Me voici de retour en bord de mer. Deux mois sans elle et déjà elle me manque.
Quel que soit son état, je la trouve toujours belle, comme on apprécie l'amante quand l'amour chaque jour se renouvelle.
Elle a les yeux vert-de-gris et l’écume blanche de sa bouche dévorante m'attire irrésistiblement. Le ciel qui la regarde est d'un bleu appuyé, comme s'il allait découvrir sa nudité.
Le soleil se fait timide, lui qui tout l'été n'eut de cesse de la réchauffer. Ce soir, c'est pourtant lui qui ira l’embrasser. Nous assisterons au spectacle rouge et jaune, à moins qu'il ne préfère se dissimuler derrière un nuage, nous laissant à nos rêves jusqu'à demain matin.
Il y a peu de gens sur la plage. Quelques téméraires sont dans l’eau. Ici nous n'avons pas la peau tannée par le soleil, mais le cuir tanné et tendre à la fois des gens du Nord qui ne craignent pas le vent frais. Et, c'est bien connu, on a dans le coeur le soleil qu'on n'a pas dehors (poncif : sortez des rangs !…)
T’aleur, nous avons arpenté la digue : 4 km. Ici j’aime. Pourtant le froid finit par pénétrer les couches successives de mes vêtements adaptés. Mes compagnons de balade avaient presque chaud. Mais en fauteuil roulant, même électrique, il n'y a pas encore de chauffage… Et quand en plus on n'a pas beaucoup de muscles… La chaleur s'enfuit rapidement… Et pourtant j'aime ça… ici ....
Cela pourra peut-être paraître curieux, mais les quelques expériences que j'ai de la mer Méditerranée, ont eu plutôt tendance à me déprimer. Respirer l'odeur des diesels plutôt que les senteurs du large, supporter la foule compacte, plutôt que les grands espaces de mes plages infinies, et d'autres choses du genre : je me suis enfui !…
Nous en parlions ce midi au restaurant, avec une amie en visite, qui partageait ce même type de sentiments.
— « Le sud c'est pas pour nous », disait-elle…
— « On revient toujours auprès de ses racines », ai-je répondu.
Loin de moi l'idée de comparer, je suis certain que des méridionaux nous diront qu’ils détestent ces plages froides, tristes et sans vie… D'ailleurs, et fort heureusement, ils ne viennent pas jusqu'à chez nous, et les sketches de Dany Boon sur les plages du Nord ont le mérite par les conforter dans leur non-projet. Ouf ! L’envahissement n’est pas pour demain…
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