98ème Devoir de Lakevio du Goût
Que diable Bazille est-il en train de dire à Camille ?
Cette toile de Monet, dite « Les promeneurs » me pousse à me demander pourquoi Camille semble se détourner de Bazille.
Et Bazille ? Pourquoi semble-t-il faire tant d’efforts pour être convaincant ?
Vous vous demandez ce qu’il dit et je me demande où il veut en venir mais lundi nous en saurons peut-être plus…
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Une femme déterminée.
Et voilà, Barnabé est encore en train de baratiner ma sœur Élisabeth. Quel lourdaud ! Cela fait des mois qu'il essaye. Cela fait des mois qu'il sait très bien ce qu'elle en pense. C'est pourtant simple : c'est non !
Certes, Barnabé est quelqu'un que j'apprécie. Enfin, encore, pour l'instant… Nous nous connaissons depuis bien des années. L'amitié se constitue au fil du temps, à mesure des échanges où grandit le respect qui finit par déboucher sur une certaine admiration. Et je crois que celle-ci est réciproque. J'admire surtout sa détermination, l'énergie dont il est capable pour arriver à ses fins, d'autant que ces dernières sont le plus souvent dirigées vers la réalisation de projets intéressants. Seulement voilà, il a des vues sur Élisabeth.
Chaque week-end il trouve un prétexte pour venir chez nous, et il en trouve un autre pour se balader seul dans le parc avec Élisabeth. Je me doute bien de quoi il s'agit, ces choses-là ça se devine pas besoin de faire un dessin. D'ailleurs je vois bien l'embarras d’Élisabeth quand ils reviennent d'autant que je les observe de loin, en faisant semblant de m'occuper de l'entretien des parterres de fleurs.
Il arrive toujours un moment où on sent venir la fin. D'une amitié par exemple. On peut le déplorer, mais trop de choses viennent embrouiller ce qui jusque-là semblait clair et établi.
Voilà il est parti. Je rejoins Élisabeth.
— Bon, je suppose qu'une fois de plus il a demandé ton consentement ? Une fois de plus il te demande de t'engager. J'espère que tu as refusé. De toute façon tu sais bien que je m'y opposerai.
— Évidemment, j'ai encore dit non. Mais je dois bien reconnaître qu'il a des arguments qui me plaisent, et même je suis séduite par les perspectives qu'il m'offre si je disais oui. Tu ne crois pas que cela pourrait concourir à mon bonheur ? Après tout il faut parfois donner un petit coup de pouce au destin !
— Et voilà tu vas finir par te faire embobiner par ses belles paroles et ses promesses mirifiques ! Mais moi je ne céderai pas. Et crois-moi c'est pour ton bien !
Barnabé voudrait que nous investissions une grande part de la fortune héritée de nos parents, hélas bien trop tôt décédés dans un accident. Paix à leurs âmes. En tant que fils aîné je me dois désormais de veiller à nos biens ainsi que sur ma sœur, qui comme toutes les femmes ne connaît rien aux affaires ! Ce n'est pas pour la dénigrer, elle excelle comme cuisinière et dans la couture. Mais c'est désormais moi le chef de famille même si nous sommes tous deux célibataires.
Mon ami Barnabé a un projet de trottoir roulant pour la prochaine exposition universelle de 1900. Et plus tard il entend améliorer la chose en créant un escalier mécanique qui permettrait de grimper aux étages sans avoir à monter des marches. Il voudrait que nous investissions dans cette lubie. Vous pensez bien que je ne vais pas embarquer la fortune de papa reçue en héritage dans un projet aussi ridicule et qui n'a strictement aucun avenir ! Je m'y connais quand même en affaires ! Je sais flairer les bons coups, mais ça c'est vraiment n'importe quoi. Un projet totalement farfelu, et pourquoi pas des ascenseurs automatiques pendant qu'on y est ! Ça ne peut que capoter et nous ruiner !
— Décidément Barnabé, tu es comme tous les hommes à dénigrer les femmes et les renvoyer dans leur cuisine. Mais cela ne durera pas, nous allons bien finir par nous révolter contre votre domination. Et je compte bien m'engager en ce sens que tu le veuilles ou non.
Et puisque tu te montres hostile à tout ça je crois que je vais revoir ma position. Pourquoi n'épouserai-je pas Barnabé, et avoir l'audace de croire à son projet et peut-être lui et moi nous faire notre propre fortune personnelle !
Après tout son histoire d'escalier roulant qu'il nomme « escalator » peut-être que ça intéressera des gens à l'avenir, dans les grands magasins par exemple ! Sait-on jamais ! Je suis peut-être une femme, mais je suis très intuitive et je sais inventer l'avenir !
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Explication de texte.
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Je n'estime pas le narrateur de cette histoire que j'ai inventée. Mais je la situe à l'époque où l'œuvre proposée fut peinte. Époque où la femme avait surtout le droit de se taire et les hommes de décider de tout. Alors certes, je valorise Élisabeth autant que faire se peut en restant dans le contexte d'une mentalité ancienne et espérons le révolue. Peut-être que j'arrive à montrer à quel point Barnabé est un infatué prétentieux et orgueilleux, se croyant dominateur de droit divin. Alors que s'il y a une personne potentiellement novatrice, c'est Élisabeth
C'est curieux et amusant d'écrire un texte qui va à l'encontre de ses convictions les plus profondes quant aux rapports des hommes et des femmes dont la complémentarité devrait être une dynamique merveilleuse de construction de l'humanité.
Aussi je compléterai par une chanson d'Anne Sylvestre, « une sorcière comme les autres » merveilleusement interprétée par Laetitia Isambert, Nathalie d'Oummars et Yves Morin. Chanson qui me percuta il y a bien longtemps.





