Ce lundi, chez « le goût »,
cette fois c'est du sérieux
de chez sérieux.
Qu’arrive-t-il à cet homme ?
Que subit-il pour être aussi triste ?
Que vous raconte cette toile d’Arielle Lange.
J’espère que nous en saurons plus lundi.
Dialogue improbable
L'être — Ciel ! Vous ne semblez pas aller très bien ! Vous êtes d'une tristesse infinie…
L'entité — Exact c'est difficile d'être Moi après tant d'efforts et d'abnégation depuis… au moins une éternité ! Certains envient ma situation et ce qu'ils pensent être mes privilèges. D'autres aimeraient prendre ma place pour la même raison. Comme si être l'Être-Moi était une sinécure. Les imbéciles !
L'être — Vous devriez nous informer de ce qu'il en est. Où allons-nous ? Quels sont vos projets ? Qu'est-ce qu'on mange ? Y aura-t-il pénurie ou abondance ? Bref ce qui préoccupe les humains.
L'entité — Je reste silencieux en effet. C'est ma nature. Que voulez-vous on ne se refait pas.… Il faudrait tout reprendre à zéro, et ce n'est guère possible pour la Divinité que je suis.
L'être — Vous disposez de la Toute-Puissance Absolue. Rien ne vous est impossible. Si rien ne fonctionne comme vous le souhaitiez : changez ! Après tout l'erreur est humaine ! Mais elle peut être aussi divine, non ?
L'entité — Les mortels ont l'inconvénient d'avoir des idées mortelles. L’Absolu ne peut être dans l'erreur, puisque c'est absolument impossible. Un projet aussi vaste que la Création des univers ne peut s'abolir d'un coup de baguette divine. C’est d’une ampleur inconcevable pour un mortel.
L'être — Dites tout de suite que nous sommes des imbéciles ! Le supposer c'est vous faire tort à vous-même, puisque vous prétendez nous avoir créé à votre image.
L'entité — Tort ou raison : ce sont des concepts humains. Des trucs pour vous étriper les uns les autres au cours des millénaires. À mon grand désespoir il faut bien le dire. Parfois j'ai envie de pleurer sur ce que vous êtes devenus, alors que dans mon projet il devait en être tout autrement.
L'être — C'est bien ce que je dis ! Vous vous êtes planté ! Toute divinité que vous soyez vous êtes lamentablement vautré dans vos erreurs. Alors maintenant, il faudrait quand même penser à réparer. Vous ne croyez pas ?
L'entité — Réparer ? Quelle inconscience ! Comme si c'était possible.
L'être — Bien sûr que c'est possible, puisque pour vous tout est possible à tout instant. Ne rien faire c'est montrer un orgueil démesuré, une incapacité à se remettre en cause. Lamentable !
L'entité — Que voulez-vous, je ne suis pas parfait !
L'être — Quoi ? Une divinité imparfaite ? Cela dépasse l'entendement. Vous êtes ontologiquement parfait depuis avant l'éternité jusqu'après elle.
L'entité — les mortels sont décevants ! J'en pleure. Théoriquement je suis excessivement positif, proactif, fondateur de l'espoir, pourvoyeur de la chance, distributeur du bonheur, garant de la félicité, du nirvana absolu, du paradis paradisiaque, et de tout ce que vous espérez de siècle en siècle. Forcément, je vous ai fabriqués comme ça.
L'être — Voilà bien la démonstration de vos échecs. C'est raté. Nous, les mortels, on est dans la panade la plus complète dans tous les domaines. Et apparemment, vous vous en foutez complètement. Monsieur le Divin est un grand égoïste.
L'entité — Hélas je suis devenu impuissant !
L'être — Impuissant ? C'est la meilleure celle-là ! Vous en avez une autre du même genre à nous raconter ?
L'entité — En effet, impuissant à cause de ce pouvoir que vous m'avez arraché. C'est l'unique fois où j'aurais dû n'écouter que Ma Divinité, Ma Perfection. Je vous ai malencontreusement concédé la totale liberté de choisir ce que bon vous semble. J'ai cru que vous sauriez en faire bon usage de cette liberté, en choisissant à chaque fois le meilleur pour vous et pour les autres. Ça me semblait d'une logique divine imparable. À quoi bon se détruire quand on peut construire. À quoi bon choisir le malheur quand je vous propose le bonheur. Ça m'a semblé tellement idiot que j'ai pensé cela ne se produirait jamais, au grand jamais. Puisque vous étiez normalement intelligents, sensés, disposant de l'amour, de la fraternité, des joies et des plaisirs dans tous les domaines, et toutes ces choses que je n'énumère même pas, ce serait bien trop long.
L'être — Elle est forte celle-là ! Maintenant vos conneries ça va être de notre faute ! Il va falloir vous faire disparaître. Sans vous on se débrouillerait bien mieux. On mettrait en place tout ce que vous dîtes sur la bonté, l'amour, les choses et les machins. On ferait mieux, absolument mieux et infiniment mieux sans vous !
L'entité — Pas de problème éliminez-moi D'ailleurs je crois que c'est déjà fait. J'ai aperçu des affiches « Dieu est mort ! » J’ignore la date de l'enterrement, mais peu importe. Je n'ai pas l'intention d'y assister.
L'être — Malheureusement il faut avouer que depuis votre mort, ça ne va pas beaucoup mieux. Je crois même que c'est pire encore. Pardonnez-moi d'avoir dit tant de mauvaises choses à votre endroit. Mais je vous en supplie, je crois que vous feriez mieux de revenir. Après tout j'ai lu dans des bouquins que vous êtes capables de ressusciter. C'est le moment ou jamais.
L'entité — Un monde sans Dieu c'est comme un repas sans sel, un whisky sans alcool, une séance de cinéma sans écran, une pandémie sans vaccin, un imbécile heureux sans joie.
L'être — Revenez ! Je vous en prie !…
L'entité —… un stylo sans encre, un ordinateur sans Internet, un pénis sans bandaisons, un clitoris sans plaisir, un clair de lune sans Maubeuge, une queue de billard sans boule, un match de foot sans trucage, un bout de plastique sans Bertrand…
L'être — Revenez vous dis-je ! Vous êtes têtu quand même !
L'entité —… un couscous sans merguez… un tambour sans baguette… une baguette sans mie de pain… un pain sans fromage… je m'éloigne…je m'éloigne… je m'éloigne… à Dieu....à Moi... à Jamais… … je prends mon Alpha, c'est l'heure à ma montre Oméga.












