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lundi 28 février 2022

Dans les escaliers



115ème devoir de Lakevio du Goût.




Les portes ont toujours suscité chez moi des questions ou donné des ailes à mon imagination.
Petites ailes certes et j’espère que les vôtres vont se déployer largement d’ici lundi…
Racontez des histoires s’il vous plaît.
Nous en avons tous besoin…






Dans les escaliers



Voilà déjà plusieurs mois que je vis dans cet escalier. Parfois le destin tient à peu de choses. La première fois où je suis entré dans cet immeuble, j'ai simplement aperçu dans le hall d'entrée, un panneau, au pied des marches, accroché à la boule de verre, au demeurant fort élégante, située au démarrage de la main courante qui mène aux étages :


« La Concierge est dans l'escalier ».


C'est un fantasme qui remonte loin dans mon enfance. Voir l'arrière-train d'une concierge en train d'astiquer les marches de l'escalier, a le pouvoir de faire monter en moi des frissons le long de mon échine. J'ai posé la main sur la rampe et commencé à monter lentement les marches, afin que mon désir s'accroisse jusqu'au paroxysme.

Tout s'est mis à grimper en moi, marche après marche, jusqu'en haut, palier par palier, mais rien. Absolument rien. Pas d'arrière-train. Pas de concierge. Pas de senteurs pénétrantes d'encaustique s'introduisant par mes narines et envahissant mon cerveau en ébullition.

Terrible déception !


Depuis, ma vie se traîne dans cette cage.  Montées fastidieuses et descentes décevantes se succèdent. Parfois je sors dans la rue en prenant grand soin de bloquer la serrure pour pouvoir entrer à nouveau. Il faut quand même s'aérer quelque peu, acheter de la nourriture et des boissons alcoolisées. En outre, il me faut bien continuer à  gagner ma vie et me rendre au travail, même si je cherche à m'absenter le plus souvent possible. De retour dans l'entrée, parfois je tente de voir la concierge en question à travers les rideaux de la loge, mais rien ne bouge.

Pourtant je suis certain qu'elle  ressent ma présence, que je l'attends, et qu'elle ne pourra pas m'échapper un jour ou l'autre. 


Évidemment, à chaque retour le panneau est toujours  installé, message subliminal pour m'appeler irrésistiblement. Cette concierge est une diablesse. Je suppose que, sachant que je me suis absenté, elle a effectué son travail avec délicatesse, mais hors de ma présence.  Elle sera donc libre, pour moi seul. La cage d'escalier, qui est ma prison,  tout à coup se remplit d'effluves de cires, les boujons désinfectés sente le Monsieur Propre. La main courante un peu partout, affole mes neurones égarés.


Combien de temps encore vais-je pouvoir tenir ? Je me suis toujours arrangé pour croiser le moins possible les occupants des appartements, et quand c'est le cas, je me fais de la couleur des murs ou des plinthes, celles du plaisir partagé que l'on entendra bientôt de la cave jusqu'à la toiture.

En parlant d'elle, l'autre jour je suis grimpé jusqu'au dernier étage. J'ai levé les yeux, on voit la charpente et les tuiles. Il y a un vasistas par lequel on aperçoit un coin de ciel bleu. 

C'est le seul espoir qui me reste. Sortir par le haut et me jeter dans le vide. Je suis certain que la concierge sera en bas pour me rattraper in extremis.


mercredi 23 février 2022

Le retour des cigognes


Alors voilà,

les cigognes sont de retour dans ce petit village de Sarralbe.

Comme l'an dernier, je vais suivre leurs amours,

 la naissance des chers petits,

 et l'envol jusqu'à l'année prochaine…


Enfin, si des connards ne déclenchent pas la troisième guerre mondiale d'ici là… !

Sinon il faudra se contenter d'un autre président de la république

 qui pourrait être le même,

 à moins que ce soit un autre.

 Ou une !


Mais pour l'instant, Madame, Monsieur, 

grands échassiers : 


« Parlez-moi d'amour »







lundi 21 février 2022

« Bohémienne aux grands yeux noirs »

 



114ème devoir de Lakevio du Goût.



J’espère que vous serez inspirés par cette toile de Van Gogh.
Elle m’inspire, cette image du nomadisme dite « Les roulottes, campement de Bohémiens ».
L’arrivée du printemps est toujours pour moi « L’invitation au voyage ».
Surtout ces temps-ci !
À lundi j’espère…




« La bohème, la bohème, ça voulait dire on est heureux ! » déclamait le chanteur disparu.

Il y avait aussi Tino Rossi : « Bohémienne aux grands yeux noirs »


Où sont passés les bohémiens de ma jeunesse avec leurs roulottes qui campaient pas loin de ces bâtiments de ferme à l'abandon, dans la campagne, pas bien loin de chez mon oncle. Les femmes faisaient du porte-à-porte dans le village, avec des marmots pleins leurs longues jupes et qui avaient l'obligation de prendre des visages malheureux et de tendre la main ouverte, pomme tendue vers le ciel qui certainement leur viendrait en secours : « si te plaît Madame, Monsieur, si te plaît ! » Elles vendaient des wassingues comme on dit chez les ch'tis (des serpillières), grises et tristes comme le ciel du Nord où se pend le canal. Les gens leur claquaient la porte au nez ou donnaient une pièce pour qu'ils s'en aillent, arrière Satan ! mais pas question d'acheter quoi que ce soit.


Ce sont des « diseuses de bonne aventure » proclamait mon oncle d'une voix sentencieuse. Cela me faisait rêver. Pourquoi refusait-t-il de connaître toutes les mystérieuses et merveilleuses choses qui devaient arriver ? Je questionnais. La réponse était : « tout ça, c'est des sornettes ! ». Je n'ai jamais osé demander à quoi ressemblait une sornette et où pouvait-on en trouver. Ça devait être un petit animal mignon et futé que j'aurais bien aimé rencontrer pour qu'il me parle de la Bohème.


Un jour, Louis Aragon m'informa un peu mieux :


« Il existe près des écluses 

un bas quartier de bohémiens

dont la belle jeunesse s'use

 à démêler le tien du mien

En bande on s'y rend en voiture, 

Ordinairement au mois d'août, 

Ils disent la bonne aventure 

Pour des piments et du vin doux. »


Tout cela fit rêver le temps de ma jeunesse encore boutonneuse.

 Je me suis rappelé que

« J'aimais déjà les étrangères 

Quand j'étais un petit enfant ! »


Ainsi passa la vie, comme le vent dans les blés, les gouttes de pluie sur la vitre, et la buée de nos haleines brûlantes.


Parfois il nous arrive de retrouver cette ambiance lointaine et révolue, alors :

« On passe la nuit claire à boire 

On danse en frappant dans ses mains, 

On n'a pas le temps de le croire 

Il fait grand jour et c'est demain. » 


***


[Et pardon, cher Aragon, d'avoir caviardé votre si beau poème « L'Étrangère »]




jeudi 17 février 2022

En rase campagne.

Une question me taraude l'auriculaire :  pourquoi l'actuelle campagne électorale ne m'en touche même pas une, et a fortiori ne fait nullement bouger l'autre ? Comme disait le Président Chichi.


J'ai essayé malgré tout, par un immense effort de mémoire, de retrouver les noms des candidats entendus aux détours des chemins vers le bureau de vote. Qui sont celles et ceux qui veulent devenir Califes à la place du Calife ? :


— Pécresse : une surdiplômée qui peaufine son sourire juste au-dessus du panier à promesses.

— Dans la famille le Pen je demande la fille : ça Marine dans un vieux jus et il y a des fuites partout.

— Hidalgo : voudrait passer de maire  de Paris à Père de la Nation.

— Arthaud : elle navigue en eaux qui luttent mais ce n'est pas Florence, qui nous a quitté trop tôt.

— Taubira : déjà absente à peine arrivée.

— Mélenchon : si possible, ne Mélenchon pas tout, tout le temps, lui, son avatar, et ses colères : Ça épuise !

— Zemmour : il a deux Zemmours, son ego et lui-même.

—  Philippot  il excelle dans le pipeau mais au final n’a jamais de pot.

— Poutou : comme pour l'amant de Saint-Jean : on reste sans volonté sous ses poutoux 

— Roussel : Rhalala, mon coco, c'est pas la joie de la terre promise !

— Jadot : Mon lapin, l'écologie, c'est fou ce brassage de vents d'éoliennes !

— Dupont-Aignan : depuis des années, le même discours gnangnan !

 — François Assselino : un principe souverain : La désunion fera la force  de l'Europe.


Bon ben voilà ça nous fait déjà 13 à table ! Ça se présente mal pour les superstitieux.





Qu'est-ce que je pourrais bien dire d'autres. Force est de constater que tous ces candidats ne sont pas au niveau du passage du même nom, dans cette triste errance en rase campagne électorale. 

Désolation. 

François revient ! Avec les forces de l'esprit ! 





mardi 15 février 2022

Du pareil, mais pas comme avant.

Ne serais-je pas arrivé au bout d'une étape sur ce blog ? Un moment où on se dit qu'il y a peut-être à prendre une autre direction, plutôt que « tout droit, et on verra bien ». C'est facile tout droit, surtout qu'a priori ça ressemble à une descente en pente douce, sans gros efforts à fournir. C'est tentant !


Il faut bien le reconnaître cela fait un moment que je suis en arrêt au carrefour et que je tourne en rond dans mon blog. Je vivote en ce lieu. Ce qui a déclenché une plus grande prise de conscience, c'est un coup de clic sur un blog quasiment inconnu, épinglé  dans une blogroll. Je vois qu'il est né en 2007 et trace sa route encore maintenant. Je plonge longuement dans les archives. Un blog du quotidien, typique de l'époque blogosphèrienne telle que je l'ai connue avant les rézogogossocios. J'y retrouve sensiblement les mêmes sujets récurrents que chez tous les blogueurs au long cours (dont moi). Inutile de les énumérer, on retrouve ce style chez tous les vieux/vieilles blogueurs/zé-blogueuses. Alors me revient le souvenir de  mes enthousiasmes pour ce média qui durèrent des années, et encore jusqu'à il y a quelque temps : AlainX avait des choses à dire, enfin, c'est ce qu'il croyait… il pensait même p écrire sur des sujets qui méritaient d'être défendues.


Mais ça, c'était avant !

Alors, mon bon vieux blog, qui, « en rêvait encore »  je crois que tu as terminé ta mission.

Tu as fait ton temps. Merci pour tes bons et loyaux services,  tu prends aujourd'hui ta retraite bien méritée.


Bienvenue au changement dans la continuité, comme disait ce politique qui ne manquait aucun grand bond en avant, grâce à d'incessants retours en arrière.

Pourvu que le tenancier de cette nouvelle version ne continue pas à faire toujours de la même chose…


vendredi 11 février 2022

Jardin d'Éden

 



Texte écrit sur une consigne de Kaléïdoplumes  :


En s'inspirant de la photo, un texte qui comprendrait la phrase suivante :


Même pour le simple envol d’un papillon, tout le ciel est nécessaire ( Paul Claudel)






Jardin d'Éden


— Tu vois ce portillon vert comme l'espérance, il y a bien longtemps que j'aimerais le pousser et pénétrer dans ce jardin d'Éden dont on a déjà parlé, il y a bien longtemps, me dit Oriane d'une voix à la fois timide, profonde et forte.

— Mais pourquoi voyons ! Ce jardin, bien qu'il soit très fleuri, semble à l'abandon il n'y a qu'à lever le loquet. Si tu y entres faire un tour tu ne fais rien de mal ! Franchement je ne vois pas ce que tu risques.


Oriane fixa son regard sur moi. Je vis l'intensité de la brillance au fond de ses yeux. Alors sans rien dire elle me prit par la main, un peu comme on prend celle d'un enfant, et d'un pas résolu en me tirant par le bras, elle ouvrit le portillon et pénétra résolument dans le jardin d'Éden. D'une voix ferme et douce à la fois elle prononça ces mots :

 — Viens ! C'est maintenant pour toi et moi.


Je n'ai jamais oublié cet instant-là, ce jour-là. C'était au milieu de l'été. Un énorme rosier qui croulait sous les roses rouges m'avait frappé. Nous avons marché lentement le  long de l'allée qui menait au fond du jardin, nous arrêtant de nombreuses fois pour admirer des plantes plus exotiques les unes que les autres. Un moment nous nous sommes retrouvés devant une plante exubérante et majestueuse, on aurait dit des rhubarbes géantes. C'est là qu'elle m'a embrassé et sa bouche était aussi géante que la plante. J'ai aussitôt ressenti une ivresse extraordinaire. À la sensation du baiser s'ajoutait les senteurs des plantes multicolores et inconnues qui envahissaient mes narines et me montaient au cerveau. J'avais l'impression de changer d'univers, d'entrer dans un monde qui était à moi, pour moi et pour Oriane.


Nous avons poursuivi dans l'allée ressentant un bonheur immense. Tout nous appartenait désormais. Même pour le simple envol d'un papillon, tout le ciel est nécessaire, rien ne doit être une entrave quelconque et nous étions comme deux papillons virevoltants dans le souffle de l'amour éternel. J'ai eu l'évidence qu'il fallait que nous allions jusqu'au bout de ce chemin. Mais à mesure que nous avancions, le chemin se  poursuivait encore et encore. Combien d'heures avons-nous marché ? Le temps semblait suspendu.


— Il faudrait penser à rentrer maintenant, il se fait tard, ai-je dit à Oriane avant de l'embrasser une fois encore. Elle n'a pas répondu, elle n'a pas fait demi-tour, elle a continué de marcher vers là-bas. Mais on ne savait où exactement. Mais c'était là-bas qu'on nous attendait. alors je suivais, comme je pouvais.


Non, je ne suis pas capable de vous dire ce qu'il est advenu. Je crois qu'elle a continué à marcher, comme infatigable. Un moment je n'ai plus vraiment senti mes jambes. Tout allait me lâcher. Est-ce que j'ai perdu connaissance ? Encore aujourd'hui je ne le sais pas. selon toute vraisemblance j'ai dû faire demi-tour, craignant pour ma vie et il me semble que de toute façon je ne voyais plus Oriane.


On m'a dit que c'est un homme, un touriste, sac à dos  qui traversait le village  alangui qui m'a retrouvé, avachi, hirsute, au pied du portillon vert, à l'extérieur dans la rue. Il paraît qu'on s'est affolé, qu'on a appelé les pompiers de la ville d'à côté. J'avais une sale tête, aussi verte que le portillon,  m'a-t-on expliqué. On a cru que j'allais mourir. En réalité j'étais simplement épuisé. Les pompiers m'ont vraiment conseillé de m'alimenter et de boire parce que paraît-il j'étais déshydraté,  puis  de voir un médecin, mais que pour eux il n'y avait  aucune nécessité de m'amener aux urgences.


Oriane est certainement arrivé au bout du chemin. Je l'attends. Je suis sûr qu'elle reviendra. Même si cela fait plusieurs années que je viens chaque  été voir ce qu'il en est de ce portillon et du jardin. Simplement pour rien au monde je le franchirais à nouveau. je regarde longuement l'allée. J'ai la certitude qu'un jour Oriane apparaîtra tout au fond,venant de tout là-bas. Je pourrais alors voir en elle toute la Vérité.


samedi 5 février 2022

Le futur au présent.

  

Parfois je me demande pourquoi je continue à lire des choses qui ne m'intéressent guère. Pourquoi j'alimente certains débats dont je n'ai pas grand-chose à faire. (Pour ne pas dire dont je n'ai rien à foutre…). Pourquoi je perds mon temps que j'estime désormais si précieux, vu mon espérance de vie qui s'amenuise de mois en mois, à m'éparpiller loin de l'essentiel avec le risque de me dissoudre.


J'en suis encore à confondre la valeur de ma volonté, cette amie qui m'accompagne depuis l'épreuve qui me fit sortir prématurément  de mon enfance pour être adulte avant l'heure, et l'entêtement inutile dont je sais encore faire preuve. Comme si j'avais encore ce besoin ridicule pour subsister. À mes heures je  suis encore l'idiot qui s'en va camper dans le triste pays d'Absurdie.



Le temps s'en vient d'un sérieux retour au lieu intérieur du profond de moi qui s'ouvre sur l'immensité du Royaume Peut-être ai-je enfin atteint la maturité pour en ressentir toute la douceur infinie de l'éternelle Présence. Cet « au-delà » est en réalité un « en-dedans », accessible à ceux qui en connaissent le chemin.

Certains parlent de métapsychologie, de la réalité de « l'au-delà du moi » qui amène plus loin que la conscience habituelle connue, vers une dimension de soi-même présente mais simplement endormie. Probablement parce que la plupart du temps nous nous désintéressons d'elle. Il y a tellement du clinquant et des miroirs aux alouettes à l'extérieur.  Et pourtant nous disposons de la libre possibilité de franchir la porte qui permet d'entrer dans « l'autre monde en soi » Et dès lors, toucher au bonheur d'être accueilli dans ce Royaume. Peut-être que la difficulté c'est d'oser franchir la porte parce qu'au fond on n'arrive pas y croire aux extraordinaires découvertes  qui nous sont réservées. Or, il faut y être pour en faire l'expérience. Un figure célèbre mondialement qui avait cette expérience disait simplement : « Venez et voyez ! ». Mais la plupart des gens ont préféré ne pas venir… soyons prudents… on va peut-être être nous rouler dans la farine ! Dommage, le doute règne en maître…


 Ce chemin est le mien et j'y retourne rencontrer celles et ceux qui y ont également résidence.

Oh joie !