115ème devoir de Lakevio du Goût.
Les portes ont toujours suscité chez moi des questions ou donné des ailes à mon imagination.
Petites ailes certes et j’espère que les vôtres vont se déployer largement d’ici lundi…
Racontez des histoires s’il vous plaît.
Nous en avons tous besoin…
Dans les escaliers
Voilà déjà plusieurs mois que je vis dans cet escalier. Parfois le destin tient à peu de choses. La première fois où je suis entré dans cet immeuble, j'ai simplement aperçu dans le hall d'entrée, un panneau, au pied des marches, accroché à la boule de verre, au demeurant fort élégante, située au démarrage de la main courante qui mène aux étages :
« La Concierge est dans l'escalier ».
C'est un fantasme qui remonte loin dans mon enfance. Voir l'arrière-train d'une concierge en train d'astiquer les marches de l'escalier, a le pouvoir de faire monter en moi des frissons le long de mon échine. J'ai posé la main sur la rampe et commencé à monter lentement les marches, afin que mon désir s'accroisse jusqu'au paroxysme.
Tout s'est mis à grimper en moi, marche après marche, jusqu'en haut, palier par palier, mais rien. Absolument rien. Pas d'arrière-train. Pas de concierge. Pas de senteurs pénétrantes d'encaustique s'introduisant par mes narines et envahissant mon cerveau en ébullition.
Terrible déception !
Depuis, ma vie se traîne dans cette cage. Montées fastidieuses et descentes décevantes se succèdent. Parfois je sors dans la rue en prenant grand soin de bloquer la serrure pour pouvoir entrer à nouveau. Il faut quand même s'aérer quelque peu, acheter de la nourriture et des boissons alcoolisées. En outre, il me faut bien continuer à gagner ma vie et me rendre au travail, même si je cherche à m'absenter le plus souvent possible. De retour dans l'entrée, parfois je tente de voir la concierge en question à travers les rideaux de la loge, mais rien ne bouge.
Pourtant je suis certain qu'elle ressent ma présence, que je l'attends, et qu'elle ne pourra pas m'échapper un jour ou l'autre.
Évidemment, à chaque retour le panneau est toujours installé, message subliminal pour m'appeler irrésistiblement. Cette concierge est une diablesse. Je suppose que, sachant que je me suis absenté, elle a effectué son travail avec délicatesse, mais hors de ma présence. Elle sera donc libre, pour moi seul. La cage d'escalier, qui est ma prison, tout à coup se remplit d'effluves de cires, les boujons désinfectés sente le Monsieur Propre. La main courante un peu partout, affole mes neurones égarés.
Combien de temps encore vais-je pouvoir tenir ? Je me suis toujours arrangé pour croiser le moins possible les occupants des appartements, et quand c'est le cas, je me fais de la couleur des murs ou des plinthes, celles du plaisir partagé que l'on entendra bientôt de la cave jusqu'à la toiture.
En parlant d'elle, l'autre jour je suis grimpé jusqu'au dernier étage. J'ai levé les yeux, on voit la charpente et les tuiles. Il y a un vasistas par lequel on aperçoit un coin de ciel bleu.
C'est le seul espoir qui me reste. Sortir par le haut et me jeter dans le vide. Je suis certain que la concierge sera en bas pour me rattraper in extremis.