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Affichage des articles dont le libellé est La vie qui va. Afficher tous les articles
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vendredi 15 mai 2026

Désenchantement

 

 J'ai pris du retard du côté de la blogosphère (mot suranné que l'on n'entend plus guère…)
Dans ma vie, c'est un peu pareil, sentiment d'être en retard avec moi-même.
Me voilà un peu comme le Lapin blanc du pays des merveilles.
Obsession du temps qui file d'un côté, qui traîne à passer d'un autre.
Mais y a-t-il encore un pays des merveilles ?

Je n'ai pas l'intention de commenter l'actualité des temps troublés, commme il y a des années sur ce blog.
Trop vieux désormais. Désabusé ? Découragé ? Indifférent ?
Un cocktail d'un peu tout cela.
N'empêche que je me retrouve dans cette poisse.
Une terrible envie de fuir dans le repli.
Mon temps est terminé. Laissons la place.

Aujourd'hui, anniversaire de deux de mes petits-fils. 14 ans pour l'un, 18 ans pour l'autre. Ça nous donne 14/18… amusant quand une certaine presse nous indique que la nouvelle guerre européenne généralisée a déjà commencé avec l'Ukraine. Avenir sympa pour cette génération des petits-enfants.
 


Trop de choses en ce moment me prennent la tête (comme disent les djeun's)
il faudrait que je la vide…

lundi 27 avril 2026

Présence divine

 

Lu chez Avalon en réponse à un commentaire à propos des blogs :

« Nous veillons les uns sur les autres dans un soutien moral, une présence que je qualifierais de divine puisqu'elle ne s'impose pas physiquement. »

Plus d'une fois, sur mes blogs et dans d'autres écrits, j'ai eu l'occasion d'évoquer la parcelle de divin, sa trace, qui existe en nous. Et il me semble en chaque être humain, quel que soit ses croyances, ses références, ses paradigmes.

Je la ressens en moi, comme je la perçois chez d'autres, au-delà des mots, du discible, manifestation du mystère de la personne que nous sommes chacun et chacune.

Souvent le constat se fait : j'en sais plus sur mes relations via Internet que sur mon voisinage « en live » où cela se situe surtout dans  la convivialité et l'entraide ordinaire entre gens qui, comme on dit : « s'entendent bien ». Mais, sauf exception comme la traversée d'une épreuve, les échanges ne sont guère « en profondeur ». Il en va bien sûr autrement dans d'autres relations de ma vie passée et présente qui demeurent inscrites dans ma vie.

Concernant les blogs, les sites d'échanges, comme le dit avec justesse Avalon : non seulement la présence physique ne s'impose pas, mais elle n'est pas nécessaire à la relation et sa profondeur. Et en ce sens, en effet, la relation tient du divin, c'est-à-dire d'une réalité quasi impalpable, qui nous relie bien au-delà des apparences, des limites du face-à-face et de la présence physique. Nous sommes entraînés à nous rejoindre dans un « en deçà » de la surface des eaux relationnelles.

« Le divin en soi », il faut le rejoindre. C'est un choix d'aller vers lui, même si c'est un état qui nous constitue. C'est comme une aptitude ou une qualité, on peut la développer ou la laisser en friche. Elle ne disparaît pas, mais elle s'étiole.

Le divin permet d'approcher de ce « plus que soi en soi » qui nous amplifie, nous ouvre le corps et l'âme dans une dimension qui comporte toujours sa part inconnue, cet inconnu qui attire et ne fait pas peur. C'est là sa grande qualité.

Mais le début de la citation est très important aussi : veiller les uns sur les autres.
Avalon exprime ce que je vis. Ce qu'elle vit aussi bien entendu : « la veillance ». C'est-à-dire un regard de bienveillance active sur les autres. C'est au-delà du seul désir qui ne peut être qu'un point de départ, qui n'a d'effet que  lorsque le désir génère des actes.

Alors bien sûr il y a des errances et des ratés sur la route. Des abandons, des manques, des incompréhensions néfastes, des négligences regrettables, etc

 Il reste que la parcelle de divin déposée en nous demeure une permanence avec sa dimension d'éternité. Voilà pourquoi je dis souvent que les relations sont éternelles. Elles peuvent évidemment s'arrêter concrètement, mais leur valeur d'éternité est là et ne dépend même pas de nous. 

mardi 21 avril 2026

Peau lisse de caractère

 

La vie se rétrécit comme peau de cuir chagrin.
La lumière intérieure peut vaciller
quand la lumière extérieure s'obscurcit.
L'une dépend de l'autre. 
L'autre dépend de l'une.

Des jours ternes traversent.
Moins de raisons de vivre.
Trop de nuits interminable avant de voir le jour.

Et parfois, la joie, comme un retour du passé.
Une écriture que l'on reconnaît sur l'enveloppe.
Au temps où on s'écrivait via une boîte aux lettres
sur du papier tramé, parfois parfumé.

Dépendre d'une écriture, des mots
qui font beaucoup de bien.
Et pourtant ce n'est que l'alphabet assemblé.

Les mots d'amour rendent fou.
Les mots sales  dégradent.
Les mots doux guérissent.

Parler pour ne rien dire.
Parler pour tout dire.
Parler pour meubler le vide de la tristesse.
Parler  quand se taire fait trop mal.

Écrire ce billet qui ne sert à rien.
Parfois le rien occupe tout

-o0o- 

 


 

  

vendredi 20 mars 2026

Maurice et Mélodie



Voilà !
Comme chaque année
elles sont revenues à Sarralbe, (Moselle),

les cigognes : 

Maurice et Mélodie, 

vedettes internationales.

 



 

Chaque année je viens les observer, sur le toit de la Mairie, jusqu'à ce que les œufs éclosent et que les petits  soient prêts pour le grand voyage… 

 Cette année, il n'y a que deux œufs: le conseil municipal s'inquiète !

 Si ça vous intéresse, ça se passe ici.

vendredi 13 mars 2026

Métamorphose ?

 

Une seconde nous sépare des poissons rouges.
Je lis ça sur le blog de Nicole Giroud

«… l’attention d’un poisson rouge dans son bocal est de huit secondes, alors que celle de tous les jeunes humains habitués à scroller ou à swiper sur leur écran serait de neuf secondes. »
L'auteure conteste quand même quelque peu cette affirmation…
En effet, tous les jeunes ne scrollent pas à s'en user les pouces. Certains préparent une nouvelle civilisation. Elle devrait, paraît-il, être de type « métamorphose », si j'en crois ce que j'en lis çà et là, de type prospectif.
Le mot suppose de profonds changements de nature, de structure, d'organisation, en sorte que demain devrait devenir méconnaissable au regard d'aujourd'hui.
Dont acte.

Cela dit j'en ai vu des métamorphoses chez un certain nombre de personnes. Des changements profonds, avec parfois des retours arrière, mais le plus fréquemment, celles-ci s'inscrivent dans la durée et la consolidation.
On le constate lorsqu'on les a perdus de vue pendant tout un temps.

Le monde des humains ne peut progresser que si chacun essaye de concourir à sa propre métamorphose. Elle ne tombe pas du ciel, ne vient jamais d'ailleurs, mais elle se tient disponible à notre porte.
. Elle est la résultante d'un combat joyeux contre l'adversité.
Aurais-je réussi ce combat-là à la fin de ma vie ?


Lorsque quelqu'un ne nous a pas vu depuis longtemps, on entend parfois :  « Tu n'as pas changé ! » Mensonge poli qu'il faudrait considérer comme un compliment. Néanmoins ça voudrait dire : tu es resté figé dans l'état où tu étais… pff… mais quelle tristesse ! Me voilà statufié ! Remarquez, il y a un peu de vrai, puisque ce genre de propos me laisse « de marbre » !

 C'est bien dommage une personne qui n'est pas en changement, en évolution, en tentative de progression, en désir de s'améliorer et de devenir plus heureux et d'en prendre les moyens, même s'il y a des retours arrière,
« Ne pas changer ? »… C'est triste  à mourir.

En revanche, vouloir  se forcer à changer, ne peux pas être le but du  jeu. Le but c'est l'accomplissement de sa personne par le don de soi. Et c'est cela qui rend heureux profondément. C'est uniquement mu par ce désir, qu'on fait ensuite le constat d'avoir changé.
 Il y a une sorte de paradoxe : on reste la même personne, mais on devient autre.

On ne cherche pas, on  avance sur le chemin. S'il y a quelque chose à chercher c'est où se trouve notre  chemin, car on ne le découvre pas tout de suite. Et puis quels sont les autres qui empruntent le même parcours
Pour ma part, je dirais que je l'ai vraiment trouvé vers 35/40 ans. Avant, j'ai fait des essais. C'était intéressant, parfois passionnant, mais je sentais bien que ce n'était « pas vraiment ça ».
Le signe que c'était enfin « ça », vint lorsque j'ai eu ce sentiment profond d'être à ma place, de pouvoir donner toute ma mesure,  d'être heureux dans le travail et les responsabilités que j'assumais, avec d'autres, au sein d'un collectif de destin. Mais surtout, que cela produisait « de bons fruits » même si tous les fruits ne l'étaient pas, parce qu'on est sans cesse en apprentissage lorsque l'on veut innover.

Je ne suis plus dans ce qu'il est convenu d'appeler « la vie active »… comme si lorsqu'on quitte les activités professionnelles on entre dans une vie passive… on en dit des conneries !

Ces derniers temps, la métamorphose semble renvoyée à des temps ultérieurs.  L'époque est guerrière, par la volonté de quelques dirigeants planétaires avides de gloire morbide. Ils bâtissent celle-ci sur des cadavres entassés à coup de bombes puissantes. Eux, ils sont totalement à l'abri. Pavanant dans leurs immenses résidences ou enterrés dans leurs bunkers nauséabonds. Chaque despote oppresseur prend son fade plaisir comme il peut, à défaut de bonheur auquel il renonce. Être et vivre en paix est pour  le conquistador une aberration.
 
Mais les peuples et les victimes innocentes ne se sont jamais laissés asservir bien longtemps. Et la métamorphose que d'aucuns nous prédisent adviendra inéluctablement. C'est ma conviction.
Porter le regard plus loin, voilà une nécessité vitale 

Mais pour l'heure, c'est d'une tristesse à pleurer, ce spectacle mortifère que la planète nous donne à voir.
Dans cette tristesse, je suis.
 Pourvu qu'elle ne m'envahisse pas totalement. 
Pourvu qu'elle ne disparaisse pas totalement.
------------------
« Il est une tristesse si profonde qu'elle ne peut même pas prendre la forme des larmes » 
Murakami.
 


vendredi 13 février 2026

La nuit porte les mots



L'autre nuit il a fallu traverser des heures difficiles, à cause d'une douleur persistante.
Je tentais de laisser ma pensée se fixer ailleurs que sur le douloureux. Ce n'est pas très évident, mais ça peut fonctionner.

Je me remémorais les gens qui me sont précieux. Les personnes pour qui j'ai de la considération, de l'affection et de l'amour ; celles qui me font le cadeau de leur présence, de leur attention, de leur proximité et de leur compréhension ; enfin, des pensées de ce genre.

Et puis mon attention est revenue sur le mot lui-même « précieux ». J'avais les yeux fermés dans la nuit. J'entendais la respiration douce et régulière de mon épouse qui dormait à mes côtés. Comme une présence silencieuse, à la fois précieuse et bienfaisante. 

Précieux  c'est  parfois comme s'autoriser à prendre contre soi, avec soi, en soi, pas forcément pour signifier une possession [quoi que…] mais une présence.
C'est légitime, et même nécessaire. Sans présence on n'est pas grand-chose. Je ne crois pas au dépouillement de tout. Cela me semblerait un dessèchement, un squelette de soi-même.
Alors bien sûr, c'est centré sur soi, même si existe l'intention et la volonté de redonner ce que l'on a reçu.

Dans la nuit, on peut aussi écrire « pré-cieux », comme la projection d'une promesse qui nous attendrait quelque part… dans les cieux…
Cependant la Promesse nous est faite par la vie et toutes ses composantes d'aujourd'hui. Parmi elles : des religions,  nos enseignants, nos parents, les candidats aux élections  qui promettent le ciel, et bien d'autres aussi comme les arnaqueurs de tous poils (la publicité omniprésente par exemple… : « le bonheur est dans le dentifrice »).

 Me vint un extrait de la chanson de Brel, Orly : « ils vivront de promesses qui ne feront qu'attendre ». Il est question d'un couple, mais c'est bien plus large que cela. On ne cesse de nous dire qu'il faut attendre, que ça va venir. … Mais quand ?

Avouons-le, combien de fois nous voudrions quand même y croire quelque peu en déposant notre bulletin  dans l'urne. Combien de fois nous serons encore déçu(e)s. 

Comme si tout devait nous arriver d'un « ailleurs ». Mais le précieux est en nous, « ici-bas », dans cette extraordinaire  dynamique appelante du fond de notre être, un moteur intérieur, une pulsion centrale qui vient des tripes et qui nous entraîne dans l'existence. Notre accomplissement et peut-être notre bonheur ne sont ni dans les nuages, ni dans la conquête de l'espace ou de l'univers pour les plus entreprenants des Chino-américano-russes, ni dans l'extraction pétrolière, ni dans le transhumanisme, ni dans la folle croyance en une Supériorité quelconque. Et encore moins dans « de l'avoir plein nos armoires » comme le chantait Souchon 

Le précieux réside dans la confiance que nous faisons en notre propre potentiel, en celui des autres pour ensemble développer des réussites collectives, petites ou grandes. 
L'humanité vient tout juste de naître.

Je me suis endormi. La douleur avait décidé de me foutre la paix.

mardi 2 décembre 2025

La personne abandonnée



Combien furent-elles/ils, les abandonné(e)s, à venir dans mon cabinet de consultation ?
Je n'ai pas décompté. De nombreuses personnes en tout cas. Sans vouloir catégorier on peut toutefois quelque peu distinguer :

— Les « abandons objectifs », à la naissance, « né sous X », ou la mère décédée dans la toute petite enfance, et autres cas particuliers comparables.

— Les gens qui vivent le « sentiment d'abandon » jusqu'au plus profond d'eux-mêmes  par celles et ceux qui avaient en charge leur éducation, à commencer par les parents, et en premier la mère. Sentiment ressenti fréquemment dans bien des circonstances, à l'école, puis adulte et même plus tard jusque dans leurs relations amoureuses.

Ces accompagnements se déroulent fréquemment dans la durée et selon mon constat, celle-ci est plus longue avec les hommes. Je n'en fais pas une loi générale,  c'est uniquement mon expérience. Je crois que l'homme, même s'il s'en défend généralement, est plus fragile dans la mesure où il cherche à s'en sortir  par rebondissements successifs, suivis souvent d'échecs successifs.
Les femmes ont une capacité de résilience plus intense. Elles accèdent plus facilement à la profondeur de leur personne. Elles sont plus matricielles. Plus intériorisées.
Plus proche des aspects émotionnels, relationnels, sensoriels et spirituels.
On me dira que je schématise et simplifie. C'est partiellement vrai. Je n'écris pas ici un traité sur tous ces sujets…

Le sentiment d'abandon est souvent complexe. Les situations très différentes. L'enfant a été « bien éduqué », selon les principes reçus, la lignée familiale, le milieu, les théories éducatives de l'époque parfaitement appliquées.  Bref, les parents ont fait comme ils pouvaient avec ce qu'ils étaient.  Des parents ordinaires, pas plus mauvais  ou meilleurs que d'autres… ou que moi-même…

Et pourtant l'adulte continue à se sentir comme ayant été abandonné. À 40 ans il/elle continue à en souffrir. Dans sa fratrie,  la personne considère être celle dont on s'occupa bien mal. On préférait les autres frères ou sœurs. Parfois la jalousie s'installe et justifie des processus de vengeance plus ou moins subtils, moraux ou physiques. Cela n'arrange rien, développe fréquemment une forte culpabilité destructive. Autrement dit : l'impasse.

Dans le long travail que  j'ai  entrepris sur moi-même pendant plusieurs années, je fus confronté au « sentiment d'abandon » qui me  fit remonter  à ma petite enfance avec des spasmes d'étouffement devant ma thérapeute. Mais qui donc m'étouffait ainsi ? 
La clé arrivera plus tard, par une amie de ma mère : Ma mère m'enfonçait le biberon dans la bouche. Elle le faisait tenir avec des coussins, puis allait s'occuper des clients dans la pièce à côté.
C'est passionnant de pouvoir vérifier certains ressentis en thérapie par une explication objective d'une tierce personne de l'époque. On se dit qu'on ne s'est pas leurré durant la séance sur la réalité objective, sur le factuel de l'époque.
 Et en plus il paraît que Madame ma mère était fière de cette manière… de m'abandonner… pas étonnant que je déteste le lait depuis toujours…
Néanmoins le travail fut long… mais bénéfique…

Et aujourd'hui ? L'angoisse de l'abandon a disparu. Une crainte demeure quand je me sens en état de faiblesse, de grande dépendance. Je continue en ces cas-là à penser que tout  le monde finira un jour ou l'autre par m'abandonner… et que j'y perdrais la vie.

Je m'en sors en revenant à cette certitude de mes liens intérieurs les plus profonds. Cette sorte  de reliance fondamentale et fondatrice à ce « plus que moi en moi » qui fait mon identité d'être humain unique au milieu de mes semblables uniques. Nous tissons l'étrange toile de cette immense tapisserie planétaire  dont je suis un fil. 

Cette confiance demeure chevillée au corps que la solidarité finira toujours par triompher de l'égocentrisme mortifère. J'en ai  l'expérience. La lutte contre les séquelles de la polio était vouée à l'échec si elle avait dû se dérouler en solitaire. Je démontre cela le mieux possible dans mon livre « le passage se crée » : le passage de la mort à la vie. Je n'ai de cesse d'en remercier les vivants. Les vrais !

jeudi 20 novembre 2025

Novembre éparpillé en mots.



 

Le ciel est très gris.
La terre est blanche. 
Il neige.
Entre les deux, des flocons descendent en rythmes différenciés.

La fenêtre sépare le chaud et le froid.
Différence théâtrale.
Le spectacle se déroule sur la scène. Pas le spectateur.

Dans ma vie d'aujourd'hui.
Exit l'acteur ou metteur en scène de vie, comme je l'ai été [ou croyait l'être] dans mon parcours professionnel.
L'eau de l'existence débordait, jaillissait, bouillonnait. Elle me donnait raison d'exister et d'essayer de servir.

Je relis mes écrits publiés de 2005 à 2015 
 (« 120 pensées plongeantes » éditions TheBookEdition).
 Je  m'en étonne. Tout cela était-ce bien moi ? Comme si un autre avait vécu ce temps-là, puis s'était enfui. 

Je suis désormais une eau à l'agitation calmée, au bouillonnement dormant, à la patience énervée, à la sagesse turbulente, la retenue explosive.

Où faut-il m'investir désormais ?
Sans doute aller au bout de mes engagements post-professionnels, là où on me sollicite encore. Est-ce suffisant ? 
Comment être inutilement utile ?

La neige faiblit et s'arrête.
Reprendra-t-elle ?
Le flocon redeviendra de l'eau et la pelouse verte.
Rien n'est pérenne.

L'arbre n'a plus de feuilles mais il n'est pas mort. Il a le sommeil du juste.
La sève neuve reviendra. Il le sait et l'attend

Je me sens proche du sommeil
engourdi comme la nature.

Novembre, morne transition nécessaire. 

mercredi 12 novembre 2025

Le jour d'après

 Hier, 11 novembre, le jour difficile de l'année. Je n'y ai pas vraiment échappé, mais au moins il ne m'est pas arrivé les aventures terribles de certaines années, qui se sont plus d'une fois terminées à l'hôpital !
« Le syndrome d'anniversaire » explique celles et ceux qui réfléchissent. Et quel anniversaire, penseront peut-être mes lectrices et lecteurs qui connaissent de quoi il s'agit.
J'ai lu en son temps les théories de Anne Ancelin Schützenberger, sur le transgénérationnel. Je n'ai pas été convaincu. D'autant que ces théories n'ont jamais été confirmées à ce jour par la psychologie moderne et les neurosciences.

Je crois beaucoup plus à la mémoire traumatique. À la date anniversaire le cerveau rejoue la réponse émotionnelle qui lui est associée. C'est quasiment scientifiquement démontré. J'aurais pu servir de cobaye. Il s'agit d'une réminiscence tant physiologique que psychologique. J'en ai l'expérience dans mon cerveau, dans mon corps et dans ma chair, pendant maintenant plus de 40 ans, car il a fallu que les années passent avant que la mémoire traumatique fasse son apparition. Je dois être un mec à effet retard !

Dans cet ordre d'idées, je visionne avec grand intérêt le feuilleton actuel à la TV qui montre les effets traumatiques dans la durée des victimes des attentats du 13 novembre.
 

Et cependant le transgénérationnel évoqué plus haut ne me laisse pas non plus totalement indifférent.
Le 11 novembre : l'armistice du 14 18. Une guerre qui frappa ma famille (comme tant d'autres évidemment…), rendit mon père orphelin de mère, et d'autre de son village natal. Ce grand-père taiseux qui avait au fond des yeux quelque chose de terrible que je n'identifiais pas lorsque j'étais enfant. Mon frère confirma dans les écrits familiaux qu'il y avait une forme de terreur étouffée en lui.
J'ajoute pour la petite histoire qu'il est mort peu de temps avant le 11 novembre de cette année-là.

Voilà. Cette année encore je ne passe pas à côté, mais cette année, aucun malheur personnel supplémentaire. Je ne me suis pas cassé l'autre fémur, pas cassé un doigt de l'autre main, ni l'autre poignet, ni un grave incident cardiaque qui me donna aux urgences, etc. ni quelques autres bricoles dont je fus coutumier.
Non, rien de tout ça, alléluia !
Comme quoi, il peut encore y avoir des progrès personnels dans le grand âge !

Rendez-vous le 11 novembre 2026, si toutefois la nature, Dieu ou son fils (paraît qu'il n'aurait pas de fille, c'est la raison pour laquelle il nous envoya son garçon) me prêtent vie jusque-là.
En attendant, portez-vous bien, et continuer à me lire, j'ai besoin de vous, chères lectrices et chers lecteurs.
 

jeudi 30 octobre 2025

La joie d'être


La nuit ne fut pas facile. C'est un peu un euphémisme.
La nuit certains souvenirs sont encore plus gris que les souris.

Et puis le jour à travers le volet qui se lève.
Et puis le ciel d'un bleu immaculé.
Pas le moindre petit nuage et beaucoup de lumière.

Nous sommes de la nature.
Et ce matin la nature est en joie.
Elle dissout les souvenirs nocturnes

Pour parfaire ce bel ensemble, large sourire de ma compagne de vie.

Petit déjeuner en regardant le jardin dont la vie offre son espérance.
En rouge et blanc, la  sauge arbustive ne cesse de fleurir, 
parce que c'est sa mission.

 
Je m'accorde un peu de confiture sur la tartine.
Au diable la consigne du « sans sucre, sinon… ».
Petit écart pour grande joie.
 

*

Un jardin de mes rêves, mais pas le mien !


 

mardi 21 octobre 2025

Narcisse et autre bulbe à Rachid

 

Narcsse - Michelangelo Caravaggio


Il paraît que Narcisse était tombé amoureux de sa propre image qu'il estimait d'une grande beauté. D'aucuns critiquent ce mythe en disant qu'il faut plutôt s'oublier. Mais si on s'oublie quelque part, on risque d'avoir de la difficulté à se retrouver. Il y a des gens qui ont cherché après eux-mêmes toute la durée de leur existence, sans vraiment trouver.

Plutôt que torturer le bulbe d'un narcisse, mis vaut allez en planter en nombre dans son jardin, ça fera fleurir de l'intelligence au printemps.

Mais là n'est pas vraiment ce dont je veux vous entretenir. (Sans pour autant subvenir à vos besoins matériels ou spirituels).
Ce que je me demande : ne suis-je pas devenu jaloux de moi-même ?
Disons plutôt, jaloux de celui que je fus.

Il se fait que cherchant à retrouver un de mes vieux billets, j'ai fouillé et farfouillé dans les archives de mon blog. Et donc j'ai relu un certain nombre de mes billets d'il y a une dizaine d'années et plus loin encore.

J'en ai bien oublié les trois quarts.
Mais qu'est-ce que certains étaient écrits d'une bonne écriture ! (À mes yeux bien sûr…). D'autres étaient d'une audace que je ne m'autorise plus. Suis-je en train de devenir un vieux con ?
« Cons caducs ou cons débutants, quand on est con on est con » chantait Brassens. Eh bien non ! Jeune, je n'étais pas si con que ça. Vieux je le deviens.
Donc me voilà jaloux de mon écriture d'antan. Disons partiellement. Parce qu'il y a quand même du déchet.

Arrête de te flageller, me souffle mon petit doigt, qui a toujours quelque chose à dire, c'est tout simplement un peu plus de maturité. Moins de déconnade mais plus de profondeur (mais, fais gaffe, on peut s'y noyer).

Bon, je vais continuer tant bien que mal, selon ce que l'air du temps m'inspire ou m'expire, selon le raz des jonquilles ou l'altitude de la montgolfière.

Mais, il n'empêche, l'espace de quelques instants, j'ai eu vraiment le sentiment de n'être plus ce que je suis et que je ne le serai jamais plus.
— C'est grave docteur ?
— Oui, me répond-il, cet imbécile ! 

jeudi 28 août 2025

La joie

 


Sur le blog FABULO, blog de La Licorne, il est question de « Joie ».

Voilà un mot qui ne fait pas beaucoup partie de mon vocabulaire. Et pourtant force est de constater qu'elle est en moi, plus que je ne le crois ou ne la perçois. Et depuis bien longtemps.
C'est curieux comme parfois on ne met pas le mot qu'il faudrait sur ce que l'on vit.
La joie comme un jaillissement soudain, quelque peu inattendu, alors que rien ne semble être un terrain favorable pour qu'elle apparaisse.

Je repense à ma jeunesse, aux épisodes de joie, personnels ou partagés, que je n'identifiais pas suffisamment ni clairement dans la grisaille ambiante et triste qui m'environnait. C'est dommage à posteriori, ce manque de conscientisation. Il y aurait tout un pan de mon enfance à réhabiliter.

Et puis, ces trois années en centre de rééducation, plusieurs fois évoquées dans « Le passage se crée », où on ne rigolait pas tous les jours. J'ai beaucoup souffert dans mon corps. S'ajoutait le sentiment d'abandon définitif qui me serrait le cœur et la gorge. Et pourtant, ces instants de joie que j'ai pu vivre et auxquels je m'accrochais comme le naufragé à un débris du bateau qui a coulé. Mon erreur était de ne pas savoir les identifier suffisamment pour les savourer. Je parlais plutôt de petits plaisirs éphémères et somme toute sans intérêt, voire comme de vaines tentatives d'échapper au Destin vengeur. Car il fallait bien payer pour tant d'errance.
 
Jeune adulte, je me suis mis en quête du bonheur. Comme si j'allais pouvoir le découvrir au détour d'une rue. — « Ah, c'est toi enfin, j'arrive, je te suis ! »
Enfin bref, des bêtises.

À l'époque, j'ai lu « Propos sur le bonheur », de l'auteur Alain, avec espérance d'un changement radical. Des années plus tard j'ai choisi le pseudonyme de AlainX, à cause du nom de l'auteur de ce livre. Comme quoi ça me poursuit.

Quand je regarde un dico, j'observe combien j'ai privilégié des synonymes du vocable « joie ». Le mot a longtemps conservé une froideur. La joie ne pouvait être qu'éphémère et inconsistante, une sorte d'ersatz auquel il valait mieux renoncer.

Et aujourd'hui ?
Une conversation téléphonique avec un ami important et que j'apprécie énormément dans une fraternité ancienne, claire, sans nuage et sans ombre entre nous. J'évoquais mes difficultés. Il m'a dit quelque chose du genre : « Tu me parles de [cette difficulté] et cependant tu as une voix joyeuse ! ».
Comment ça ? Ai-je pensé aussitôt, sans le dire. Et en même temps je percevais qu'il y avait au cœur de mes propos et la manière dont je les disais un élan vital qui ne me quittait pas malgré l'adversité. Et à l'entrevoir à travers ses propos, je ressentais une animation intérieure jubilatoire, oh ! Pas très forte bien entendue… mais réellement présente comme une douceur en liesse.
J'ai pensé au bonheur durable d'une amitié indéfectible. Il fallait en remercier cette réalité de l'être humain en partage, en solidarité et en entraide qui fait sa valeur première.

Balayant ainsi mon existence, j'en viens à penser que la Joie a toujours habité au fond de moi, mais que je ne prêtais guère attention à elle. Négligence dommageable. Il est temps que je revienne à cette réalité qui est mienne.
Durant toute une période de ma vie, je fus facilement invité çà et là, parce que je faisais « rire la galerie ». Moi je me vivais comme le clown triste de service qui devait se réduire à ce rôle…

 J'étais con quand même ! 
 

lundi 18 août 2025

Bref passage.

 Bonjour à chacune et à chacun, 

Merci chaleureux aux personnes qui s'enquièrent de mon sort.

Depuis plusieurs semaines, je traverse des temps difficiles, ainsi que celle qui accompagne ma vie depuis tant d'années. À la suite de divers incidents malencontreux, notamment une mauvaise chute de ma part, entraînant des complications  physiques, j'ai perdu beaucoup de mon autonomie. 

Nous sommes devenus en 24 heures, des petits vieux douloureux, car mon épouse est victime d’une hernie inguinale en voulant m'aider. Elle se retrouve assez limitée pour m' assister au quotidien. Le soutien mutuel, quand il existe dans un couple, est une chance extraordinaire.

 En cette période de vacances, impossible de trouver des aides à domicile.  Mon médecin traitant comme ma kiné sont en vacances. Nos enfants sont loin, nos familles dispersées. Heureusement une voisine sympathique nous dépanne le mieux qu'elle peut. « Mais c'est bien naturel » dit-elle…

Dans le quartier, c'est le désert du mois d'août !

Donc voilà : la période est délicate à traverser…

D'autres jours viendront, on verra bien la couleur qu'ils auront… 

Portez-vous bien.

 J'ignore quand je pourrais revenir sur ce blog.

 

jeudi 17 juillet 2025

Prends soin de toi

Parfois on me dit cette petite phrase, en partant, on me l'écrit.
Peut-être un peu plus souvent ces temps-ci, à cause des douleurs dans mon corps qui ont décidé de s'installer durablement depuis trop longtemps maintenant. Je me suis mis à les évoquer sur ce blog. Je ne regrette pas, mais j'aurais mieux fait de m'abstenir. Plus compliqué parfois « en live » parce qu'elles se voient à un moment ou un autre.
Moi-même j'écris cette petite phrase, avec sans doute les mêmes intentions de bienveillance et de protection envers la personne considérée.

Et d'ailleurs je remercie celles et ceux qui ont manifesté leur sympathie à cette occasion.

Mais qu'en est-il au final ? Qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire. Prendre soin ?
Le « care » comme on dit à présent dans la branchitude professionnelle. (Bien que ce mot tend à devenir obsolète, c'est fou comme les nouveaux mots ont une vie courte).
 

Dans le dictionnaire de l’Académie de Médecine 2015, il est défini le care : « ensemble des mesures et actes visant à faire bénéficier une personne des moyens de diagnostic et de traitement lui permettant d’améliorer et de maintenir sa santé physique et mentale ». 
Mazette ! Rien que ça ! Alors, quand on dit prends soin de toi, ça fait quand même un sacré boulot par derrière… mais fort heureusement on dit « de toi », au sens de : le boulot de te soigner t'appartient mon gars, ma fille… ! On ne dit pas je vais prendre soin de toi, non, non, c'est pas mon taf, je suis pas médecin. Tu te démerdes !
OK, c'est pas l'intention quand on dit ça, mais c'est le résultat. Et là, pas possible d'en être fier.

Je préfère les propos de ma chère et tendre qui partage mes misères :
— « Qu'est-ce que je peux faire pour toi ? »
Ça au moins ça comporte une dynamique, c'est une intention réelle, car si j'exprime quelque chose de concret, elle l'accomplit si c'est dans ses possibilités et ses cordes.

Et sinon, vous, ça va ?


jeudi 12 juin 2025

Narcissisme, quand tu nous tiens !


En quête d'un texte, écrit il y a bien longtemps, et que je souhaitais retrouver (ce qui ne fut pas le cas…) je fouillais dans les archives de mon ordinateur. Je m'étonne du nombre de pages que j'ai pu écrire depuis l'an 2000 ! (Avant j'ai perdu la trace de beaucoup de choses).
Je ne compte pas ici tous les textes professionnels dont j'ai pu être l'auteur, travaux de recherche personnelles, diffusées ou pas, articles divers, rapports officiels, conférences etc. je ne compte pas non plus le plaisir que j'ai eu à écrire de multiples lettres avant le temps des écrans.
Incroyable comme je suis un terrible bavard par la plume ou le clavier !

À quoi tout cela a-t-il vraiment servi ?
J'ose à peine ce constat : à pas grand-chose !
Je ne dis pas : à rien, mais franchement c'est juste quelque gouttes dans un océan de productions diverses et variées.
Et pourtant cela occupa des milliers d'heures de mon existence et plus encore.
« Vanité des vanités » aurait dit mon père !

Ce n'est pas que je doute de moi ou que je me renie à posteriori.
 Non, c'est juste le constat du pas grand-chose qu'est notre passage  sur cette petite planète perdue dans l'univers.
Ça relativise, en même temps que ça rend très précieux des instants d'une intensité peu commune qui passent alors dans une dimension éternelle.


J'aurais laissé la trace d'une étoile filante.
Peut-être que l'un ou l'autre qui aura aperçu cet instant d'éternité s'exclamera : « Oooh ! ».
Et finalement, ce sera déjà pas si mal…

mercredi 4 juin 2025

Folie ou nécessité ?


 

Bidouillage AlainX, avec la complicité de l'IA

 

 Contempler, c’est suspendre le faire pour revenir à l’être. 

C’est peut-être une déraison aux yeux du monde, 

mais une nécessité pour l’âme.

 

samedi 29 mars 2025

Hommage


Hommage à une jeune femme et un amour de la fin des années 1960 qui demeurent comme une traînée de lumière qui ne s'éteint pas. Voilà bien des années qu'elle est dans la tombe, quelque part, là-bas, je ne sais où exactement.

Cette chanson de Hugues Aufray me l'évoque toujours. Sa mélodie produit en moi ses effets comme une douce nostalgie. Hélas je ne suis pas étonné qu'elle soit partie bien trop tôt… il est des destins tragiques face auxquels nul ne peut s'interposer.






jeudi 2 janvier 2025

La Pose

Cela fait longtemps que je fréquente le blog de l'artiste GIER.
Une de ses récentes publications, issue d'une séance collective de pose avec modèles à la « Crayonnerie », a amené l'artiste a créé en quelques minutes le dessin ci-contre. Il m'a inspiré un petit texte que voici :
(Vous trouverez à la fin du billet les coordonnées de GIER)

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Cassandre aimait prendre la pose. L'endroit n'avait guère d'importance, cela pouvait être dans la rue, prenant du plaisir à son reflet dans la vitrine d'un magasin. Peu importe que ce soit celle d'une boucherie ou d'une quincaillerie. L'important n'était pas l'activité des commerçants, mais de flatter son reflet qu'elle estimait vertueux.

Ce soir-là elle fut invitée par un groupe d'artistes à la notoriété indéniable, pour servir de modèle. L'idée lui vint de poser comme sur le dessin qui me fut confié. Cassandre masqua son regard derrière son avant-bras et étendit la main paume vers l'extérieur. L'autre main posée sur la hanche elle osa une cambrure qui se voulait à la fois chaste et provocante. Il s'agissait de prendre  plaisir  à exposer la beauté d'un corps qu'elle espérait séduisant pour ces messieurs–dame qui crayonnaient.

Derrière ses yeux fermés, tout était sombre au départ. Puis peu à peu des couleurs apparurent avec une vibration sanguine. Ensuite une sorte de cadre scintillant se forma peu à peu élaborant le cadre d'un tableau qui se dessina plus nettement. Cassandre fut surprise de voir à l'intérieur de l'encadrement surgir de l'ombre un magnifique paysage chatoyant, idyllique, merveilleux, aux couleurs chaudes, à la lumière éclatante sans éblouir. Alors dans le fond de son esprit et dans son ventre qui s'agita légèrement, imperceptiblement, elle entendit ces mots soufflés doucement mais distinctement :
— « Voici que je te donne à voir le reflet de ton monde intérieur ».

Puis, la voix de l'animateur de la séance de pose interrompit la vision :
— « Mesdames Messieurs, les cinq minutes pour réaliser votre dessin sont terminées ». Il arrêta la musique qui diffusait des aire variées durant la création des uns et des autres. Ce jour-là c'était : Le duo des fleurs de l'opéra Lakmé.

Lorsque Eirikr lui montra le dessin qu'il n'avait eu que quelques minutes pour élaborer, Cassandre ressentit une immense émotion. Heureusement qu'elle avait revêtu son châle pour couvrir son corps, car celui-ci tremblait. Elle balbutia :
— « Oh !  C'est trop fort, trop intense ! Pardon, vous ne pouvez pas comprendre mais vous avez dessiné ce que j'ai vu. Merci ! »
Et elle se précipita vers les autres participants pour découvrir leurs œuvres.

Eirikr ne comprit pas bien ce qu'elle venait de lui signifier. C'était juste une ébauche, certes c'était à la fois fini mais pas terminé. Et au final c'est ce qu'il voulait. Bien sûr il ignorait ce qui s'était passé dans la tête de Cassandre. Certes elle avait remué les doigts de sa main droite à plusieurs reprises. Il comprenait : la crampe n'était sans doute pas loin. Ça lui avait donné l'idée des rayons partant du bout des dernières phalanges. Et puis les couleurs en arrière-plan comme le début d'un paysage inachevé, quelque chose qui resterait volontairement en construction, un peu comme l'étaient nos vies, les projets dans nos têtes, longtemps pensés, trop souvent jamais réalisés.

Cassandre et Eirikr gagneraient à se revoir. Peut-être en échangeant sur leur vécu de ce soir-là pourraient-ils comprendre ce qu'il en était des subtilités des liens humains de psychismes à psychismes sans passer par la raison pure. Découvrir qu'ils avaient certainement concouru à l'élaboration du paysage intérieur et intime de Cassandre, chacun à leur manière. Cassandre pourrait sans doute  percevoir et  en comprendre le sens profond de  l'expression « terre intérieure » qui  n'est qu'une  image inventée pour  s'approcher de l'indicible. Il suffit de fermer les yeux longuement dans une circonstance particulière choisie par le hasard,  pour laisser survenir ce qui parfois peut transformer une vie.


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Vous trouverez ici  le dessin de GIER, artiste, autodidacte et original, aux productions variées, que j'apprécie beaucoup.

Voir tout son blog : « Les carnets de GIER »

lundi 4 novembre 2024

L'étranger.

 


Je suis tombé sur un dessin d’Alcide, artiste dont j’ignorais totalement l’existence.
Ce dessin, probablement inspiré par le risque de voir l’extrême droite arriver à l’Élysée
m’a rappelé l’époque où les Algériens vivant en France étaient l’objet de remarques
racistes quand ce n’était pas d’agressions ou d’accusations diverses.
Ce dessin m’a rappelé quelques scènes vécues dans l’enfance.
Mais à vous ?
Je sais d’expérience que parmi les premières choses dont on avertit « l’étranger » qui arrive à la
Gare du Midi à Bruxelles est souvent « Faites attention aux Marocains ».
Les saints étant une petite minorité de la population, il est probable que le dessin donne une idée de ce que risque de devenir la société sous peu, vu la façon dont s’étend la pensée qui a mené à ce dessin…
Que vous ayez été témoin ou qu’un souvenir plus ancien vous revienne, on verra bien lundi ce que vous en pensez…


L'étranger.

Voilà un moment que je regarde ce dessin et que je relis la proposition de « Le Goût », cherchant une inspiration qui ne vient pas. Il y a un côté : trop c'est trop. Trop d'idées terribles qui me traversent, qui défilent dans ma tête, à la télé, dans les journaux, sur un état de la planète où l'étranger doit être rejeté, si possible supprimé. Qu'il aille mourir et se faire pendre ailleurs. Il faut se méfier de tous ceux qui ne sont pas comme nous, qui ne sont que de la racaille à éliminer.

Et tout à coup voilà que s'impose dans ma tête la chanson de Graeme ALWRIGHT « L'Étranger » que j'ai écoutée je ne sais combien de fois dans ma jeunesse et plus tard. Chanson qui est l'adaptation de «The Stranger Song» par Leonard Cohen. Sa mélodie qui est comme une berceuse qui nous piège ou comme une désespérance qui s'étale et envahit peu à peu comme une boue poisseuse.

Chanson dans laquelle il est question d'un autre. Il est question de moi.
J'ai tellement longtemps été étranger à moi-même. Étranger pour les autres parce que trop différent dans ce corps déglingué.
J'ai déposé « toutes [mes] cartes comme une défaite » *

Cette oscillation entre la médiocrité d'une existence qui a perdu son sens, et ce désir d'un « plus loin qui veut atteindre le ciel pour se livrer » *
ils sont nombreux ceux qui ont un désir ardent de relations « vraies », profondes et qui enrichissent. Or pour y parvenir il faut nécessairement sortir dehors, sortir de soi, aller au devant, et découvrir que l'autre, l'étranger, est une richesse qui nous est offerte, justement parce qu'il est autre que moi..

J'ai cette expérience. Une chance sans doute. La vie m'a permis de rencontrer de nombreuses personnes « étrangères », d'autres pays, d'autres continents. Et cependant je ne suis guère allé dans ces pays-là. Je n'ai jamais fait de tourisme à l'étranger. Mais j'ai vécu des rencontres d'une profondeur intense dans le cadre d'un organisme international consacré au développement. C'est en France. Avant de prendre ma retraite, j'y avais des responsabilités et je crois pouvoir dire que j'ai rencontré des personnes d'une bonne trentaine de nationalités différentes pendant des années assez régulièrement. Je précise que les personnes rencontrées n'appartenaient pas à des élites. Je n'avais pas un ami diplomate africain !
Ça fait partie de mes plus fortes expériences positives. Bien sûr ce n'est pas une merveille extraordinaire. On reste toujours un étranger pour l'autre. Au sein de cet organisme, j'ai vécu des tensions et des conflits inévitables dès lors qu'on cherche à se rapprocher, à s'apprécier, surtout à se comprendre « autre » et si possible à s'aimer différents. Les barrières culturelles sont parfois élevées comme les murailles. J'affirme que ce n'est pas impossible pour l'avoir vécu. Reste que je n'ai jamais rêvé d'une paix universelle qui est une illusion dangereuse.

Comme dans la chanson il faut abandonner ses cartes pour un nouveau chemin.
« En bas au bord du fleuve demain
Je t'attendrai si tu veux bien
Là tout près du pont qu'ils construisent » *

Et surtout ne jamais oublier cette réalité, sans cesse répétée :
« Je t'avais prévenue je suis étranger
Je t'avais prévenue je suis étranger... » *
 

* Extraits de la chanson de Graeme ALWRIGHT  




lundi 7 octobre 2024

La fin d'une histoire.

 194ème Devoir de Lakevio du Goût



De fait, quel sens donner à cette toile ?
Qui part ? Elle  ? Lui ? Eux ?
Revient-elle ? Part-elle ?
Qui est la silhouette derrière la fenêtre ?
Celle qui fait partir ou celle qui fait revenir ?
Et qui doit partir ou revenir ?

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Liminaire personnel :
Richard Tuschman, auteur de l'œuvre, est un artiste intéressant, photographe s'inspirant de grandes œuvres de la peinture, qui maîtrise son immense travail de prise de vue et d'éclairage sophistiqués, associé à un grand art de l'utilisation de Photoshop, pour raconter une histoire ou pour nous inviter à en inventer une.
Alors… essayons d'inventer… tout en restant dans la dynamique de l'œuvre qui, d'après l'auteur,  met en scène une séparation…


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Depuis la fenêtre, Jacqueline regarde Mélanie partir, valise à la main, avec son éternel imperméable qui lui donne des allures masculines malgré une chevelure abondante qu'elle ramène sur le cou. Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'elle en a parlé à Gérard, qu'elle a attiré son attention que ce n'était plus « comme avant » et que ça finirait un jour comme ça.

Gérard est descendu avec Mélanie jusque dans la rue. Il y a toujours un ultime espoir. Il faut y croire, se plaît-t-il à répéter souvent. L'optimisme désespérant de Gérard ! À trop vouloir croire au « tout va bien », on finit par ne plus percevoir la réalité telle qu'elle est.

Cela fait deux ans. Deux ans de vie commune à trois. Deux ans d'utopie à espérer qu'advienne ce partage total, cette symbiose magique à laquelle ils croyaient parvenir. Le doux pays des rêves. Mais dans leur for intérieur aucun des trois ne se leurrait, sauf Gérard peut-être.

Les débuts furent merveilleux, bien entendu. Tout leur entourage les enviait, surtout qu'ils avaient l'art d'improviser en public leur magie fantasmée et de transformer les plus belles banalités en expériences grandioses dans tous les domaines. Et puis l'effroyable routine a fini par venir les visiter, les envahir, squatter toutes les pièces et surtout la chambre à coucher commune et ce grand lit pour trio. Après les extases merveilleuses, la fusion des corps, le sublime apparent, le poison de l'habitude a fini par s'installer. Les mêmes scénarios, l'ennui qu'on garde pour soi, et puis le silence, l'absence de mots, la réduction aux gestes et la tristesse qui poisse.

Jacqueline voit Mélanie se retourner vers Gérard. Une vague lueur d'espérance passe devant les yeux de Jacqueline. Et si jamais… Malheureusement Gérard reste immobile, main dans les poches. Le réalisme vient-il de le figer sur place ? Redescend-t-il sur terre ? La Réalité aurait-elle pris place dans son cerveau ?

Jacqueline quitte la fenêtre. Elle s'assied sur le bord du canapé, coudes sur les genoux serrés, la tête dans les mains. Elle pleure.