158ème devoir de Lakevio du Goût
J’ignorais totalement l’existence de Jean Despujols jusqu’à ce que j’apprenne qu’il avait peint en 1925 cinq fresques pour décorer un restaurant d’une rue voisine.
Le sujet du devoir m’ayant tracassé jusqu’à ce matin, je suis allé chercher quelque chose qui rappelle les poissons.
Je vous rappelle que Pâques ouvrait, avec l’histoire d’une résurrection, l’ère des Poissons.
Or, chez moi, « poissons » est intimement lié à « Partie de pêche ».
Ce qui serait chouette, c’est que le devoir commençât par ce « Noli me tangere » qui me fait rire depuis que j’ai appris de quoi il s’agissait et plus encore depuis que j’ai fait du latin…
Je dis ça parce que me revient à l’instant la « Madeleine pénitente » du Titien à qui pas un homme sensé, fût il vêtu d’un linceul, n’aurait dit « Noli me tangere ».
Quant à finir ce devoir, il serait parfait s’il était clos par « J’aimerais être à qui le destin réserve vos secrets. »
Pour les participants qui ont échappé au « Morisset et Thévenot », « Noli me tangere » signifie « Ne me touche pas » et la dernière phrase est de Mr Mallarmé dont j’aime beaucoup les poèmes.
Alors, « à lundi, si le cœur vous en dit » comme se clôt une émission célèbre depuis 1958.
Sana scriptura in corpore sine tactu (*)
(*) : Une écriture saine dans un corps sans le toucher
— « Noli me tangere », que j'ai dit à Marie-Madeleine. Une fois de plus elle voulait me tripoter là où j'aime pas trop.
— C'est pour te ressusciter l'anguille, qu'elle m'a répondu.
Des fois elle prenait un langage de poissonnière, surtout lorsqu'on était dans ce restaurant à poiscaille avec cette fresque des années 20
— Elle m'émoustille au plus haut point à cause de la gaule dressée, qu'elle ajoute.
Des fois, Marie-Madeleine n'a pas des pensées très catholiques. Enfin bref, nous ne sommes pas là pour parler de nos petites affaires intimes.
— Arrête arrête de me touche pas, éructe Patricia Carli dans sa chanson qui passe en boucle dans le resto , puisque demain tu te maries c'est pas maintenant qu'on va baiser alors moi je te dis non, non ! NON !
Ça y est vous-vous souvenez ? Vous l'avez dans la tête ? Hé, hé,elle va vous empoisonner la journée… c'est sûr que si c'était écrit arrête, arrête, noli me tangere, ça aurait pas pu le faire. Comme quoi, des fois, on y perd son latin.
Remarquez, je la comprends Marie-Madeleine, cette fresque où on saisit la gaule pour attraper le produit qui arrive par où on sait bien la saisir, c'est quand même une allégorie des nourritures aphrodisiaques. Mais, je m'égare comme on dit à Lyon ou dans l'Est. N'empêche qu'on nous montre quand même deux mecs et deux nanas et que là c'est plutôt arrête pas, arrête pas ! (arête de poisson bien entendu).
Tout à coup, une pensée subreptice m'envahit : mais qu'est-ce que Mallarmé aurait bien pensé de tout cela ? L'était-il, bien armé ou mal armé, pour cette partie de pêche ? — « N'allais-tu pas me toucher ? » qu'il fait dire à son héroïne, Hérodiade, dont on se demande si elle ne se droguait pas avec un nom pareil. Tout porte à croire qu'il faut pratiquer la fumette pour écrire ça :
(...)
Quant à toi, femme née en des siècles malins
Pour la méchanceté des antres sibyllins,
Qui parles d'un mortel ! selon qui, des calices
De mes robes, arôme aux farouches délices,
Sortirait le frisson blanc de ma nudité, (**)
(...)
En raison de tous ces constats, il y a longtemps que je m'interroge : plus d'une fois j'ai demandé au destin entre quatre yeux, qu'est-ce qui pourrait être le mieux pour moi ? Aujourd'hui, la réponse s'est imposée à mon réveil : j'aimerais être à qui le destin réserve vos secrets. (C'est aussi lui qui l'a dit. Mallarmé et désarmé).
(**) : L’Hérodiade de Mallarmé