Je lisais tout récemment un témoignage dans la revue de mon association de vieux polios, un interne en médecine vers la fin des années 1950, soit à l'époque où le poliovirus s'est intéressé à moi. Dans le contexte actuel, il m'a semblé intéressant de mettre les choses en perspective.
Il y eut de grandes peurs lors de l'épidémie de polios des années 50 difficilement maîtrisable. On avait la trouille dans beaucoup de familles puisqu'au moins l'un des membres proches ou lointains était atteint. l'épidémie éloignée, dès le début des années 60 on a continué joyeusement « les 30 glorieuses ». Vous savez, ces années où paraît-il on s'est hyper gavé ! Et où, bien évidemment, on a complètement oublié les plusieurs milliers de polios (env. 16.000 cas pas an dans les années 1950) qu'on a soustraits à la vue du public en les enfermant dans des centres de rééducation.
Signalons que la méfiance des gens vis-à-vis de celles et ceux qui ont eu la polio dura pendant des années. J'en fus personnellement victime. « Ne va pas jouer avec le petit polio, on ne sait jamais ». (Aujourd'hui, vis-à-vis des guéris du coronavirus… la même méfiance est en train de s'installer).
Actuellement, je fais partie des 50 000 survivants ! (Comme nous nous appelons).
Peu à peu, on commence à réaliser que le coronavirus laissera des séquelles permanentes chez bon nombre de personnes atteintes. Fatigues chroniques, respiration difficile par destruction définitive de tissus pulmonaires, troubles associés. Hé oui, comme le poliovirus, le corona laissera les séquelles de ses destructions dans les poumons et le corps de bien des gens pour le reste de leur vie !
Je dis ça, je dis rien, c'est juste un petit signe pour ceux qui pensent : vivement que l'on puisse reprendre une vie déconfinée ! Ou qui en ont déjà marre des mesures barrières.
Sans compter les éternels rêveurs qui imaginent que tout va changer dans quelques mois et que définitivement on va entrer dans une ère super géniale et écologique en diable !…
On verra, mais faudra pas oublier d'éliminer socialement ceux qui ont des séquelles lourdes du coronavirus faute d'être mort tout de suite. Les largesses de l'État n'auront qu'un temps très court. Quelques-uns de mes potes polios qui ont le sens de l'humour les appellent déjà : les nouveaux survivants ! Bonne chance à eux…
Cet optimisme béat, et ces discours de penseurs en chambre, diablement intellectuels, qui bâtissent les nouveaux Nirvanas semblent oublier un peu vite que le capitalisme n'a nullement l'intention de mourir. Un peu partout on remet au travail pour produire encore et toujours mêmes produits de consommation. Les patrons demandent même que les salariés travaillent plus longtemps chaque jour pour moins de salaire chaque mois…
Dans les temps qui viennent cela va être très dur pour tout le monde de se remettre de cette crise majeure. Pour y parvenir il va falloir suer et transpirer pendant bien des années… vous verrez, un jour on regrettera le bon temps du confinement…
Mais bon, à terme on aura un vaccin ! Ouf !
Observons que pour vacciner la planète contre le poliovirus et l'éradiquer… il a fallu 50 ans ! Et qu'arrêter les vaccinations le fera resurgir allègrement, puisqu'il est endémique (capable de rester tapi dans l'ombre pendant des décennies)
Concernant le covid 19, on ne sait pas encore ses intentions pour l'avenir… mais gageons qu'il se montrera sympathique avec les humains…
Bon, maintenant que j'ai bien plombé l'ambiance, voilà le témoignage : je partage totalement le réalisme de son dernier paragraphe.
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| Salle de "poumons d'acier" dans les années 1940/50 |
«Bonjour, je n’ai pas eu la polio mais jeune externe de Nancy avec mes camarades, j’ai été réquisitionné par le Préfet en 1957, lors de la terrible épîdémie qui descendait la Meurthe. On suivait en salle de garde, sur la carte, la progression avec des drapeaux comme les Allemands en 1940 !
La majorité des paralysés étaient des enfants; quadriplégiques, ils étaient trachéotomisés et branchés sur des pompes électriques.
Nous étions de garde la nuit. Quand ils étaient trop encombrés, ils nous prévenaient en faisant du bruit en claquant leur langue dans leur bouche et nous les aspirions au niveau de la canule avec une sonde en caoutchouc. Ni vaccin ni traitement, ni masque ni gants, ni rien. Au début on s’en moquait et on plaisantait en salle de garde à longueur de nuit. Mais la chef de clinique a fini par faire aussi une quadriplégie sous respirateur. Elle est morte… et nous avons commencé à avoir la trouille comme tout le monde.
Finalement l’épidémie a cessé et nous n’y avons plus pensé. 2 ans après, c’était l’Algérie, 28 mois en gagnant des clopes ( 15 francs anciens par mois) et nous n’avons pas fait de grève, ni droit de retraits, ni de cellules de soutien psychologique. Il faut dire que nés avant 1940, nous avions tous connu la guerre 39-45 et nous étions blindés et fermions nos gu***.
Les générations qui viennent ne sont pas préparées aux épreuves inéluctables, ne serait ce que se laver à l’eau froide en hiver….Gla Gla ! »