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mercredi 29 juin 2022

De la distanciation

 

Voici revenu le nécessaire recul. C'est physique, psychique et intérieur.

Je dis revenu, mais avait-il disparu ?


Je me souviens du temps où dans mon groupe professionnel on parlait de la « distance thérapeutique nécessaire ». Nécessaire parce que bénéfique tant au patient qu'à soi-même. Du moins c'est ce que l'on disait. J'ignore toujours si c'est à tort ou à raison. Mais, à la retraite je tente de pratiquer la bonne distance avec moi-même et ce n'est jamais facile ni évident. Monter systématiquement au créneau ou jouer l'indifférence sont toujours les deux écueils dont il faudrait se garder.


Le recul, non seulement est nécessaire, mais il est indispensable à l'équilibre. Le recul n'est pas une fuite ni un désintérêt, c'est uniquement se mettre là où il faut, quand il faut, comme il faut.

Soyons concrets par l'exemple : voilà une bonne quinzaine que je me suis mis en recul de l'actualité comme on dit habituellement « des informations », à savoir tout ce sur quoi je n'ai aucun pouvoir direct. Je ne parle pas de mon actualité personnelle, ni de celle de mon entourage. Là, au contraire la proximité demeure sans se laisser envahir. Là où on ressent une invitation à agir.

Mais pour tout ce qui est de la marche ou de la stagnation de la planète je tente de garder intact mon droit au bonheur, d'autant que j'ai eu largement mon compte pour ce qui est des épreuves et des malheurs.

 Je fuis désormais tout cela à toutes roues ! (expression propre aux handicapés en fauteuil roulant qui se substitue à : s'enfuir à toutes jambes !). En se positionnant à distance on ne perçoit que des échos lointains.


 Lorsque je me tiens en retrait de l'actualité désespérante, je reprends du poil de la vie, de la détente intérieure, du rapprochement de mon intériorité et de la présence aux vraies réalités qui méritent attention. Ainsi en est-il  des souffrances individuelles de certaines personnes de mon entourage, du désespoir de celle-ci, de l'abandon du désir de cet autre.  Mais aussi proche des réjouissances qu'apportent des initiatives bienfaitrices et porteuses de fruits de ce groupe que je soutiens concrètement, ainsi que celles et ceux qui s'engagent pour construire ou préserver les avancées humaines. Mais je pourrais ajouter mon bonheur de voir mes petits-enfants qui grandissent engager leur vie de belle manière et il me semble mieux que moi quand j'avais leur âge.



Paradoxalement, la distanciation est une forme de proximité repensée. Une sorte de « juste distance ». Le qualificatif « juste » étant à géométrie variable selon les circonstances, les personnes et les enjeux. Autrement, ce serait fixité qui arrête la vie.


On pourrait faire un rapprochement avec la théorie de B. Brecht à propos du théâtre ou la distanciation entre l'acteur et le spectateur sert à développer l'esprit critique de chacun. C'est pareil pour la vie réelle ordinaire. La juste distance permet de rejoindre le lieu de la juste appréciation du réel et, par conséquent, de générer la progression synonyme d'amélioration.

C'est en quelque sorte l'inverse du désintérêt.


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PS : pour que les choses soient claires je ne parle nullement de prendre un quelconque recul avec mon blog…, ni avec la blogosphère…


lundi 27 juin 2022

L’Attente.

 

129ème devoir de Lakevio du Goût










Cet homme semble bien triste.
Il pense...
Mais à quoi ?
Sur quoi ou qui se penche-t-il ?
Qu’attend-il ?
Qui attend-il ?
Je n’en sais rien.
J’en saurai peut-être plus lundi.
Je saurai peut-être ce que vous en direz.
J’aurai pensé à quelque chose.
Une histoire.
Une prémonition…
À lundi donc...



L’Attente.


300 € ! C'est ce qu'il a promis pour que j'accepte ce petit service. J'ai trouvé que c'était beaucoup, à la limite je l'aurais peut-être fait gratuitement. Mais bon je n'allais pas cracher sur cette somme. Maintenant, si j'avais su vraiment, j'aurais peut-être réfléchi à deux fois.


Je vis d'une petite retraite et la mensualité de la maison « Le Troisième Âge Rieur » m'en prend pas loin des trois quarts. C'est dire s'il reste peu pour mes petits plaisirs personnels. Alors là ce ne sera pas pour arrondir la fin de mois, mais largement une année. Il m'a demandé d'arriver tôt le matin sur le lieu prévu. Tôt c'était huit heures ! S'il savait qu'habituellement je suis debout depuis six heures. Pas de problème de ce côté-là.


— Vous vous habillez comme d'habitude, sans oublier de mettre aux pieds vos charentaises. C'est important, et il ajouta, ah  oui ! Et aussi votre canne bien entendu.

 J'ai fait comme demandé.


— Asseyez-vous là. Vous verrez ce ne sera pas long.

Il s'est mis de l'autre côté de la rue il a commencé à déballer tout son fourbi de photographe. 300 € pour me tirer le portrait ! Je commençais à me demander ce que tout cela pouvait bien cacher. Quand il a réglé tout le barda, son gros Hasselblad sur le trépied Velbon Sub-65 (oui, je m'y connais, j'ai fait de la photo dans ma jeunesse), il se dirige vers moi pour me faire prendre la pose. Je dois lever le bras gauche prendre un air rigolard et secouer ma canne, façon bâton majorette. J'ai pensé que ce type était un farfelu. Mais au final ça ne déplaît pas de faire le vieux clown. Une fois la répétition terminée il me dit :

— Maintenant, on attend…

Et pour attendre on a attendu…

— Est--ce que je dois garder le bras en l'air ?

— Non non, répondit-il gentiment, je vous dirai quand ce sera le moment.

— Comment vous appelez-vous ai-je demandé tout en pensant que j'aurais dû le faire plus tôt.

— Gilbert Cartier-Bresson, je suis le petit fils d'Henri, le célèbre photographe. J'essaye de me faire un prénom. Et comme vous avez une bonne tête j'ai pensé que je pourrais faire un portrait de vous avec une certaine originalité et en noir et blanc.

— OK, pourquoi pas ! Mais qu'est-ce qu'on attend ?

— On attend le soleil,  son rayon entre les immeubles d'en face. J'ai tout calculé. C'est le bon alignement ces jours-ci. Ça va faire une photo du tonnerre de Dieu !

— Ça va plutôt  être du tonnerre de Râ, ai-je rectifié histoire de montrer que j'avais de la culture égyptienne, mais il a rien pigé, je l'ai vu à son air ébahi. Ces jeunes sont incultes !

 — En tout cas, si vous aviez regardé la météo vous sauriez que le ciel sera gris toute la journée…


On a remi la séance de pose au lendemain, puis au surlendemain, parce que de soleil il n'y eut pas. J'ai commencé à piger pour les 300 €, on en est à 100 la journée C'est au  quatrième jour, qu'enfin Sa Majesté Soleil a daigné se montrer à l'heure dite. Seulement voilà, en ce qui me concerne ce jour-là je suis très  fatigué, tout cela finissait par me stresser trop. Je n'arrive même pas à lever mon bras. Ma canne semble peser  une tonne.

— Deux secondes, je me repose un peu, que je balbutie,  en posant la tête sur le pommeau de ma canne.

 — Vite, a insisté le quartier de Bresson, Le rayon de lumière se déplace, vu que le soleil bouge. Vous serez bientôt dans l'ombre. Levez le bras s'il vous plaît.

Je ne bouge pas, trop fatigué. Et je l'entends dire « Zut ! C'est con ! »  Suivi du bruit du déclencheur une bonne douzaine de fois.

— Bon ça ira comme ça qu'il murmure…


Et voilà le résultat ! Quelque peu raté quand à ses premières intentions plutôt sympas ! Mais bon, je suis quand même dans la lumière.


 Plus tard j'ai appris qu'il avait eu un prix avec cette photo. Enfin, un petit prix. 

Dans le petit club photo du Gilbert Bresson ils n'ont pas fait beaucoup de Cartier.


lundi 20 juin 2022

Le songe d'une nuit d'été identitaire

 


128ème Devoir de Lakevio du Goût





Justement, en cherchant quelque chose dans le foutoir de photos de mon PC, j’ai vu quelque chose.
Une photo que j’ai prise en 2018 du côté de la rue du Faubourg Montmartre.
Elle m’avait frappé car elle posait une question que je m’étais déjà posée il y a bien longtemps.
Ah oui… Que diriez-vous d’y mettre les neuf mots suivants ?

Ciels - Enfer -Tomenteux - Quiddité - Abricot - Climat - Nuages - Tempête - Chaleur

Qu’en pensez-vous ? Bah… On verra ça lundi…







Le songe d'une nuit d'été identitaire


Dominique va régulièrement entendre pousser la chansonnette le soir au fond des bois de Boulogne. Sauf bien entendu les nuits de tempête. C'est une expérience nécessaire à sa quête identitaire. Elle nécessite patience, recherche et attention.

À moins qu'il ne lui faille aller écouter  dans la chaleur bienfaisante de cabarets obscurs et  équivoques des chansons d'amours inadéquates, interdites et censurées par un pouvoir oppresseur. Là, tous sont subjugués par les effets psychédéliques des lumières, les débordements des sons et les vapeurs qui sortent des boîtes à fumées et se répandent au ras-du-sol. Les nuages  de fumée y demeurent alors qu'ils devraient monter vers les ciels peints aux plafonds des théâtres et salles prestigieuses.Ces tromperies et artifices vous arnaquent.  Au ciel pur et bleu de l'extérieur, ce monde-là préfère l'enfermement dans ces lieux illusoires. Regarder le plancher de la scène, se laisser prendre par le climat artificiel de cette fausse joie débridée. Lentement et sans s'en apercevoir on finit par se retrouver en enfer. Celui de sa solitude.


Heureusement, grâce à la bénédiction d'un Boloss, voilà que se produit une rencontre fortuite à la sortie du bastringue. Dominique fait la connaissance  d'un sympathique et joli petit abricot tomenteux, particulièrement attirant et séducteur, qui va faire changer les perspectives en un instant. Voilà que surgit  dans l'univers de Dominique le fruit secrètement attendu d'un autre soi-même. Les métamorphoses sont parfois instantanées. En moins d'une seconde Dominique tombe éperdument en amour devant le fruit défendu, et par la magie des dieux, ce fut immédiatement réciproque et partagé.


Aussitôt s'engage une nouvelle vie, loin de tout ce à quoi on a pu accorder de l'importance. Une prise de conscience, la découverte de l'essence de sa propre personne, sa quiddité en quelque sorte. Ce qui fait être ce que l'on est. Comprendre cette arrivée à la croisée des chemins d'inversion. En route vers les abricotiers, à deux pas de l'abri côtier des destinées communes. Être comme adelphes.


lundi 13 juin 2022

Le projet

 

Devoir de Lakevio du Goût N°127





Ce tableau d’Aldo Balding vous inspire-t-il quelque chose ?
Quant à moi je me demande ce que font ces trois hommes.
On verra bien lundi ce qui sort de nos cogitations…





Le projet


Combien d'années déjà ? Je ne m'en souviens plus. Marc était encore là, avec ses éternelles lunettes de soleil. Il exposait son projet auquel nous avions peine à croire. Moi en tout cas. Luc-le-Rêveur, comme nous l'appelions, avait la tête ailleurs. Il singeait un désintérêt en regardant au loin, cependant j'étais persuadé qu'il écoutait parfaitement et n'en perdait pas une miette. Ça se voyait, à certains moments il haussait les épaules.


Est-ce Sylvie ou Catherine qui a pris la photo ? On me voit de dos. J'aime autant, je ne me suis jamais trouvé beau en photos. Mais est-ce important de se trouver beau ? Sylvie, la femme de ma vie, dit résolument « oui, dans ton boulot c'est important de savoir paraître ». C'est toujours elle qui choisit mes chemises. Je sais que Catherine, la femme de Marc aurait préféré pouvoir me choisir. Elle s'arrangeait toujours pour être à côté de moi sur les bancs de la fac, mais je n'avais d'yeux que pour Sylvie. Luc-le-Rêveur arrivait toujours en retard aux cours et me chuchotait « tu me passeras tes notes, que je recopie ? » Bon prince je le faisais et parfois cette tête en l'air  oubliait de me les rendre. Catherine s'empressait alors de voler à mon secours avec ses propres notes ainsi que l'espérance d'un plus si affinités. Il n'y eut jamais affinités.


On est restés amis et on a fait des gamins. L'été on se retrouve dans la villa achetée en commun, en Bretagne au bord de la mer. Là, il y a l'album de tous nos séjours et je suis retombé sur cette photo. C'est alors que tout m'est revenu. La folie du projet de Marc qu'il n'avait pas oublié et a fini par mettre en œuvre bien qu'il ait dépassé la quarantaine. La construction de ce truc incroyable, l'embarquement avec Catherine sa femme et même leurs enfants pourtant devenus adultes. Et Luc-le-Rêveur, l'inconscient qui a fini par dire oui à Marc. Et puis la suite… le silence interminable.


On n'a revu personne. Jamais. Et les années ont passé. Avec ma Sylvie on s'est senti responsable de garder la villa en état. Après tout nous n'étions pas les seuls propriétaires. Impossible de la vendre tant qu'ils ne sont pas de retour. Et puis on est venu de moins en moins souvent. À présent la vieillesse nous envahit. Elle nous ronge comme la mer qui s'attaque au pied de la villa construite trop près de l'eau.


—  Ils auraient pu faire signe quand même tu ne crois pas, ai-je dit à Sylvie en lui montrant la photo.

— De qui tu parles ? 

— Je parle d'eux voyons ! Ai-je rétorqué en les montrant sur la photo.


Sylvie était encore ailleurs.

— Quand est-ce qu'on rentre ?


Cette maladie  qui lui bouffe les neurones, c'est une vraie saloperie. Tout partait à vau-l'eau. Bientôt elle ne saurait même plus qui je suis. J'avais depuis longtemps compris qu'il ne fallait pas se faire d'illusions comme le laissaient entendre les médecins. Moi-même je n'avais plus d'énergie. D'ailleurs je n'en ai jamais eu pour savoir ce qu'ils étaient devenus. On se perd tous un jour ou l'autre. On n'oublie pas, mais on s'habitue à ce que tout passe sans retour.


— On rentre demain ai-je répondu à Sylvie.

— Mais c'est quand demain ?


dimanche 12 juin 2022

Encore huit jours, puis le bonheur !


Le dimanche 19 juin après 20 heures, entrez dans le bonheur :

(*)


— investir massivement dans les énergies renouvelables

— soutenir le pouvoir d'achat

— assurer une société libre égale et fraternelle

— revaloriser les allocations

— pour mieux vivre par l'écologie

— lutter contre les déserts médicaux et une santé plus juste

— créer au moins 1 million d'emplois

— rétablir la retraite à 60 ans

— adapter notre démocratie au XXIe siècle

— pour une société inclusive

— le retour à la liberté d'expression

— baisser les taxes sur le carburant 

— réformer et consolider l'Europe

— accomplir la transition écologique et sociale

— stop à la corruption

— rejeter le racisme et le nationalisme

— rendre la parole et le pouvoir au peuple

— bloquer et baisser les prix

— reconstruire l'école publique laïque et gratuite

— lutter contre le chômage et la précarité

— pour une France forte et indépendante

etc....etc....etc....etc....


(*) ceci sont quelques énumérations en vrac des tracts publicitaires reçus dans ma boîte aux lettres concernant la vente des produits électoraux, ce jour et la semaine prochaine. 


-o0o-


Évidemment je suis allé voter ce matin.

Mais quand je vois l'indigence et la pauvreté des tracts qui ressemblent beaucoup plus à des campagnes publicitaires qu'à des campagnes électorales…

on finit par comprendre pourquoi bien trop de citoyens s'abstiennent de voter !



mardi 7 juin 2022

De la bienfaisance d'autrui

Très longtemps je fus un solitaire ou plus exactement un isolé contre son gré. L'histoire de ma naissance, de mon enfance et de ma jeunesse débutante témoigne de cela. C'est un état de fait. « On m'a tenu à l'écart », sans méchanceté, plutôt par inconscience. Celui qu'on désirait sans l'attendre. Qu'on espérait encore sans y croire. Et voilà qu'il s'est pointé. La tuile ! Le petit dernier qui encombre partout. Qui prend trop de place même s'il se fait minuscule, ça ne fonctionne pas. S'il se fait envahissant, c'est-à-dire s'il réclame tout simplement sa place légitime, la répression s'abat aussitôt.

Débrouille toi tout seul !

Que faire ? : plein de maladies ? Un truc qui devrait fonctionner quand même ! Une mère, même si elle ne sait pas être une maman, devrait y être un minimum sensible, non ?

Ce sera non ! Malgré de nombreuses maladies dites infantiles, ce sera non.

Alors il faut frapper fort : une paralysie générale, ça va obliger quand même ! Oui, et non… on ne va pas le garder à la maison. Direction le centre de rééducation. Tranquille pour trois ans.

Cependant ce sera le début de la bienfaisance.


La vie commence à 12 ans, vieux motard que jamais !

La vie commence lorsqu'on fait la découverte majeure que pour "être", il est totalement indispensable « d'être avec ». Seul c'est la mort. J'en ai fait l'expérience, je l'ai décrite ailleurs. Allez jusqu'au bord de la mort pour découvrir que là il n'y a pas de vie et qu'il faut revenir vers celle-ci. (Oui je sais c'est idiot de dire que dans la mort il n'y a pas de vie… et pourtant… réfléchissez à cette phrase…)


Alors s'en vient l'expérimentation que de l'acceptation de la dépendance d'autrui permet progressivement de devenir libre et autonome en même temps que sans cesse relié aux autres et aux interactions bénéfiques avec ou pour eux. Merveilleux programme d'apprentissage que jamais je n'ai oublié, même si parfois on déraille à cause de « l'ancienne vie néfaste ».


J'ai écrit ce texte parce qu'aujourd'hui, il y a quelques instants, j'ai fait de nouveaux une petite expérience de cette bienfaisance d'autrui. Ça s'est passé au téléphone, ça semble banal. Un échange sur un embarras pour moi dans lequel je m'enfonçais seul parce que « tu dois toujours te débrouiller tout seul ». La voix chaleureuse au téléphone et les mots qui apaisent. La compétence, le réalisme qui rassure sur la manière de résoudre. Et comment la personne va interagir. L'issue envisagée me sortira d'une entrave, voire d'une impasse.


Parfois je suis un imbécile avec tendance à toujours vouloir trouver par moi-même. Ce n'est même pas de l'orgueil, ni de la vanité, ni un désir de reconnaissance exacerbé, ni des choses de ce genre. C'est comme un vieil impératif qui revient imposer sa connerie. « Tu dois impérativement toujours te débrouiller tout seul, sans l'aide de personne, c'est comme ça la vie d'un *grand garçon*».

La voix de la mère qui n'a jamais su être maman. Le commandement qui la soulage inconsciemment et tristement :  Ce fils tardif doit commencer à devenir autonome dès le berceau et définitivement pour ne plus m'encombrer. (Ma mère se vantait quelle arrivait à positionner mon biberon dans mon berceau de telle sorte que je buvais tout seul et qu'elle pouvait retourner travailler quelques instants. De toute façon si je m'étranglai elle entendrait !. [Témoignage bien plus tard de l'amie d'enfance de ma mère qui reconnût que tout cela n'était quand même pas normal !] - Dont acte )

Pauvre femme enlisée « avec tout ça » dont je n'étais qu'un élément… pauvre femme !




Alors oui, je suis un imbécile quand je me laisse reprendre par cette hérésie dont je me sens pourtant libéré émotionnellement pour la plus grande partie.  Mais le mauvais fonctionnement ressurgit parfois, comme un faux pli sur une chemise qu'on n'arrive jamais à supprimer malgré le repassage, malgré tous nos efforts. Il n'empêche, la chemise demeure digne d'être portée comme telle.


C'est sans doute pour toutes ces raisons que je suis sans cesse habité par l'infinie gratitude que j'éprouve envers bien des personnes qui m'ont « appris à vivre la vie véritable » au long de mon parcours. Et c'est toujours vrai. J'ai écrit « Le passage se crée » pour en témoigner de manière littéraire. Mais ce livre n'est jamais que la surface limpide d'une profondeur qui s'aperçoit peut-être çà et là entre les lignes.


lundi 6 juin 2022

La Lettre


126ème Devoir de Lakevio du Goût


Cette toile de Vettriano me fait irrésistiblement penser à Baudelaire.
Je verrais bien un devoir qui commence par :
« Je logeais dans la maison du principal, et j'avais obtenu, dès mon arrivée, la faveur d'une chambre particulière »

Et qui finirait par :
« Néanmoins un moment de réflexion me décida à attendre la fin de l'aventure. »
Ça, ce serait chouette…




La lettre


Je logeais dans la maison du principal, et j'avais obtenu, dès mon arrivée, la faveur d'une chambre particulière . J'avais terminé la lecture des « paradis artificiels » de Baudelaire. Je me droguais depuis quelque temps, comme hélas c'était le cas de beaucoup de mes camarades de scène. Drogues dures, alcool et cigarettes. Nous étions tous convaincus que c'était nécessaire à l'inspiration et au talent. Une phrase du mec Baudelaire m'avait frappé : « « Dans le sommeil, ce voyage aventureux de tous les soirs, il y a quelque chose de positivement miraculeux». Je crois bien que j'avais fait cette expérience. C'est au réveil que je pouvais créer. C'était miraculeux parce que je pensais que je n'avais aucun talent. Sûrement que c'était faux. Et j'en avais la preuve.


Quel nouveau voyage aventureux allions-nous commencer dans cette bonne ville de Lille. Ça se déroulait dans quelques jours à la Halle de Glisse, les 3 et 4 juin 2022. (*)  On allait se donner en spectacle avec mon groupe. La plupart des soi-disant artistes programmés seront aussi défoncés que moi, comme d'habitude. Du rap, du rap, du rap, encore et encore. Il n'y avait que cela qui comptait pour nous. Il faut dire qu'on avait été disque d'or en trois semaines. Un incroyable événement disait notre « Agent artistique ». Mais les vrais artistes c'était nous, pas lui !


J'étais là, allongé sur le lit, clopant mon troisième paquet de la journée. Ouais, je sais ça tue ! Et moi c'est la vie qui me tue ! Ce soir j'enverrais bien tout balader. Surtout après avoir lu sa lettre. Tu te rends compte : une lettre ! En 2022 ! Incroyable à l'âge de Twitter : une page entière manuscrite ! Elle voudrait que je lui fasse un gosse. Imagine les mecs du groupe m'interpellant :  « Alors, ça va papa ». La honte ! Non, je vais la larguer. J'ai une carrière à faire grimper. C'est pas le moment d'entraver mon destin avec des chiards. On verra dans 20 ans.


Alors pourquoi j'ai le spleen ? Je me Baudelairise ! Mieux vaut ne plus penser à rien d'autre qu'à ça : ma carrière ! Mon triomphe actuel et bientôt je me lancerai dans une carrière solo. Ils ont tous fait ça les autres des groupes à succès. Après avoir raqué un max de thunes  tu les vires et tu continues tout seul. Tu décroches le cocotier en platine !  Que dis-je : une forêt de cocotiers !


C'est à ce moment-là que Sally s'est pointée avec son air de boudeuse professionnelle.

— Qu'est-ce tu fous bordel ! La répète a commencé, on t'attend. Bouge-toi le cul !


Je ne sais pas pourquoi je l'ai trouvée vulgaire.  Ça m'a sauté à la gueule.  Vulgaire! Voilà c'était ça : vulgaire ! J'ai pensé alors à ma meuf du moment celle qui m'avait écrit la lettre. Peut-être c'était pas si con que ça un gosse, là tout de suite. Mais bon, il y avait les concerts, la tournée, je pouvais pas tout plaquer. Fallait profiter de la vie qui passe et ne pas  anticiper un quelconque avenir. Néanmoins un moment de réflexion me décida à attendre la fin de l'aventure du groupe. 


(*)