vendredi 31 octobre 2014

Mourir pour l'arrosage des champs de maïs ...

En hommage à  Rémi Fraisse, un manifestant de 21 ans, pacifiste, écolo,  qui protestait contre le barrage de Sivens, tué dimanche par un gendarme lui lançant une grenade offensive....

Il n'y a pas eu de bavure" déclare sans vergogne, sans pudeur, et sans même présenter les condoléances de l'État à la famille, le Ministre qui a donné les ordres au Préfet, lequel a donné les ordres aux gendarmes de balancer la purée. (comme ils disent....)

Ça s'appelle : la gauche au pouvoir....



Et avec une pensée pour MF (tard le soir)


Source "Libération"


lundi 27 octobre 2014

Les miens.


Un ami Zhandi me fait parvenir une longue vidéo réalisée pour relater 50 ans de vie du Centre de rééducation où j'ai vécu 3 années de la mienne au début de la décennie 1960. J'y retrouve évidemment des souvenirs dans les photos filmées de ce temps-là, puis des films tournés fin60/début70 (d'après mes déductions). Et aussi les évolutions, agrandissements divers, extensions importantes, constructions nouvelles etc. jusqu'aux années actuelles. Beaucoup d'interviews de soignants de personnels divers, beaucoup de vécu des enfants aux multiples handicaps. 

Sur les années des débuts, en voix off, le Directeur de l'époque (lui-même Zhandi), qui marqua  profondément ma vie (et celle de bien des gens…) et dont je parle dans le livre publié, expose ses convictions, l'engagement de toute sa vie, les conditions d'une remise en vie, la nécessité de se réinsérer dans le monde tel qu'il est, etc.

L'émotion ne fait que grandir à mesure que je regarde le film.
Tant de souvenirs ressurgissent en voyant les "vieux endroits" de ce temps-là. Les immenses progrès aussi dans les dispositifs de soins, les assistances techniques, le matériel, les spécialités, etc.

Des sentiments mêlés sortent tous en même temps. Des larmes sans douleur jaillissent, comme d'ancienne libérations. Et cette intense gratitude,  comme si je n'en finirai jamais de remercier et remercier encore tous ceux et celles sans qui je serais demeuré "le petit allongé définitif" comme dira quelqu'un…
Alors bien sûr il y a ma part, toute ma part, mais aussi toute la leur, celle de ces pionniers (le centre venait d'ouvrir) qui devaient tout inventer en matière de rééducation pour les "cas" comme moi/nous. La passion qui animait certains/nes. Comme s'il fallait vaincre à tout prix le fléau qui s'était abattu en ces années-là où le poliovirus faisait des ravages.

Tous ces gens étaient "les miens", compagnons inséparables d'infortune, combattants incessants, reconstructeurs inlassables de ce que le virus avait détruit,  galériens des salles de rééducation, prisonniers de corps défaillants, en attente de libération espérée, improbable pour certains, garantie pour d'autres, aléatoire pour moi. Chaque matin nous repartions au combat, gagnant les batailles de quelques minutes d'un plus d'endurance à la position debout, triomphant des impossibles proférés, mais aussi dépités, déçus, déposant les armes les soirs des défaites, parce que tel muscle avait de nouveau lâché de trop d'efforts et qu'il faudrait repartir à zéro. Une fois de plus.
Tous cela revenait. 

"Les miens". Ceux de mon état, de notre état, car personne n'en est sorti indemne, personne ne redevint comme avant, jamais. Tous nous avons reçus, tous nous avons remporté des trophées éternels. Mais tous nous sommes restés des Zhandis.

Et puis, chacun s'en est allé ailleurs, on a échangé des adresses, on allait faire un club des anciens, on allait……
Mais non, on est tous partis là où sa vie nous mena. On garda quelques contacts, on se revit quand l'association organisa des trucs. Au final chacun est passé ailleurs, dans l'age adulte. On garda les souvenirs, comme on se souvient des colonies de vacances, sauf que là ça durait des mois et des années et que c'était pas vraiment des vacances…

Et cependant … il y a comme une alchimie singulière qui finit par se faire. Parce que, (et chacun de nous l'a souvent entendu) : 
—  Vous les polios vous êtes à part, vous avez une énergie spécifique rare, qu'on ne rencontre pas forcément dans d'autres formes de handicap.

Je n'y croyais nullement. Jusqu'à ce que je découvre, il y a 5 ans environ, cette Assos. des vieux tordus que nous sommes, qui nous rassemble de toute la France dans des actions singulières pour nos problèmes spécifiques liés au poliovirus à long terme. (et dieu sait s'il y en a….). Les rares,très rares équipes médicales qui s'intéressent encore à nous en France (elles se comptent sur une seule main d'un amputé des doigts), nous le redisent, lors des Congrès médicaux spéciaux que nous organisons.  J'ignore la dose de flatteries qui est mise là, mais je vois surtout chez "les miens" tous âgés forcément, cette énergie-là, qui nous rassemble et se communique, comme il y a plus de 50 ans….
Et puis se sentiment (trompeur sans doute) de tous se comprendre, de se rejoindre à cause de je ne sais quelle appartenance mystérieuse qui nous relie à défaut de nous unir. 

Bien sur je n'ignore pas que dans l'adversité, les épreuves communes, les solidarités humaines agissent comme "par nature" (les victimes de catastrophes naturelles en font l'expérience). On les retrouve chez "les miens" quant il faut s'organiser face à un corps médical qui n'en a plus rien à foutre de nous qui sommes une race en voie d'extinction et aucun médecin actuel ne sait ce qu'est la polio. On n'en parle plus dans les facs depuis lurette. Or, nous et "les miens" savons biens ce qui est incompatible avec nos états, tant sur le plan médecine générale que certaines chirurgies… Parce qu'on a mis au point un centre de ressources international regroupant tout ce qu'on trouve sur les problématiques post-polio à long terme. Nous savons qu'il faut "enseigner" nos jeunes médecins, dialoguer sur les traitements, les choix thérapeutiques.
J'en sais quelque chose personnellement. La réduction de ma très mauvaise fracture du fémur il y a + de 10 ans a été faite dans "les règles de l'art" par un jeune chirurgien des urgences. Rien à dire.  enfin si…. J'ai appris ensuite que vue la forme de mon handicap, il aurait fallu utiliser le protocole MachinChose spécifique, ce qui m'aurait évité 6 mois de centre de rééduc  (2 à 3 mois auraient probablement suffit).
Le chirurgien aurait du contacter l'hôpital Untel à Paris spécialisé dans ce type de réduction. Par tél on lui aurait dit comme faire… 
Bref j'aurais du me casser la patte à Paris…..
Mais pour ce genre de cas, aucune coordination n'existe. Nous avons proposé de faire quelque chose, de réfléchir ensemble, mais…. on nous a fait comprendre que les priorités étaient ailleurs…. On a bien compris le message : — disparaissez rapidement et qu'on ne parle plus jamais de la polio….



Et puis, aujourd'hui, un vieux plouc comme moi, qu'est même pas médecin, qu'est-ce qu'il peut bien dire au PROFESSSEUR JESAISTOU, Chirurgien réputé qui colloque (du verbe colloquer) dans les Congrès Zinternationnaux …
— Ce petit vieux con de polio va quand même pas m'apprendre mon métier !! 




Bon je m'égare : billet trop long.

Je conclus :
Ma vie progresse vers sa fin. Je me réjouis TRÈS profondément de voir dans ce film combien les fondamentaux humains, humanistes, prenant la personne en compte vraiment,  l'enfant dans SA GLOBALITÉ, combien ils demeurent fidèles aux origines dans l'équipe qui s'exprime, dans les propos du Directeur actuel, et de quelques responsables. On sent que ce ne sont pas que des mots langue de pute devant la caméra. D'ailleurs la vidéo étant "interne", ils ne peuvent pas se la jouer. Sauf a perdre toute crédibilité.

Cela nourrit mon espérance et la place totalement dans le réalisme.

Tant qu'il restera des personnes à visage humain et engagées envers ces enfants et jeunes, dont la face est déformée, qui boitent, bavent, crient et ânonnent à défaut de maitrise du langage, cassent tout est font tout tomber parce leurs mains se défilent, se marrent dans des rictus involontairement clownesques, découvrant leur bouche édentée, faute de pouvoir soigner la dentition tant ils remuent la tête sporadiquement et sans maitrise des leurs mouvements … ; plutôt que de rêver d'être tradeurs, banquiers internationaux, starts-up à développement de l'inutile et du futile, marchands d'armes, fabricants de mines antipersonnelle qui arrachent les jambes des gosses des dizaines d'années après la fin des hostilités… (je vous en supplie, faites des dons à Handicap International), producteurs de tabac qui tue, etc… ;   
alors, oui, le monde pourra espérer et espérer encore, et pour se faire je continuerai à donner ma vie, dans les petites engagements que je peux encore assumer.

samedi 25 octobre 2014

Dieu est un chat.


Tout d'abord, autant le dire clairement, j'ai mal dormi. Des douleurs dans le dos. Non, ne me dites pas que probablement « j'en ai plein le dos », épargnez-moi la psychologie à 1,25 €. Ce sont des douleurs mécaniques, liées au système musculaire complexe de l'échine, trop défaillant pour soutenir correctement la colonne vertébrale. Les années de rééducation, de kiné, d'exercices divers ont atteint leur limite. Je conseille à tous les vieux polios comme moi de… ne pas vieillir…
Ce matin, au réveil, j'ai découvert la véritable raison de mon insomnie. Il y avait en moi une question récurrente que je ne m'avouais pas jusque-là. Fort heureusement, mon canard local, en première page, en très gros titre, photo à l'appui, m'a apporté la révélation qui a miné ma nuit, c'est-à-dire cette terrible question :
— Qui sera Miss Nord-Pas-de-Calais ?
En pages intérieures, je découvre la vingtaine de candidates, et là, le grand dilemme, les vieux fonctionnements d'indécision reviennent : 
— Laquelle choisir ? 
Déjà, ce n'est pas facile dans les concours agricoles de choisir la meilleure vache laitière. Là, il s'agit quand même de la race humaine et les critères sont plus nombreux que le volume du pis.

J'ai compris que le choix était difficile, à cause de cette terrible phrase :
— « Le mystère des animaux nous renvoie notre ignorance » prononcée doctement par Alice Ferney sur le plateau de « la grande librairie » (France 5).
Hé oui, nous ne savons rien. Seul l'animal détient la connaissance qui nous est inaccessible.
Alors, j'ai réalisé l'intense admiration qu'il convenait d'avoir pour la gent animale, et, dans la foulée de la pensée profonde de Brigitte Bardot, Matthieu Ricard, ce richissime moine bouddhiste, qui joue au pauvre en s'habillant de chiffons rouges et jaunes, l'a confirmé sur le même plateau, en déclarant :
La baleine à des qualités uniques, l'homme a des qualités uniques. Mais il y a une différence de culture.
Et ça, je l'avoue ça nous emmène très loin dans la profondeur de la réflexion.


Comme ma compagne était présente, nous avons immédiatement pris la position du lotus, pas celle du yoga, celle du Kama-sutra, ce qui nous a permis de pénétrer plus profondément la question.

C'est alors que l'illumination s'est présentée à moi de manière inattendue, aux alentours de 23 h et au bord de l'orgasme :
J'ai dit à ma compagne : — je t'aime, ma petite chatte… 
— Oh, mon Dieu ! Toi mon chat ! 
m'a-t-elle répondu dans une extase intense…





J'ai compris : Dieu est un chat.
— Les Egyptiens avaient raison à propos des chats divinisés.

Alors j'ai repensé à la parole prophétique de Matthieu Ricard (un volume de yoga, 5 volumes d'eau), dans cette même émission :
—  Étendre la bienveillance  aux animaux, c'est mieux aimer les hommes

Personne n'avait encore eu une pensée aussi profonde…

Dieu est aussi dans le Ricard.

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EDIT, Lundi 27 matin :
L'horrible suspens de la Miss Nd-P-de-C a pris fin : la (mal)heureuse élue à la froide beauté des visages insipides et des corps stéréotypés.
Geneviève  de Fond-de-Teint à des rides à se faire...


jeudi 23 octobre 2014

Dialogue amoureux



— Pourquoi n'es-tu pas exactement comme je je te l'ai demandé ?
— Pourquoi tu ne me dis pas les mots que j'attends ?
— Pourquoi tu ne mets pas le pull à col roulé que je préfère ?
— Pourquoi tu ne m'as pas offert le bijou que j'espérais à mon anniversaire ?
— Pourquoi tu ne m'invites pas plus souvent au restaurant ?
— Pourquoi tu vas encore au foot avec tes copains ?
— Pourquoi tu ne me dis pas « je t'aime » aussi souvent que j'ai envie de l'entendre ?
— Pourquoi tu ne rebouches jamais le tube de dentifrice ?
— Pourquoi tu m'obliges à être jaloux de ta secrétaire ?
— Pourquoi trouves-tu toujours les autres femmes plus belles que moi ?


— Parce que tu me fais ch… !

jeudi 16 octobre 2014

Born to be …. exploited


Il fut un temps où c'était du jour au lendemain qu'on retrouvait ses énergies. Même par temps de courte nuit.
Au début, on ne repère pas l'accumulation des toxines. Et puis, le corps est fabriqué pour suivre fidèlement. On le croit invincible, malgré les signaux d'alerte qu'il envoie. Une tasse de café fort, puis deux, puis trois. Un petit verre de whisky, puis deux, puis trois, puis la bouteille. Quelques cachetons, quelques compléments zalimentaires, quelques conseils d'ami(e)s en matière de détox, intox, flytox, et hop !!
Et puis quoi, on n'a qu'une vie après tout ! Mieux vaut brûler à fond que se consumer lentement.
Puis les autres nous soutiennent : 
— Allez  ! Donne-toi à fond pour La Boite !  Le Boss sait se montrer généreux avec ceux qui en veulent vraiment !

Et donc : un rail, un seul. On sniffe seulement le week-end, pour oublier la fatigue de la semaine en faisant la teuf dans la carré VIP jusqu'au bout de la nuit. Faut dire que maintenant on est libre. C'est vrai que le juge a pas mal chargé pour la pension alimentaire, mais au moins les gosses ne font plus chier. Et puis de toute façon on est bien blindé coté tunes. No soussailles !
On fait partie des meilleurs. Ceux qui atteignent leurs objectifs ! 

Mais le bruit court que le N+2 aurait remonté les bretelles du N+1, le vénéré chef direct. 
 — Dis donc, t'as vu tes résultats ? Tu ne vas quand même pas devenir mou du genou ?

Parait qu'on serait pas assez au-delà des objectifs fixés. Pourtant, on les a atteints les objectifs. Oui mais, désormais, le bon collaborateur dépasse les objectifs. C'est la règle. Question de se donner un chalenge  personnel et le respecter. Un peu d'ambition que diable ! 

— Ressaisis-toi, merde ! dit le N+1,  c'est moi qui prends l'engueulade. Tu crois que ça m'amuse de me faire engueuler à ta place ? Putain, t'as plus les couilles ou quoi ? Tu me déçois tu sais ! Beaucoup ! Je te croyais meilleur que ça !

On croyait que c'était un vrai pote le N+1. On aurait fait n'importe quoi pour lui. Il savait tellement motiver et promettre. Et là, c'est comme si votre meilleur ami vous plantait un couteau dans la poitrine. Mais bon, on comprend. On est tellement con qu'on comprend qu'il faut redoubler les efforts. On va y arriver. Il n'est pas question de perdre l'estime de ses chefs. C'est capital. Vital. Et puis quoi, il nous l'a toujours dit, on fait partie des meilleurs…

*

On n'a rien vu venir.
C'est arrivé un dimanche matin, au réveil, vers 13 heures.
Impossible de se lever. Trop bu ! C'est ça, on a trop bu, trop fumé, trop sniffé.
Ça va passer.
Ça passe pas. Tétanisé. Quasi paralysé !

*

Il y a plus d'un an maintenant qu'on est en "arrêt pour longue maladie".
Le psychiatrie est sympa et compréhensif. 
On n'a jamais revu le N+1, encore moins le N+2.
Tout est passé par les avocats. Le chèque fut conséquent.
Retrouvera-t-on du travail ?
Il faudra être patient dit-on. Encore quelques mois de traitement.
Mais, c'est sûr, le marché du travail est très encombré en ce moment.
Faudra être patient.
Ça va surement finir par s'arranger.

*

Inspiré de faits réels dans mon entourage.



mardi 7 octobre 2014

187.


C'est le nombre de billets de blogs non-lus qui figure dans ma liste de flux RSS. C'est dire si je m'éloigne de plus en plus de la blogosphère… C'est un constat. Ce n'est pas le résultat d'une décision.
De ce fait, j'ai été jeter un coup d'oeil du côté de mes statistiques. Sur quatre ans  la fréquentation de ce bloc est relativement stable, avec une légère érosion.  Sur les six derniers mois c'est un peu pareil. Une légère érosion.
Le taux de fidélité à ce blog est de 65 %.
Cela dit, je n'ai jamais compris grand-chose à ce qui était comptabilisé… Je me contente d'observer si je n'écris pas trop dans le vide. Mon sentiment personnel est qu'il y a de moins en moins de lecteurs.

Si j'écris tout cela c'est sans doute que ça me préoccupe. Et en fait, je n'en sais trop rien ! Pourquoi je continue à écrire sur ce bloc-ci ?
— Par plaisir ? — Oui, certainement. Mais le principe de plaisir doit-il régenter ma vie ? Il y a plus intense et plus intéressant que le plaisir. La plénitude d'être par exemple.

— Parce que j'ai des choses à dire ? — Le temps passant, l'attirance pour le silence se fait plus forte.

Voilà un billet totalement inutile, qui véhicule les états d'âme d'un blogueur au long cours. Un billet comme j'en ai lu 50 et plus par d'autres que moi, qui se tirlopotent le cervelet pour savoir si c'est la poule ou l'oeuf qui arrêtera d'écrire en premier…
Cherchant une illustration pour ce billet, j'apprends que 187 est un terme argotique américain pour signifier le meurtre !
Dois-je y voir un signe ?

dimanche 5 octobre 2014

Savoir donner !


Dans la série fossiles… Un texte de consigne d'écriture de 2008 que je retrouve…
C'était peut être chez Coumarine "paroles plurielles" ??
J'avais complètement oublié avoir écrit ce truc .... !
consigne :
Sur la place, une statue qui pointe le doigt : Je vous demande d'imaginer la leçon de morale totalement absurde qu'il est en train de proférer.
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Savoir donner !

- Oh-là ! Vous !
- ???
- Oui, vous madame ! Arrêtez-vous un instant.
- Qu'est-ce que vous voulez ? Je suis pressée!
- Pressée ! Pressée ! Voilà comment vous êtes, vous, les femmes belles et dynamiques, vous qui respirez la jeunesse et la santé ! Prenez quand même le temps de réfléchir à des choses essentielles !
- Je suis pressée vous dis-je ! J'ai d'autres choses à faire que vous écouter...
- Juste quelques questions... Tiens ! Etes-vous heureuse ? Ne répondez pas, je le sens, c'est une affirmation : vous êtes heureuse !
- Oui... Enfin, Je ne suis pas malheureuse en tout cas.
- C'est bien ce qu'il me semblait. Amoureuse ?
- Ecoutez monsieur, ma vie privée ne vous regarde pas !
- Amoureuse ! J'en étais certain. Cela se voit dans votre regard. Et même dans votre corps, svelte, sensuel. Je vous ai vu arriver, vous avez la démarche ondulante des femmes amoureuses.
- Franchement, s'il s'agit d'un plan drague, vous êtes lourd et nul !
- Absolument pas ! J'attire votre attention sur la chance que vous avez d'être belle, sensuelle, désirée, et je suis même sûr que dans l'intimité... Vous êtes une amante ardente !
- Ah ! Ça suffit maintenant ! Je m'en vais. Vous êtes un goujat !
- Attendez ! C'est important ! Avez-vous pensé, une fois au moins, à toutes ces autres femmes qui n'ont pas votre chance ? Celles qui sont tristes et malheureuses, et s'ennuient désespérément au lit... ? Y avez-vous pensé !?
- Ecoutez, il y a toujours eu des gens malheureux, je ne vais pas gâcher ma vie pour autant ! Et puis, que voulez-vous que j'y fasse ?...
- Mais justement ! Vous pouvez beaucoup ! Je suis sûr que vous êtes une femme généreuse, prête à donner pour une grande cause.
- Oui, ... enfin je suis comme tout le monde, je donne au Téléthon...
- Certes, mais il n'y a pas que le Téléthon. Savez-vous que vous pouvez rendre d'immenses services aux femmes qui n'ont pas votre chance, qui n'accèdent pas au bonheur corporel qui est le vôtre ?
- Ah oui ! Et comment ?
- Avez-vous déjà pensé à faire un don d'orgasme ?
- Un quoi ?
- Un don d'orgasme. C'est très facile, il suffit d'avoir sur vous une carte de donneur. Tenez, comme celle-ci par exemple. Vous nous laissez vos coordonnées et en cas de besoin, lorsqu'une femme, un couple, n'arrive pas par ses propres moyens à la satisfaction suprême, on vous appelle et vous faites un don d'orgasme. Vous voyez c'est simple. Et c'est une question de civisme, de morale sexuelle bien comprise. Un geste citoyen en quelque sorte. Et puis, c'est aussi une indispensable question de solidarité entre femmes. De plus, c'est sans risque contaminant, l'opération est placée sous le haut patronage de la délégation gouvernementale à la condition orgasmique. Vous n'avez pas vu le spot télévisé ? et le slogan ? : "le plaisir sexuel ne vaut que s'il est partagé partagé par tous ! Faites un don dès mantenant !"
- Je n'ai pas la télévision. Je suis désolée.
- Dans ce cas, je comprends. Excusez-moi de vous avoir importuné. Mais n'oubliez pas... Renvoyer la carte ! Et vous verrez, au verso, j'ai écrit mon numéro de téléphone personnel.