Voici revenu le nécessaire recul. C'est physique, psychique et intérieur.
Je dis revenu, mais avait-il disparu ?
Je me souviens du temps où dans mon groupe professionnel on parlait de la « distance thérapeutique nécessaire ». Nécessaire parce que bénéfique tant au patient qu'à soi-même. Du moins c'est ce que l'on disait. J'ignore toujours si c'est à tort ou à raison. Mais, à la retraite je tente de pratiquer la bonne distance avec moi-même et ce n'est jamais facile ni évident. Monter systématiquement au créneau ou jouer l'indifférence sont toujours les deux écueils dont il faudrait se garder.
Le recul, non seulement est nécessaire, mais il est indispensable à l'équilibre. Le recul n'est pas une fuite ni un désintérêt, c'est uniquement se mettre là où il faut, quand il faut, comme il faut.
Soyons concrets par l'exemple : voilà une bonne quinzaine que je me suis mis en recul de l'actualité comme on dit habituellement « des informations », à savoir tout ce sur quoi je n'ai aucun pouvoir direct. Je ne parle pas de mon actualité personnelle, ni de celle de mon entourage. Là, au contraire la proximité demeure sans se laisser envahir. Là où on ressent une invitation à agir.
Mais pour tout ce qui est de la marche ou de la stagnation de la planète je tente de garder intact mon droit au bonheur, d'autant que j'ai eu largement mon compte pour ce qui est des épreuves et des malheurs.
Je fuis désormais tout cela à toutes roues ! (expression propre aux handicapés en fauteuil roulant qui se substitue à : s'enfuir à toutes jambes !). En se positionnant à distance on ne perçoit que des échos lointains.
Lorsque je me tiens en retrait de l'actualité désespérante, je reprends du poil de la vie, de la détente intérieure, du rapprochement de mon intériorité et de la présence aux vraies réalités qui méritent attention. Ainsi en est-il des souffrances individuelles de certaines personnes de mon entourage, du désespoir de celle-ci, de l'abandon du désir de cet autre. Mais aussi proche des réjouissances qu'apportent des initiatives bienfaitrices et porteuses de fruits de ce groupe que je soutiens concrètement, ainsi que celles et ceux qui s'engagent pour construire ou préserver les avancées humaines. Mais je pourrais ajouter mon bonheur de voir mes petits-enfants qui grandissent engager leur vie de belle manière et il me semble mieux que moi quand j'avais leur âge.
Paradoxalement, la distanciation est une forme de proximité repensée. Une sorte de « juste distance ». Le qualificatif « juste » étant à géométrie variable selon les circonstances, les personnes et les enjeux. Autrement, ce serait fixité qui arrête la vie.
On pourrait faire un rapprochement avec la théorie de B. Brecht à propos du théâtre ou la distanciation entre l'acteur et le spectateur sert à développer l'esprit critique de chacun. C'est pareil pour la vie réelle ordinaire. La juste distance permet de rejoindre le lieu de la juste appréciation du réel et, par conséquent, de générer la progression synonyme d'amélioration.
C'est en quelque sorte l'inverse du désintérêt.
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PS : pour que les choses soient claires je ne parle nullement de prendre un quelconque recul avec mon blog…, ni avec la blogosphère…







