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mardi 28 avril 2020

Grégorien


Mon père était un grand amateur de chant grégorien.
Chaque année, parmi ses cadeaux d'anniversaire, il y avait toujours un 33 tours de chant grégorien que nous lui offrions.
Parfois, le dimanche matin, le petit déjeuner familial se déroulait sous l'égide des moines de l'abbaye de Solesmes, ou celle de Fontfroide, de Clairvaux ou d'une autre encore.
Cela nous changeait des choix maternels, avec la préférence des airs d'accordéon de Jo Privat, André Verchuren, Aimable et autre Yvette Horner, qui me firent comprendre bien trop tard le cœur gai et festif de ma mère.

Mon père était un homme d'action, entreprenant, fonceur, aux multiples engagements professionnels, associatifs, syndicaux et caritatifs. En sorte qu'il était bien souvent le grand absent, en tout cas dans mon souvenir.

Et cependant il avait une intériorité indéniable, une présence à lui-même et une pensée assez construite, même s'il ne l'exprimait guère. Je l'ai découverte,  lorsqu'il prit sa retraite et que l'on se promenait dans la nature ardéchoise.
 « Une belle nature » comme il aimait à dire.

Alors le chant grégorien cela avait un sens pour lui, c'est indéniable. Sauf que j'étais trop jeune pour comprendre et que cela m'agaçait assez vite ces modulations lancinantes et pénibles de moines. J'étais encore jeune con, qui ne comprenais rien à pas grand-chose, mais dont il faut reconnaître malgré tout à quel point ce chant m'intriguait. 

Maintenant que me voici vieux, de temps à autre j'écoute du chant grégorien.
 La mélopée, les récitatifs, apaisent le cœur, l'âme et le corps. Tout pénètre en moi. Il suffit de laisser flotter ces voix d'homme qui emportent, non par ailleurs, mais jusqu'au plus profond de l'être comme si ce champ était la musique de l'intériorité la plus pure.



lundi 27 avril 2020

Le jour d'après.






La consigne du Lundi chez "Le Goût"


La soirée est agréable.
Trois hommes et une femme semblent passionnés par leur conversation.
Sur quoi peut-elle bien porter ?
Racontez donc cette conversation et les répliques qu’elle vous a inspirées.
-o0o-




Le jour d'après.

Mélanie : — Je vais finir par penser que c'était mieux avant, songea Mélanie, je veux dire au temps du confinement. On échappait à toutes ces mondanités. Au moins on m'écoutait lorsqu'il y avait une réunion sur Skype, il n'y avait pas Thibault qui tentait de me faire du pied sous la table en nourrissant des espoirs farfelus. Il n'essayait pas non plus sans arrêt de me toucher les épaules sous prétexte que c'était un geste amical et de camaraderie. Je t'en foutrais, moi, la camaraderie ! Un plan-cul, voilà ce qu'il cherchait . Mais à présent, retour à l'ordinaire fade, le répétitif, les cocktails des gros contrats. La routine a repris le dessus. Lamentable !
Évidemment ils parlent entre eux, entre mecs, et moi je dois reprendre ma place d'assistante  de direction qui se coltine tout le boulot qu'ils n'ont pas envie de faire. J'ai pourtant d'autres ambitions pour ma place dans cette boîte !

Thibault (derrière ses lunettes) : — Elle n'a pas lésiné sur le décolleté Mélanie. Je ne sais si c'est de la provocation ou de la naïveté. Une allumeuse ou une fille nature. N'empêche, je suis dingue de cette femme. Depuis le premier jour où elle a débarqué dans mon service. Sauf que je ne sais pas comment m'y prendre, et je multiplie les conneries dans mes tentatives d'approche. Elle doit penser que je cherche une aventure passagère. Et moi j'ai la conviction que c'est la femme de ma vie. Seulement premier hic : je suis son DRH. Et  deuxième hic : je suis marié.

Hervé (moustachu) : — Ils constituent une belle brochette ces trois-là. Ils seraient surpris s'ils connaissaient le fond de ma pensée concernant leur place et leur avenir dans la société que je dirige. Les six mois de confinement ont eu du bon. Les longues visioconférences que nous avons eues m'ont permis de les jauger bien plus et bien mieux que dans les réunions officielles dans la grande salle du conseil d'administration. Là je les ai vus dans leur environnement, chez eux. J'ai aperçu leurs femmes, leurs progénitures, j'ai vu Mélanie sans maquillage, pas très bien coiffée, Thibault incapable de maîtriser ses gosses qui venaient faire des grimaces derrière lui mais devant la caméra de l'ordinateur. Et je ne parle pas de Serge, en face de moi, les traits tirés, fatigué, son mal de dos, parce qu'il bossait assis sur son lit, l'ordinateur sur les genoux. J'ignorais qu'il vivait dans un appartement aussi petit mais surtout qu'il fallait avoir des goûts de WC pour l'agencer tel que je le voyais.

Serge (de dos) : — Enfin on a pu reprendre une vie normale. C'est pas trop tôt. J'avoue que ça me manquait ces mondanités. Je sais que certains n'aiment pas. Moi j'adore. On peut y faire des rencontres intéressantes. Le confinement ça commençait à bien faire. De l'air ! De l'air ! Ils furent pénibles ces six mois dans mon petit appartement. Et puis je suis sûr qu'Hervé s'est aperçu dans quoi je vivais. Ce minable logement, malgré mon salaire conséquent, il a dû penser que j'étais un radin, digne d'Harpagon. Je ne pouvais pas quand même lui indiquer le montant de mes dettes de jeu au poker. Une vraie addiction. Je ne sais même pas comment je vais m'en sortir et même si j'y arriverai un jour. C'est terrible.

***

Dans les jours qui suivirent ce cocktail de reprise, Hervé, le PDG, les convoqua tous les trois dans la salle du conseil d'administration. Il annonça à tous son intention de licencier Serge, à raison de son incompétence à gérer l'ensemble des personnels des filiales du groupe de manière efficiente pendant les six mois de confinement. Celui-ci tenta de se justifier lamentablement, mais il vit bien dans le regard d'acier trempé d'Hervé que toute discussion était vaine. Serge songea que décidément toute sa vie aura été un désastre.

Hervé proposa à Thibault de prendre la direction de la filiale asiatique de l'entreprise. Thibault se montra réticent, non pas qu'il craignait ne pas avoir les compétences nécessaires, mais il pensait avec horreur qu'il se retrouverait ainsi loin de Mélanie qu'il convoitait pour engager avec elle une nouvelle vie. Certes elle n'en savait encore rien, mais tout allait se faire, il allait bientôt lui parler ouvertement, c'était certain. Thibault compris cependant que refuser l'offre n'était même pas envisageable. Il regarda Mélanie avec une sorte de tristesse, accentuée par le fait qu'elle semblait excessivement réjouie de son départ. Tant pis. Après tout, d'ici quelque temps, là-bas, une belle asiatique… pourquoi pas… de toute façon il était décidé à divorcer.

Hervé, se cala un peu plus dans son fauteuil de PDG et s'adressa à Mélanie, la regardant droit dans les yeux. — Mélanie, j'ai beaucoup apprécié vos idées novatrices telles que vous avez osé les exposer dans nos journées de travail sur Skype durant le confinement. Vous m'avez particulièrement étonné. Vous avez de l'étoffe et de l'ampleur. J'ai décidé de vous nommer Directrice Générale, à compter de ce jour. Votre salaire sera évidemment augmenté en conséquence, ainsi que le pourcentage de votre participation aux bénéfices du groupe.

Sur ces paroles, Hervé se leva prestement, se dirigea vers la porte et sortit en la refermant derrière lui. Il y eut un claquement sec, suivi d'un trop long silence.

Les trois autres se regardèrent tour à tour sans dire un mot. Ils commençaient à peine à prendre vraiment conscience de la nouvelle réalité.

-o0o-

dimanche 26 avril 2020

Je veux une vie… si, si…

Le blog « papiers d'arpèges » propose quelques petits exercices d'écriture en cette période de confinement. J'ai répondu deux fois. Je suis le seul participant semble-t-il.
Je n'ai aucune réaction de la part de l'auteure du blog. Donc je publie sur le mien qui est quelque peu « vivant ».
Inspiré d'un poème de Boris Vian, il était proposé d'en écrire un autre commençant par « je veux une vie » autant de fois qu'on le voulait. On était invité à délirer.
Voici ce que  j'avais répondu   là-bas, sans même   recopier pour moi-même. Désormais j'en aurai la trace sur mon propre blog.
Ben oui, que voulez-vous, j'ai ma petite fierté… je n'aime pas trop tomber dans le vide et le silence de l'organisatrice…

***

Je veux une vie pleine de cons… finement éliminés. Une vie plus intelligent des vérités premières, troisièmes et multi facteurs.

Je veux une vie d’éclats d’eau bue écoulant dans mon gosier un nectar explosif d’alcools forts et décapants.

Je veux une vie de vérité, bas les masques, fini les mensonges qui sont de vrais virus des relations. Que chacun dise réellement ce qu’il pense véritablement et même ce qu’il ne pense pas.

Je veux une vie à défrayer la chronique, à décorner les bœufs de Camargue, à remplir les stades de fêtes jusqu’au bout de la nuit et même bien au-delà. Une vie de prince des ténèbres au royaume des lumières incendiaires.

Je veux une vie où seront éradiqués les mortels ennuis, les repas de famille déprimants à cause du vin rosé, lequel sera définitivement supprimé au profit du Beaujolais nouveau vieillissant.

Je veux une vie après ma mort, vécue à tombeau ouvert, où je pourrais me venger de la pire manière qui puisse être de tous ces empêcheurs de tourner en ovale, qui furent carrément des parasites dignes du carré d’hypoténuse. Je les compterai tous mathématiquement sur les 14 doigts de ma main osseuse et décharnée.

Ainsi tout sera définitivement accompli !

mardi 21 avril 2020

Agrippine agrippera-t-elle Osar ?



Le devoir du "Gout" que c'est pas lundi mais plus tard c'te fois !

De « confinement » à « enchaîné » il n’y a qu’un songe.
Cette photographie du Russe Gueorgui Pinkhassov vous inspire-t-elle ?
Ce serait gentil de commencer ce qu’elle vous a inspiré par cette remarque d’Oscar Wilde :
« Discerner la beauté d’une chose est le plus grand raffinement que l’on puisse atteindre »
Et si vous le terminiez par ces deux vers d’Agrippa d’Aubigné
« Mon penser est bizarre et mon âme insensée
Qui fait présente encor’ une chose passée. »
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Agrippine agrippera-t-elle Osar ?

— Discerner la beauté d’une chose est le plus grand raffinement que l’on puisse atteindre à cette époque où il devient de plus en plus difficile de la percevoir, déclara Oscar en rallumant sa pipe et en me négligeant totalement. Il savait en effet que je détestais cette odeur avariée de pain d'épices que dégageait la fumée de son brûle-gueule, rempli de ce tabac nommé « Clan ».

Comment peut-on être fumeur de pipe et apprécier la beauté de quoi que ce soit. Oscar était le roi de la fadaise en boîte de conserve périmée. Il exprimait fréquemment des concepts et des idées auxquelles il ne connaissait pas grand-chose, si ce n'est rien. Certes, il avait de l'emphase, comme ces personnes qui vous sortent des lieux communs avec des trémolos dans la voix, en sorte que vous finissez par croire qu'il s'agit d'une parole originale, unique, qui plus est novatrice.

— Voyez-vous, ma chère Agrippine, poursuivit-il, dans ce merveilleux tableau dont je viens de faire l'acquisition pour un prix non négligeable, si vous prenez le temps de le pénétrer, comme avec vous je le fais occasionnellement, vous en percevrez toute la profondeur symbolique, pour ne pas dire mystique qu'il contient, surtout dans le coin supérieur gauche à côté du clocher de l'église qui indique très précisément 12h30. La verticalité des aiguilles est une attestation évidente de la transcendance du temps.

En l'écoutant, je titillais sur ma peau délicieuse la fine chaînette ajoutée  autour de  mon collier de perles fines. L'ensemble permettait à mon cou altier de signifier toute l'intelligence supérieure qui émanait de mon port de tête à nul autre pareil. Cela au moins, c'est de la beauté pure. Le corps d’une Agrippine ne peut être que splendeur élégante. Il n'y a que cet imbécile d'Oscar pour ne pas s'en apercevoir. Quant au grand raffinement qu'il évoque, il faudrait le mettre en perspective avec ses attitudes et ses goujateries lors de nos saillies hebdomadaires.

Oscar était assis dans son fauteuil à haut dossier, d'un style bêtement anglais, tourné vers le mur, face à son tableau merveilleux que personnellement j'appellerais « croûte ». Je me tenais debout dans son dos, juste derrière lui. J'entrepris de me déshabiller lentement. Lorsque je fus totalement nue, dans la tiédeur humide de cette belle après-midi estivale, je ressentis en moi monter un désir étrange, dont je n'oserai guère vous dire de quoi il était constitué. Je ne voudrais pas choquer. J'avais toutefois gardé le collier et la chaîne. Ces deux parures offraient à ma nudité un érotisme de bon aloi.

Ce rustre, ne remarqua même pas que ma respiration s'accélérait dans son cou. Il continua à bavasser des explications aussi rachitiques que malingres sur la soi-disant vigueur picturale prétendument énergisante d'un peintre  qui avait plus que maladroitement commit cette horreur. Malheureusement, et c'était là sans doute toute la complexité de ma personnalité féminine, malgré son bavardage indigent, un désir irrépressible commençait à couler entre mes cuisses. Je me suis souvenue des premiers temps en compagnie d’Oscar, lorsque j'avais cru à une passion torride, qui ne dura que le temps d'un éclair d'orage. C'était il y a longtemps. Hélas, là maintenant, Je n’aurai comme ersatz que glisser mes doigts où il convient. Mon penser est bizarre et mon âme insensée qui fait présente encor’ une chose passée.

lundi 20 avril 2020

Quand la réalité fait du bien




Évidemment, il est possible de considérer que je me trouve dans une situation favorable. Je bénéficie d'un environnement agréable qui aide grandement à supporter le confinement auquel de toute façon je suis habitué depuis pas mal de temps. J'ai une grande maison, au regard du fait que nous ne sommes plus que deux à l'habiter. J'ai un jardin relativement grand si on le compare à d'autres qui disposent d'un mouchoir de poche. L'acquisition du nécessaire pour vivre le quotidien s'effectue sans difficulté. Aucun superflu ne fait partie de mes besoins.

Évidemment il est possible de considérer que ma vie n'est pas si enviable que ça. Les soins habituels du Zhandi ne sont guère assurés. Je fais mes exercices sans kiné, c'est-à-dire environ la moitié. Les autres supposant sa présence. Je suis fragile dans mon corps et fortement dépendant pour la liberté quotidienne. Et puis, comme commentait la Baladine chez Coumarine, à propos de son mari handicapé :
««il faut le protéger, le passage sous respirateur serait sans retour. »
C'est valable pour moi. On en a dialogué avec ma compagne de vie et avec mes enfants. À charge pour eux de répercuter éventuellement ce qu'ils estimeront bon pour les petits-enfants. Ce n'est pas de mon ressort. Ce fut un dialogue authentique, vrai, que j'ai apprécié. Cela confirme ce à quoi je crois fermement : c'est la vérité qui rend libre. C'est l'acceptation du Réel qui donne de la force.

Photo AlainX
Quelque chose m'étonne ces dernières semaines, ce sont ces longues plages de grande paix intérieure qui m'habitent. Comme un constat.
Parfois les remous sensibles, généralement liées à un fonctionnement imaginaire et catastrophique en diable, nécessitent de recourir à un minimum de techniques bien connues (respiration notamment) pour retrouver un apaisement acceptable.

Mais ces longues plages de paix sont tout à fait autre chose. Elles comportent des aspects que je ne crois pas avoir beaucoup expérimentés auparavant. Je veux dire par là : une paix intérieure « sans raison ». La plupart du temps il y a une causalité. La résultante de « quelque chose ». Une heureuse nouvelle, un « devoir accompli » (comme aurait dit mon père !), Un événement bienfaisant, une rencontre nourrissante, une lecture enrichissante, une réflexion personnelle écrite satisfaisante, un travail qui donne satisfaction, de l'amour donné et reçu, des relations qui nourrissent le vivant dans la personne, etc.

Là, rien de tout ça. C'est comme une gratuité. Un cadeau, une générosité de la vie, alors que l'environnement du monde tel qu'il est, n'apporte pas particulièrement des nouvelles à faire bondir de joie ! C'est le moins qu'on puisse dire.

Je me garderai d'aller plus loin dans une spéculation. J'accueille. Je me laisse être. Ça dure. Cela s'étend en même temps qu'une densification. C'est un peu comme une pesanteur qui serait à la fois douce et légère.

Ce n'est pas une expérience inconnue bien entendu. La nouveauté c'est la permanence et une joie fine, calme, non euphorique, qui l'accompagne et l'amplifie.
Une sorte de contentement pérenne, presque une félicité.

mercredi 15 avril 2020

Ligne du temps : en arrière toute !

Je lisais tout récemment un témoignage dans la revue de mon association de vieux polios, un interne en médecine vers la fin des années 1950, soit à l'époque où le poliovirus s'est intéressé à moi. Dans le contexte actuel, il m'a semblé intéressant de mettre les choses en perspective.
  Il y eut de grandes peurs lors de l'épidémie de polios des années 50 difficilement maîtrisable. On avait la trouille dans beaucoup de familles puisqu'au moins l'un des membres proches ou lointains était atteint.  l'épidémie éloignée, dès le début des années 60 on a continué joyeusement « les 30 glorieuses ». Vous savez, ces années où paraît-il on s'est hyper gavé ! Et où, bien évidemment, on a complètement oublié les plusieurs milliers de polios (env. 16.000 cas pas an dans les années 1950) qu'on a soustraits à la vue du public en les enfermant dans des centres de rééducation.
Signalons que la méfiance des gens vis-à-vis de celles et ceux qui ont eu la polio dura pendant des années. J'en fus personnellement victime. « Ne va pas jouer avec le petit polio, on ne sait jamais ». (Aujourd'hui, vis-à-vis des guéris du coronavirus… la même méfiance est en train de s'installer).

Actuellement, je fais partie des 50 000 survivants ! (Comme nous nous appelons).
Peu à peu, on commence à réaliser que le coronavirus laissera des séquelles permanentes chez bon nombre de personnes atteintes. Fatigues chroniques, respiration difficile par destruction définitive de tissus pulmonaires, troubles associés. Hé oui, comme le poliovirus, le corona laissera les séquelles de ses destructions dans les poumons et le corps de bien des gens pour le reste de leur vie !

 Je dis ça, je dis rien, c'est juste un petit signe pour ceux qui pensent : vivement que l'on puisse reprendre une vie déconfinée ! Ou qui en ont déjà marre des mesures barrières.
Sans compter les éternels rêveurs qui imaginent  que tout va changer dans quelques mois et que définitivement on va entrer dans une ère super géniale et écologique en diable !…
On verra, mais faudra pas oublier d'éliminer socialement ceux qui ont des séquelles lourdes du coronavirus faute d'être mort tout de suite. Les largesses de l'État n'auront qu'un temps très court. Quelques-uns de mes potes polios qui ont le sens de l'humour les appellent déjà : les nouveaux survivants ! Bonne chance à eux…

Cet optimisme béat, et ces discours de penseurs en chambre, diablement intellectuels, qui bâtissent les nouveaux Nirvanas semblent oublier un peu vite que le capitalisme n'a nullement l'intention de mourir. Un peu partout on remet au travail pour produire encore et toujours mêmes produits de consommation. Les patrons demandent même que les salariés travaillent plus longtemps chaque jour pour moins de salaire chaque mois…
Dans les temps qui viennent cela va être très dur pour tout le monde de se remettre de cette crise majeure. Pour y parvenir il va falloir suer et transpirer pendant bien des années… vous verrez, un jour on regrettera le bon temps du confinement…

Mais bon, à terme on aura un vaccin ! Ouf !
Observons que pour vacciner la planète contre le poliovirus et l'éradiquer… il a fallu 50 ans ! Et qu'arrêter les vaccinations le fera resurgir allègrement, puisqu'il est endémique (capable de rester tapi dans l'ombre pendant des décennies)
Concernant le covid 19, on ne sait pas encore ses intentions pour l'avenir… mais gageons qu'il se montrera sympathique avec les humains…


Bon, maintenant que j'ai bien plombé l'ambiance, voilà le témoignage : je partage totalement le réalisme de son dernier paragraphe.

Salle de "poumons d'acier" dans les années 1940/50
«Bonjour, je n’ai pas eu la polio mais jeune externe de Nancy avec mes camarades, j’ai été réquisitionné par le Préfet en 1957, lors de la terrible épîdémie qui descendait la Meurthe. On suivait en salle de garde, sur la carte, la progression avec des drapeaux comme les Allemands en 1940 !
La majorité des paralysés étaient des enfants; quadriplégiques, ils étaient trachéotomisés et branchés sur des pompes électriques.
Nous étions de garde la nuit. Quand ils étaient trop encombrés, ils nous prévenaient en faisant du bruit en claquant leur langue dans leur bouche et nous les aspirions au niveau de la canule avec une sonde en caoutchouc. Ni vaccin ni traitement, ni masque ni gants, ni rien. Au début on s’en moquait et on plaisantait en salle de garde à longueur de nuit. Mais la chef de clinique a fini par faire aussi une quadriplégie sous respirateur. Elle est morte… et nous avons commencé à avoir la trouille comme tout le monde.
Finalement l’épidémie a cessé et nous n’y avons plus pensé. 2 ans après, c’était l’Algérie, 28 mois en gagnant des clopes ( 15 francs anciens par mois) et nous n’avons pas fait de grève, ni droit de retraits, ni de cellules de soutien psychologique. Il faut dire que nés avant 1940, nous avions tous connu la guerre 39-45 et nous étions blindés et fermions nos gu***.

Les générations qui viennent ne sont pas préparées aux épreuves inéluctables, ne serait ce que se laver à l’eau froide en hiver….Gla Gla ! »


lundi 13 avril 2020

Mise en Seine





Dites quelque chose sur ce printemps magnifique dans une ville déserte.
Une histoire qui commencerait par :
« L’air était moins étouffant que la veille et j’ai même cru sentir la caresse d’une brise, en marchant sous les arcades, jusqu’à la place de la Concorde . »
Et dont les derniers mots seraient :
« Malheureusement je ne crois pas qu’il suffise de traverser la Seine. » 
Oui, ces mots sont empruntés à « Patriiiick !!! »


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Mise en Seine

L’air était moins étouffant que la veille et j’ai même cru sentir la caresse d’une brise, en marchant sous les arcades, jusqu’à la place de la Concorde. La veille j'étais loin de Paris, aujourd'hui je débarquais dans la capitale. Il aura fallu toutes ces péripéties des dernières semaines pour que j'y revienne à cause d'elle. Cela faisait quelques années déjà. Avant de me rendre au rendez-vous qui allait certainement me surprendre, j'ai voulu repasser par la rue de Rivoli, même si c'était un détour. Je voulais revoir la rue d'Alger, est-ce que « l'hôtel de la Tamise » qui avait été témoin de tellement d'événements de cette époque-là, existait toujours ? Eh bien oui, il était égal à lui-même. De l'extérieur en tout cas. Un panneau indiquait qu'ils faisaient restaurant, ce qui n'était pas le cas dans ces temps anciens. En face il y avait cette Brasserie pas bien grande mais qui fut témoin nos échanges animés, nos coups de gueule, nos réconciliations, et puis André, avec son accent méridional qui prétendait toujours avoir raison. Et ce qu'elle s'appelait déjà « Rivoli park » ? Je ne me souviens plus. 
Trop de souvenirs tuent le souvenir.
J'ai tourné rue de Castiglione, je voulais absolument aussi revoir la place Vendôme, traverser le cour Vendôme et retrouver cette boutique où j'avais fait des folies pour elle, mais l'enseigne avait disparu du lieu.

Je me suis retrouvé rue Saint-Honoré, j'ai rebroussé chemin pour traverser le jardin des Tuileries dans le prolongement de Castiglione. Comme un imbécile j'espérais retrouver le fameux banc. J'étais persuadé que je le repérerai facilement. Il était impensable qu'on ait pu le déplacer. C'était mon banc historique. On ne déplace pas un monument historique. J'ai fait deux fois de suite l'aller-retour de l'allée Castiglione. Rien. Je veux dire des bancs, mais pas le nôtre.
Trop de bancs tuent la singularité d'un seul.

À cet instant là, j'ai failli tout abandonner. Repartir. Alors je me suis assis n'importe où pour tenter de réfléchir. Ce rendez-vous, valait-il la peine de s'y rendre ? Après tout on ne refait pas l'histoire, ni la grande, ni la petite, ni la sienne. Tout le monde avait conscience que l'on avançait vers la fin. Tout le monde le disait. Restait à définir la fin de quoi ? Et là, autant de personnes, autant d'interprétations. Il y a longtemps qu'André était mort, que son accent chantant s'était éteint. Il y a longtemps que notre amour était mort lui aussi. À quoi bon ce rendez-vous ?

Parfois le corps décide. Je me suis surpris à me lever, rejoindre le quai des Tuileries, monter sur la passerelle qui franchissait le fleuve à l'entrée m'accouder à la balustrade métallique. C'était tout. Il convenait d'en rester là. J'ai regardé l'eau dans lequel le soleil miroitait. Les scintillements devenaient hypnotiques. Mon regard commença à se brouiller. Puis j'ai senti des larmes sur ma joue. C'était donc ça. Je pleurais. En silence. Ces terribles larmes qui ne font pas de bruit finissent par s'évaporer en venant mourir sur votre menton. Comme les souffrances silencieuses reviennent par vagues et puis s'en vont.

J'étais venu pour rien, alors que je croyais retrouver tout. Le passé était enseveli dans un fleuve linceul. La tentation me prit quand même de traverser, d'aller jusqu'à la statue de Jefferson, parce qu'elle avait rédigé un mémoire de fin d'études le concernant. Elle considérait ce troisième président des États-Unis comme le plus grand démocrate au monde. Moi je trouvais qu'il nous avait couillonné avec cette histoire de rachat de la Louisiane pour trois fois rien. Plus d'une fois, de manière idiote, on a failli s'écharper à ce propos. Quand l'amour fait de l'intellectualisme il se met en danger. Alors, quand on s'était trop fritté pour une futilité de plus, on allait se réconcilier auprès de Jefferson. C'était idiot penserez-vous. Cela l'était certainement. Seulement voilà on était encore insouciant. 

Aujourd'hui tout cela me semblait totalement vain. De toute façon elle n'avait pas vraiment dit qu'elle viendrait. C'était juste un peut être. Mais je suis un incorrigible qui croit aux possibles renaissances. Malheureusement je ne crois pas qu’il suffise de traverser la Seine.

lundi 6 avril 2020

Un coin de parapluie




Lundi : La consigne de "Le Goût"



Mais où va cette femme qui les descend sous la pluie ?
Quel devoir ou quelle aventure la mène ? 
Qu’est-ce qui la pousse à sortir alors que, dans tout le pays, chacun est appelé à rester chez soi ?






Un coin de parapluie

Nous avons de nouveau le droit de sortir librement. Enfin c'est ce que j'ai pensé : l'interdiction devait probablement être levée puisqu'on n'entendait plus parler de rien, ni de personne d'ailleurs.
Je me suis donnée le droit de sortir librement. D'autant que je possède un parapluie protecteur. Je ne fais donc courir de risques à personne. Ni à moi en particulier.

La liberté d'aller et venir est une liberté fondamentale et constitutionnelle. Il n'y a aucune raison que je n'en use pas. Personne ne pourra dire que j'en abuse, puisque, comme je l'ai déjà dit, je sors avec un parapluie.

En bas des escaliers, dans la rue, il y a encore une file de voitures. C'est curieux quand même ces vestiges qui sont encore là. Les autorités semblent ne pas s'en préoccuper. Normalement la ville est chargée d'enlever les déchets. Mais comme d'habitude, c'est l'immobilisme général. Cela fait des semaines qu'on n'a pas vu le moindre employé municipal, régional ou national.

J'aperçois au loin deux ou trois silhouettes. Je me demande de quoi il s'agit. D'après mes calculs (oui, j'étais mathématicienne de haut niveau) il n'y a que peu de probabilités qu'il s'agisse d'humains. J'opte pour une illusion d'optique. D'autant que j'ai cassé un verre de mes lunettes et bien évidemment il n'est plus possible de trouver une paire de remplacement, je ne peux donc pas garantir mon affirmation. On verra quand je serai sur place, si toutefois j'y arrive.

Je ne souhaite pas systématiquement m'offrir des fleurs. Il faudrait d'abord en trouver. Mais quand même, je me sens courageuse. Descendre la rue en escalier, j'y parviens encore sans faire d'efforts démesurés. J'avoue qu'à la nuit tombée quand retentissent les sirènes étourdissantes je mets plus de temps que nécessaire pour remonter. Heureusement il y a la rampe. Toutefois je suis audacieuse de la saisir vu qu'il n'y a plus de désinfectant.

Ah ! Que je n'oublie pas de vous dire ! J'ai vérifié : les silhouettes sont des vieilles enseignes publicitaires incitant à entrer dans le magasin en regard de celles-ci. Là aussi on ferait bien de débarrasser ces détritus devenus inutiles. Il y a bien longtemps qu'il n'y a plus de commerces par ici, ni plus personne d'ailleurs.

Dans ces conditions je me demande si mon parapluie-protection est encore nécessaire. Ça me libérerait une main. Je pourrais la mettre dans ma poche et serrer mon caillou-talisman. Pour vous dire la vérité je croyais très moyennement à un caillou soi-disant annonciateur de merveilles pour demain. Et bien j'avais tort. Ses pouvoirs me maintiennent en vie. C'est une Azurite. Comme son nom l'indique on ne la trouve que dans l'Azur. C'est pour cela qu'elle a des propriétés mystiques directement descendues du ciel. Je m'y étais rendu du temps où on avait encore le droit de voyager. Un souvenir inoubliable que j'avais relaté dans mon œuvre unique mais magistrale : « Lumière dans l'Azur ».

Parfois une vieille chanson me revient en tête : « que serais-je sans toit ? » En ce temps-là j'étais préoccupée. C'était idiot. On vit très bien sans maison et puis ça évite que des tuiles vous tombent sur la tête. 
Remarquez : j'ai mon parapluie pour me protéger… 

jeudi 2 avril 2020

Mon être n'est pas confiné.

Le confinement, ça me connaît. Mon réel, ces dernières années, me fait vivre en fauteuil roulant électrique, conséquence tardive de la polio de mon enfance, de même qu'une grande intolérance au froid. En sorte que de novembre au printemps, je sors peu à extérieur. Assigné à résidence par la force des choses, j'ai appris à organiser ma vie avec ce paramètre. Mon intention n'est pas de lister les conseils issus de mon expérience. Les suggestions fleurissent partout pour vivre au mieux le confinement. 

Je me suis seulement interrogé. Depuis la paralysie en 1959, j'ai toujours été limité dans mon corps. Il a bien fallu accepter cela. Je suis passé par toutes sortes de phases, durant cette fin d'enfance et ma jeunesse : rejet du réel, déni, révolte, faux espoirs, folles espérances, rebellions, refus des soins. Puis peu à peu arrivera cette fameuse « acceptation du réel pour ce qu'il est » Pas de changement sans acceptation préalable de la réalité: Une de mes lois de Vie.

Pour y parvenir sans me résigner, j'ai opté pour  « y croire ». Et pour ce faire voir la totalité du réel  perceptible et pas seulement mettre le focus que sur ce qui entrave. 
Mon réel n'est pas qu'un corps dans lequel je serai confiné avec toutes sortes de problèmes . Mon réel est aussi un être en expansion dans un corps diminué.

Lorsque je décide d'aller faire un tour jusqu'au fond de moi-même, de rentrer à l'intérieur, plutôt que de m'exposer aux averses médiatiques  perturbantes,  au vent qui souffle les mauvaises nouvelles et au tonnerre qui gronde par médias interposés, m'annonçant que le pire est définitif, j'entre dans une nouvelle zone beaucoup plus calme, non pas silencieuse, mais où murmure la source de vie qui irrigue et nourrit ma terre intérieure. Je constate que c'est une permanence.

C'est de cette fenêtre de l'intériorité que je peux observer vents averses et tonnerre de manière totalement différente. Je regarde ces éléments du réel plus lucidement, prenant du recul pour ne pas être fébrile. Je pense à tous ceux qui œuvrent sous la tempête contre l'agression virale. De l'intérieur de moi je suis avec toutes ces personnes.

photo = Welling James-  Centre Pompidou.

Dans ma rue, quasiment  aucun humain. Dans ma ville une apparence de désert. Au fond de moi c'est tout autrement. La source chante, des pousses nouvelles voient le jour, et finalement bien du monde se manifeste. Tous ces gens qui habitent en moi, auxquels je ne fais pas que penser, mais dont je ressens la présence effective, mystérieuse.  Avec chacun je demeure en contact, mais différemment, apaisant pour certaines personnes, si je suis moi-même un minimum apaisé.

Oui, l'être profond est plein de mystère et de surprise. Dans les tempêtes, craignant l'approche du pire,  (celui que j'ai failli connaître), ce constat tout au fond, d'une paix réelle ressentie, alors que les perturbations ne sont pas pour autant disparu par magie. Une étrange paix ?  Étrange parce que je me demande ce qu'elle peut faire là, au milieu du tumulte. D'autant plus étrange que « normalement » je devrais craindre pour moi-même, mes muscles pulmonaires sont tellement faibles que cet imbécile de Covid-19 serait bien capable d'avoir raison de moi. Mourir pour un virus : ça a déjà failli m'arriver ! C'était l'époque où émergeait Johnny Hallyday, j'ai préféré rester pour voir ce qu'il adviendrait de lui. J'ai pas été déçu. Comme quoi la vie, vaut mieux la préserver !


Cette conviction profonde, illusoire peut-être, que rien n'est jamais perdu. Cette phrase gravée en moi comme dans la roche insubmersible : « quoi qu'il arrive je m'en sortirai toujours ». Elle a jailli au cours d'un stage  thérapeutique il y a plus de 30 ans, et ne m'a plus jamais quitté. Immense cadeau généreux venu du fond de moi-même, au-delà de ma personne,  comme si, là, se manifestait une  trace des origines et la trajectoire de vie essentielle.

Comment ne pas remercier celles et ceux qui se sont tenus à mes côtés tout au long de ce parcours de vie, dont j'espère qu'il se poursuive encore quelque temps.
Mais pour l'immédiat j'ai compris la bonne injonction :
 « Restez chez vous ! »