samedi 28 novembre 2015

Un passé revisité.

Récemment, j’ai évoqué dans un commentaire la chanteuse Anne Sylvestre, qui marqua une à deux années de ma jeunesse. Bien sûr elle n’eut pas l’importance dans mon parcours d’un Brassens, d’un Ferré, d’un Ferrat/Aragon, d’un Brel.

Courtes années d’amours balbutiants, de copines follement amoureuses et de ruptures follement dramatisées…. 
Et donc, « Elle » qui me chantait Anne Sylvestre dans sa sous-pente, son matelas par terre et sa guitare à quatre sous.… sa mini-jupe dévoilant des cuisses serties d’un Panty sage et serré signifiant « pas touche » enfin par tout de suite, pas trop vite….
 « Elle » me prêtait ses bandes magnétiques longue durée pour mon magnéto Grunding garanti HiFi… J’écoutais Anne en sourdine la nuit, laissant les fantasmes advenir comme ils pouvaient. Mais ils demeuraient d’une trop grande sagesse. 
Un jour on fut moins sage sur le matelas par-terre, mais juste ce qu’il convenait pour éviter tous risques….

Et puis, et c’est terrible à dire… Je ne sais même plus comment l’histoire finit… On se voit, puis un peu moins, puis beaucoup moins.
— Tiens ça fait longtemps que je ne l’ai vue ! 
Puis plus rien…
Restent les accords de guitare, sa voix un peu éraillée, la douceur de sa peau, l’amour dans ses yeux.
Et Anne Sylvestre…..

J’ai réécouté. Des années sont passées, mais quand une vraie poète existe, elle chante pour tous les temps.

Ainsi de cette chanson de 1974, comme si c’était hier.



Je cherche un mur pour pleurer 
Je cherche un mur pour pleurer 
On ne pleure plus, paraît-il 
On avale tout, c'est facile 
On ne dit plus rien 
Lorsqu'on vous crache dessus 
On reste serein, la colère 
C'est mal vu 
On est poli, poli 
On tend son cul, merci merci 

Je cherche un mur pour pleurer 
Je cherche un mur pour pleurer 
On ne s'aime plus, paraît-il 
On dit que l'amour est fragile 
On est très moderne, 
On laisse sa liberté 
Mais on fait les poches 
Aussitôt le dos tourné 

On est copain, copain 
On ne se raconte rien, plus rien 

Je cherche un mur pour pleurer 
Je cherche un mur pour pleurer 
On connaît tout par le journal 
Mais les mots, ça ne fait pas mal 
On est toujours plus ému 
Par ce qui est loin 
Mais on oublie la détresse 
De son voisin 

On est bistrot, bistrot 
On ne se connaît pas trop, pas trop 

Je cherche un mur pour pleurer 
Je cherche un mur pour pleurer 
On mélange les accidents, 
Les princesses et leurs prétendants 
On ne dit plus rien 
Lorsque des enfants ont faim 
Mais on ouvre sa bourse 

Pour sauver des chiens 

On est toutou, toutou 
On a bon cœur, c'est tout, c'est tout 

Je cherche un mur pour pleurer 
Je cherche un mur pour pleurer 
On ne pleure plus, paraît-il 
On rigole, c'est plus facile 
On n'écoute plus 
Les poètes, les errants 
On leur dit "Taisez-vous, 
Vous n'êtes pas marrants." 

On est télé, télé 
On est si fatigué de penser 

Je cherche un mur pour pleurer 
Je cherche un mur pour pleurer 
On va à la messe, au caté 
Ou bien on bouffe du curé 
Mais on chante en chœur 
Il est né le divin enfant 
On va tous ensemble au muguet 
Quand il est blanc 

On est païen, païen 
Dieu reconnaîtra les siens, c'est bien 

Je cherche un mur pour pleurer 
Je cherche un mur pour pleurer 
On est toujours comme on n'est pas 
Un jour c'est triste, un jour ça va 
On essaye bien 
Mais on n'a jamais le temps 
On croit tenir la fleur 
Mais on meurt mécontent 

On est paumé, paumé 
Et si on pouvait s'aimer, s'aimer 

Être ensemble pour pleurer 

Avoir le temps de pleurer...

jeudi 26 novembre 2015

Vous avez dit spiritualité ?

« (…) l’avenir de l'humanité passera demain non pas seulement par la résolution de la crise financière, mais de façon bien plus essentielle par la résolution de la crise spirituelle sans précédent que traverse notre humanité tout entière !
"Saurons-nous tous nous rassembler, à l'échelle de la planète, pour affronter ce défi fondamental ? La nature spirituelle de l'homme a horreur du vide, et si elle ne trouve rien de nouveau pour le remplir elle le fera demain avec des religions toujours plus inadaptées au présent (…) »
(Le philosophe et écrivain français Abdennour Bidar, musulman dans une « lettre ouverte au monde musulman »)

Un Pierre Rabbi dit sensiblement la même chose :
« La crise n’est pas financière mais humaine, spirituelle, et profonde »

Bien d’autres encore tiennent des propos semblables, on ajoutera des « valeurs » (humaines, de la République, universelles ….),
Mais que met-on exactement sous ces mots ? De quelle Réalité parle-t'on ?
Très modestement je tente une approche personnelle, sinon les mots finissent par se vider de sens…

Petite introduction : 

La nature profonde de l’homme est spirituelle (sinon il ne disposerait pas d’un « esprit »). Comment en arrive-t-on à nier cette réalité ?
L’homme occidental est devenu en quelques deux à trois décennies : individualiste, associal, (lent développement de violences et de rejets de l’autre, communautarisme), autocentré, replié sur lui-même (perte des solidarités de masse), et j’en passe…

Dans le même temps, on n’a jamais autant parlé des ésotérismes de tous poils, gourous patentés, illuminés à suivre, écoles diverses de sagesses, d’expériences psycho-spirituelles, mystiques ou paroxystiques, de réminiscence de vies antérieures... etc….
Tout cela,
—  soit dans le cadre d’emballements sensibles et de « trucs forts ressentis » que « tu devrais venir essayer, tu verrais, c’est raide/dingue ce machin… » ;
— soit dans une suspicion scientifique des « gens qui savent » et vous font entrer dans une case du DSM-IV (nomenclature des troubles psychiques, à soigner d’urgence avec des cachets).

Enfin je soulignerai la perte d’autorité, d’audience et d’influence des penseurs (ne plus penser, suivre le courant),  des intellectuels (qui ne sont que des bavards), des leaders d’opinion (qui nous bassinent et veulent nous endoctriner). Il ne faut plus écouter personne si ce n’est soi-même, ou le gourou politique qui pense comme nous (Mme Le Pen, exemple pris au hasard), qui a LA CLÉ de tous les maux sociaux et les solutions ultimes à tout. Suivons la/le. Enfin un Sauveur…..


Mais qu’est-ce qu’une spiritualité ?


C’est d’abord une question d’essence de la personne humaine.
Une aptitude incroyablement originale, d’un être animé de vie et capable de se penser par lui-même, au sein d’une collectivité qui lui enseigne ce possible. (l’enfant sauvage, l’enfant enfermé dans un placard, ne développe pas une pensée réflexive suffisamment élaborée.). L’aptitude est innée au sens d’un potentiel, mais seul  l’environnement humain (par des semblables) permet « l’humanisation ».

On voit tout de suite que le chemin inverse est offert : des êtres humains par nature, peuvent se déshumaniser et en déshumaniser d’autres (on le voit dans notre actualité, hélas).
On constate dans les enquêtes qu’il suffit de quelques semaines, quelques mois, pour « fabriquer des in-humains »… On sait ça depuis l’expérience de Milgram dans les années 1960, (en quelques minutes il le réalise….) … mais on s’en fout !! C’est pas une priorité nationale, car il faut d’abord satisfaire aux exigences de notre dieu moderne : Croissance/Consommation…

Une spiritualité c’est aussi un réalisme, c’est à dire une conscience. Une perception des réalités qui nous habitent et que notre raison sait analyser. La conscience que les causes sont en nous, pas en dehors de nous. Nous avons nos guerres intérieures, nos paix intérieures, nos errances, nos obscurités, nos lumières et nos fulgurances. L’ensemble évolue dans une cohabitation plus ou moins chaotique.
Tout cela nous en sommes chaque jour les exportateurs qualifiés. Dispensateurs de bonnes choses ou distillateurs de malfaisance.
Cette cohabitation incontournable me réjouit, quand je la sens porteuse de bienfaits et de paix. Elle m’effraie, quand je ressens que je porte à l’extérieur de moi ce qui peut générer souffrances et malheur d’autrui.


Une spiritualité c’est un conscience « éclairée de l’intérieur ». Ce qui suppose une reliance avec un « plus-grand-que-soi », dont la conscience est la petite voix intime. Car, qu’on le veuille ou non nous sommes habités d’une dimension de transcendance. Sinon, on ne s’extasierait pas devant la beauté, de la nature, d’une oeuvre, de l’espace, de l’infini…. sinon on serait dans l’incapacité d’admirer quoi que ce soit, et au fond incapable d’aimer….


Une spiritualité c’est une reliance à soi-même au sens d’une relation intrapsychique entre :  esprit et âme ; entre tête et coeur ; entre intuition et raison ; etc…. mais aussi une reliance humaine et collective, une reconnaissance mutuelle de partage, une nécessaire communauté d’appartenance à  rejoindre comme un « groupe essentiel », ce collectif de sens oeuvrant pour l’humanisation du monde, que ce soit de grandes choses ou de toutes petites.  J’ai eu cette chance d’appartenir à divers collectifs d’action (pas de discussions…..) où la spiritualité est en action, agissant concrètement, tentant d’apporter sa part.


———— 
voila ….
C’est pas grand chose tout ça….

Reprenons nos vies ordinaires....



mardi 17 novembre 2015

Hier encore....


Hier encore ils étaient là, assis.
Là où ailleurs, qu’importe, ils étaient dans la vie, ils étaient la Vie
Ils formaient des projets d’avenir parce que demain serait plus beau qu’aujourd’hui.

— Eglantine allait venir, ils s’étaient donné rendez-vous, le premier, celui où on vient avec des fleurs.

— La soirée était douce pour un automne, Max regarda une feuille de platane amenée par le vent, virevolter, descendre et remonter tel un papillon géant. Puis vint un instant magique, la feuille contourna la table et se posa sur ses genoux, comme une femme viendrait tout à coup éveiller le désir d’amour et de vie. Il sourit.

— Chaque soir Héléna  s’attablait, commandait un Américano, toujours un Américano, pour en ressentir l’amertume, telle sa vie qui se délitait un peu plus chaque jour, depuis qu’il l’avait quittée pour cette blondasse sans seins et sans cervelle.

— Madame et sa fille avaient pris place, un peu fofolle la maman, un peu ivresse la fifille. Maman payait le repas d’anniversaire. — Elle est quand même bien ma mère, pensa-t-elle.

— Enjoué, tournoyant, jouant du plateau tel un artiste, criant les commandes vers l’intérieur, José, le serveur sud-américain, qui faisait tourner les têtes des filles avec ses — Et Qué qué yé you sert, pétite démoiselle ?

— Farid était en retard une fois de plus. il avait toujours la même excuse : le dernier client qui n’en finissait pas.  — Vas-y vas-y, j’te connais par coeur - qu’elle dit Salima, - T’as encore trainé avec Samir ! C’est chaqu’ fois pareil ! tu sais quoi ? j’vais finir par t’quitter, sur la tête de ma mère je mens pas !

— On se demandait d’où il venait. Personne ne savait vraiment, mais enfin il était sympa, malgré sa soutane de vieux curé. — C’est vrai quoi ça fait quoi un curé dans un bistro ? Pourquoi il est pas à la messe ?

Hier encore ils étaient là, assis.



lundi 16 novembre 2015

Genèse de l’après….

Des drames humains, individuels ou collectifs de grande ampleur, il en existe chaque jour sur la planète. Plus ils sont lointains, moins ils touchent. La conscience collective est d'un périmètre limité. Cette fois, c'est à ma porte que ça s'est passé. Une de mes filles et sa famille s’apprêtaient à partir à Paris pour ce WE. Difficile de ne pas être traversé par l'idée qu'ils auraient pu être victimes.

Comme beaucoup de gens, j'ai regardé la télévision. J'ai cherché la bonne distance intérieure, ni être trop dans l'événement, n'y en être trop loin. J'ai un peu pensé à la «distance thérapeutique» de l'aide aux personnes : ni être démoli par l’horrible, ni être blindé par celui-ci.

Mais avec le recul, ce qui a le plus fait vibrer ma sensibilité profonde, celle qui émane des profondeurs de l’être, ce sont tous les gestes de solidarité, les actes posés, du plus petit au plus grand. De ces personnes qui ont donné leurs draps pour recouvrir les cadavres, jusqu’à ce journaliste descendu ce chez lui, recevant une balle alors qu’il porte secours à un autre blessé, en passant par les dons du sang.

Des gestes fraternels, parce que  l’autre est nécessairement mon frère/ma soeur en Humanité. Et que cette réalité est inscrite au fond de chacun, qu’il le veuille ou non, parce l’espèce humaine est fondamentalement sociale et socialisée…
Et plus elle s’humanise, plus elle a vocation à devenir fraternelle.

Certains quittent  cette identité universelle et se désocialisent, c’est à dire sortent de la réalité commune. 
Ceux qu’un parcours sombre et de décadence finit par amener au pire, n’en restent pas moins pleinement des être humains. Les traiter de « monstres » est une erreur que l’on commet facilement. Ce serait comme s’il existait une sorte d’espèce infra-humaine qu’il suffirait d’éradiquer par l’élimination massive. 
On sait ce que cela a donné il y a 70 ans…

Cela ne veut pas dire que ces distributeurs de mort ne portent pas une affreuse responsabilité et c’est l’évidence même qu’ils doivent être condamnés à la hauteur de leur ignominie. De même que les commanditaires, chefs de guerre et autres prédateurs. Eux et leurs complices de tous ordres. Et les complicités peuvent aller loin…. et remonter loin dans toutes sortes de pratiques commerciales que nos sociétés « tolèrent » en fermant les yeux.

Cela veut dire que des êtres humains, aussi humains que vous et moi, sont en capacité de commettre les pires atrocités pour une idéologie (qu’elle soit athée, barbare ou religieuse). L’histoire en est truffée… 

Nous avions sans doute oublié cela en France et en Europe.
Les « périodes de paix » sont toujours des parenthèses provisoires.
Ma génération et celle de mes enfants ont connu la paix territoriale.
On a tellement cru que c’était quasi pour toujours, qu’on a laissé tomber grandement l’idée d’avoir une armée pour se défendre…. 
On a mis fin à la conscription, au profit d’une armée de métier et peut-être un jour de mercenaires-barbouzes payés avec nos impôts…

Je ne suis pas militariste, loin s’en faut ! j’ai craché sur l’armée et la police quand on se baladait avec nos chemises à fleurs, le joint à la bouche, et l’amour à tous les étages avec les copines.

C’est fini.
Constat difficile et douloureux.

Il y a des frères en humanité qui décident la déshumanisation et l’asservissement à l’horrible.
Ils sont riches, de plus en plus nombreux, présents sur 5 continents. Ils prospèrent à grand pas.
C’est ÇA la Réalité !

Et nous sommeillons encore en pensant que tout va finir par s’arranger…
Oui, je le crois  aussi.
Mais je serai mort….
Et ce sera jusqu’à la fois suivante.

Et pour ceux qui ont mon dernier livre, je renvoie au texte N° 43 : « Le meurtre des fils ».
Et sur notre capacité à tuer des innocents, nous, l’Occident dit « civilisé », au texte N° 119 : « Tous barbares ? »



jeudi 12 novembre 2015

Et après ?

André Glucksmann est mort….
Quelle tristesse !
Un vrai philosophe, celui dont la pensée interpelle et qui sait reconnaitre publiquement ses « erreurs »…

Alors bon, il nous reste qui ? :

Michel Onfray, la baudruche qui se prend pour un philosophe, mais n’est qu’un faux libertaire qui s’érige en Maître Absolu…. confondant de ridicule avec  ses bouquins dignes de la Collection Harlequin


Onfray est à la philosophie ce que Clayderman est à la musique de Chopin et Listz réunis…..


Reste quand même Juliette Gréco, fine analyste de la pensée française contemporaine qu’elle déshabille pour nous,  vu  qu’elle la connait par fréquentation des lits des têtes pensantes (et pas queue la tête…)

Gréco est la pensée contemporaine ce que l’excellent groupe musical Les Charlots fut à l’Opéra  de Claude Debussy  Pelléas et Mélisande.

Enfin bref…

Vous voyez dans quelle merde on est ? …

lundi 9 novembre 2015

Partir en fumée....


(un texte pour un atelier d’écriture)


Partir en fumée.


Un jour, entre sommeil et veille, entre chants et notes de frais, entre toi et moi, on décidera de cesser. Une partie de toi ira où les fumées des cheminées d’usine rappellent ces temps de hauts fourneaux de nos amours. Une partie de moi desséchée d’avoir trop attendu des heures sereines, ira se répandre sur les toits des hangars hagards.

Ce jour-là personne ne contemplera plus les failles de nos pensées appauvries de tant d’éclaboussures de cendres pulvérulentes. 
Il ne faudra pas s’étonner que soient consommées, les forêts intimes de nos Amazonies dévastées.  

Les fumeroles s’échappent déjà des cendres de nos vies.


mercredi 4 novembre 2015

Mourir, cela n’est rien ….

La nouvelle est tombée cette nuit.
Je me suis réveillé en sursaut. Je ne savais pas pourquoi, même pas un cauchemar à chasser. Je saisis l'iPhone sur la table basse, histoire de voir l'heure :
— 01: 01
je souris : on dirait du langage informatique. En dessous, l'annonce d'un message avec les premiers mots. Sans lunettes je ne sais le déchiffrer. Je repose l'iPhone, on verra demain. Puis me ravise, chausse lesdites lunettes et je lis. 

Et voilà… Il est mort il y a une heure à peine… (*)
L’amie qui m'envoie le message précise : — « Tu es le premier à qui je l'annonce. Je crois qu'il aurait aimé cela ».
Ce n'est pas le « bip » du message qui m'a réveillé, puisque l'iPhone est muet la nuit.
Coïncidence ? Comment savoir… Et puis est-ce si important…

Je vous ai parlé de lui il y a bien longtemps. Il transparaît dans les pages de mon dernier livre. Il a été un phare solide dans mes tempêtes. Je fus son soutien aux heures des détresses. Mais surtout, le plus essentiel, ces temps d'échanges profonds, tard dans les nuits, où nous touchions à l’essence des mystères enveloppants de leur douceur infinie.

Apprendre son décès (sans surprise, il était au plus mal depuis des semaines…) ici, en bord de mer, lui qui avait tant aimé séjourner chez nous, passant de longs instants méditatifs face à l’immensité, me touche profondément. Je l’entend encore :
— Tu vois, Alain, la mer, ici, rien n’arrête le regard. Tout t’emporte au delà des visibles.

Ce n’est pas rien, près de 40 ans à se côtoyer dans un engagement qui embarquait nos vies. J’ai reçu de lui des leçons d’humanité, des trésors de bonté, et cette connivence rare, ressentie dès les débuts, qui donne du bonheur qu’il ne faut ni chercher, ni espérer, mais qui est là, comme une offrande permanente.
Et nos fous-rires qui n’en finissaient pas…. et nos promenades-confidences autour de l’étang…

Cette nuit, je me suis rendormi en paix. Tout était bien. Tout était accompli. Il croyait en « un après »…Souvent on en avait dialogué. je disais :
— Tout est maintenant !

— Bien sûr ! Mais rien ne se finit, tout se prolonge en éternité.

Alors ? Maintenant sais-tu à quoi t’en tenir ? Tu le perçois cet « ailleurs » ? Ou …. Ou rien, plus un souffle, même pas la possibilité d’une « conscience autre » ?

Je n’ai que ma modeste réponse de mortel.
Tu demeures en mon coeur et je le sais dans le coeur de bien d’autres, qui déjà se manifestent pas leurs messages.
Quelle autre merveille pouvais-je espérer que notre Rencontre qui marqua mon âme définitivement ?
Quelle autre chance appeler, que ces personnes qui ont jalonné ma vie de leurs bienfaisances ?

Les épreuves ne m’ont pas épargnées. Toi non plus.  Les bonheurs des profondeurs furent nos récompenses.  On se le disait.  
Les êtres-lumières, mes fanaux dans la brume. Fanal de nuit, tu le fus bien des fois, me ramenant à la vie quand je doutais.

Tout est bien.
Mon tour pourrait venir.


(*) = texte écrit le 31 Octobre.
J’ai hésité à le publier, besoins de recul pour évaluer s’il aurait aimé ou non que je parle de lui, de son décès, en ces termes…


La mort et la vie - G. Klimt



dimanche 1 novembre 2015

Gaïa, le Retour !


Voila, c’est fait brave gens !
L’Union Mondiale de prière et de méditation pour sauver la Planète  — qui n’en a rien à branler… mais bon…. elle va pas faire sa bégueule non plus qu’on s’occupe d’elle !! — commence aujourd’hui et demain !! Au Grand Rex à Paris !!

A sa tête le Grand Gourou, PDG de l’Association « Terre du Ciel » va oeuvrer à donf !!
Retransmis en direct dans je ne sais combien de pays !!!
(enfin diffusé sur l’internet et regardera qui veut perdre son temps… voire son âme… voire ses petites économies….)
(Faites un don pour la Planète, je vous donnerai le droit d’y vivre !….)

Vous ne connaissez pas ce courant merveilleux ? Ce salmigondi-gloubiboulga de l’ésotérime de bazar triomphant ?
Franchement vous manquez quelque chose !
Imaginez : ils détiennent les secrets des cultures et sagesses du Monde !
— Ça vous la coupe, hein !!

À « Terre du Ciel » Vous pourrez entreprendre :
— Le voyage alchimique des 9 souffles
— Devenir spécialiste du Mouvement corporel méditatif
— Pratiquer  l’Éthique de l’accompagnement-Respiration 
— Devenir guérisseur niveau 1 par l’Énergie d’Amour 
— Cultiver la présence - Approfondissement 1 - Et si vous êtes sage et bien argenté :  Cultiver la présence - Approfondissement 2 - 
— Découvrir les ragas harmoniques dans le chant-silence.
— Apprendre les chants bhajans - Secrets de l’Art du Bonheur.
— Etc, etc, etc …..

Faut reconnaitre c’est pas encore trop cher (enfin les prix affichés…), avec de 800 € à 1000 € par connerie, pardon, par stage, vous devriez être nourri, logé, endoctriné.
Notre Nouveau Messie (mais, si...)

Bon certes, le PDG a été condamné par la Justice pour des broutilles telles que détournement, infractions au code du travail,  travail dissimulé,  prêt illicite de main-d’oeuvre, transactions bizaroïdes, etc, … Mais ça, c’était avant comme dit la Pub ! Dans ce monde pourri des magistrats honnêtes qui lui cherchaient des poux dans la tête, lui l’innocent, victime de nos errements démocratiques. 
Rhalala, si les sectes peuvent plus magouiller en paix pour sauver Notre Gaïa en péril !!! Mais où va-t-on ??

Ah, il a aussi dirigé un ONG le PDG associatif… pas une bricole, un truc qui tournait dans les 180 MF (oui c’était au temps du franc…) et qui a certainement du faire un peu de bien ça et là dans le monde.
Bizarrement l’eglise catho en parle encore… comme d’un truc super…. L’association en question a cependant déposé son bilan en 1998, laissant un trou dans la caisse de 22 MF. Explication : « L’Europe a cessé de nous financer »… Va savoir pourquoi… : Ils devaient faire « trop de bien(s) »….!

Le journal « La Croix » émanation des Cathos est dithyrambique à propos de cet homme …. Présenté comme un quasi messie planétaire dès demain matin….
Je pige pas ! La journaliste auteure de l’article est-elle dans la secte ?
J’apprends qu’il a fondé une nouvelle Assoc (une de plus…) dans son « monastère personnel » près de la frontière Suisse… ça ne s’invente pas !

Pourquoi j’en parle? 
C’est que dans mon réseau professionnel, il n’était pas en odeur se sainteté, et que des collèges ont ramassé à la petite cuiller certains « participants » des stages gloubiboulga qu’il chaperonnait….

Peut-être que je suis dans l’erreur, que c’est un type très bien, qui fut pris par inadvertance la main dans le pot de confiture, pas des gendarmes de la République, insensibles à son charme réputé irrésistible…. Un Saint des Temps Modernes, un prophète nanti, un Sauveur de La Planète, un Gourou interno-proclamé, que j’ai l’audace pécheresse de critiquer, de susse-pecter, et que je n’ai plus qu’à aller brûler en Forêt Amazonienne, à défaut d’enfer disponible en kit.
Car, 
Comme dit l’article de La Croix :
« … il a la voix douce et posée de ceux qui sont conscients de n’être que peu de chose face à l’étendue des peines à soulager. Pourtant, à 71 ans, l’homme à la peau mate et à la barbe blanche persévère tranquillement dans son œuvre de construction. « Je veux créer des liens entre le ciel et la terre et un pont entre les hommes », assure-t-il avec conviction. »

Amen !

Et je m’en vais m’amarrer à ma mer, sous le Soleil de Satan, si généreux en ce jour de Toussaint, sur cette belle Planète qui n’a pas fini de nous abreuver de vie généreusement, comme elle le fait depuis des millions d’années…. digérant nos errances et recrachant de la vie….
Avec tous ces cons de sauveurs autoproclamés, (faut quand même savoir pousser la mégalomanie à son point extrême…), je vais finir par regretter la bonne vieille chrétienté désormais remplacée par toutes ces « spiritualisés frelatées » à la graisse de cabestan.
Quoique, si « La Croix » le soutient….. le ver est plus profond dans le fruit….