Pages

lundi 30 novembre 2020

Dialogue improbable




Ce lundi, chez « le goût »,

cette fois c'est du sérieux 

de chez sérieux.




Qu’arrive-t-il à cet homme ?
Que subit-il pour être aussi triste ?
Que vous raconte cette toile d’Arielle Lange.
J’espère que nous en saurons plus lundi.




Dialogue improbable


L'être — Ciel ! Vous ne semblez pas aller très bien ! Vous êtes d'une tristesse infinie…


L'entité — Exact c'est difficile d'être Moi après tant d'efforts et d'abnégation depuis… au moins une éternité ! Certains envient ma situation et ce qu'ils pensent être mes privilèges. D'autres aimeraient prendre ma place pour la même raison. Comme si être l'Être-Moi était une sinécure. Les imbéciles !


L'être — Vous devriez nous informer de ce qu'il en est. Où allons-nous ? Quels sont vos projets ?  Qu'est-ce qu'on mange ? Y aura-t-il pénurie ou abondance ? Bref ce qui préoccupe les humains.


L'entité — Je reste silencieux en effet. C'est ma nature. Que voulez-vous on ne se refait pas.… Il faudrait tout reprendre à zéro, et ce n'est guère possible pour la Divinité que je suis.


L'être — Vous disposez de la Toute-Puissance Absolue. Rien ne vous est impossible. Si rien ne fonctionne comme vous le souhaitiez : changez ! Après tout l'erreur est humaine ! Mais elle peut être aussi divine, non ?


L'entité — Les mortels ont l'inconvénient d'avoir des idées mortelles. L’Absolu ne peut être dans l'erreur, puisque c'est absolument impossible. Un projet aussi vaste que la Création des univers ne peut s'abolir d'un coup de baguette divine. C’est d’une ampleur inconcevable pour un mortel.


L'être — Dites tout de suite que nous sommes des imbéciles ! Le supposer c'est vous faire tort à vous-même, puisque vous prétendez nous avoir créé à votre image.


L'entité — Tort ou raison : ce sont des concepts humains. Des trucs pour vous étriper les uns les autres au cours des millénaires.  À mon grand désespoir il faut bien le dire. Parfois j'ai envie de pleurer sur ce que vous êtes devenus, alors que dans mon projet il devait en être tout autrement.


L'être — C'est bien ce que je dis ! Vous vous êtes planté ! Toute divinité que vous soyez vous êtes lamentablement vautré dans vos erreurs. Alors maintenant, il faudrait quand même penser à réparer. Vous ne croyez pas ?


L'entité — Réparer ? Quelle inconscience ! Comme si c'était possible.


L'être — Bien sûr que c'est possible, puisque pour vous tout est possible à tout instant. Ne rien faire c'est montrer un orgueil démesuré, une incapacité à se remettre en cause. Lamentable !


L'entité — Que voulez-vous, je ne suis pas parfait !


L'être — Quoi ? Une divinité imparfaite ? Cela dépasse l'entendement. Vous êtes ontologiquement parfait depuis avant l'éternité jusqu'après elle.


L'entité — les mortels sont décevants ! J'en pleure. Théoriquement je suis excessivement positif, proactif, fondateur de l'espoir, pourvoyeur de la chance, distributeur du bonheur, garant de la félicité, du nirvana absolu, du paradis paradisiaque, et de tout ce que vous espérez de siècle en siècle. Forcément, je vous ai fabriqués comme ça.


L'être — Voilà bien la démonstration de vos échecs. C'est raté. Nous, les mortels, on est dans la panade la plus complète dans tous les domaines. Et apparemment, vous vous en foutez complètement. Monsieur le Divin est un grand égoïste.


L'entité — Hélas je suis devenu impuissant !


L'être — Impuissant ? C'est la meilleure celle-là ! Vous en avez une autre du même genre à nous raconter ?


L'entité — En effet, impuissant à cause de ce pouvoir que vous m'avez arraché. C'est l'unique fois où j'aurais dû n'écouter que Ma Divinité, Ma Perfection. Je vous ai malencontreusement concédé la totale liberté de choisir ce que bon vous semble. J'ai cru que vous sauriez en faire bon usage de cette liberté, en choisissant à chaque fois le meilleur pour vous et pour les autres. Ça me semblait d'une logique divine imparable. À quoi bon se détruire quand on peut construire. À quoi bon choisir le malheur quand je vous propose le bonheur. Ça m'a semblé tellement idiot que j'ai pensé cela ne se produirait jamais, au grand jamais. Puisque vous étiez normalement intelligents, sensés, disposant de l'amour, de la fraternité, des joies et des plaisirs dans tous les domaines, et toutes ces choses que je n'énumère même pas, ce serait bien trop long.


L'être — Elle est forte celle-là ! Maintenant vos conneries ça va être de notre faute ! Il va falloir vous faire disparaître. Sans vous on se débrouillerait bien mieux. On mettrait en place tout ce que vous dîtes sur la bonté, l'amour, les choses et les machins. On ferait mieux, absolument mieux et infiniment mieux sans vous !


L'entité — Pas de problème éliminez-moi  D'ailleurs je crois que c'est déjà fait. J'ai aperçu des affiches « Dieu est mort ! » J’ignore la date de l'enterrement, mais peu importe. Je n'ai pas l'intention d'y assister.


L'être —  Malheureusement il faut avouer que depuis votre mort, ça ne va pas beaucoup mieux. Je crois même que c'est pire encore. Pardonnez-moi d'avoir dit tant de mauvaises choses à votre endroit. Mais je vous en supplie, je crois que vous feriez mieux de revenir. Après tout j'ai lu dans des bouquins que vous êtes capables de ressusciter. C'est le moment ou jamais.


L'entité — Un monde sans Dieu c'est comme un repas sans sel, un whisky sans alcool, une séance de cinéma sans écran, une pandémie sans vaccin, un imbécile heureux sans joie.


L'être — Revenez ! Je vous en prie !…


L'entité —… un stylo sans encre, un ordinateur sans Internet, un pénis sans bandaisons, un clitoris sans plaisir, un clair de lune sans Maubeuge, une queue de billard sans boule, un match de foot sans trucage, un bout de plastique sans Bertrand…


L'être — Revenez vous dis-je ! Vous êtes têtu quand même !


L'entité —… un couscous sans merguez… un tambour sans baguette… une baguette sans mie de pain… un pain sans fromage… je m'éloigne…je m'éloigne… je m'éloigne… à Dieu....à Moi... à Jamais… … je prends mon Alpha, c'est l'heure à ma montre Oméga. 


samedi 28 novembre 2020

Finir

 Finir


Et si plus rien n'avait d'importance.

Et si nous perdions tout ce qui est dense

Et s'il fallait se passer de la danse

Et si la vie perdait son sens

Et si



Finie l'abondance

finies les confidences

 plus de transcendance

 finie l'éloquence

plus d'élégance

finie l'excellence



Et si…

soudainement

brutalement

précipitamment

accidentellement


la Mort.


✝️



Cette semaine, pour la première fois, j'ai assisté aux obsèques d'une personne qui m'est chère, 

retransmises en direct vers chez moi en vidéo.

L'expérience est éprouvante.



Photo du Net

lundi 23 novembre 2020

Anzo et Sören ; Dupont et Velin.



Mais que diable se disent-ils.
Mais que diable ont-ils vu ?
J’espère que nous aurons une idée d’ici lundi…



Se demande-t-on cette semaine

  chez l'ami « le Goût »


-o0o-





Anzo et Sören ; Dupont et Velin.


Sitôt reçue la toile, je l'ai déballée. Nous étions vendredi. Ce tableau comprenait un dialogue entre Anzo et Sören. À mesure que je regardais, leur échange se déployait et ne cessait de monter en puissance jusqu'à atteindre le sommet de  la théorie du complot.

Ah  j'en apprenais de belles  ! Jugez vous-même :


l'assassinat de Kennedy organisé par Marilyn Monroe insatisfaite de son comportement au lit ; les attentats du 11 septembre fomentés par des grandes entreprises du bâtiment parce que ça manquait de place pour construire dans le quartier ; le coronavirus fabriqué par les écologistes pour réduire la population de la planète et ainsi purifier la race humaine ;  la lune qui n'existe pas et n'est qu'un disque de carton déployé en altitude par des fusées soviétiques au temps de la guerre froide, pour cacher leurs stations spatiales remplies de bombes atomiques.


J'étais abasourdi. j'ai préféré retourner la toile sur l'envers parce que j'en tremblais de peur. Je me suis dit : mon petit gars, hors de ta vue toutes ces élucubrations. Laisse les pigeons s'envoler dans la stratosphère de la bêtise et reviens dans la réalité, certes triste, mais bon, ça va passer.


Je me suis alors souvenu que j'avais gardé par devers moi, une cartouche d'encre bleu royal de mon stylo Dupont en laque de Chine. Il était temps de ressortir tout ce petit matériel et de l'utiliser. Reprendre un bon vieux Velin supérieur, laisser courir la plume sur le papier sans trace des vergures ni de pontuseaux, et voilà.

L'encre dans la cartouche était comme un whisky de 12 ans d'âge. C'est dire si l'écriture qu'elle contenait potentiellement était aussi ancienne que précieuse.

Je ne fus pas déçu. C'est fou ce qu'elle avait à dire.

Soulignons tout d'abord que c'était une encre sympathique et même joviale. Elle ne manquait pas de pigments et même d'un indéniable humour. Ce n'était pas une encre diluée ou qui aurait eu des colorants minables. Elle permettait une écriture imprégnée, pénétrante et même aussi indélébile que celle d'un tatoueur.

Une encre qui rendait possible d'ancrer des ressentis magiques, improbables autant que véridiques, jusqu'au cœur du papier, pour l'éternité.


Il était question de laisser tomber la veste, d'attendre une muse inspirée qui s'en venait entourée d'un vol de colombes, dans la vastitude d'un parvis sous le soleil éclatant d'un avenir incertain.


 Alors j'ai saisi la feuille emplie de ma graphie véritable, j'en ai fait un petit avion que j'ai lancé dans l'univers, tel une plume à l'aventure d'un paradigme où l'amour régnerait en maître et la connerie généralisée se verrait reléguée aux enfers…


samedi 21 novembre 2020

Pète et scions


Quoi ! Caisse  qu'on m'apprend ?

Paraît-y qu' aurait une pétition qui circule ?

Et que c'est qu'y faudrait plus jamais acheter sur Amazon ?





Donc, voulant me tenir au courant alternatif, je consulte mon panneau JCDecaux, pour savoir quoi et qu'est-ce. 

Et je me dis : bah c'est qui c'est qu'a signé ? 

Et là je vois des noms illustres (je sais, je suis  flagorneur !…) du genre : 


Delphine qui nous mène en Batho, Anne et son  HIdalgo, Mathieu qui est Orphelin, François qui est un genre de Ruffin, Eric qui dort dans sa  Piolle, Léonore Moncond’huy (d'oreilles ?), Christine Orban, François Morel ou Philippe Geluck.


Jean passe et des meilleurs et toute sa famille.


Alors alors, je te le donne Émile, si tu ne l'as pas déjà,  mais tous ces gens que je cite, à titre d'exemple :


ils vendent tous leurs bouquins sur… Amazon !…


Malgré le confinement, il y en a qui jouent les cons finement.


Tu trouves pas qu'on vit une époque super intéressante, que c'est vachement ce qu'il nous faut pour les années 2020 ?


Le monde est plein de cons-tradictions !


mercredi 18 novembre 2020

Jérusalema dance


La « Jérusalema dance » que désormais plus personne ne peut ignorer…

une version longue. Je vous préviens vous en prenez pour 14 minutes.





Et ne venez pas dire que c'est de ma faute si vous n'arrivez plus à vous la sortir de la tête !



En revanche si vous préférez une version courte et très locale, que j'ai reçue par mon réseau, la voici.




lundi 16 novembre 2020

Le gentil devoir du lundi qui doit avoir du « le goût » 





Le regard de cette Lydia Délectorskaya m’interpelle, comme on dit chez les psys.
À moins que ce ne soit sa chevelure ou son teint ou son « col Claudine »…
Cette Lydia qui resta une vingtaine d’années devant le regard de Matisse vous inspire-t-elle ?
Lundi j’en saurai sans doute plus sur ce que vous en pensez, si vous en avez tiré une histoire ou si elle vous a simplement rappelé quelque chose ou quelqu’un.
À lundi donc…




La carte postale


De nos jours, c'est bien rare que l'on reçoive une carte postale. En voici une, déposée ce matin par le facteur, dans une enveloppe anonyme. Une reproduction d'un Matisse

Au verso ces mots : « En souvenir de cette folle nuit ».

Une écriture à l'anglaise avec des pleins, des déliés et quelques fioritures. Ni date, ni signature. Me voici perplexe.


Qui donc a pu m'envoyer ça ? Je ne reconnais pas l'écriture. Elle ne peut être que celle d'une personne âgée, une femme probablement. Plus personne n'écrit de cette manière. Je repense à Simone cette gentille fille de ma jeunesse. On s'écrivait souvent. En ce temps-là c'était la mode d'une écriture fabriquée, « script » épaisse, au gros feutre noir, avec des ronds sur les « i ». Tels des premiers signes tangibles d'un féminisme en croissance. Plus question d'écrire à l'encre bleue d'azur ni à la plume, tout devait être gros, noir, sans marge, ni à gauche ni à droite, ni en haut ni en bas. Donc ce n'était pas une carte de Simone. À moins que, vieillissante elle ait retrouvé son écriture « naturelle ». Une écriture de vieille qu'elle était devenue.

Quoi qu'il en soit j'avais aimé follement cette jeune fille, le goût de ses lèvres, les pleins et les déliés de ses caresses, le rouge sang de ses griffures. Mais rien au-delà de la bienséance autorisée.


Regardant Lydia, qui fit probablement quelques séjours entre les bras et les draps de Matisse, il me faut bien reconnaître qu'elle a quelque ressemblance avec Simone. Surtout l'ovale du visage, le col Claudine, mais pas la chevelure ni sa teinte. Simone avait les cheveux courts, à la garçonne, avec une mèche régulière sur le front que je suppose il fallait égaliser toutes les 72 heures.


Il faut bien l'avouer, j'avais totalement oublié Simone. Disons que cela faisait plus de 30 ans que je n'avais pas songé à elle. Avais-je d'ailleurs été amoureux ? En ce temps-là la moindre manifestation de désir par un gonflement plus ou moins intense devait signifier immanquablement la survenue d'un amour aussi prometteur que torride. La réalisation de la promesse étant repoussée au moins jusqu'aux fiançailles qui constituaient le minimum syndical de l'engagement. 

De leur côté mes potes prétendaient que : « c'était juste le besoin de tirer un coup ! ». Je trouvais cela trivial, mais préférais me taire et arborer un rire gras indispensable à la situation.

L'évocation de ces souvenirs bien lointains ne m'apprennent rien sur l'aujourd'hui de cette carte postale et qui peut bien en être l'auteur. Probablement une erreur d'adresse. Parce qu'a bien y réfléchir j'ai de la difficulté à retrouver des « folles nuits » dont je devrais avoir intensément souvenance. La plupart de mes souvenirs se sont délités avec le départ en quenouille d'un nombre incalculable de mes neurones. C'est presque un miracle que le nom de Simone soit revenu. Je suis comme Brassens : je n'ai pas la mémoire des noms. Et d'ailleurs était-ce Simone ou Suzanne ? À moins que ce ne soit Solange ?


Alors j'ai retourné la carte postale qui n'était pas signée et j'ai commencé par écrire une liste de prénoms commençant par  S : les trois que je viens d'écrire + Sabine + Sabrina + Sophie +  Séraphine + Sidonie +  Stéphanie + Suzanne.

Je ne saurais dire pourquoi, mais cela m'a fait du bien. 


Quelques jours plus tard j'ai reçu la même carte, de la même écriture, avec ceci au dos :

« rendez-vous jeudi – exposition Matisse – centre Pompidou – 15 heures – demander Simone à l'accueil ».

Alors donc ce serait ?…


Mais bon sang ! En ce moment, il est fermé le Centre Pompidou !


-------------


Lectrices et lecteurs, n'allez pas tirer des plans sur la comète. Ce texte est une fiction qui n'a rien d'autobiographique. Qui de plus est sans intérêt. Je n'ai pas eu d'aventures avec des personnes aux prénoms  « en S ». Seulement des prénoms « en D » : Didier, Dylan, Donald, Damien, Darius, David, Donatien, Diego et un certain Donovan, qui poussait la chansonnette. 


samedi 14 novembre 2020

Regard volatil

 



Sur la plus haute branche d'une modernité déjà dépassée

il regardait le monde se faire avoir

« Comme des pigeons !

 comme moi ! »

 pensait-t-il.


jeudi 12 novembre 2020

Imaginaire voyage (2)

 



Longtemps 

beaucoup d'entre eux 

demeurèrent dans l'ignorance 

du passage des prédateurs de lumière.


mardi 10 novembre 2020

Le parc, le banc, lui et elle.

 Un petit texte publié sur le site de Kaléïdoplumes



Une photo + inclure cette petite phrase d'une chanson célèbre :

" Et m'asseoir sur un banc cinq minutes avec toi..."




Le parc, le banc, lui et elle.


Ce matin je décide de me rendre au parc. Il fait beau, le ciel est bleu. Certes, c'est un bleu froid, automnal, sous un soleil qui bientôt se perdra à l'horizon. Le brun des feuilles d'automne tombées à terre semble tenter de réchauffer l'atmosphère. Mais les feuilles sont mortes.

Aussi mortes que les amours mortes.


Mains dans les poches j'avance d'un pas indolent au long de l'allée d'un gris triste qui longe la flaque d'eau artificielle que d'aucuns appellent « le lac ». Je la vois  au loin déambuler nonchalamment en avançant dans ma direction. J'ai ressenti une vibration dans l'âme qui ne s'explique pas. Enfin, moi, je ne l'explique pas. On va se croiser dans cette allée, puis chacun continuera le chemin vers son destin. Et m'asseoir sur un banc cinq minutes avec toi traverse ma pensée. Juste cinq minutes. Le temps de ne rien se dire sauf des banalités, ou alors le temps d'une petite étincelle d'éternité qui se termine  par un baiser d'amour sans fin.

Je rêve.


Comme d'autres fois dans des circonstances comparables, je ne prendrai aucune initiative. Peut-être celle d'un sourire ? On verra… nos corps se rapprochent. De plus près, elle est encore plus belle. De ces beautés simples et non sophistiquées. De ces beautés dont la nature sait être généreuse. Encore quelques pas avant de se croiser. Et tout à coup je me lance… dans un sourire… 

La voilà presque à ma hauteur.

— Merci ! Bonne journée Monsieur !

Et puis, c'est tout.


Une tristesse m'envahit. Comme si en un instant tout s'écroulait. Tout ? Quel tout ? Je ne suis qu'un être de bien peu de consistance. Un zombie où tout se meurt en moi. Encore quelques pas, et puis je me retourne pour voir « ma chance » s'éloigner de moi à chaque pas qu'elle fera. Sauf qu'en me retournant, je constate qu'il vient de faire de même. Tous deux on se regarde. Comme figés. Le temps vient de s'arrêter. Rien ne bouge, sauf quelques feuilles mortes qu'un coup de vent vient de soulever et qui traversent l'allée avec l'indifférence de celles qui ont vécu.


Alors je tente quelques pas vers elle. Elle ne bouge pas et me regarde intensément. Je m'arrête juste en face de son visage et fixe mon regard sur ses yeux.

— On se connaît, dit-elle. Son ton est entre hésitation et affirmation.

— Peut-être. Oui, peut-être que oui, je réponds cela entre certitude et étonnement

— on se connaît dans nos rêves, j'en suis certaine.


Nous sommes à la hauteur d'un banc.

Elle s'assied la première. Je viens à côté d'elle.


Ça a commencé comme ça.


lundi 9 novembre 2020

Une nouvelle ère divine.


Le devoir du Lundi 



Vous connaissez, je pense, Monsieur Edward Burne-Jones, ce peintre « préraphaélite »  contemporain de Lawrence Alma-Tadema.

Il n’a pas peint que ces délicieuses rousses romantiques à la peau qui attire le baiser.
Il a aussi engendré un fils qui a dessiné pour inciter le lecteur à s’intéresser à l’œuvre de son oncle Rudyard Kipling.
Qu’a-t-il donc pu susciter dans l’esprit de celui qui regarde ce dessin ?
Quant à moi il m’inspire quelque histoire…





Une nouvelle ère divine.



— Il est temps de vous présenter à présent l'histoire de l'œuvre que nous avons sous les yeux et les diverses déclinaisons qu'elle a suscitées. Il s'agit ici de la photo de la sculpture monumentale, (plus de 76 m de hauteur), qui trône sur la place du « Monde Anciennement Nouveau » à New York, enfin de ce qui reste de la ville, qui n'a plus rien de tentaculaire comme dans l'ancienne humanité.

 Elle s'intitule : « Dieu terrassant L'Ancien Monde ».

L'œuvre date des années 20, appelées encore « les années insanes » qui virent la chute de tout un système mondial que personne aujourd'hui ne regrette. L'évidence en étant apparue au cours des années 30, appelées je le rappelle « les années follement chouettes » par les contemporains. Bien entendu tout cela date de quelques siècles.



Il faut que je vous précise qu'avec  ma partenaire contractuelle, nous visitons ce musée historique auquel nous sommes inscrits depuis bien longtemps. Nous nous réjouissons que ce soit aujourd'hui notre tour d'être guidés dans l'histoire de l'ancienne humanité. Nous allons de découverte en découverte en constatant que notre ignorance était grande jusqu'à ce jour.

Mais, chuttt, continuons d'écouter ce conférencier virtuel de génération 27.0.


— Dieu, dont les dernières affirmations scientifiques vérifiées ont enfin démontré définitivement qu'il s'agissait d'une entité féminine, très mécontente de ce qui se tramait sur la planète et de la bêtise crasse et collective de celles et ceux qui l'encombraient alors, elle a décidé que : « maintenant ça suffit ! ». Elle manifestait ainsi une colère divine exponentielle parfaitement reflétée dans l'œuvre dont vous avez sous les yeux la reproduction.

Le monde ancien fut alors définitivement et pour l'éternité envoyé ad patres.


Mais ce qui est le plus important dans cette œuvre, c'est le visage de Dieu, enfin devenue visible. Certains ont fait observer qu'il ne fallait pas non plus dédaigner sa croupe, qui en disait beaucoup sur ses intentions à qui savait en comprendre le mouvement subtil.

Malgré l'évidence de la représentation claire et précise, on vit dans le même temps renaître les spéculateurs intellectuels, les prophètes en explications fumeuses, les « je sais tout mieux que personne », les mythomanes, les hérauts annonciateurs, les oracles au désespoir, les visionnaires en vison, les inspirés expirés, et les Trumpiniens, (je vous expliquerai ce mot plus tard, relatif à un président des États-Unis de cette époque ancienne,  dont tout le monde a oublié l'existence, mais l'expression est restée pour qualifier les menteurs tendance pervers mégalomaniaques).

Tout cela apportait la preuve que Dieu elle-même, bien que féminine, n'avait pas réussi totalement à éradiquer le monde ancien qui ne cessait de renaître de ses cendres à l'instar du Phénix des hôtes de ces bois.



Je dois avouer que ma partenaire contractuelle et moi-même ne comprenions pas l'intégralité de ce qu'il expliquait. Il faut dire que les générations de ce siècle-ci ont nettement moins de neurones que précédemment, en raison de la pollution, des mutations génétiques dues aux pesticides, (qui d'ailleurs n'ont pas disparu). Au fur et à mesure que les siècles passaient nous devenions de moins en moins intelligents. Nettement moins que les robots virtuels de génération 27.0. C'est un peu désolant, mais c'est ainsi, il faut savoir vivre avec son temps.

Néanmoins, nous sommes largement heureux sous l'influence bénéfique et la félicité que la nouvelle Dieu a réussie à développer sur quasiment l'intégralité de la planète. Nous n'avons plus rien à faire qu'attendre joyeusement. Quel bonheur ! N'est-il pas ?


Il reste juste une petite chose, de moindre importance évidemment, mais il faut quand même la mentionner c'est juste un détail.dont nous n'avons pas encore saisi totalement toute la subtilité :


Attendre joyeusement ? 

Mais quoi ?






samedi 7 novembre 2020

Imaginaire voyage

 En cette période où se déplacer devient difficile,

 il est tout à fait possible de partir en voyage dans son jardin.


« Il suffit pour cela d'un peu d'imagination », 

comme chantait Charles Trenet.


À chacun son jardin extraordinaire.


De ce périple jardinier j'ai ramené une photo que voici :



Il n'y a pas de trucage, juste une question de cadrage



--------------------------------------

EDIT Dimanche 8 à 13 h 30

--------------------------------------


Un GRAND MERCI à chacune/chacun vos commentaires :


Ci-dessous, la photo d'origine, avant retournement et recadrage.





lundi 2 novembre 2020

Histoire sans présent.

 



55ème devoir de Lakevio du Goût
J’en ai vu, des femmes et des hommes comme ça, sur des marches.

Je ne sais pas ce qu’ils faisaient là.
Peut-être le savez-vous.
Alors à lundi.
Pour qu’on le sache tous…




Histoire sans présent.


Parfois l'ennui me gagne. Il faut dire que depuis que je n'ai plus rien à faire, les journées s'enchaînent et se succèdent avec la monotonie du ruminement des vaches dans un pré. Et des prés il n'y en a pas, des loins non plus.


Dans l'après-midi, une jeune fille vient s'asseoir sur les marches de la maison d'en face. Enfin un peu de distraction. Elle regarde sans cesse sur la droite avec cette moue de l'attente qui traduit l'impatience d'un rendez-vous qui tarde à arriver. Elle est vêtue de manière quelconque, ordinaire et sans goût. Un imperméable qui a dû appartenir à la famille de Colombo, une coiffure raide comme la justice. Elle chausse des lunettes qu'on ne fabrique plus depuis 20 ans. C'est peut-être pour cela qu'elle attire mon attention.


À présent je suis assis à côté d'elle sur les marches. Elle ne m'a pas vraiment regardé. Totalement indifférente à ma présence. Mais d'où débarquait-elle donc ? C'est la question que je désire poser. Alors je me lance :

— Bonjour !

Elle continue de regarder à droite, semblant m'ignorer. J'ai toussauté :

— Heum ! Si vous attendez Monsieur Duroyes, le propriétaire de la maison, il est en voyage.

— Je n'attends personne, dit-elle toujours sans me regarder.

— Oh ! On attend toujours quelque chose ou quelqu'un…

La jeune femme daigne alors se tourner vers moi et même esquisser un sourire.

— Vous avez raison. C'est vrai que j'attends moi aussi.

Je réponds banalement :

— Ne vous inquiétez pas, la personne a peut-être un empêchement.


— J'attends l'avenir. Il ne devrait plus tarder, dit-elle après quelques minutes.

Une junkie, voilà, c'est une junkie. Elle attend son dealer. Faudrait qu'il arrive parce que là, sinon, elle va péter un plomb.

— Oui, oui, l'avenir, bien sûr, on attend toujours plus ou moins l'avenir, n'est-ce pas.

— J'arrive du passé, reprit-elle, c'est une longue histoire, je ne vous la raconterai pas. La dernière fois où j'ai fait ça, on m'a pris pour une folle et on a appelé les urgences. Ils m'ont embarquée parce que je ne cessais pas de taper du pied en criant fort.


Je me dis qu'il faut vraiment que son dealer arrive parce que ça risque de mal se terminer.

Elle se met à marmonner dans ses dents avec un tremblement dans la gorge :

— Je déteste, mais alors je déteste le présent. Le présent est insupportable. Il n'y a rien de pire dans une vie que de vivre au présent. C'est mortel. On sent que la faucheuse rôde, qu’elle est là, squelettique, qu'elle va vous emporter sans crier gare, ni même autre chose du genre voiture, vélo, trottinette ou char à voile.


Elle se lève, se plante au milieu de la rue, jambes écartées. Je redoute qu'une voiture arrive à vive allure. Je crie « revenez sur les marches ! C'est dangereux de rester là ! ». Elle met sa main en visière comme pour mieux voir si l'avenir  arrive enfin. Mais qu'est-ce que je raconte. L'avenir n'arrive pas comme cela en courant à perdre haleine. De toute façon l'avenir n'arrive jamais. Il n'y a que des successions de présent, qui, à peine arrivés, s'engloutissent dans le passé.

 Que puis-je faire d'autre que rentrer chez moi pour ne pas délirer plus que nécessaire. Pauvre femme. je ne peux rien pour elle si ce n'est la laisser à son destin. Toutefois une idée me vient, je sors un bout de papier inscrit le nom et l'adresse d'un de mes amis psychiatres et je m'approche d'elle pour lui glisser ce billet dans la main. Voilà, il me reste à rentrer chez moi. Juste en face.


J'introduis la clé dans la serrure de ma porte d'entrée, concentré sur cet acte, rapport au fait que la serrure est vieille et qu'il faut positionner la clé au millimètre près pour que cela fonctionne. Brusquement, un bruit énorme dans la rue, presque une explosion. Aussitôt je me retourne, abandonnant la clé à son sort, et là… la surprise est à son comble.


Rien ! Il n'y a rien. Ni dans le passé, ni dans le présent, ni dans l'avenir.

Rien que la rue déserte.

La jeune femme s'est comme… envolée…



dimanche 1 novembre 2020

Les deux loups

Ce jour-là le vieil indien 
parla ainsi à ses petits-enfants :

-- « Un grand tourment vit en moi. 
Deux loups s’affrontent dans mon coeur.
 L'un est méchant, violent : il est la peur, la colère, le mensonge, la jalousie, la cupidité, l’arrogance, le découragement. 
L’autre loup est bon : il est la joie, la paix, l’amour, la gratitude, la bienveillance, le partage, la confiance.  


La bataille entre les deux loups
 se joue en moi et en chacun de nous… ». 

L’un des enfants prit la parole : 

--« Grand-Père, lequel des loups va gagner ? » 

-- « Celui que tu nourris », 
répondit le vieil homme.