du non-vivre-soi. 
Comment être vrai et vivre en accord avec soi lorsque préside la primauté d’une structuration mentale forte de surmoi ? Comme aurait pu dire Montaigne, ils avaient une tête bien pleine mais guère bien faite. Cela aboutissait souvent à la question : —  « dites-moi ce que je dois faire ! » Avec dans la voix ou l'attitude un véritable désarroi palpable, face à des décisions de choix personnels à prendre qui ne correspondait pas au cursus balisé par autrui. ( se marier, avoir des enfants, gérer une perte d’emploi, se situer dans des conflits interpersonnels, etc.) Bref gouverner sa vie.
Ce n'est pas d'évidence première car, comme dit Lacan :  « la vérité [sur soi] exige qu'on se dérange »

Au début, je tentais d'orienter vers ce que je peux résumer dans la formule « les réponses sont au fond de vous-même », mais je m'aperçus que c'était vain dans la mesure où ce fond de soi n'était  pas perceptible, enfoui qu'il était dans les brumes de l'inconscient et l’absence de ressentis profonds. Comment faire percevoir que pour bien faire, il faut d'abord passer par Bien-Être…
Je me retrouvais face à une faille invisible qu'il faudrait combler avec de la patience et du temps.

— Je sais faire beaucoup de choses pour soigner le corps de mes patients, me dit en substance une femme médecin, célibataire, approchant la quarantaine, j'ignore tout de ce que je dois faire pour diriger ma propre vie personnelle comme je le voudrais, ne plus être dévorée par le métier, rencontrer l'homme de ma vie…. 
J’ai opté pour ce qu'il est convenu d'appeler « la directivité aidante » pour avancer pas à pas vers la conscience d'un « qui je suis » et d'un « comment être » avant de pouvoir aborder un « comment faire » à partir de qui je suis.


Bien entendu, les personnes qui venaient vers moi étaient en difficulté plus ou moins grande. Je ne fais donc pas de généralité. Il n'empêche, les personnes déstructurées psychologiquement par manque de repères personnels fiables, semblent plus nombreuses qu'auparavant.

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Partir à la recherche de la vérité sur soi-même et un long chemin.
Mon chemin de vérité est sous forme de la perception, forte ou ténue, du sentiment d'être dans mon axe de vérité. Il est alors une sorte d'apaisement intérieur. Un : « oui, c'est ça ! ». À l'inverse toute déviance ou chemin de traverse par rapport à cet axe, je le ressens comme un travestissement, une dissimulation et parfois un mensonge face à moi-même.

J'aime la vérité, et les êtres de vérité. Ne pas trop se raconter d'histoires, « se la jouer », déformer ou s'accommoder de demie-vérité sur soi-même. C'est d'abord un sentiment de malaise intérieur, envers moi en premier, envers autrui ensuite, dès lors que je ne me suis pas montré vrai dans la relation.
J’ai toujours toutes sortes de mauvaises-bonnes-raisons pour biaiser avec elle.

*

Quant au concept de vérité absolue ou universelle, c'est une forme de représentation mentale, dont j'ai tendance à penser qu'elle est nécessaire.
Mais c'est probablement aussi une sorte d'aspiration profonde de l'être humain.
En observant les enfants, en pensant à celui que je fus, à cet aspect de moi qui demeure, je fais le constat que l'enfant « à qui on ne raconte pas des choses fausses », et qui vit dans un environnement où la vérité tient une place, se structure beaucoup plus aisément.
Combien de parents se mettent en colère face à l'enfant qui ment !
 C’est sans doute que le parent est lui-même quelque part avide de la part de vérité qui lui manque.

*

« La vérité est rarement pure et jamais simple. » Oscar Wilde


lundi 6 novembre 2017

Sur une consigne

 La consigne de chez Lekévio   n'est pas très facile… mais j'ai quand même tenté quelque chose…

LA CHAMBRE



 Sur cette image belle comme du Hopper, je vous propose :

1) Commencez impérativement votre texte par la phrase suivante : "Je suis née à quatre heures du matin, le 9 janvier 1908, dans une chambre aux meubles laqués de blanc, qui donnait sur le boulevard Raspail." (emprunt à Simone, jeune fille rangée.)



2) Terminez impérativement votre texte par la phrase suivante : "Je vais laisser pousser ma moustache, décida-t-il" (emprunt à Jean-Paul, celui qui écrit sur le mur.)









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Brève rencontre 

"Je suis née à quatre heures du matin, le 9 janvier 1908, dans une chambre aux meubles laqués de blanc, qui donnait sur le boulevard Raspail." Elle avait écrit cette phrase sur un bristol en toile suisse d'une élégance raffinée, qu'elle avait glissé dans une enveloppe parfumée.
 D’une main délicate  elle  remis la missive à ce bel homme brun, aux yeux bleus délavés et à la moustache fine, au costume parfaitement taillé dans un tissu prince-de-galles qui le rendait élégant, tandis qu'ils buvaient un dernier verre au bar. Dans quelques instants cela ferait 24 heures qu'ils s'étaient rencontrés.
 Elle lui demanda expressément de ne l'ouvrir que lorsqu'il aurait rejoint sa chambre d'hôtel.
Elle se garda de lui dire qu'elle habitait en face, et pour faire diversion, demanda qu'on lui appelle un taxi pour la reconduire chez elle. « Le reverrai-je ? »,  songea-t-elle en claquant la portière de la voiture, alors qu'il lui faisait un signe du haut des marches de l'entrée de l'hôtel. 

Il grimpa quatre à quatre les escaliers menant vers sa chambre. Sitôt la porte refermée derrière lui, il prit connaissance de cette phrase, qui le laissa dans la plus grande perplexité. Cette sorte d'aveu intime n'avait guère d'intérêt. Et pourquoi lui révélait-elle son âge, qu'elle ne faisait absolument pas du reste. C’était à l'évidence une femme du monde, intelligente, au front dégagé que des cheveux en chignon mettaient en valeur, aux yeux profonds de madone quelque peu prude et à la fois attirante, tant ses gestes délicats étaient susceptibles de faire naître le désir. Mais il n’avait rien fait pour tenter quoi que ce soit en ce sens.

Depuis son appartement, elle l'apercevait dans sa chambre éclairée, assis sur le lit, le bristol à la main. Un frisson lui parcourut l'échine. Désormais il savait tout. Ce soir elle pourrait dormir en paix.

*

Repris par le tourbillon de la vie, il n’oublia pas cette rencontre particulièrement singulière. Pourtant il avait roulé sa bosse un peu partout et ne manquait pas d'anecdotes piquantes sur ses aventures nocturnes. Cette femme avait quelque chose d’étrange. Il avait gardé le bristol. Lorsqu'il visita un client boulevard Raspail, il se souvint d'elle avec précision, songeant que cela ne pouvait être uniquement une rencontre du hasard. Il fallait qu'il la retrouve. Nommer ce lieu avait certainement un sens. Il parcourut tout le boulevard  cherchant vainement à reconnaître la maison de sa naissance. C'était tout à fait idiot. Mais qui n'a jamais eu de comportements idiots ?

Il revint chaque soir déambulant, depuis la rue du Bac jusqu’au boulevard Saint-Jacques. Persuadé de la croiser, certain qu'elle avait voulu revenir habiter dans l'appartement de sa naissance. Qu'il fasse soleil, qu'il pleuve ou qu'il vente, il était fidèle à sa déambulation quotidienne. Parfois il croyait l’apercevoir de dos, accélérait l'allure, interpellait une dame qui manifestait son étonnement ou une autre qui le rabrouait sévèrement. Il persévérera pendant plusieurs semaines, ne se comprenant plus, lui l'homme rationnel, comment pouvait-il se laissait aller à ces bêtises d'adolescent. Mais il était un homme, un mâle, et même un homme à femmes. 
Ou peut-être l'homme d'une seule femme. Elle.


Toutefois, sans vouloir se l'avouer, il faut reconnaître qu'il était quelque peu superstitieux et pour forcer le destin il crut avoir une idée définitive et imparable pour la retrouver. « Je vais laisser pousser ma moustache », décida-t-il.

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Pour la petite histoire, je connais bien ce quartier de Paris pour y avoir souvent animé des stages… toute une époque, révolue pour moi…!!

jeudi 2 novembre 2017

Politique d’aménagement du territoire


Voilà plus de 40 ans que celle-ci est commencée. Dès le choix de la première acquisition, le regard se tourna vers l'avenir. La prospective se présenta comme une démarche rationnelle et indispensable. Il s'agissait d'élaborer un plan d'action de nature évolutive, les scénarios possibles à partir de la situation du moment ainsi que les suites possibles qui ne manqueraient pas d'arriver. Restait à savoir lesquelles et quand.

La première fut la nécessité d'agrandir l'espace résidentiel compte tenu de l'évolution de chacun et des besoins nouveaux qui apparurent dans le domaine des modifications professionnelles qui avaient pu être supposées dès l'origine. Le nombre de mètres carrés bâtit augmenta.

La deuxième nécessité qui se fit jour bien des années plus tard fut l’obligation de transformations extérieures afin de permettre une meilleure qualité d'accès aux mètres carrés construits. Comme disaient les habitants à cette époque-là : « Sinon ça va vraiment être galère ! ». S'en suivirent des opérations de nivellement, d'assainissement, de voirie et autres choses semblables.

La troisième nécessité fut la conséquence des suites d'une chute sur-invalidante qui rendit indispensable le décloisonnement et le recloisonnement de certaines parois verticales de la propriété, ainsi que de repenser totalement les équipements sanitaires.

La quatrième phase eut trait à un certain confort permettant l'accès au jardin sans l'aide d'une tierce personne. Des travaux de terrassement et l'ingéniosité des personnes compétentes fit merveille.

La cinquième nécessité apparut lorsque les changements élaborés à la troisième phase se montrèrent insuffisants en raison du vieillissement général. Le recours à des nouveaux appareillages sophistiqués, électriques, et probablement prochainement robotisés, se révéla indispensable au maintien d'une autonomie honorable.

Nous en sommes là.
Il est évident qu'une sixième phase, dont dont il n'est pas encore possible de  dessiner clairement les contours, se dévoilera un jour ou l'autre. Il faudra alors faire face à de nouveaux aménagements, à moins, bien entendu, que ne soit mis en évidence l'impératif d'aller sur un autre territoire.

Ce sera alors certainement le commencement de la fin.


vendredi 20 octobre 2017

sornettes et calembredaines.. - 2 -

Après mes longueurs précédentes,
Il est temps de faire court …

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À la campagne
il aimait porter son regard loin
sur les champs prêts  pour la moisson

Quand l’apparition se montra
les épis à la main
il comprit aussitôt qu’en relatant l’expérience
il pourrait se faire du blé

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Bidouillé par AlainX

jeudi 5 octobre 2017

Jade et Camille (2)

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La nouvelle a été supprimée et je remercie tous ceux qui ont pris le temps de déposer un commentaire.
Mon intention est de reprendre mon texte, je n'en modifierai pas, ni le déroulement, ni la fin, mais certaines tournures, phrases et expressions, sont encore à travailler. Ce que je vais faire.

Je le fais comme exercice de travail, puisque je n'ai pas l'intention de publier ou republier cette nouvelle.

Encore merci d'avoir prit la peine de formuler vos remarques.

dimanche 1 octobre 2017

Sornettes et calembredaines - 1

Cette nuit-là, avec elle, 
il avait pris son pied

dans les barbelés

Parfois l’amour déchire
les chairs


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samedi 30 septembre 2017

Bucolique...



Pour le  Week-end

cliquer pour agrandir


Photo AlainX

lundi 25 septembre 2017

Brève rencontre

Nous nous sommes croisés ce WE sur le front de mer. Et quelques mètres plus loin, chacun s'est retourné. Elle, comme moi.
Un petit 180°. De ce fait, on s'est souri. Et en conséquence, on s'est rapproché.

Aussitôt, s'installe une sorte de proximité, pour ne pas dire de complicité. Ce n'est pas la première fois que cela se produit entre Zhandis. C'est d'autant plus renforcé que nous sommes chacun assis sur notre bécane, le même modèle dans la même marque. Un magnifique « six roues » qui permet la rotation sur soi-même puisqu'on a les roues motrices sous les fesses. Nous effectuerons ainsi un 360° gracieux et élégant en deux secondes à peine, chrono en main.
C'est sans doute pour cela que le modèle s'appelle « salsa ».

Aussitôt la conversation s’engage. On dirait deux « bikers »  qui discutent à propos de leur bécane et les mérites respectifs de chacune. Si nous avons le même modèle de base, nous n'avons pas les mêmes accessoires, soit par choix, soit par nécessité du handicap.
La dame a l’âge de la retraite. Sa bécane est toute neuve et rutilante, face à la mienne qui a bientôt cinq ans et ne respire plus la jeunesse. je constate les quelques améliorations faites depuis. Rien de bien déterminant au demeurant.
La question qui fait débat chez les « handicapés professionnels » que nous sommes, a trait généralement aux modalités de recharger des batteries. D'après le constructeur, il faut les recharger chaque soir, et toute la nuit, quelque soit l'usage dans la journée fait avec l'engin. D'après mon fournisseur il faut plutôt attendre que la batterie soit déchargée au moins de 60 % avant de remettre en charge. D'après le fournisseur de la dame, c'est 80, voir 90 % qu'il faut attendre… comme à chaque fois, les arguments s'échangent sur ce terrain. Madame fait remarquer que du coup, quand les batteries arrivent à ce stade, il ne faut plus aller très loin de chez soi sinon cela pourrait être la panne sèche. Je lui précise qu'en ce qui me concerne je n'attends pas si longtemps, même s'il m'arrive d'aller assez loin « dans le rouge » mais c'est parce que j'ai fait une longue balade.
Au final je conclus que de toute façon c'est aléatoire les batteries ! Certaines, bien utilisés, vont durer trois ans, d'autres, dans les mêmes conditions, ont duré un an. ( c’est mon cas!)

— Mais est-ce que c’est remboursé par la sécu ? S'interroge la dame qui ne semble pas rouler sur l'or.
— Très partiellement il y a juste un forfait. Qui couvre environ 20 % du prix d'un jeu de batteries neuves !
la dame retraitée se désole ! 
— Vraiment, ils ne font rien pour nous aider comme il faudrait !


Entre Zhandis qui sont conscients des usages en vigueur, on ne pose pas de question à l'autre sur l'origine de son handicap. Un peu comme on ne demande pas à quelqu'un qu'on visite en prison pourquoi il a été condamné : est-ce qu'il a étranglé ? Violé ? Trucidé ? Dévalisé une banque ?
On attend que l'une ou l'autre des personnes estime avoir à donner des explications sur sa santé.

Lorsque j'étais jeune, et que l'on me demandait : — « qu'est-ce que vous avez eu ? », je répondais systématiquement : — « En ce moment, j'ai un gros rhume ! ».

Et là, suite à une question que je pose « vous n'utilisez pas les repose-pieds », elle me répond :
— Non, ça me fait trop mal si je pose mes pieds sur le sol ou sur le repose-pieds. J'ai une polyarthrite rhumatoïde déjà fort avancée et je suis en permanence sous morphine.

Là encore, il est d'usage de ne pas compatir outre mesure, parce que un Zhandi respectable, sait très bien que globalement, la compassion des autres avec leur sourire en coin d'où dégouline de la pitié mielleuse et poisseuse qui vous tâche partout, on en a rien à foutre !  On préfère que l'on nous considère comme une personne à part entière. Et ce serait déjà pas mal si c'était ainsi !
On s'en tiendra donc à la technique médicale. 

— Ah !, Dis-je, vous mettez des patchs je suppose ?
— Hélas, non, Monsieur, ma peau ne les supporte pas.
— Il y aurait une solution, que je rétorque, il suffirait de changer de peau !…
— Ah ! Vous avez de l'humour ! C’est ce qui compte, hein, Monsieur, c'est de toujours garder le moral !

Et le moral, elle semble l'avoir. Elle se montre enjouée et tout sourire.
Puis, s’échangent quelques propos sur la pluie et le beau temps, le beau temps surtout, la mer d'un bleu intense et la lumière très pure, bien plus pure que l'été, et ce soleil qui nous inonde et nous réchauffe.
Et c'est ainsi que nous nous quittons.

Quand même, je ne puis m'empêcher de penser ensuite à mon père, qui lui aussi eut une polyarthrite  rhumatoïde invalidante qui le fit énormément souffrir. En ce temps-là, la morphine était prohibée.
Cette saleté abrégea ses jours. Bien sûr, en bientôt 30 ans, on a fait bien des progrès. Il n'empêche que je ne connais pas de personne avec ce diagnostic qui ait fait de vieux os.

Reverrai-je un jour cette dame ?
Ce qui semble certain : on ne dansera pas la salsa ensemble…




samedi 16 septembre 2017

À celles, ceux, qui ne sont plus là…



C'est à vous que je pense ce matin, vous qui m'avez fait devenir ce que je suis, vous qui m'avez aimé, aidé, conseillé, fait découvrir, militer, changer, progresser. Vous par qui je me suis remis en chemin de vie, qui m'avait montré les carrefours possibles, les routes préférables, les écueils à contourner, la montée vers les sommets et la descente dans les profondeurs. Vous qui m'avez ouvert les portes de l'intériorité. Vous m'avez permis d'accéder à un lieu si intime de la présence  permanente, éternelle, de la vie en abondance.
À vous que je ne peux oublier puisque vos noms sont gravés au fond de moi définitivement.

— C’est d'abord à toi mon père, à toi ma mère, que je veux m'adresser. À vous deux ensemble, Vous avez formé le couple inséparable et fécond qui m'a donné la Vie. Au-delà des difficultés, des péripéties, des épreuves qu'il a fallu traverser, vous avez toujours pris soin de moi. Toi, ma mère, tu m'as donné l'amour dont tu disposais malgré la maladie mentale. Tu me l’as souvent manifesté, certes parfois dans des débordements intempestifs, mais tu n'as pas failli tout au long du chemin. Toi, mon père, contraint par une éducation inadaptée à demeurer distant dans ton amour, tu fus pourtant bien présent et actif, dans la discrétion. Le silence est parfois une certaine proximité. J'ai découvert, après ta disparition, dans les archives familiales combien en réalité  tu avais été particulièrement actif durant mon enfance et ma jeunesse. Tu habites en moi pour toujours. À mesure que je me suis avancé en âge, tu as pris ta place en mon coeur, toujours discrètement, comme un trésor caché dont on sait qu'il est là et auquel on peut faire appel parce que le besoin s'en fait sentir.

— C’est ensuite à vous mes « Maîtres en existence » qu'il me faut rendre un hommage appuyé. Que serais-je devenu si je n'avais pu aller à votre rencontre, recevoir non seulement votre enseignement, mais le témoignage de vos vies données sans désir de retour. Par vous j'ai découvert mes errances de pensées, celle notamment que l'on pourrait être un « self-made-man », alors que toute construction de la personnalité est nécessairement et foncièrement relationnelle.
D’une certaine manière si mes parents m'avaient beaucoup donné, c’est vous qui m'avez tout appris. Vous m'avez appris à aller à la découverte de ce qui sommeillait en moi. De mon potentiel vital. Du chemin d'assainissement d'un passé douloureux. J'ai expérimenté ce qu'il en était d’une remise en vie, en existence, rendant possible le don de soi et l'engagement pour une cause.
Bien entendu j'avais lu cela dans les livres et mon cerveau n'était pas ignare de ces concepts. Restait cependant à « les faire soi », les intégrer, c'est-à-dire les faire passer du monde cérébral au monde de l'intériorité viscérale, génératrice d'action.
Vous m'avez permis de comprendre que j'étais un être humain limité, ce qui m'a mis en chemin de l'humilité, chemin difficile, escarpé, toujours à reprendre parce que la suffisance et l'orgueil guette facilement au dehors et cherchent à rentrer de nouveau par la fenêtre pour asservir.

Par vous j'ai compris qu'une vie n'y suffirait pas. Mais qu'importe. Seul le chemin est l'objectif.

— Viennent alors tous ceux qui ont croisé ma route et ont été autant de pierres blanches sur celle-ci. Quelques enseignants, en particulier mes professeurs de français, de philosophie ;  mes professeur d'université, de droit du travail, d'économie politique, de libertés publiques, de droit civil, qui m'ont aidés à charpenter ma pensée et à m'ouvrir au monde, par la pertinence de leur enseignement.
Comment ne pas citer également quelques compagnons de combats syndicaux et politiques auprès de qui j'ai appris la valeur de la solidarité dans l'engagement, et la stratégie de conquête pour une juste cause, en même temps que le respect de l'adversaire.

— Me traversent à l'instant d'autres personnes, en particulier des amis disparus qui furent des compagnons de partage, d'épreuves, de joies, autant que le soutien dans les difficultés. Ils ne sont encore que quelques-uns à être morts. Je crains que la liste ne s'allonge dans les années qui viennent.

Sans doute en ai-je oublié. Mais je crois avoir mentionné l'essentiel.

*

Cette évocation fait grandir en moi la gratitude pour la Vie. Également la puissance des liens essentiels et leur « éternité », car aucun ne peut disparaître en moi sans m'arracher le cœur. Tous les êtres qui ont vécu me constituent. Ils sont le terreau sur lequel la vie continue de pousser, avec sa singularité, son originalité et son unicité.
Chacun a place en moi, sans confusion, sans amalgame et sans fusion.

Ce sont comme autant de fleurs sur ma terre intérieure. Constituant ainsi un jardin fleuri et multicolore au long de la route de vie. Je le contemple étonné. Il ne cesse de refleurir. Il a cette beauté que je reçois dans un immense merci.




lundi 11 septembre 2017

Mauvaise fortune


Il arriva là où il aurait fallu partir.
On quitte  toujours nulle part, pour aboutir ailleurs.
Il n'en reviendra pas
trop loin, c’est trop loin.

En chemin, les pertes sont intenses
mieux faudrait embarquer sans rien
pour revenir chargé de tout
Tout ce qu'il faudra déposer
trop de fardeaux, c'est trop de poids.

Le destin lui remplit le ventre
bedaine que l'on traîne.
Surcharge pondérale
qu'il ne peut pondérer.

Pour regagner le port
Les passes sont étroites
pour qui navigue à l'estime
sur le frêle esquif
d’une existence incertaine.

Il accosta cependant
pensant s'établir
s’installer
demeurer
pénétrer le sens des choses.

Il ignorait être parvenu à la fin
la vie riche qu'il espérait
était en cessation de paiement.



vendredi 8 septembre 2017

La connaissance de l'autre.

On croit souvent connaître l’autre.
N'y a-t-il pas si longtemps que l'on se côtoie ? On a noué des liens, on s'est même engagé ensemble dans la durée. Et nous sommes allés jusqu'à fonder une famille.

Et puis il nous ressemble tellement ! Il doit certainement être « comme nous  ! »
Nous avons passé tellement de temps ensemble, découvert tant de complicité, partagé si intimement, que nous le connaissons « comme notre poche ».

Et puis un jour, c'est la déception.
— Ça alors ! Je ne le croyais pas capable de faire « ça » !

Alors évidemment, le premier mouvement est de l'accuser de trahison, de nous avoir trompé, de nous avoir égaré, d'avoir été hypocrite, fourbe, machiavélique. Il/elle nous a roulé dans la farine. Ce n'est qu'un menteur. Une petite crapule déguisée sous des apparences de vérité et de sincérité.

Il ne nous viendrait pas à l'idée de s'interroger sur nous-mêmes. Sur notre aveuglement de croire que l'on peut véritablement connaître l'autre, toujours insaisissable, et où se mêlent en lui lumière et noirceur. Nous sommes souvent incapables de reconnaître qu’en cela, oui, il nous ressemble. Car nous avons aussi nos beautés et nos laideurs dans les actions. Et bien souvent nos actes sont pavés de bonnes intentions dans lesquelles l'autre se prend les pieds et se casse la cheville…

Il ne faudrait pas croire qu'il s'agit là de propos pessimistes.
Au contraire, ils sont emprunts du réalisme nécessaire à la réussite véritable de toute relation.
Être naïf et ignorer cette réalité première, c'est aller au devant de ratages mémorables.

Toute relation nécessite à la fois distance et proximité. L'équilibre entre ces deux pôles est difficile et délicat.
les pièges vont de la fusion où on y perd son identité, à la répulsion et au rejet, où on y perd son appartenance à la collectivité humaine et hélas parfois sa propre bonté.

Seule l'observation et la capacité de discerner ce que sont - pour nous - de justes relations peuvent nous faire éviter de tomber dans les pièges… au moins de temps à autre ! …

Et une juste relation n’est jamais, ni parfaite, ni un long fleuve tranquille, ni sans souffrances.

Espérer autre chose relève de la rêverie statique, qui fera encore plus mal lors de l’inévitable réveil brutal.

lundi 21 août 2017

Sans doute un délire…

J'avais décidé de m'installer à l'ombre d'un doute.
À force de regarder les certitudes que d'autres annonçaient dans la lumière, j'étais aveuglé par trop de vérités qui me semblaient tellement frappées au coin du bon sens, qu'elles me donnaient la migraine.

Je me suis donc mis en quête d'un doute.
Un doute unique et solitaire que je pensais trouver facilement dans la ville, écrasée par des lumières. Malheureusement, la plupart des citadins ne doutent de rien. Ils savent tout, puisqu'ils habitent là où réside la connaissance dans des bâtiments construits pour cela.

À la sortie de la ville, s'étalait la campagne. Dans ces étendues paisibles de la plaine cultivée je trouverais certainement. Entre un champ de blé et des coquelicots, devaient bien pousser quelques pensées sauvages à l'allure bleutée que le vent doit secouer jusqu'à les faire douter d'elles-mêmes.

Après une longue marche durant des kilomètres et des kilomètres, sous le soleil accablant et l'atmosphère humide, j'aperçus au loin une forme étrange. Elle montait de la terre. Enfin c'est ce qu’il me sembla. À moins qu'il ne s'agisse de la vapeur d'un mirage. Ne portant nul chapeau ou couvre-chef quelconque, mes neurones étaient presque portés jusqu'à ébullition. De cette grisaille noire, étrange, informe, qu’une ondulation hypnotique empêchait mon regard de regarder ailleurs, sortit tout à coup un doute terrible presque effrayant qui progressa vers moi et me couvrit de son ombre. Figé sur place, je ne pouvais remuer ni le petit doigt, ni le gros orteil.

Voulant pousser un cri, j’ouvris la bouche mais rien ne sortit. Au contraire, l'ombre du doute pénétra jusqu'au fond de ma gorge, descendit dans mes poumons amenant instantanément une difficulté à respirer.  L’ombre me serra le cœur qui se mit à battre la chamade. Mes jambes furent prises de tremblements que mon esprit ne parvenait pas à contrôler. L'ombre du doute se noua dans mon ventre qui devint dur et douloureux.

Figé sur place, incapable du moindre mouvement, j'attendis.

À l'heure où vous lirez ces lignes, sachez que j'attends toujours.

Maurizio



lundi 14 août 2017

Sans retour

Mon été 2017 se déroule sous de forts contrastes. Tout a parfaitement commencé avec 15 jours d'escapade dans le midi où nous avons passé de merveilleuses journées ensoleillées, reposantes, et à la fois culturelle et ponctuées de rencontres intéressantes.
Heureusement qu'il y eut cet épisode multicolore.
Car ensuite ce fut la grisaille.

Au bord de la mer mon ciel commença à s'assombrir. Le vent mauvais des nouvelles alarmantes se mit à souffler soulevant le sable cinglant qui perce les oreilles, vous force à écouter la tragédie d'une vie qui avance vers sa fin.
Alors la nuit sombre se fait définitive pour celui dont je partageais l'amitié depuis 45 ans et même plus…
Le crabe finit toujours par étendre son empire.
  
Le cri de douleur de l'épouse désormais seule, dans la nuit tempêtueuse vrille l'oreille est s'y incruste comme un acouphène. 
La mer ne s'est pas calmée et les essuies glaces sur la route du retour ne nettoient rien dans mes yeux que troublent une eau saumâtre. 

Ainsi va la mort.

La veille, je recevais une photo de lui, assis dans son fauteuil, il souriait , le gobelet de mauvais café à la main. Il faut dire qu'aux soins palliatifs on lui avait retiré les tuyauteries dans les veines, la sonde gastrique, et tout le tremblement…

Il s'en est allé vers cet ailleurs inconnu, que les hommes préfèrent espérer, en écoutant la neuvième symphonie de Beethoven…
Paisiblement nous a-t-on dit.

Dans son cercueil, sous le linceul, je me demandais bien où était passé son corps. Il était déjà réduit à presque rien, lui qui, de son vivant, de sa santé, avait des allures d'armoire à glace.

La dernière fois où je l'ai vu il m'avait dit : "Ne t'inquiète pas, je vais continuer à me battre."

Le combat était bien trop inégal mon  ami ! 
Mais ta grandeur fut de croire en une victoire.  Éternel courageux, volontaire et confiant dans la vie. Tu l'auras été jusqu'au bout.
C'est pour cela sans doute que tu es parti confiant dans la mort. Sans souffrance insurmontable comme je l'ai vu chez d'autres.

Au fond le crabe n'a pas vraiment gagné. Il ne t'a pas emporté.


C'est toi qui l'a quitté.

vendredi 28 juillet 2017

Évolution vs transformation. (tentative 1)


Ma vie préside d'une lente évolution comme l'arbre qui grandit et se déploie.

Dans mon jardin il y a un grand sapin. Il a commencé son existence chez nous dans notre salon il y a environ 30 ans. C'était ce qu'il est convenu d'appeler « un arbre de Noël » que nous avons ensuite planté dans le jardin. Durant 7 ou 8 années il ne s'est pas vraiment passé grand-chose. Quelques tout petits centimètres de verdissement à chaque printemps. C'était tout. Guère de croissance. Probablement que tout ce temps lui fut nécessaire pour se transformer personnellement. Comprendre ce qu'il en était de sa destinée. Il était né en pépinière, son destin était tout tracé, sa vie serait courte. Il subirait une transplantation en pot avec quelques racines. Il séjournerait dans le salon d'une famille, ferait sans doute la joie de quelques enfants, abriterait sous ses branches des cadeaux de Noël. Et puis s'en serait terminé. Il aurait comme tombeau une benne pour déchets végétaux. 
photo du net

Et voilà qu'il se retrouvait replanté, après avoir été transplanté. Quelque chose d'imprévu s'offrait à lui. Il avait sagement appris dans sa jeunesse à être conforme à ce que l'on attendait de lui. Un simple ornement pour Noël et ce serait tout. C'était un destin un peu court, mais on lui avait fait comprendre qu'on ne choisit pas. D'ailleurs, tous ses frères et les autres de la pépinière avaient parfaitement accepté. Pas un seul ne dérogeait à la règle commune, et chacun se souvenait de ce sapin qui avait voulu n'en faire qu'à sa tête… qu’on n'avait pas tardé à lui couper. Que les autres se le tiennent pour dit ! Et puis, de quoi pouvaient-ils se plaindre tous ces sapins à qui était promis à un destin merveilleux : faire la joie des enfants par le don de leur vie ! N’était-ce pas s’assurer un paradis  au royaume des conifères ?

Il prit plusieurs années pour réaliser qu'un plus grand destin l'attendait, tout à son étonnement que, - par il ne savait plus quelle magie  - il s’était retrouvé dans cet environnement inconnu jusque là, voisinant avec des confrères curieux qui ne lui ressemblaient pas tout en étant de bois. Il existait donc des semblables, mais différents ? Ainsi donc le monde vivait de diversités, qui ne se montraient pas nécessairement hostiles ? Personne ne lui voulait de mal, nul ne lui faisait de l’ombre.

Peu à peu il accepta l’idée que devenir lui-même et se développer, ne pouvait nuire à personne, mais au contraire enrichir un bel ensemble arboré auquel il se sentait désormais appartenir. Il avait trouver sa terre d’adoption. Il pouvait accepter de devenir un sapin majestueux qui irait tutoyer le ciel et pourrait prendre la pleine mesure de ses possibles. Cela ne gênerait personne, bien au contraire. Alors il se mit à grandir et se déployer dans le respect de sa nature profonde qu'il découvrait au fur et à mesure qu'il allongeait ses branches et faisait grandir son tronc.
photo du net

Voilà maintenant 30 ans que lui et moi avons fait cette découverte ensemble au fil des ans.

Voilà maintenant 30 ans que je me suis mis à l'écoute de ce sapin et de sa sagesse.

. Il m'a appris l'indispensable équilibre entre verticalité et horizontalité. 

. On ne peut monter haut sans une base solide. 

. On ne peut communiquer avec les étoiles que les pieds enracinés dans sa propre terre nourricière.

.On ne peut progresser sans une introspection intelligente qui s’est affranchie de l’ego pour accéder à l’Être.

jeudi 27 juillet 2017

Pensées des taies … sous l'oreiller… (15)



L'oeuf ne danse pas avec la pierre. 
(Proverbe africain)

Pierre qui roule n’amasse pas mousse
(Proverbe français)

mousse douce dans la fissure d’un mur
naissance d’un nouvel espoir
telle la mousse désaltère au coin  du zinc du comptoir
(Proverbe de bistro)


 Paris vers 1933 par George Brassai





mercredi 26 juillet 2017

Pensées des taies … sous l'oreiller… (14)





Tous les hommes naissent ego
endroit comme envers
et contre tout
Telles sont les lois de la République
qui ne seront pas en principes ôtées.