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mardi 26 juillet 2022

Se laisser traverser.

 



« Tu seras toi-même si tu te laisses traverser »

j'ai lu ces lignes il y a quelque temps, mais je ne sais plus très bien où.

J'ai trouvé la formule très juste et particulièrement intéressante avec cette offre :

 « se laisser traverser ».


Il y a souvent le constat que ce serait certainement mieux si on pouvait laisser bien des choses à notre porte, fermez les écoutilles, se protéger de tout et de tous. Mettre notre personne à l'abri avec des cadenas à double tour.

J'ai bien connu le truc !


J'ai cependant expérimenté que plus on accueille « ce qui nous traverse » sans condition préalable, plus on favorise la construction fluide de soi. Passer de « tout l'extérieur est dangereux » à « tout l'extérieur m'enrichit », ça doit sûrement être cela le chemin.


Accueillir notre vulnérabilité constitutionnelle comme une richesse humaine, comme une profusion de bonnes choses potentielles, pour soi et autrui.

Combien de fois sortons-nous nos boucliers protecteurs car « on sait jamais ! » Mieux vaut prévenir avec méfiance qu'accueillir dans la confiance…

Mauvaise pioche peut-être !





lundi 25 juillet 2022

La plagiaire

 


132ème devoir de Lakevio du Goût

Cette toile de Karin Jurick m’inspire quelque chose.
Mais à vous ?
Et pour ce « devoir de vacances » ce serait gentil si vous vouliez bien user des mots suivants :
- Attacher.
- Sombre.
- Éblouissant. 
- Kaléïdoscope.
- Agaçant.
- Douteux.
- Imprudent.
- Succomber.
- Révulser.
- Stellaire.

À lundi j’espère.


La plagiaire


Lui — Tu connais la plagiaire ?

Elle — La plage hier ? Non je ne suis pas allé à la plage hier, pourquoi ?


— Laisse béton !

— Non, je ne laisse pas tomber, pourquoi tu dis toujours des trucs douteux ?


— Tu te souviens de Klimt ?

—  Clint Eastwood ? Oui très bien, je l'ai rencontré sur la route de Madison, j'avoue qu'il était quelque peu agaçant mais bon, c'est quand même un type assez éblouissant alors des petits défauts comme ça… Hein ! Pfff ! C'est rien du tout.


— Non, je te parle de Gustav ! Décidément on n'est pas dans un monde parfait !

— Gustave Mahler ?


— Où tu as vu qu'il était question de malheur  ! Je te parle de l'artiste qui a fait le tableau qui est dedans celui peint par une artiste, laquelle a brossé une toile avec nous devant le tableau qui montre un tableau avec nous dedans. Eh bien moi ça me révulse, parce que c'est quasiment du plagiat.

— Tu as l'art de t'attacher à des choses sans importance, c'est-à-dire à passer à côté de l'essentiel. C'est ça que tu devrais comprendre en premier. Il s'agit ici d'une sorte de mise en abyme qui quoi qu'il en soit n'est pas comme le chapeau de la cime qui est tombé dans l'abîme, vu que ce n'est pas le même abyme qui abîme l'œuvre.


— Ce que tu racontes est aussi sombre que la robe que tu portes. D'ailleurs je déteste quand tu t'habilles en noir, même si ça reflète parfaitement ton tempérament.

— Et toi, avec tes propos imprudents, tu es bien incapable de m'embrasser comme ce type sur l'autre tableau qui est dans le tableau. Voilà un tableau intéressant. Mais toi en réalité tu tombes dans le panneau.


— Reconnaît quand même ton incapacité de t'abandonner encore moins de succomber à ce kaléidoscope stellaire qui s'offre à notre vue.

— Pour s'abandonner il faut se sentir en confiance. Avec toi c'est loin d'être le cas !


Et puis je les ai vus s'éloigner et passer à une autre salle du musée. J'ai pensé que le monde est encore bien plus étrange de ce que je viens d'imaginer pour remplir mon devoir de vacances. Quant à ce couple, est-ce qu'au moins l'œuvre dont il s'agit a fait naître un désir d'accomplir le devoir conjugal ?

Rien n'est moins sûr car tout ce qui est effectué par devoir n'a jamais l'exaltation de la passion.


mercredi 20 juillet 2022

L'envie de vivre



L'envie de vivre est-elle toujours en vie ?



La question tombe dans un silence de mort.

Depuis les incendies de forêts, plus personne n'a le feu sacré.

Bien des projets sont partis en fumée.


Il faut cependant regarder froidement la situation.

Se mettre à l'eau pour que ça change.

Les plus ardents acceptent de mouiller la chemise.


Chacun a envie que tout change

Tous s'engagent à ne plus se planter.

les coupeurs de feu comme les autres.


On repart avec l'art d'heures nécessaires


La nuit la lune pleure la dune


*



Construction AlainX


lundi 18 juillet 2022

Amours des jours




 131ème devoir de Lakevio du Goût.




Cette toile de Joseph Lorusso vous inspire sûrement quelque chose.
Mais que peuvent donc se dire ces trois personnes ?
À quoi donc pensent-elles ?
Bah, d’ici lundi vous aurez bien une idée.
Au moins, ça occupera peut-être les après-midi de canicule…









Jo avait connu Zette dans un musée de Bruxelles. Elle avait mit la tête sur son épaule, tandis qu'ils contemplaient un couple au baiser de feu.




Fort de ce signe positif, Jo invita Zette chez lui. 

C'est là qu'ils connurent le premier baiser canapé.




Par la suite, Jo fit confiance aux œuvres de Chopin. 

Et ça fonctionna parfaitement.




Alors, ils se donnèrent à fond, y compris à la boisson.

 Si la musique adoucit les mœurs, l'alcool amplifie le désir.




On finit toujours par s'embrouiller, 

et ce qui devait arriver arriva.





Et voilà la scène actuelle que vous voyez sur la consigne, s'imposant au regard.

Rien ne va plus, les jeux sont mal faits.

Dans le fond, à une autre table, on aperçoit Jocko, qui n'a jamais cessé de leur faire des grimaces de singe pour attirer leur attention sur le fait qu'ils allaient droit dans le mur. Mais rien n'y fit.


Ici finit cette triste histoire, mais de nouvelles amours s'annoncent.

 Rien n'est jamais perdu.




Au passage : Merci à Monsieur Hergé.

dimanche 17 juillet 2022

Trop sérieux !


 

Non, ce n'est pas que je me prenne trop au sérieux.

D'ailleurs je ne me con-prends pas moi-même.

Ça c'est du sérieux.






J'essaye plutôt de me prendre par la main.

Mais j'abandonne car je ne sais pas laquelle choisir.


Pourtant les Inconnus me l'avaient dit :

Prends, prends toi en main,

 c'est ton destin.


« Est-ce que ce monde est sérieux ? » 

se demande toujours le taureau.

Francis, as-tu enfin la réponse ?



Je vais essayer de ne pas être trop sérieux.

Mais, y arriverai-je ?






mercredi 13 juillet 2022

Les deux sapins (2)


 

Des  signes de l'incessante fécondité



Il y a à l’intérieur des deux sapins, des branches mortes parce qu’elles ont rempli leur rôle, et il convient de voir les traces du passé qui leur ont permis de croître.

On voit les branches qui ont terminé leur mission et que l’on dit morte. Mais le sont t’elles ?

 Les supprimer serait une faute. Elles sont indispensables à l’ensemble. Elles ont concouru à la réussite de l’aventure du développement.


Ce qui apparaît mort continue à susciter de la vie. L'intérieur des arbres est un abri accueillant.

Il y a des nid d’oiseau, des insectes, tout un petit univers grouillant.

Ce qui est mort devient nourriture pour de nouvelles vies.


Plus les années passent plus la nature m'enseigne sur qui nous sommes en son sein. L'homme s'est toujours pensé comme le centre de tout. Tout devait graviter autour de lui. Une petite planète comme la nôtre centre de tout l'univers…


Malgré tous les progrès de la science et les connaissances nouvelles, nous continuons à nous espérer le centre et en tout cas, au quotidien, nous ne cessons de nous comporter comme s'il en était ainsi effectivement.



C'est tellement plus simple quand on s'abandonne en confiance à l'immensité et que l'on consent en être une parcelle infime et vivante d'éternité. Une parcelle du bonheur éternel en quelque sorte. 

Le reste est prise de tête !


mardi 12 juillet 2022

Les deux sapins (1)



Ce matin, mon temps de méditation/contemplation se déroule dans mon jardin, en présence de mes deux sapins, dans une douce fraîcheur enveloppante. (Pas de canicule chez nous).







Deux essences différentes (j'ignore les noms). Celui de gauche est un sapin de Noël, replanté là il y a plus de 30 ans. À l'époque, j'avoue avoir eu peu d'espérance qu'il reprenne. Il est resté tout petit pendant plusieurs années, jusqu'à ce que mon jardinier me dise que c'était normal. Mais bientôt il allait certainement  se mettre à pousser comme une asperge ! Ce qui fut le cas. Les voici tous les deux à présent dans une forme d'unité étonnante. Ils finissent par se ressembler. Ils composent un ensemble, une symbiose et en même temps une différenciation par essence. Un développement par don réciproque.


L’un sans l'autre ne serait pas ce ce qu'il est devenu, et réciproquement. De la fécondité par complémentarité.

Les arbres ne se font pas la guerre, ils coopèrent pour le bien de la Vie.

C'est différent des hommes… en quelque sorte…


(La suite demain… je ne suis pas au bout de ma méditation)


dimanche 10 juillet 2022

Le souffle gardien

 




Le souffle gardien


Le commentaire de Kéa sur la chronique précédente fut une sorte de cadeau de bienfaisance inattendue.

Comme un vent frais et salutaire augmente l'intensité du bien-être dans la chaleur enveloppante d'un été délicieux.

— Mais oui, bien sûr, cette fraîcheur douce, je l'attends tellement,

 alors qu'elle est là.


 Le vent frais, gardien de mon existence, venu de si loin, de tout là-bas, 

quand tout commençait à peine. 

Cet impalpable qui enveloppe discrètement, dont le secret est d'être présent 

dans le silence d'un effleurement.


Comme un entourement de présence. Une forme de garde–vie, de garde–l'âme.


Il n'y a plus d'étouffement du vivre, de suffocation sous l'épreuve, d'asphyxie qui étrangle. 

Et cependant tout ce néfaste au développement ne cesse de  tenter de tout gâcher.


Mais le souffle frais, venu d'ailleurs, n'a jamais cessé de manifester sa  Présence.





vendredi 8 juillet 2022

Où il sera question de l'âme.


 

Hier nous sommes allés dans une sorte de havre de paix. Pas le genre  dont je vous parlais le 1er juillet. Un endroit concret, pas bien loin de chez nous. Entre ville et campagne. Pas vraiment village mais presque. Allez on va dire une sorte de village dans la ville à la campagne… comme ça ce sera clair.


Il y avait des poules et de très beaux coqs multicolores en liberté qui faisaient savoir à coups de cocorico que c'étaient eux les patrons ici. Et puis les arbres exotiques et de jolies plantes qui enchanteraient un amateur de botanique.

Photo du net


Ça grouille de monde le week-end, c'est plutôt désert en semaine.

On s'est arrêté devant une boutique d'artisans qui avaient tout sorti à l'extérieur et travaillaient sous le soleil. Des tapissiers réparateurs de fauteuils et de sièges divers.

Celle qui semblait la patronne changeait le rembourrage du haut de dossier d'un prie-Dieu.


Je l'ai interpellée : — c'est rare quand même de restaurer un prie-Dieu !

Elle m'a répondu qu'il fallait me détromper. Elle avait goût à bavarder tout en travaillant. Autour d'elle de jeunes femmes s'affairaient et j'ai rapidement compris aux conseils qu'elle leur prodiguait qu'il s'agissait de « ses élèves ».


Photo du net

Ces dames plutôt jeunes venaient avec un vieux fauteuil ou une chaise de famille. Elles étaient très attachées à l'objet des souvenirs et voulaient apprendre à le restaurer elles-mêmes. Il y en avait pour des dizaines et des dizaines d'heures de travail. Chacune venait quand elle pouvait.

L'échange fut passionnant. Instructif. J'avais la réponse à la question de Lamartine « Objets inanimés avez-vous donc une  âme ? »

Et la réponse était assurément oui .

 Ces dames étaient là pour redonner consistance vigueur et brillance à l'âme de l'objet abîmé par l'outrage des ans. Une « élève » me dit : — Je pense à grand-mère Germaine chaque fois que je viens ici, c'était SON fauteuil.

Tandis qu'elle enfonçait des clous sur la carcasse, tout autour de l'assise revêtue de son nouvel assemblage de crins et de couches de divers tissus.


Des instants très émouvants.

Photo du net

Sur le chemin du retour j'ai pensé au vieux fauteuil club en cuir de mon père. Quand il n'était pas là je m'autorisais à chevaucher un accoudoir.

Tel Zorro.


jeudi 7 juillet 2022

Bonheur ?


De convention expresse, il est précisé que les chroniques estivales sont en roue libre. Aucune dérogation à ce principe ne sera tolérée.

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vous avez dit bonheur ? Demanda Rosa.


(On remarquera un titre dans le pur style « le goût des autres ».)



Estival et bonheur, ça devrait aller ensemble.

Estival et lecture, il convient qu'il en soit de même.


Cédant à la pression de ces principes je me suis mis en quête de retrouver le bouquin de Alain (pas moi) : « Propos sur le bonheur ». Je pensais l'avoir égaré, non pas le bonheur, mais le livre d'Émile Chartier. Les seuls tout un chacun qui me suivent avec une régularité de coucou suisse, savent parfaitement que dans le nom de plume de cet homme s'origine mon pseudo. Cherchez par vous-même et vous trouverez l'endroit où j'explique la chose en large et surtout en travers.



V'là-t-y pas que j'retrouva l'objet livresque avec joie, telle que j'en ai fait l'acquisition en 1962, comme un bon adolescent qui cherche sa route vers icelui. À cet âge là on croit encore que tout se trouve au bout du chemin. Bonheur d'un livre qui sent la bonne moisissure ! Surprise pour moi qui n'est pas le fétichisme des bouquins.

(Les historiens de la graphie livresque ne manqueront pas de souligner que le titre est tout en minuscules : c'était la grande mode à l'époque)


Je feuillette par le début et  m'arrête page 13, où j'ai souligné :

« (…) il y a plus de volonté qu'on ne croit dans le bonheur ».

Et voilà !

C'est l'ado déglingué que j'étais qui a souligné ça il y a 60 ans. Ça fait 60 ans que je déroule cette phrase sans en avoir conscience.


La couverture dans l'édition de 1962 explose de rouge.

Ma vie est un jaillissement rouge.

On n'y trouve toutes les symboliques de cette couleur. La vie et le sang. La souffrance et la vie renaissant. Le bonheur blanc coloré.

Le bonheur comme le fruit de la volonté d'exister pleinement.

C'est encore plus simple que je ne le pensais.

Un jour à savourer.


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«On dit communément que tous les hommes poursuivent le bonheur. Je dirais plutôt qu'ils le désirent. Car le bonheur n'est pas quelque chose que l'on poursuit, mais quelque chose que l' on a. Hors de cette possession il n'est qu'un mot. » (Émile Chartier dit Alain)


mardi 5 juillet 2022

Tergiversations vacancières.


 

La question se pose : allons-nous faire l'acquisition d'un animal de compagnie ou d'une demoiselle de compagnie agréable ou encore d'un être policé qui soit de compagnie républicaine indispensable pour une liberté égale et fraternelle.


Il semblerait que la proximité de la capitale des Hauts-de-France devrait nous inciter à nous tourner plutôt vers l'animal de compagnie pour des raisons financières. D'autant que la dame de compagnie est rare de nos jours et que tout ce qui est rare et cher.


Bidouille Alainx


 Une savante enquête réalisée par « le Mammouth déchaîné » (je n'invente pas) auprès de plus de 2.000 cliniques vétérinaires en France a permis d'établir que les frais vétérinaires étaient les moins chers chez le véto-ch'ti moyen, tous les dobermanns et chiens confondus. L'économie peut atteindre environ 15 % pour les chats castrés. On aurait tort de s'en priver.

En revanche, il faut absolument éviter Versailles (+ 24 %), où, comme chacun sait, tout est cher au Château.


Pendant les vacances, venez dans les Hauts de France, on jouera à « chats castrés » pour pas cher. Je n'y mettrai pas mon veto.


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Je sais, j'aurais pu dénicher mieux pour une première chronique estivale, mais  rien ne miaulait de mieux dans l'actualité régionale. Je n'allais quand même pas vous glousser du résidu d'aciéries de Dunkerque où on coule les vélos du tour de France !

Comme dit le vainqueur de l'étape : J'essaierai de faire mieux la prochaine fois.

lundi 4 juillet 2022

En visite à Paris

 


130ème Devoir de Lakevio du Goût

C’est le dernier devoir de l’année.
Alors je me fais plaisir.
J’abandonne Montmartre pour les quais de la Seine.
Cette toile de John Salminen me plaît.
C’est une raison suffisante pour que je vous demande ce que vous pensez en voyant cette « boîte » de bouquiniste.
À moi elle évoque comme dit Françoise Hardy « Tant de belles choses ».
Et à vous ?
Peut-être ne serez-vous pas encore partis en vacances lundi.



En visite à Paris


On m'a dit que je trouverai sûrement cela chez un bouquiniste sur les quais de Paris. C'est peut-être vrai, mais il faut aller à Paris. Elle est pas tout près la capitale. Certes, en partant de bon matin avec la 2 CV Citroën ce n'est pas impossible de faire l'aller-retour en passant par l'autoroute je peux être sûrement de retour chez moi avant minuit. Ce sera quand même assez sportif vu que j'embauche le matin à 5h30 à l'usine. Le contremaître m'a « à la bonne », mais faut pas non plus que j'exagère sur les horaires.


Et voilà, j'y suis. Parisien pour une journée. Ouvrier d'usine pour la vie. J'ai même trouvé une place pour la 2 CV. On m'a dit que si j'en trouve une, c'est que j'ai une veine de cocu. Une fois garé, je pense que j'aurais dû emmener ma femme. Reste à trouver les quais. Et bien je n'en suis pas loin au final. Trop de chance que je me dis. Mais que fait-t-elle quand je ne suis pas là ?


Il y a des grosses boîtes noires et laides le long des parapets. Elles sont toutes fermées. Il va falloir attendre qu'un type ouvre la sienne. Et puis qu'il installe tout son fourbi en grommelant et en buvant un coup toutes les cinq minutes. On dirait Gaston à l'usine. Ce tire-au-flan professionnel que personne n'apprécie. Je demande alors au gonze s'il vend ce que je cherche. Il farfouille, toujours en grommelant et sentant l'alcool, me sort cette reproduction. Je dis : — « les arbres, c'est beau, le reste c'est moche, et puis c'est pas exactement ce que je veux ».

— T'as qu'à aller voir ailleurs mecqueton ! Qu'il éructe.

— Tu me parles pas comme ça, connard ! Que je réponds en le saisissant par le col de sa veste qui pue.

Forcément, aussitôt on se fout sur la gueule. J'suis un sanguin. Je m'échauffe autant que le haut-fourneau où je travaille. C'est dire !

J'ignore qui a appelé les flics, tout ça parce que j'ai mis tout son foutoir par terre et que je m'apprête à le basculer par-dessus le muret en pierre. Mais de quoi ils se mêlent tous ces parisiens !…


— « À partir de maintenant vous êtes placé en garde à vue » qu'il annonce le flic au commissariat. Aussitôt je réponds : — Tu me places où tu veux, j'en ai rien à foutre. Mais je suis pas sûr qu'il a entendu.

Je bavasse ma version de l'affaire et plutôt que de m'écouter, v'la que le flic tape je sais pas quoi sur sa machine à écrire, et m'oblige à signer. Paraît que je vais être convoqué devant un juge. Ça me fera une autre occasion de revenir à Paris. Mais cette fois j'emmène bobonne. Même si en ce cas je prends le risque de ne pas trouver de place pour garer la 2 CV.


Tout ça parce que je recherchais des cartes postales anciennes qui représentaient des bouquinistes sur les quais qui étaient en train de vendre des cartes postales qui représentaient des bouquinistes sur les quais, en train de vendre des cartes postales. Je voulais offrir ça à mon neveu pour son anniversaire.



vendredi 1 juillet 2022

Havre de paix

 



Le havre de paix que je recherchais dans mon enfance aurait pu ressembler à ce paysage.

Mon île déserte, flottant entre mer et ciel, sans bornes. Même au-delà de l'infini, elle serait encore là. Avec en son milieu, une grande maison, des dépendances, des salles de jeux, des chambres pour les autres 'moi' et des cuisines pour y faire des gâteaux.

J'aurais vécu là-bas, seul, avec tous les personnages imaginaires que j'aurais fabriqués. La vie leur serait donnée dans ma tête et leur présence partout dans la maison.

Un monde des délices où la lumière baignerait partout cet univers heureux. Un unique royaume dont je serais le prince.


Qui donc avait préparé ce lieu où l'on m'attendait ? Je l'ai rencontré par hasard ou plutôt par l'entremise de la blogueuse MAGARI!.

 Elle parle d'une exposition consacrée à Piet Mondrian, connu surtout pour ses abstractions géométriques. Mais en fouillant son œuvre j'ai découvert cette toile. Ce fut un choc. Des sensations revenues de loin après un long voyage commencé tôt dans l'enfance. 150 ans après la naissance de l'artiste, voici que la mienne me revient autrement.


La remontée de souvenirs explose, et nous sommes aujourd'hui.

Alors c'est l'instant d'une pleine lumière jaillissante éclairant le plus intime de moi, si lointain et si proche, mais surtout si intense dès l'origine. Comme une pureté enfantine qui a tout fait pour se préserver des salissures trop rapidement présentes et parfois si douloureuses. Rien n'aura été perdu. Tout est précieusement conservé dans l'emballage d'origine. 


Il fallait seulement atteindre la fin des fouilles intérieures de la reconstruction, la traversée des trous noirs pour découvrir la fissure bienfaisante de la plaie d'où l’eau lumineuse se met à couler chaude et enveloppante comme celle du tableau. Alors il n'y a plus qu'à laisser faire. Ne plus rien retenir pour vivre l'abandon actif de l'intarissable bonheur tendre d'être. Oui, maintenant, juste maintenant.