J'en rêve encore… parce que je suis réaliste…
"Ce que nous accomplissons à l’intérieur modifie la réalité extérieure." (Plutarque)
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, facile et cela n'engage à rien. Vous n'aurez plus à prouver que vous n'êtes pas un robot !


dimanche 30 décembre 2018

Adieu l'amie !


Dans trois jours tu auras disparu. Pendant quelque temps encore, je me souviendrai de toi. Des bons souvenirs que tu as laissés, et moins bon, et peut-être surtout de ce que tu m'as fait découvrir, comprendre de moi-même.
Tu m'as enrichi, à cause de tout ce que nous aurons partagé durant ces 365 jours.

Ma chère année 2018, tu auras marqué un tournant dans ma vie. Tu en fus témoin. Inutile que j'en rajoute. J'ai fait quelques prises de conscience sur la marche du monde et sur moi-même. Non pas au regard de tout ce que l'on raconte et qui nous attend comme catastrophes. Vu mon âge, les annonces catastrophiques j'en ai connues et entendues depuis ma jeunesse. Et jusqu'à présent tout c'est toujours plutôt bien passé pour moi et mon entourage. 

Je n'oublierai pas les belles rencontres, les échanges nourrissants entre amis, l'amour partagé, l'ambiance toujours un peu magique de mon atelier d'écriture « en live », la manière délicate dont ma compagne de vie prend soin de moi, le comité de rédaction auquel je collabore depuis tant d'années qui m'apporte de grandes satisfactions tant relationnelles qu'intellectuelles, et tant d'autres choses que je ne vais pas énumérer plus longuement puisque tu les connais, ma chère année 2018.

Qu'est-ce qui a pu s'incruster de négatif dans ma sensibilité, et qu'il me faudra dissoudre en 2019 ?
Dans l'actualité : probablement l'ampleur du machin appelé « gilets jaunes »
On croit innover dans les modes d'action « populistes », mais déserter la scène politique institutionnelle entretien des illusions. Opposer la « blancheur de la base » confrontée à la « noirceur des sommets », génère des effets pervers, nous apprend Karl Marx, qui avait déjà décliné tout cela en parlant de « l'indifférentisme politique » et des « apôtres de l'abstentionnisme politique » (De l'indifférentisme en matière politique — Marx-Engels, 1873)

Nous y sommes ! Pauvres ex- gilets jaunes, qui  seront les premières victimes de cette errance.
Si cela ne m'énervait pas, j'en pleurerais de  voir remplacer l'analyse politique par des gueulantes stériles sur des réseaux sociaux. Ces modes d'actions individualismes et catégoriels n peuvent  déboucher sur une commune humanité. Ils montrent  en réalité un enfermement autiste et violent, qui ne peut que faire le jeu d'une extrême-droite manipulatrice au sein des gilets-jaunes.
Miss Le Pen et ses sbires n'attendaient que cela pour reprendre du poil de la bête (vous verrez son triomphe aux européennes !) 
On semble avoir oublié la situation catastrophique il y a quelques années des villes aux mains du  Front National : marasme économique, suppression des services publics, mépris des plus démunis, restriction des libertés, etc. 

 Sans compter que cet épisode de révolte a déjà fait plus de 10 morts ! (Tout le monde se fout, soit dit en passant, que les gilets-jaunes soient rouge-sang…) .
Fermer le ban question politique.

Au plan personnel : 2018 m'a envoyé des signaux quant à ma fragilité physique qui s'est accentuée. Je n'y puis rien. Il ne fallait pas choisir Zhandi !
En revanche ma vulnérabilité émotionnelle qui s'en est suivie rend nécessaire un petit travail de réajustement pour intégrer cette nouvelle étape de ma réalité. J'ai un peu mieux compris ce que signifiait « personne vulnérable ». Certes, je ne suis pas encore un vieillard sur le déclin, quoi que… il est d'usage de dire que les polios de mon espèce doivent ajouter 10 ans à leur âge légal.
C'est un terrain sur lequel je travaille à la fois avec mon coach personnel et avec ma kiné.

Il y aura donc de quoi s'occuper en 2019, si toutefois ma modeste présence sur cette toute petite planète est encore souhaitable.

Adieu chère amie, ton temps est accompli.

Je te redis toute ma gratitude pour toutes les bonnes choses que tu m'auras apportées cette année. Elles furent précieuses. Je ne regrette aucun des instants que tu as bien voulu m'accorder.
Tu as été comme tes sœurs, porteuse de bonheur réaliste à qui veut bien t'accueillir pour qui tu es et ne pas attendre de toi autre chose que ce que tu peux donner, c'est-à-dire à la fois tout et bien peu…

 Tu en auras vu des choses passer en 365 lunes. Bonne dissolution dans les milliards d'années-lumière…



dimanche 23 décembre 2018

Noël universel


« Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté » (Luc)

Tout homme sur cette planète peut rejoindre en lui la paix profonde.
Le décider est possible à chacun.

En ces jours, je vous laisse avec Mehdi Aminian et ses amis,
qui fonda le concept de Roots Revival (renaissance des racines en quelque sorte…) un projet culturel international avec des musiciens de différents pays et cultures pour construire ensemble quelque chose d'authentique.


J'ai trouvé que ce n'était pas si mal de vous offrir un de ses concerts, si vous ne le connaissez pas. Laissez-vous faire et savourez.


vendredi 21 décembre 2018

Noël ? Quel esprit ?


C'est un commentaire que j'ai laissé sur un excellent texte de La Baladine, qui écrivait sur ce thème.


L'esprit de Noël c'est une brèche de lumière dans nos ténèbres ordinaires. Les nôtres, celles de ceux qui nous entourent, et de tous ces êtres que nous maintenons dans l'ombre quand on les croise.
L'esprit de Noël c'est la folie de croire que les ténèbres ne seront jamais vainqueurs et que la lumière du vivant traverse et pénètre tout.
L'esprit de Noël c'est de tendre la main pour emmener à la fête celles et ceux qui n'y sont jamais conviés.
L'esprit de Noël, ce sont ces soignant(e)s du centre de rééducation où je fus pendant plusieurs mois il y a quelques années, et qui sont venus « hors service » (c'est-à-dire non payés) la nuit de Noël pour ceux qui comme moi n'avaient pas la possibilité de retourner dans leur famille.
On garde à vie la trace de ce genre de fête parce qu'elles inscrivent définitivement en nous que l'Homme est largement capable du meilleur bien plus que du pire.
La fête des vivants et des espérants bien entendu, pas la fête frelatée proposée par les marchands du temple.

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Mais qu'en est-il pour moi aujourd'hui de cet esprit ?
J'y pensais ce matin au réveil. Qu'est-ce que cela devient face au monde chaotique que nous connaissons ?
Et bien là est peut-être la question : qu'est-ce que nous « connaissons » de ce monde, si ce n'est ce que l'on nous en présente à longueur d'année. C'est-à-dire tout ce qu'il peut y avoir de négatif dans les 197 pays officiellement reconnus par les Nations unies, plus un certain nombre d'autres possessions territoriales.

Par ailleurs, et si l'on en croit les médias qui gonflent toujours tout, la grande majorité des humains seraient, violents, violeurs, agressifs, malveillants envers les autres, destructeurs. Nous serions tous environnés d'êtres menaçants.( Surtout les étrangers d'ailleurs, selon l'algorithme : Migrants = grand danger)
La preuve : les malfaisants sont des millions sur les réseaux sociaux ! C'est donc parfaitement démontré : l'homme est mauvais ! Facebook et Twitter (les algorithmes informatiques qui pensent désormais à notre place) l'ont décidé une fois pour toutes.

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Chaque heure de ma vie que je perds écouter les oiseaux de malheur ou lire les prédicateurs de catastrophes,  c'est du temps  de Vie que je gaspille. Alors que je pourrais le consacrer à mon voisin d'en face qui lutte contre le cancer, à cette femme de mon atelier d'écriture qui s'est faite virer d'une manière abjecte et on a pleuré lors de la dernière séance ( bon c'est vrai, je lui écris un long mail), à cet autre voisin dont la femme vient de se suicider. Bref à tenter de faire un peu de bien autour de moi, avec les quelques forces qui me restent, malgré ma situation délicate et physiquement précaire.

« Aucun acte n'est neutre », déclarait un de mes maîtres. Il nous fait avancer, ou il nous fait reculer. J'ai pesté contre cette affirmation pendant des années. Aujourd'hui j'en mesure l'extraordinaire force vitale sous-jacente ainsi que l'extraordinaire responsabilité libre de mes actes.

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Il y a juste un truc bizarre. Ce matin au réveil, je me sentais serein et en paix profonde. Je songeais qu'il m'arrivait d'agir selon ma conscience profonde qui m'invitait à poser des actes plutôt positifs, voire généreux, (pas toujours, bien évidemment) et que cela concourait  un petit peu à quelque chose de pas trop mauvais face au monde tel qu'il est.
Je me mettais à croire que d'autres agissaient de même. Dans l'ombre. Sans en faire des tonnes sur Twitter ou Facebook.

Et puis, dans ce monde censé être totalement vérolé, irrécupérable et courant de plus en plus vite vers l'anéantissement, je lisais les écrits de certains d'entre vous et je n'ai pas foncièrement le sentiment que vous soyez agressifs, belliqueux, violents, acides, acerbes, destructeurs, et autres petites choses du genre. Mais je dois me tromper.Ne pas voir la vérité vraie ; la réalité vraiment vrai telle qu'elle est. Celle qui est sur BFMTV 24 heures sur 24
Bougez pas, je courge allumer le poste, et ouvrir le gaz …

Si je suis asphixié bientôt, un dernier message :

L'esprit de Noël c'est quand l'homme transcende l'Homme par adhésion et reliance avec sa communauté de destin.
Son destin passe par la certitude d'une Humanité en chemin, passant des ténèbres à la Lumière.

Qu'importe qu'elle soit ténue. Dans l'obscurité, la lueur de trou d'épingle dans la cloison, révèle que toute l'intensité de la Lumière est là, juste derrière.

lundi 17 décembre 2018

Helga et Andrew





Qui a envie de passer Noël sur une île déserte ou au bout du monde ?
Oui, non, peut-être ?... Pourquoi ?
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Helga et Andrew

Andrew se demandait s'il tiendrait jusqu'à Noël.
Il n'était plus tout jeune. Et cette toux persistante n'était pas bon signe.
Il s'était fait une promesse, avec Helga, passer Noël loin, très loin au-delà des mers. Helga c'était son phare dans la grisaille des jours enfuis. La brillance de ses yeux auréolait son corps tout blanc. Avec elle il serait parti.

Voilà des semaines, des mois, qu'il espérait son retour. Elle avait promis. Elle reviendrait dans cette maison de bois où leurs amours incandescentes près de la cheminée aux braises rouges avaient vu fleurir tant d'aurores, et s'endormir tant de soleils épuisés de lumières heureuses.

Il reprit ses crayons, ses pinceaux, et se remit à ses études. Helga, sommeillant sur le lit de leurs amours, nue, ou sous le drap, fesses recouvertes ou dévoilées, le bras sous la poitrine, ou une pose montrant son offrande, bras sous la tête ou l'oreiller. Encore et encore. Toujours recommencé. Jamais satisfait. Il y tenait à son projet qu'il avait appelé « Overflow ». Le trop-plein d'amour, débordement, éclatement des sens.






Peut-être qu'il ne resterait que cela d'Helga. Des touches de peinture sur des toiles, des aquarelles sur du papier, des crayonnés inachevés.
Inachevés comme leur amour.






Andrew rêvera encore à leur Noël magique tout là-bas au pied du phare, dans l'île désertée. Ce Noël dont il se souvient, puisqu'il n'a jamais existé. La mémoire de l'imaginaire peut toujours entretenir l'esprit de l'artiste..
Elle nourrit sa créativité.


Assurément, s'il est encore là, ce sera un beau Noël.
Helga sera dans ses bras, dans ses draps .
Ses œuvres témoigneront de ce Noël exceptionnel…

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Librement inspiré de la vie d'Andrew Wyeth, dont je ne sais absolument rien…

Toute ressemblance avec lui serait donc une vérité fausse.




samedi 15 décembre 2018

Ce soir, ne manquez rien…

Ce soir à la télé !
Avec les Miss !

Ce soir on vous met…
… ce soir on vous met le feu !

Et, c'est garanti par la production,
les Miss seront sans gilet jaune !
Sans rien du tout d'ailleurs !


Elle n'est pas belle la France de nos régions ?

Bidouille Alainx


Un Picard !
Un Ricard !
Sinon rien !

lundi 10 décembre 2018

Conte qui n'est pas du tout de Noël




"Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie"

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Il était une fois, dans une contrée lointaine ignorée du commun des immortels, à 1000 milles de toute planète habitée, une divinité oubliée, répondant au doux nom de Ninmah.

Il n'est pas facile de vivre en errance lorsqu'on ressent au fond de soi la présence des  entrailles de l'univers et l'appel brûlant de la fécondité primaire.

Il n'est pas facile d'avoir l'unique solitude pour compagne. On a beau être d'origine divine, l'amertume envahit la bouche jusqu'à l'étouffement.

Il n'est pas facile d'entrevoir la grandeur de son destin, d'avoir l'intuition d'être l'actrice principale d'une aventure au déploiement considérable.

Il n'est pas facile de percevoir que l'ingratitude de ceux que l'on aura suscités ira jusqu'à vous bannir et vous renier.

Ninmah était une méditative éclairée. Et puis il lui fallait prendre son temps. Elle avait encore quelques millénaires devant elle, avant de voir ses entrailles s'ouvrir et déverser la pulpe fécondante qui germait lentement en elle.
Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie, pensait-t-elle souvent. Mais pourquoi ma divinité devrait-elle supporter la peur ? Il est temps que cela change. Pourquoi n'utiliserais-je pas mes pouvoirs dès maintenant ? Et pourquoi serais-je seule dans cet univers ?
Ainsi elle se mit en chemin.

Des lustres plus tard, elle arriva dans les parages d'une boule sympathique qu'elle nomma aussitôt : Terre Divine. À l'instant-même ses entrailles furent saisies de tremblements irrépressibles. Dans un cri strident et infini que l'on peut encore entendre jusqu'aux confins de l'univers, elle expulsa sa semence en une pluie de 40 jours sur toute la surface de Terre Divine.

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Ninmah, Enki, et leurs potes
C'est ainsi que les choses se sont passées raconta Enki, le mésopotamien, à sa descendance. Sa semence fit lentement son œuvre et quelques millions d'années plus tard, l'homme apparut sur terre.
Tout le monde avait oublié Ninmah, bien entendu. Les êtres de la terre ont préféré vivre dans l'ignorance de leur origine divine. Toute perte de sens est dramatique.
Les voici donc condamnés à l'errance, ou à se battre entre eux pour faire triompher la dernière théogonie à la mode qu'ils inventent et veulent imposer. Il semblerait, qu'actuellement, tout là-bas sur Terre Divine, la mythologie à la mode soit la possession maximale de richesses au détriment d'autrui. Cela peut paraître étrange, mais c'est ainsi.

L'un où l'autre de ces bipèdes mortels, parfois, un peu plus lucide, se retire au désert et pense : « Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie ».
Mais cette peur l'incite à rentrer chez lui. 
Hélas.

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Cette histoire s'inspire de mythes mésopotamiens. Toutefois, toute ressemblance avec une divinité ayant existé serait tout à fait fortuite et indépendant de notre volonté. C'est la raison pour laquelle nous demandons aux dieux du ciel et des enfers de ne pas nous condamner mais plutôt de s'en prendre à Lakevio qui nous a forcé à la composer.

jeudi 6 décembre 2018

Une intéressante rencontre.


Elles sont venues. — Le groupe de lecteurs lectrice que j'évoquais dans mon billet précédent. — Neuf femmes de 40 à plus de 60 ans. Un groupe quelque peu hétéroclite que la passion de la lecture rassemble depuis plus de 20 ans !
Il y a les historiques, les plus âgées, et puis des « nouvelles » qui sont quand même là depuis plusieurs années.
C'est la première fois que l'occasion leur a été donnée de rencontrer toutes ensemble l'auteur d'un livre qui avait profondément marqué la responsable du groupe. Je me suis présenté simplement. Aucune intention de leur raconter ma vie. Puis la responsable a parlé du livre en des termes plutôt justes et qui m'ont touché.
Dès lors cela suscitait des questions qui ont animé l'échange qui s'en est suivi. Ainsi je n'ai pas raconté ma vie, mais sans doute donner quelque peu à voir qui je suis. C'est-à-dire un être qui va le chemin de sa vie, et a pris cette option d'en rendre compte par écrit et de partager cela.
Rien de plus. Rien de moins.

J'ai été intéressé par certaines réactions de ses « grandes liseuses » !
D'abord cela m'a fait du bien d'entendre que mon écriture semblait en valoir bien d'autres… et je n'ai pas ressenti cela comme flatterie.
Ensuite, et c'est plus important à mes yeux, l'expérientiel que j'évoque est aussi analysé au regard de ce que peut être une personne fondamentalement humaine.
C'est ce que je tente de donner, peut-être par ce que j'ai  l'expérience que partager à plusieurs ainsi profondément nourrie et construit.  Donne des matériaux qui permettent d'édifier sa propre personne.

Un peu comme l'apprenti qui regarde le maître faire. Puis tente de faire comme lui. Puis peu à peu  fait « à sa manière ». Alors l'apprentissage est achevé et on peut aller sa propre route.
S'il est intelligent, l'apprenti garde une pleine reconnaissance envers son maître, car sans lui il n'aurait jamais réussi « à sa manière propre ».
Le maître enseigne par qui il EST, par sa personnalité et ses actes. Il a aussi l'humilité du pédagogue.
 C'est en cela qu'il n'est pas un professeur qui bavarde.
(J'évoque un seul le maître, mais dans nos vies il y en est plusieurs, voire un certain nombre.)

Au cours de l'échange, j'observais néanmoins les moments où j'étais en train de dériver vers le professeur qui bavarde. Comme si j'avais quelque chose à inculquer. Il m'a fallu revenir consciemment à ce que les personnes du groupe puissent exprimer leur propre ressenti. Et cela supposait que je fasse état du mien.

Ce qui m'a touché, c'est lorsque des passages de mon livre a été lus à haute voix. Les intonations que la lectrice y mettait. C'était moi, sans être moi, tout en étant si proche. Curieux effet. Je n'en avais pas eu l'occasion jusque-là autrement que dans quelques autres groupes où j'étais venu présenter mes livres. Ces fois-là c'était bien préparé, et ma compagne de vie lisait quelques passages. Mais je n'en ressentais pas d'émotion particulière. Là, comme je l'ai dit, je fus profondément touché.
Je réalisais un peu plus combien ce qu'un auteur écrit lui échappe.
Définitivement.


dimanche 2 décembre 2018

Il y a d'autres choix pour vivre





Ainsi donc ainsi donc
Il n'y aurait plus rien à faire
Qu'à mettre la clé sous la porte
De ce château sombre et désert
Où gisent nos illusions mortes
Ainsi donc ainsi donc
Vite fait serait l'inventaire
De ces chambres abandonnées
Aux lits recouverts de poussière
Aux parquets noirs de sang séché
Et sur les carreaux des fenêtres
On pourrait écrire à la craie :
"Tout demain devra disparaître
Des choses que l'on a cru vraies"
Et dans ce monde à la dérive
Pareils aux autres animaux
Nous n'aurions d'autre choix pour vivre
Que dans la jungle ou dans le zoo

Ainsi donc ainsi donc
Il n'y aurait plus rien à voir
Circulez mais circulez donc
Ainsi finirait notre histoire
Sous le poids des malédictions
Ainsi donc ainsi donc
Faudrait faire amende honorable
Raser les murs courber le dos
Se résigner au pitoyable
Errer de goulags en ghettos
Tout ne serait que simulacre
Toute espérance sans lendemain
Rien ne servirait de se battre
Pour un monde à visage humain
Il faudrait brûler tous les livres
Redevenir des animaux
Sans avoir d'autre choix pour vivre
Que dans la jungle ou dans le zoo

Ainsi donc ainsi donc
Contre la faim contre la haine
Contre le froid la cruauté
De la longue quête incertaine
Pour affirmer sa dignité
Ainsi donc ainsi donc
Il nous faudrait tout renier
De la bataille surhumaine
Que depuis l'âge des cavernes
L'homme à lui-même s'est livré
Ne tirez pas sur le pianiste
Qui joue d'un seul doigt de la main
Vous avez déchiffré trop vite
"La musique de l'être humain"
Et dans ce monde à la dérive
Son chant demeure et dit tout haut
Qu'il y a d'autres choix pour vivre
Que dans la jungle ou dans le zoo
Qu'il y aura d'autres choix pour vivre
Que dans la jungle ou dans le zoo

Jean Ferrat (1991)