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jeudi 11 juin 2026

Une énergie basse, défaillante

 
Me voilà dans la distance, le retrait.
Je m'éloigne de moi-même.
Au début c'est imperceptible, on ne prête pas attention.
Et puis peu à peu, le constat s'impose : on a quitté.
Quitté la perception fondamentale, celle qui anime.
L'âme est mise en détention provisoire jusqu'à ce qu'elle se calme.
Mais se calmer de quoi ?

Je ne manque pas d'occupation au long de mes journées. Mais j'ai le sentiment que  « c'est du remplissage ». Je fais ce que j'ai à faire, respecter mes engagements, accomplir ce qui doit l'être. Mais sans élan et j'avoue  que cela commence à m'inquiéter.
Un certain péril.
Où donc s'est enfui mon dynamisme central ?

Un souvenir lointain surgit :
je travaille à un projet de formation avec le directeur d'un établissement accueillant  des personnes déficientes mentales adultes,
Le directeur s'exprime : « ici, on fait de "l'occupationnel"  tout au long de la journée, mais le personnel se démoralise, l'équipe s'épuise… Comment faire pour qu'elle retrouve un élan. C'est ce que j'attends votre proposition de formation »

Bah voilà ! C'est valable pour moi.
Je glisse lentement…
Parfois j'aimerais que tout se termine.

Chers lecteurs et lectrices, désolé de vous importuner avec mes tristes états d'âme…

mercredi 4 février 2026

Vivre « après »

 


 Il était là, devant nous, de l'autre côté de la table. Il était venu pour nous demander un avis avant de signer quelques papiers officiels.
Il était là, un peu absent, un peu présent, balbutiant des mercis qui n'étaient pas nécessaires et encore moins utiles.
Il était là, avec de la tristesse au fond des yeux.
Il était là, et les larmes se sont mises à couler, et puis les sanglots qui s'en venaient de si loin.
Il était là, mon beau-frère, qui venait de perdre sa femme il y a quelques semaines. Elle est, partie en quelques jours d'un cancer foudroyant. Je les aime bien tous les deux, ensemble et chacun. Depuis quelques années ils vivaient une retraite heureuse. Elle toujours joyeuse, lui toujours prêt à rendre service.

Un abattement d'impuissance m'a envahi, auquel s'ajouta un profond sentiment d'injustice lorsqu'il prononça entre deux sanglots : « elle est partie bien trop tôt, bien trop vite… ».
Il avait tellement raison.

Ni mon épouse, ni moi, n'avons prononcé de ces mots inutiles qu'on entend parfois dans de tels moments. Être là, seulement là, recevoir sa détresse.
Et puis l'apaisement est venu, en lui, en nous aussi. Son cœur s'apaisait. Bien sûr il y en aura d'autres épisodes.

« Il faut faire son deuil », entend-on souvent. On en a fait une affaire psychologique de cette expression qui signifiait marquer et pratiquer l'ensemble des signes extérieurs de la période dite du deuil (vêtements notamment).
 Je crois surtout qu'il faut peu à peu passer à la suite de sa vie, dans un prolongement autre, sans le/la défunt/e, mais avec sa présence, manifestée autrement.
Une nouvelle aventure de vie en quelque sorte.
C'est ce que j'ai vu certains de mes ami(e)s et familles. C'est ce que j'ai vécu moi-même,parfois de manière étonnante, surprenante, du style « on n'aurait jamais pensé que… ».
La vie plus forte que la mort. En voilà une illustration.


 

mercredi 7 janvier 2026

La mort dans la vie


Au risque d'étonner, mon premier billet de 2026 va parler de la mort !
… Mais peut-être aussi de la vie… histoire de vous rassurer pour que vous continuiez à lire… !

Aujourd'hui, c'est l'anniversaire du décès de mon père en 1991, à 79 ans. 
Comment ne pas penser à lui d'une manière plus particulière, d'autant que je vis avec lui une proximité intérieure depuis bien longtemps. C'est une Présence sans paroles, proche de ce qu'est la présence au divin. Elle puise dans l'histoire.  Et c'est ainsi que je reviens à la Vie, telle que je l'ai vécu au cours des fêtes de Noël, comme je l'envisageais dans mon billet précédent de fin d'année.

 Une belle réussite, la joie complice des cousin(e)s. La joie des parentèles reconnaissantes et les bienfaisances que nous avons partagées .
 Mes enfants voulaient des photos de groupe. Ce fut fait. Je les regarde. Au centre : mon épouse et moi ;  nous entourent nos gendres et les petits-enfants (dont certains sont bien plus grands que nous par la taille !). Nous faisons figures d'ancêtres. Cependant je me sens toujours le petit dernier de mon enfance, alors que  je suis désormais le vieux grand-père entouré de sa descendance !

Et puis je regarde ces photos de groupe avec  cette expression  « La génération ». Me reviennent mon père et ma mère sans qui je ne serais pas venu à l'existence, sans eux il n'y aurait pas non plus les sept petits-enfants.
Le raisonnement pourrait être fait parallèlement avec la famille et la génération de mon épouse.

Je dois vous donner le sentiment que j'écris des banalités et des évidences.
Bien sûr ! Bien sûr !
Tout est une question de regard intérieur, en dedans et au-delà des photographies qui vont passer au rang des souvenirs.
Il est tout aussi banalement question de la transmission de la vie avec sa singularité et son particularisme unique dans la cohorte de milliards d'êtres humains.
Encore des banalités…

Aujourd'hui il faut de l'exceptionnel, du sensationnel, si possible du croustillant, du tragique, le plus terrible fera l'affaire.
Et là je pense à la tragédie de ce bar en Suisse des 40 morts et de plus de 100 brûlés graves qui vont tenter de survivre de traverser les années avec les séquelles indélébiles de cette nuit du premier de l'an.
Une chaîne de vie et de transmission brisée. Les responsables de cette tragédie s'étendent bien au-delà du couple propriétaire, qui vont ,eux, continuer à vivre sans brûlures, et souffrances intolérables.

Je ne peux m'empêcher de mettre en parallèle ma petite expérience de vie avec tout ce que j'ai eu à traverser pour survivre et engendrer, et ces tragédies humaines qui brisent et apportent la mort. Elles sont bien trop nombreuses de par le monde. 
La condition humaine à des aspects merveilleux qui voisinent avec une vulnérabilité de chaque instant et les drames déchirants.

Nous avons l'art de progrès extraordinaires dans tout domaine.
Nous avons l'art de fabriquer comment détruire massivement et désormais « proprement » le reste de la planète.
La condition humaine : merveilles et tragédies sans cesse en imbrications..

Mon billet est décousu, je m'en excuse.
La vie et la mort me côtoient un peu trop ces temps-ci.

lundi 27 octobre 2025

Un rêve


J'ai rêvé de mon frère.
À cause sans doute de ce billet
Je crois bien que c'est la première fois.
Il était élégant dans son costume impeccable.
Il était comme au temps où je l'admirais, soigné, méticuleux.
Lui au moins il tirait des traits droits avec sa règle, alors que je m'embrouillai avec la mienne qui glissait et le crayon qui dérapait.
 

J'ai rêvé de mon frère.
Il arrivait du lointain et marchait vers moi
il marchait mais n'avançait guère.
Le paysage était désertique un peu comme dans ces films de l'Ouest américain, ces westerns ou le héros s'approche le regard droit devant. Il n'y a ni danger ni joie, ni crainte ni espoir. Il n'y a que l'image qui s'anime lentement

Je restais immobile
je ne sais si je l'attendais vraiment.
Une surprise un peu froide.

Pourquoi donc ?
Qu'est-ce que cela voulait dire ?

J'ai rêvé de mon frère.
Et puis ce fut terminé.
Il disparut comme il était venu.

Il ne reste rien,
si ce n'est cette tentative de bidouillage-photo pour tenter de rendre compte très maladroitement de l'événement nocturne.



jeudi 9 octobre 2025

Bruegel… et mon frère…


Il est parfois des souvenirs qui surgissent quand on ne s'y attend pas.
C'est en lisant un billet chez Adrienne à propos de Bruegel, qu'un autre tableau est venu investir ma mémoire.
Celui que je publie.
 

 

Mon frère en avait une reproduction chez lui, il y a très longtemps.  J'étais jeune encore, il m'avait parlé de Bruegel et son œuvre.Je ne me souviens plus de ses propos, c'est trop loin, mais là n'est pas l'important.
Ce fut qu'il me parla qui était singulier. Qu'il porte un intérêt sur le petit frère que je suis, qu'il a toujours considéré comme en trop. J'avais cru qu'on pouvait avoir une relation de proximité avec un frère, comme je le voyais chez des copains d'école. Avec lui, ce ne fut qu'exceptionnel, y compris aujourd'hui où il approche des 88 ans. À Noël cela fera un an  de silence entre nous. Je ne lui manque pas (du moins c'est ce que je crois).  Je ne sais même pas dire s'il me manque ou non. 

J'entends parfois qu'il ne tarit pas d'éloges à mon propos.  Il y a une douzaine d'années, il m'a vertement critiqué pour mon récit de vie « Le passage se crée ». Peu après, j'ai eu bien des échos qu'il en faisait l'éloge autour de lui. Il en retirait probablement un orgueil personnel. Peu de temps après le décès de notre père, en mal de confidences, il m'avait dit : « J'ai un énorme complexe de supériorité ». Je n'ai rien répondu, je le pensais autant que lui.

J'admire son parcours de vie, sa probité, son intelligence vive, sa notoriété professionnelle reconnue nationalement. Ses enfants sont épanouis. Avec ma belle-sœur j'ai toujours entretenu une sorte de complicité partagée et conciliatrice.  Plusieurs fois elle m'a dit :

 — Tu sais [son prénom], c'est difficile pour lui.

Désormais, le silence est installé Pourtant on eut des échanges passionnants quand il  a écrit l'histoire de la famille, il y bien des d'années. À présent, il est enfermé sur lui-même et c'est triste de le savoir vieillissant si mal. Parfois je tente de le joindre au téléphone. C'est toujours ma belle-sœur qui décroche. Il  a un Smartphone… mais toujours éteint.

Pourquoi aimait-t-il ce tableau de Bruegel ? Pour son côté à la fois sombre avec ce ciel triste, ces arbres noirs, sans feuilles et ces corbeaux lugubres ? Pour la neige blanche qui seule éclaire l'ensemble ? Ou alors  les chasseurs et leur meute de chiens qu'on n'aimerait pas croiser au coin d'un bois ?

Ce frère demeurera un mystère épais. Je suis sûr qu'il regrette l'époque où il était fils unique. Il explique, dans les mémoires familiales, qu'on lui dit tout de go qu'il avait un petit frère qu'on venait d'apporter le matin même à la maternité. J'imagine le choc, il avait 10 ans.

Je ne sais pas trop pourquoi j'écris ce billet. Un besoin de partager sans doute. Certes, avec mon épouse, je peux évoquer « librement » ma relation à lui. Elle sait ce qu'il en est. Elle a tendance à me dire que je n'ai qu'une solution : accepter cette réalité pour ce qu'elle est. Évidemment, elle a raison. Hélas, elle a vraiment raison.

Je vais quand même de nouveau tenter de lui téléphoner. 


[La publication de ce billet restera provisoire]

jeudi 15 mai 2025

Bref passage.

 
Cela fait plusieurs semaines que je n'ai rien publié sur mon blog. Mon activité dans la blogosphère s'amenuise.
Je tiens d'abord à remercier les quelques personnes qui ont la gentillesse de prendre de mes nouvelles. Ça fait chaud au cœur, surtout quand on traverse des périodes compliquées à vivre et des événements difficiles à supporter ou à comprendre.

Rassurez-vous (si tant est que ce soit utile…) rien de dramatique qui mettrait mon existence en péril à brève échéance.
Et puis je vois autour de moi des choses bien pires ou dramatiques, tant dans mon environnement proche que sur la planète qui cultive le délire et la folie. Et je fais quand même face aux tâches qui me sont assignées ou que je décide. (Tout du moins j'essaye).

J'aimerais du calme et de la tranquillité.… On peut toujours rêver !
 

« La vie est difficile », ainsi commence le livre de Scott Peck « Le chemin le moins fréquenté » connu en France dans les années 1970 et qui eut beaucoup de succès à l'époque. Je l'ai lu et relu. Nous souffrons de toutes sortes de névroses à raison d'un monde ambiant qui nous promet sans cesse  (la publicité en particulier) que la vie va être facile joyeuse et heureuse, grâce à la crème bidule et en dégustant des hamburgers dégoulinant de bonheur gras. MMmmm !…
On sait très bien que c'est totalement faux,  mais on adore se laisser avoir !
Alors on se force à y croire. Ce serait tellement bien  si…, si…, et si…
C'est la grande arnaque de la société de consommation.

Mais toutes les tentatives pour fuir le réel difficile sont veines et inefficaces.
le Réel c'est l'Être au fond de nous et non pas le paraître que l'on  nous montre, ou celui que l'on se fabrique.
On préfère passer à côté d'une belle aventure  de l'intériorité, qui pourtant nous est offerte gratuitement par notre condition humaine.  Dommage!

 Alors je vais aller me remettre devant le réel et l'affronter.
Courage, Alain ! Tu peux y arriver…

 

lundi 7 avril 2025

Le vivant présent.

Un certaine butinage de blogs ces derniers temps m'amène chez des gens qui évoquent leur passé d'une manière ou d'une autre (généalogie, souvenirs, évocations familiales révolues, etc.). 9 fois sur 10 ce sont des personnes « avancées en âge » expression édulcoré pour ne pas dire « des vieux ».

Je peux me mettre dedans, j'en fais partie.
J'appartiens à la race des boomers, donc vieux, et plus j'avance en âge, plus j'aime mon présent. Parce qu'au fond il contient mon existence passée, présente et supposée à-venir fantasmé. L'ensemble forme un écheveau qui me constitue. Il y a cependant « un petit truc en plus » qui est l'unicité de ma personnalité, aussi unique et singulière que mon ADN.

Tout cet ensemble est inscrit dans mon corps. Rien n'est découpable en tranches sauf à me faire disparaître.
Célestine commente chez un blogueur : — «… Cela m'amène à la recherche de nos racines... Elle est fondamentale pour notre construction personnelle, (...) Mais nos racines profondes sont en nous avant tout. Dans ce qui fait la profondeur de notre être. Dans notre ancrage à la terre, à l'environnement, à l'univers. Aux autres aussi.(...)  »
J'apprécie les propos.

La planète Terre est notre habitation. Nous en avons quasiment chacun à disposition une minuscule petite parcelle. Et même nous sommes peut-être propriétaires d'un tout petit morceau minuscule, qui nous semble une immensité, [oui, oui, c'est à moi tout ça…]. Notre possession et horrible ou paradisiaque selon le cas. Nous aimons tellement posséder qu'on est prêt à se battre au fil des siècles, à travers la planète entière, pour ces acquisitions… qui nous possèdent… jusqu'à l'obsession. Le genre humain est un éternel festin de guerres recommencées, encore et encore. Et même à l'instant où j'écris à bien des endroits de la planète.

La recherche effective des traces visibles de notre passé personnel et de notre histoire, caractérise souvent le jeune retraité qui débute dans ce nouveau métier. On se met à farfouiller dans les archives, les sites généalogiques et autres ressources sur Internet. On interroge les « survivants », on recueille des contradictions, évidemment. Quand on fouille, on trouve. Quand on trouve on s'interroge.
 — Alors quoi ? Mince ! J'aurais jamais cru. « Ça » dans ma famille ?
Les « ça » sont positifs, négatifs, sans intérêts, décevants, incroyables, merveilleux, d'une banalité affligeante, etc. On parcourt toute la gamme selon les cas.

 



Et moi dans tout ça ?

— Question trace concrètes, tout ce qui concerne le factuel historique, je fus un passif consommateur. Mon frère aîné a fait tout le boulot pendant plus de 15 ans. J'apprécie, je rends hommage, même si à présent, à quelques années de ses 90 ans, il est complètement enfoncé jusqu'aux narines dans le passé qu'il n'a plus quitté, qu'il ne quittera plus. Je lui pose une question sur le présent, il me répond aussitôt du genre : « Tu te souviens, en 1959,… l'oncle Machin, hé bien… ». Je n'écoute pas la suite malheureusement. De toute façon il ne me parle pas, il se parle à lui-même tout au long du jour. J'éprouve de la compassion pour son épouse, une belle-sœur que j'aime beaucoup.

— Question trace et recherche de ma personnalité, ça va pas trop mal. J'y ai mis le temps et les années qu'il fallait. J'ai pas attendu la retraite, loin de là. La plupart de mes lecteurs/lectrices le savent. Je n'insiste pas.

— Question pour aujourd'hui. En ces temps où chacun est censé se préparer à la catastrophe qui nous attend, j'ai le sentiment d'avoir la tête ailleurs. Enfin je veux dire, la tête ici à cet instant, pas hier, pas demain. Ou du moins, tout est là maintenant. Je pense maintenant à demain. J'évoque maintenant hier. Je me fais du souci maintenant pour la semaine prochaine.
Cette nuit j'avais très mal aux pieds et aux jambes. Je pensais que demain matin ce serait la grosse galère pour la journée et que je serai dans l'impossibilité de sortir du lit et me mouvoir, vu la lourdeur de tout ça et la faiblesse croissante de mes muscles. Et là au moment où j'écris, je suis devant mon ordinateur dans mon bureau et les douleurs des pieds sont supportables. Cette nuit je fus vraiment une fois de plus le roi des cons !
 [ Zut ! Quand je parle de mes douleurs elles reviennent ]

Ce matin à la radio je n'ai entendu que du baratin sur le point de savoir si dans deux ans Marine la condamnée pour avoir piqué du fric dans la caisse commune, - dite depuis hier : Marine Luther King - sera présidente de la république dans deux ans… Dans deux ans ? Mais il y aura tellement de tempêtes et d'ouragan d'ici là !… Laissons là pour l'instant se débattre comme une belle diablesse dans un bénitier !

Ce sera tout pour aujourd'hui.

lundi 24 février 2025

Jacques Brel : sur la place

 

Ça s'est passé cette nuit.
Mes nuits sont difficiles en ce moment. Le corps refuse le sommeil. Dans ces moments-là il ne faut pas laisser les pensées délirantes, absurdes ou catastrophistes imposer leur loi au cerveau. Un de mes trucs pour fixer ailleurs son attention et d'aller rechercher des chansons de mes interprètes préférés. Reviennent : Brassens évidemment, Jean Ferrat, Brel et d'autres, y compris des peu connus. C'est assez surprenant comme les paroles remontent facilement comme au temps de ma jeunesse. La plupart du temps, au réveil, il me reste tout juste un refrain ou quelques vers. Mon psychisme ne cessera jamais de m'étonner, m'émerveiller, ou craindre ses effets indésirables, comme on dit dans les notices des médicaments.

Cette nuit, ce fut « Sur la place » de Brel. Une chanson prenante, surtout dans son interprétation originale vers 1954 alors qu'il était encore peu connu.

Cette nuit il chantait pour moi et je m'y retrouvais dans  cette sorte de terrible regard sur l'indifférence d'une humanité blasée de tout et qui préfère fermer portes et volets que de regarder cette fille qui s'est mise à danser puis à chanter. Et finalement la voilà rejetée en tant que femme symbole de notre humanité. « Les hommes ferment les carreaux, comme une porte entre morts et vivants ». Et pourtant elle n'avait qu'un désir c'est nous donner, se donner. Elle est un cadeau permanent qui s'offre depuis toujours : « son chant plane sur la ville, hymne d'amour et de bonté. »
Terrible rejet !
Pourquoi se fermer ainsi, se replier, se barricader, alors que le refrain ne cesse de nous inviter à laisser paraître « une flamme à nos yeux » dont Brel donne le sens.

Cette nuit, des larmes silencieuses ont coulé sur mes joues. Je me sentais à la fois l'homme du repli et l'homme aux bras ouverts. Les larmes de la double compassion en quelque sorte.


 




samedi 22 février 2025

Bidouillages et pâturages : la suite !

 
Vos commentaires sur mon billet précédent m'ont plutôt surpris !
Disons que je ne m'attendais pas à des réactions aussi nombreuses, fournies, développées et explicites et riches pour certaines.

Peut-être parce qu'il a été question de l'IA ? On se fait beaucoup de représentations de ce moyen qui n'a rien de nouveau. Il y a longtemps que Photoshop est bourré d'algorithmes sophistiqués… La nouveauté réside dans la génération d'images sur instructions. Encore faut-il avoir l'imaginaire suffisant et ne pas penser qu'une image générée n'a plus qu'à être publié comme telle. Cela n'a d'intérêt que si il y a post traitement qui améliore, transforme, ou n'utilise qu'une partie de ce qui est généré pour intégrer d'autres choses.
Et c'est là que ça devient un moyen créatif supplémentaire qu'il faut apprendre à manier. Alors je dois dire que ça risque de m'intéresser…

J'ajoute une dernière production qui m'a apporté hier une distraction, nécessaire et bienfaisante pour supporter certaines souffrances du corps.




Ce sera tout pour l'instant en ce domaine.
Bon week-end à chacun/e !

lundi 25 novembre 2024

La Leçon


                   

Je cherchais un sujet de devoir quand j’ai repensé à une toile de Mark Keller.

Une toile qui amena aussitôt une question : Où était cette image, j’étais sûr de l’avoir rangée quelque part dans les quelques milliers de gigaoctet qui encombraient ma machine.

Et la voilà, je l’ai retrouvée. Et je me demande encore que fait-elle, cette jeune femme ?

Qu’attend-elle ? Qui attend-elle ? Que pense-t-elle ? Sort-elle du lit ? Y va-telle ?

Bref, des tas de questions se pressent. J’espère lire vos réponses lundi…

 

Sidonie est songeuse :

— Et voilà, ça fait plus d'une heure qu'il discute avec elle au milieu de la rue. Exactement comme hier. Non, hier c'était pire, ça a duré plus de deux heures avant qu'il ne remonte à l'appartement. Il ne faut pas quand même qu'il pense que je vais attendre comme ça pendant des plombes, du début jusqu'à la fin de la semaine, pour lui donner sa leçon de violon  !

Bon voilà, il donne l'impression qu'il va la quitter. Il la prend par les épaules. Je suppose que c'est pour lui dire au revoir. Ah ben non ! C'est quand même un sale gosse : il tente de lui rouler un patin ! Mon Dieu, les jeunes d'aujourd'hui : ça m'affole ! Il n'a quand même que 12 ans. Et sa copine guère plus.

 D'accord, j'ai accepté le job pour faire plaisir à son père mais faut pas non plus me prendre pour une idiote. J'ai parfaitement compris ce que voudrait ce père. Le coup des leçons de violon fait uniquement partie des manœuvres d'approche.

J'ai tout à fait conscience que je suis jolie et attirante. C'est pas pour autant qu'il faut me prendre pour une traînée qu'on ramasse à la cuillère.

J'ai mal aux pieds. Les grolles que m'a offertes son paternel sélectionnait la marchandise sont trop petites. Je me demande même s'il ne les a pas récupérés auprès d'une maîtresse précédente.

Je suis quand même tombée sur une drôle de famille.

Ah ! Voilà le père qui se pointe.

 — Bonjour Mademoiselle Sidonie. Hubert n'est pas encore arrivé ?

— Il ne va pas tarder Monsieur Dupuis de la Margelle du Parc. Je le vois il est là dans la rue avec une copine. Il lui dit au revoir.

— Est-ce qu'il progresse en violon ?

— Oh ! Ça va certainement venir bientôt, je l'espère en tout cas ! Soupire Sidonie avec une lassitude non feinte.

— Madame la Comtesse et moi nous aurions dû choisir le piano, probablement. Mais vous ne donnez pas de leçons de piano j'imagine  ?

— Je ne touche pas la note de ce côté-là, répond Sidonie, qui tout à coup se croit subtile.

Monsieur Dupuis de la Margelle du Parc esquisse un rictus :

— Vous savez Mademoiselle Sidonie, je cherche une préceptrice pour ce jeune garçon qui paraît-il est mon fils. Seriez-vous disponible facilement ?

 Sidonie retient surtout le mot « facilement ». Monsieur Dupuis de Machinchose doit aimer les facilités que la vie peut lui offrir ou plutôt qu'il aime se payer. Elle songe : s'il croit qu'il peut se payer ma tête…

En même temps, il faut le reconnaître, ce n'est pas facile en ce moment avec son banquier. Alors… préceptrice… s'il ne faut pas faire trop d'heures supplémentaires nocturnes en dehors du service… pourquoi pas ! Et puis loger chez les « Dupuis  de Truc  »… ça la changerait de la chambre de bonne.

 

Hubert, le fils de la  Margelle du Parc arrive :

— Père, ma décision est prise, j'arrête le violon. Je veux apprendre à jouer de la batterie. Tu n'as pas le droit de t'y opposer, Mère ne le permettrait pas.

 Sidonie se dit qu'elle doit réfléchir à la place de préceptrice, parce que là… supporter Hubert 24 heures sur 24… ça semble mission impossible !

— Mon cher fils, la seule batterie que je peux tolérer, c'est la batterie de cuisine. Tu vas donc rentrer comme gosse à tout faire dans le Restaurant Gastronomique que j'ai choisi pour toi. Tu commences demain. Joignant le geste à la parole, il lui refile une paire de claques qui résonnent dans le salon comme un tambour de guerre. Et file dans ta chambre ou je te défonce le fion.

Sortie d'Hubert du salon.

 

Le Maître et Seigneur Dupuis de la Margelle du Parc adopte instantanément un ton très doux, presque tendre, en regardant Sidonie du sommet du crâne aux pieds dénudés. Manifestement il évalue le dévoilement des possibilités. La rentabilité est possible.

 — Mademoiselle Sidonie, pour la fonction de préceptrice, votre prix sera le mien, que diriez-vous de commencer par 1500 € par semaine, logée et nourrie ? Durant la période d'essai bien entendu ! Ensuite nous définirons un salaire convenable en fonction des résultats.

 Vlan ! Le maître de ces lieux n'a rien vu venir. À présent il est affalé par terre, le crâne en feu, à cause des coups de violon qui lui ont fracassé la tête. L'instrument est en miettes.  Il se touche l'oreille. Il un peu de sang apparaît sur ses doigts.

— Mademoiselle Sidonie ? Vous êtes toujours là ?

dimanche 7 avril 2024

Liens rompus

 

Que sont mes amis devenus ;
Que j'avais de si près tenus…
Et tant aimés.
Ils ont été trop clairsemés,
Je crois le vent les a ôtés.
L'amour est morte.
Ce sont amis que vent me porte
Et il ventait devant ma porte ;
Les emporta.

Avec le temps qu'arbre défeuille
Quand il ne reste en branche feuille
Qui n'aille à terre…
Avec pauvreté qui m'atterre
Qui de partout me fait la guerre
Au temps d'hiver.
Ne convient pas que vous raconte
Comment je me suis mis à honte,
En quelle manière.

Que sont mes amis devenus ;
Que j'avais de si près tenus…
Et tant aimés.
Ils ont été trop clairsemés,
Je crois le vent les a ôtés.
L'amour est morte.
Le mal ne sait pas seul venir.
Tout ce qui m'était à venir…
M'est advenu.

Pauvre sens et pauvre mémoire ;
M'a Dieu donné, le roi de gloire.
Et pauvre rente…
Et droit au cul quand bise vente.
Le vent me vient, le vent m'évente.
L'amour est morte.
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte ;
Les emporta.

Rutebeuf

 


 Mes ami(e)s déjà

beaucoup ne sont plus là. 

Il n’y a pas que le vent qui les emporta
La mort aussi passa

S'approche le temps où elle s'installera.

 

Ce poème de Rutebeuf et cette chanson par Joan Baez habitent en moi depuis tant d’années, que cela me semble depuis toujours. L’ampleur s’actualise avec les décénies.

Ces dernières semaines, les circonstances amplifient encore le réel des propos.


 

samedi 17 février 2024

Retour à l'intérieur

 


Ce n'est pas toujours une décision délibérée. Cela relève parfois  du constant de s'être éloigné sans s'en rendre compte, sans y prendre garde suffisamment. Les circonstances sont venues vous prendre par la main en vous susurant : — Viens par ici c'est important, c'est indispensable, incontournable.

 Alors on y est allé.


Et puis « les circonstances » sont devenues maîtresses du jeu, et vous avez joué le jeu qui vous entraîne à droite, à gauche, en haut, en bas. Vous vous démenez. Vous investissez du temps, de l'énergie, vous constatez que vos forces s'enfuient peu à peu mais vous n'en prenez pas la juste mesure. Sachez que cela fait  partie de la stratégie élaborée en dehors de vous. Plus vous vous épuiserez, mieux ce sera. Alors arrivera le moment où vous êtes à point, mûr pour l'estocade.

C'est là qu'on vous attend : au tournant. L'expression le dit d'ailleurs « je vous attends au tourment » sous-entendu c'est là que moi, la Circonstance, je serai vainqueur. J'aurais réussi à vous faire perdre par K.-O.


Fort heureusement, à un moment ou un autre, vous croisez en chemin une autre réalité :  l'Opportunité.  C'est à vous  de la repérer et surtout de la saisir avant qu'elle ne parte plus loin sans possibilité de revenir. Soyez attentif, elle prend parfois des formes inattendues pour ne pas dire impensées.


Cette fois-là, Elle a surgi de l'intérieur sous forme d'une petite voix :  — «  Pourquoi es-tu parti là-bas, si loin, alors que je t'attends [*ICI*] où tout se passera ? Ça vous déclenche un arrêt intérieur. Vous ne l'écoutiez plus depuis trop longtemps  cette petite voix, et même vous aviez l'audace de lui infliger un « fous-moi la paix ! Tu vois bien que j'ai plus important à faire ! ». Important « à faire ». C'est bien l'expression, alors qu'il s'agissait de « important à être ». La différence est colossale. Vous pensez aussitôt : « Mais c'est pas possible d'être aussi Con ! ».


Le mieux est de prendre la position la plus agréable pour votre corps. Celle qui vous procure un bien-être profond, de vous faire attentif à la présence « d'Elle, la petite ». Vous ressentez sa vibration ténue mais bien présente, son murmure sans mot au fond de votre être, et peu à peu le trouble brouillard qui vous embrumait se dissipe, les vapeurs néfastes de l'esprit ne vous entravent plus, votre respiration se fait plus ample et, comme après l'orage lourd qui avait tout assombri, la lumière réapparaît et se met à éclairer vos problématiques de manière nouvelle et des pistes sures permettant de vous extirper des difficultés apparaissent avec intensité, clarté, et forces nouvelles redonnées.


Il vous reste à remercier qui vous voulez (destin, bonne étoile, divin, ange gardien, et réalité subtile…) de vous avoir suggéré et même incité au « retour à l'intérieur ».






lundi 4 décembre 2023

Flottement

 

Depuis plusieurs semaines mon environnement cérébral et intérieur ressemblait un peu à cette image :


Ce n'était pas un naufrage dangereux, mais une surcharge trop forte qui fait que l'on finit par avoir la tentation de bazarder pas mal de choses par-dessus bord. Malheureusement l'image s'arrête là, car passer par-dessus bord et une vue de l'esprit sous forme d'un souhait irréaliste.

Alors, j'ai fait comme d'habitude : faire face le mieux possible en me disant que « ça ira mieux demain ». Sauf que le lendemain ça n'allait pas mieux et même un nouveau ballot bien trop lourd tombait dans ma frêle embarcation pour l'alourdir au risque de chavirer.

. Alors j'ai repensé qu'au fond j'avais toujours été un frêle esquif depuis bien longtemps et qui cependant avait su assumer des tempêtes parfois bien plus terribles.

. Alors j'ai aussi repensé que c'était il y a des années et que j'étais plus jeune en ce temps-là.
. Alors j'ai enfin repensé à ce concept que je voudrais abolir et que je commence à voir inscrit un peu partout :  « la fragilité de la personne âgée ».


J'essaie de me défendre : — « hé oh ! Y'a pas que le vieux qui soit fragile ! ». Je connais des perdreaux de l'année qui le sont déjà. OK, c'est une défense archinulle, mais quand même, on se raccroche à ce qu'on peut et on peut peu dans ces moments-là.
Il n'empêche, au fil des jours le gros temps des nuages noirs s'éloigna quelque peu. Il y eut même quelques trouées bleutées et je crois avoir aperçu un ou deux rayons de soleil.
Qu'est-ce que je pourrais vous en dire sur le détail de ce qui s'est passé. Bah rien ! Ou alors il faudrait que vous soyez prêts à deux bonnes heures de lecture sans interruption d'un côté, et d'un autre côté il faudrait que j'ai le courage de vous écrire tout ça, et je ne l'ai pas. Alors je vais faire mon petit philosophe alacon pour 0,50 centime d'anciens francs.

C'est rapport à la notion de flottement justement. Tant qu'on flotte, on ne coule pas. C'est con hein ! Mais c'est vrai. Et donc il faut faire confiance à ce constat : on flotte, on en est capable. D'ailleurs c'est ce qu'on dit en cas de risque de noyade : ne pas se débattre et se laisser flotter. Ça semble passif mais c'est au contraire très actif.

J'arrête ma comparaison aquatique. Je remplace par l'équilibre. Lorsque j'ai appris à remarcher, et aujourd'hui encore, ça fonctionne uniquement lorsque j'ai confiance que je ne vais pas perdre l'équilibre et marcher sans risque majeur. À  la suite de mon Covid récent la perte importante de mes forces physiques fut telle que j'ai perdu totalement la possibilité de marcher. (Il a même fallu faire appel aux pompiers) Et en même temps, malgré mes persuasions volontaires, j'avais perdu toute confiance en ma capacité d'un corps qui tienne debout avec tout l'attirail de prothèses nécessaires. Il me fallut six semaines à raison de plusieurs séances de kiné par jour pour retrouver des forces qui sont revenues peu à peu, mais bien plus encore pour retrouver cette sensation de confiance en ce corps qui une fois encore semblait m'abandonner et cette fois avoir jeté l'éponge définitivement.

Il existe une sorte de négociation subtile entre lui et moi. Ça me fait penser à ces longues tractations qui n'en finissent pas pour mettre au point un accord d'importance vitale. Négociations silencieuses en apparence, mais il y a une foule de ressentis qui veulent s'exprimer tour à tour et tous ont  de bonnes raisons à faire valoir.
Et puis cela finit par se faire au moment où on ne s'y attend plus.

Ce fut au cours d'une nouvelle séance d'équilibre avec les cannes, où ma kiné me provoqua doucement mais fermement pour tester mon équilibre. Un peu du genre « je veux que tu tombes mais je te retiendrai » et ça réveille des souvenirs vieux de plus de 60 ans… mes premiers vertiges à me remettre debout.
J'ai alors prononcé ces mots que mon corps a imposés : « Bon, ça suffit, je me lance ». Et tout fut rétabli. J'ai fait plusieurs allers-retours dans le couloir sans assistance. J'ai retrouvé cette fameuse confiance en lui, mon corps, qui il faut bien le dire, n'avait jamais cessé de désirer me servir autant qu'il pouvait, malgré la défaillance de 70 % de muscles ayant déserté depuis si longtemps.

lundi 12 juin 2023

Impression matinale sur consigne

 







Le goût des autres a proposé vendredi d'écrire quelque chose sur ce tableau. Je n'ai rien écrit avant ces quelques mots lundi vers 9h30.



*







Ce matin je tente de mettre quelques mots à propos de la consigne. D'habitude j'écris durant le week-end et je programme la publication. Cette fois le cœur n'y était pas et l'esprit voyageait ailleurs, cerné de brumes opaques, ternes et suintantes.

En était-il de même pour cette femme lorsqu'un peintre la saisit ?


In vino veritas ? Deux bouteilles c'est déjà pas si mal. La différence c'est que personnellement je n'ai jamais noyé quoique ce soit dans l'alcool, (j'aime trop le bon vin), ni dans le tabac, (ça pue), ni dans un quelconque autre poison avec vue sur éléphant rose, (ça me foutrait la trouille).


Alors s'il faut continuer à œuvrer pour me remonter le moral, je parlerai du mur dégueulasse au-dessus de la banquette à droite, ou si vous préférez à gauche de la chevelure sanguinolente de la demoiselle désespérée et désespérante. J'y vois une figure de clown hilare qui est en train de se foutre de la gueule de nous tous, parce que c'est son métier de le faire. Ça permet de finalement se rendre compte que bien des choses sont dérisoires.


mercredi 7 juin 2023

Promenade



Le ciel bleu limpide a déposé quelques nuages blancs diaphanes, histoire de rompre la monotonie ambiante. Le soleil se comporte comme une poursuite de théâtre, faisant briller de son incandescence tout ce qu'il touche aux alentours. En particulier les fleurs du jardin qui passent de jolies à splendides sous la caresse chatoyante de ses rayons, enchantant ainsi le spectateur de cette nature embellie.

Ce n'est pas encore la toufeur de l'après-midi, mais la douce montée. Elle part de la revigorante fraîcheur matinale et se dirige vers l'infinie douceur d'un avant-midi prometteur. Le moment s'en vient de prendre Route.

La vie s'épanouit.


Bien plus loin, là-bas, au-delà des barrières, l'augure désire refroidir ce qui devrait rester en vie. L'aventure ne mérite pas de se terminer ainsi. L'espoir ténu demeure cependant. Il est des sursauts inattendus, des déclins qui s'offrent des renaissances. Des présages funestes qui manquent de discernement. Prendra-t-on le Chemin ultime ?

La vie se fane.


Le promeneur parfois s'assoit sur le banc du parc près de l'avenue. En montagne sur la pierre du raidillon. Réfléchir jusqu'à la limite. Contempler yeux fermés. Respirer à en étouffer. Prier peut-être. 

S'activer à ne rien faire qu'offrir l'utile présence de celui qui aime.

La vie se retire.


(À celle qui ne lira pas)




 

mardi 21 mars 2023

Vertige


« Vertige de l'amour », chantait-t-il.

Vertige du temps qui passe et qu'on aimerait retenir.

Semaine passée où j'ai eu l'occasion d'en faire le constat de manière intense.


— « Non ? Il y a déjà tant d'années de cela ? ! »

C'est elle qui évoque, c'est moi qui m'exclame. Et c'est alors une affluence de souvenirs–sensations. Ils viennent déborder celui qui se souvient. Et alors les paupières aussi débordent.


C'est arrivé plusieurs fois dans la semaine aux multiples péripéties. Et puis, tout à l'heure, tandis que tout le monde est parti et que je me retrouve seul, ce truc que je cherche et qui me fais tomber sur une vieille carte postale, du temps où on s'envoyait des cartes postales. Les propos sont conformes aux mots d'une carte postale : banalité et ordinarité vacancière. Cela pourrait être sans affect. Mais cette écriture portant la marque de sa jeunesse et sa détermination, comment ne pas évoquer sa mémoire. Quel âge aurait-elle ?… Ah bon ! autant que ça !


 Regarde-toi dans le miroir, Alain, et tu vas bien voir ce qu'il en est des traces du temps. — Mais enfin, que je me suis répondu, je fais plus jeune que ma date de naissance sur ma carte d'identité, tout le monde me le dit !

Et elle ? Quelle allure aurait-elle aujourd'hui ? Aurait-elle toujours ce sourire merveilleux, ce pétillement dans l'œil ? Et la douceur de sa voix qui m'avait séduite, et sa silhouette harmonieuse. Ça donne quoi en 2023, après 15 ans dans un cercueil ?


Vertige de la vie. Sa force et sa vulnérabilité mêlées. 

La tête me tourne un peu dans ce monde qui tourbillonne si vite.




jeudi 19 janvier 2023

Ça va ? Et toi ça va ?

L'ombre d'un arbre voisin sur ma pelouse, par un soleil hivernal. OK, j'ai un peu bricolé la photo (une mauvaise habitude probablement). J'ai pensé : c'est l'ombre de moi-même. Un portrait en quelque sorte pour celles et ceux qui ne connaissent pas ma bouille, soit 99,9 % de mon lectorat passé présent et à venir.

C'est dire si je suis en pleine forme.


Il n'y a pas bien longtemps j'ai pris une année de plus. Mine de rien ça commence à peser, surtout quand on se dit qu'on n'en a rien à foutre des réformes en cours que cela concerne les Vieux ou les jeunes.

J'ai fait mon temps ! Effet montant terminé !

Ça tombe bien, j'ai évoqué récemment sur un blog aussi célèbre que féminin, « la croissance par diminution ».


Aparté : celle qui est d'accord pour partager le reste de ma vie est toute contente. Elle vient d'appeler son dentiste : c'est fou, elle aura un rendez-vous en 2023 ! Vers la fin mai. Grâce à notre merveilleux système médical français. Merci à tous les politiques des 40 dernières années et même plus !


Bah voilà, je diminue. Je me rabougris comme cet arbre déjà bien vieux, et qui n'a pas vraiment réussi son développement. Peut-être que si le voisin l'avait moins taillé ?… 

Et moi, qui m'a taillé comme je suis ?


Bon, changeons le regard, il y a quand même pas mal de vert dans la photo. Sa surface est grande, et quelques feuilles mortes auxquelles j'ai tenté de redonner un peu de vie en les boostant, vont ensoleiller mon horizon cérébral.

J'ai la tête aussi lourde que des pensées lourdes que je trimbale lourdement.


S'il n'y avait pas le gai soleil de cette photo prise hier, il n'y aurait pas d'ombre à se mettre sous la plume. Ça doit être cela la pensée positive : Se mettre au soleil, à l'ombre d'un doute.


Est-ce que ça me fait du bien d'écrire ces mots ? (Oui, parce que globalement je tiens ce blog plutôt pour me faire du bien plutôt que du mal). Ça soulage sans doute. Ça fait mettre hors de soi un peu des morceaux des fardeaux à porter et supporter.


Mais c'est quoi ces fardeaux ? J'entends certaines le penser et l'envisager en commentaire.

Bah c'est des trucs pénibles, pas vraiment marrants, pas des tonnes non plus, mais pas des plumes cependant. Tiens j'y pense, pour certains trucs, faudrait quand même que je vole dans les plumes à des Trouduluc qui le mérite amplement. Je vais faire la liste.


Les douleurs ? Merci, ça va pas trop mal de ce côté-là… encore que…

Dès qu'on est entré dans le club des Tamalou, on est obligé de payer la cotisation mensuelle pour avoir le droit de se plaindre sans rien dire.

En conséquence, je crois que je vais payer de ma personne.


Ce sera tout pour aujourd'hui !


mercredi 20 juillet 2022

L'envie de vivre



L'envie de vivre est-elle toujours en vie ?



La question tombe dans un silence de mort.

Depuis les incendies de forêts, plus personne n'a le feu sacré.

Bien des projets sont partis en fumée.


Il faut cependant regarder froidement la situation.

Se mettre à l'eau pour que ça change.

Les plus ardents acceptent de mouiller la chemise.


Chacun a envie que tout change

Tous s'engagent à ne plus se planter.

les coupeurs de feu comme les autres.


On repart avec l'art d'heures nécessaires


La nuit la lune pleure la dune


*



Construction AlainX


jeudi 28 avril 2022

Des heures s'écoulent, parfois m'écroulent


11:26, indique l'heure depuis le coin de mon ordinateur, et puis pour bien montrer la fuite du temps, elle passe à 11:27. Prends ça dans l'œil ! Si tu me fixes encore tu verras j'afficherai 11:28 dans moins d'une minute.


Par la fenêtre je vois ma haie d'ifs. ifs font la haie ! (Mauvais jeu de mots). Le jardinier viendra prochainement les rabaisser, les mettre au pas. Les ramener à ce qu'ils sont censés être : une haie basse. Parce que c'est comme ça. Parce que c'est le règlement. Z'avaient qu'à aller se planter à la campagne tranquillou, en pays de liberté. Ici il y a un règlement collectif. Interdit de grimper au ciel. Décision des hommes. La vie libre en milieu surveillé.


Il faut savoir, chers amifs persistants, que vous concourez quand même à une certaine convivialité. On peut discuter avec le voisin par-dessus vous. Bon d'accord c'est pas si souvent. Ici huit mois de l'année il ne fait pas un temps à mettre le nez dehors, ni le reste d'ailleurs. Alors je parle par Internet à des gens qui sont à 1000 lieues de chez moi. Et même plus.

Toutefois, dès les beaux jours revenus, outre que vous reverdissez pour mon plaisir, je constate votre sens de l'accueil et votre amour des oisillons qui naissent entre vos branches ou vous savez accueillir les familles ailées sans leur demander leurs papiers. Ça remue à l'intérieur et hop ça s'envole et ça revient.


Que font les hommes pendant ce temps ? Ils vaquent, sont très occupés à des choses sérieuses, comme voter par exemple. Ou faire la guerre. Ou se demander si pour ce qui est des carottes ce sera rapé bientôt à cause des prix qui grimpent. Idem d'ailleurs pour le fromage. À moins qu'ils ne préparent dans le secret des conciliabules intestinaux et parisiens sur qui sera le Premier Calife du Calife en Chef. Beaucoup cherchent des alliances, alors qu'ils sont divorcés depuis longtemps. Ils mettent au point le programme des futures festivités. Ils disent à leurs coalisés potentiels : « Si tu veux pas de ce programme–là, je peux t'en proposer un autre, de toute façon toi comme moi on sait qu'on fera tout autre chose dans la réalité. » C'est comme ça qu'ils finissent par s'entendre sur le dos du peuple.



Et moi ? Je crois que je vais aller dehors. Le ciel est tout bleu. Mes yeux aussi. On pourrait s'entendre. Prendre de la hauteur pour éviter les bassesses. Et puis se dire que les emmerdements dans lesquels je surnage en ce moment finiront bien par glisser vers le tout-à-l'égout.