lundi 10 décembre 2018

Conte qui n'est pas du tout de Noël




"Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie"

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Il était une fois, dans une contrée lointaine ignorée du commun des immortels, à 1000 milles de toute planète habitée, une divinité oubliée, répondant au doux nom de Ninmah.

Il n'est pas facile de vivre en errance lorsqu'on ressent au fond de soi la présence des  entrailles de l'univers et l'appel brûlant de la fécondité primaire.

Il n'est pas facile d'avoir l'unique solitude pour compagne. On a beau être d'origine divine, l'amertume envahit la bouche jusqu'à l'étouffement.

Il n'est pas facile d'entrevoir la grandeur de son destin, d'avoir l'intuition d'être l'actrice principale d'une aventure au déploiement considérable.

Il n'est pas facile de percevoir que l'ingratitude de ceux que l'on aura suscités ira jusqu'à vous bannir et vous renier.

Ninmah était une méditative éclairée. Et puis il lui fallait prendre son temps. Elle avait encore quelques millénaires devant elle, avant de voir ses entrailles s'ouvrir et déverser la pulpe fécondante qui germait lentement en elle.
Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie, pensait-t-elle souvent. Mais pourquoi ma divinité devrait-elle supporter la peur ? Il est temps que cela change. Pourquoi n'utiliserais-je pas mes pouvoirs dès maintenant ? Et pourquoi serais-je seule dans cet univers ?
Ainsi elle se mit en chemin.

Des lustres plus tard, elle arriva dans les parages d'une boule sympathique qu'elle nomma aussitôt : Terre Divine. À l'instant-même ses entrailles furent saisies de tremblements irrépressibles. Dans un cri strident et infini que l'on peut encore entendre jusqu'aux confins de l'univers, elle expulsa sa semence en une pluie de 40 jours sur toute la surface de Terre Divine.

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Ninmah, Enki, et leurs potes
C'est ainsi que les choses se sont passées raconta Enki, le mésopotamien, à sa descendance. Sa semence fit lentement son œuvre et quelques millions d'années plus tard, l'homme apparut sur terre.
Tout le monde avait oublié Ninmah, bien entendu. Les êtres de la terre ont préféré vivre dans l'ignorance de leur origine divine. Toute perte de sens est dramatique.
Les voici donc condamnés à l'errance, ou à se battre entre eux pour faire triompher la dernière théogonie à la mode qu'ils inventent et veulent imposer. Il semblerait, qu'actuellement, tout là-bas sur Terre Divine, la mythologie à la mode soit la possession maximale de richesses au détriment d'autrui. Cela peut paraître étrange, mais c'est ainsi.

L'un où l'autre de ces bipèdes mortels, parfois, un peu plus lucide, se retire au désert et pense : « Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie ».
Mais cette peur l'incite à rentrer chez lui. 
Hélas.

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Cette histoire s'inspire de mythes mésopotamiens. Toutefois, toute ressemblance avec une divinité ayant existé serait tout à fait fortuite et indépendant de notre volonté. C'est la raison pour laquelle nous demandons aux dieux du ciel et des enfers de ne pas nous condamner mais plutôt de s'en prendre à Lakevio qui nous a forcé à la composer.

jeudi 6 décembre 2018

Une intéressante rencontre.


Elles sont venues. — Le groupe de lecteurs lectrice que j'évoquais dans mon billet précédent. — Neuf femmes de 40 à plus de 60 ans. Un groupe quelque peu hétéroclite que la passion de la lecture rassemble depuis plus de 20 ans !
Il y a les historiques, les plus âgées, et puis des « nouvelles » qui sont quand même là depuis plusieurs années.
C'est la première fois que l'occasion leur a été donnée de rencontrer toutes ensemble l'auteur d'un livre qui avait profondément marqué la responsable du groupe. Je me suis présenté simplement. Aucune intention de leur raconter ma vie. Puis la responsable a parlé du livre en des termes plutôt justes et qui m'ont touché.
Dès lors cela suscitait des questions qui ont animé l'échange qui s'en est suivi. Ainsi je n'ai pas raconté ma vie, mais sans doute donner quelque peu à voir qui je suis. C'est-à-dire un être qui va le chemin de sa vie, et a pris cette option d'en rendre compte par écrit et de partager cela.
Rien de plus. Rien de moins.

J'ai été intéressé par certaines réactions de ses « grandes liseuses » !
D'abord cela m'a fait du bien d'entendre que mon écriture semblait en valoir bien d'autres… et je n'ai pas ressenti cela comme flatterie.
Ensuite, et c'est plus important à mes yeux, l'expérientiel que j'évoque est aussi analysé au regard de ce que peut être une personne fondamentalement humaine.
C'est ce que je tente de donner, peut-être par ce que j'ai  l'expérience que partager à plusieurs ainsi profondément nourrie et construit.  Donne des matériaux qui permettent d'édifier sa propre personne.

Un peu comme l'apprenti qui regarde le maître faire. Puis tente de faire comme lui. Puis peu à peu  fait « à sa manière ». Alors l'apprentissage est achevé et on peut aller sa propre route.
S'il est intelligent, l'apprenti garde une pleine reconnaissance envers son maître, car sans lui il n'aurait jamais réussi « à sa manière propre ».
Le maître enseigne par qui il EST, par sa personnalité et ses actes. Il a aussi l'humilité du pédagogue.
 C'est en cela qu'il n'est pas un professeur qui bavarde.
(J'évoque un seul le maître, mais dans nos vies il y en est plusieurs, voire un certain nombre.)

Au cours de l'échange, j'observais néanmoins les moments où j'étais en train de dériver vers le professeur qui bavarde. Comme si j'avais quelque chose à inculquer. Il m'a fallu revenir consciemment à ce que les personnes du groupe puissent exprimer leur propre ressenti. Et cela supposait que je fasse état du mien.

Ce qui m'a touché, c'est lorsque des passages de mon livre a été lus à haute voix. Les intonations que la lectrice y mettait. C'était moi, sans être moi, tout en étant si proche. Curieux effet. Je n'en avais pas eu l'occasion jusque-là autrement que dans quelques autres groupes où j'étais venu présenter mes livres. Ces fois-là c'était bien préparé, et ma compagne de vie lisait quelques passages. Mais je n'en ressentais pas d'émotion particulière. Là, comme je l'ai dit, je fus profondément touché.
Je réalisais un peu plus combien ce qu'un auteur écrit lui échappe.
Définitivement.


dimanche 2 décembre 2018

Il y a d'autres choix pour vivre





Ainsi donc ainsi donc
Il n'y aurait plus rien à faire
Qu'à mettre la clé sous la porte
De ce château sombre et désert
Où gisent nos illusions mortes
Ainsi donc ainsi donc
Vite fait serait l'inventaire
De ces chambres abandonnées
Aux lits recouverts de poussière
Aux parquets noirs de sang séché
Et sur les carreaux des fenêtres
On pourrait écrire à la craie :
"Tout demain devra disparaître
Des choses que l'on a cru vraies"
Et dans ce monde à la dérive
Pareils aux autres animaux
Nous n'aurions d'autre choix pour vivre
Que dans la jungle ou dans le zoo

Ainsi donc ainsi donc
Il n'y aurait plus rien à voir
Circulez mais circulez donc
Ainsi finirait notre histoire
Sous le poids des malédictions
Ainsi donc ainsi donc
Faudrait faire amende honorable
Raser les murs courber le dos
Se résigner au pitoyable
Errer de goulags en ghettos
Tout ne serait que simulacre
Toute espérance sans lendemain
Rien ne servirait de se battre
Pour un monde à visage humain
Il faudrait brûler tous les livres
Redevenir des animaux
Sans avoir d'autre choix pour vivre
Que dans la jungle ou dans le zoo

Ainsi donc ainsi donc
Contre la faim contre la haine
Contre le froid la cruauté
De la longue quête incertaine
Pour affirmer sa dignité
Ainsi donc ainsi donc
Il nous faudrait tout renier
De la bataille surhumaine
Que depuis l'âge des cavernes
L'homme à lui-même s'est livré
Ne tirez pas sur le pianiste
Qui joue d'un seul doigt de la main
Vous avez déchiffré trop vite
"La musique de l'être humain"
Et dans ce monde à la dérive
Son chant demeure et dit tout haut
Qu'il y a d'autres choix pour vivre
Que dans la jungle ou dans le zoo
Qu'il y aura d'autres choix pour vivre
Que dans la jungle ou dans le zoo

Jean Ferrat (1991) 

vendredi 30 novembre 2018

Déconnexion

« Votre vie profonde a rencontré un problème et s'est fermée ».

Le message était apparu quelque part en lui. Seulement voilà, il ne l'avait pas vu. Cela faisait plusieurs jours que la bécane de son intériorité avait des ratés. Habituellement cela finissait par se résoudre de soi-même. Pas de panique !

Mais cela perdurait.
Pire. La bécane intérieure recevait des virus, et son logiciel de protection appelé « présence à soi-même » se montrait défaillant. Impossible d'éradiquer un malware qui s'était introduit nommé « invasion extérieure néfaste ». Vous connaissez peut-être ce genre de truc qui s'étale sur vos terres intérieures, comme une pollution au fioul lourd sur une plage jusque-là préservée. C'est visqueux, poisseux, et cela vient se coller sur vos neurones qui finissent par s'en trouver fragilisés.

Ce qui est ennuyeux c'est que lorsque vous voulez contacter l'assistance, vous obtenez ce message : « Toutes nos lignes sont occupées, veuillez rappeler plus tard ». Et plus tard, c'est encore plus tard. Alors vous commencez à craindre le « trop tard ».

Dans cette grisaille intérieure, pire que le ciel si bas qu'un canal s'est pendu, comme chantait le grand Jacques, il pensait à ce « groupe de lecteurs/trices » qui allait venir chez lui dans 48 heures, parce que les participants voulaient rencontrer « l'auteur qu'il était ». Alors il s'était dit : il vaudrait mieux dire l'auteur qu'il AVAIT peut-être été.…

C'est alors qu'il se mit à relire ses « 120 pensées plongeantes ». Au bout de quelques pages, il il vit clairement, écrit entre les lignes, et dans une grande émotion, ce message :
« Vous avez été déconnecté de vous-même ».
Ce fut comme une fulgurance. À effet immédiat. Le malware qu'il avait laissé s'infiltrer fut instantanément éradiqué. Comme par miracle.
Peut-être que cela en fut un d'ailleurs.  

Lorsqu'il tentait d'enseigner, combien de fois avait-il souligné à qui voulait bien l'entendre, à quel point « les relations vitalisantes », c'est-à-dire celles qui réveillent la vie profonde, étaient tout aussi indispensables pour l'intériorité que de respirer et de boire.

Ce dont il faisait à cet instant l'expérience, c'est qu'on pouvait être soi-même sa propre relation vitalisante. Parce que ce qu'il venait de relire , écrit il y a bien des années par lui-même, avait trait à de l'essentiel de sa propre personnalité profonde.
Il s'en était coupé, l'espace de quelques temps, se laissant envahir par une extériorité, qui, si elle existait pour ce qu'elle est, nécessitait d'être remise à la bonne distance à l'intérieur de lui.

Il se demanda même s'il allait remercier ce groupe de lecteurs de lui avoir permis de renouer avec ses assises les plus essentielles.
Il existe des périls invisibles.
Un peu comme dans ces films où le héros s'apprête à être attaqué par derrière et où le spectateur se demande :
 « — Mais bon sang ! Va-t-il enfin se retourner et voir le danger qui le menace ? ».

lundi 26 novembre 2018

La légende de Roberta










"J'écoute pas… j'entends…

collez votre oreille ! Et à lundi…"




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La légende de Roberta

Roberta aurait eu bien de la difficulté à dire depuis quand elle écoutait aux portes. Il lui semblait que cela pouvait remonter au temps où elle flottait dans un ventre inconnu. Dès que ce cartilage apparut, elle avait tendu l'oreille en direction de la paroi translucide. Ne lui parvenaient que des bruits sourds et des borborygmes curieux. Parfois une mélopée lui était agréable. Roberta se demandait si entrer en contact avec l'autre côté de la paroi utérine pouvait se révéler une chose agréable ou dangereuse. C'est dire si sa curiosité auditive ne date pas d'hier.

Roberta répétait souvent à ses amies : — « je peux tout entendre ! »
À ses collègues de bureau,  laissant tomber un sucre dans son gobelet de thé à la cafétéria, elle affirmait : — « Ici se passent de drôles de choses, j'ai déjà tout entendu ! »
Cela n'étonnait personne. Chacun savait qu'elle laissait traîner son oreille un peu partout. De méchantes langues disaient même, qu'à force, ses esgourdes étaient pleines de poussière.

Roberta avait une devise de Léonard de Vinci, écrite à l'italienne sur un papier Canson "C" à grain® 224 g/m²   , face à son lit :
« Savoir écouter, c'est posséder, outre le sien, le cerveau des autres. »
Elle était donc persuadée qu'en écoutant aux portes, sa masse cérébrale se développerait et s'enrichirait de neurones de toutes ces voix entendues.

Roberta fut victime de la modernité. À mesure que se développait l'usage du Smartphone, des réseaux sociaux, de moins en moins de gens se parlaient. La communication était de plus en plus écrite. En tendant l'oreille au maximum, en la collant, telle une ventouse, sur bien des portes, tout au plus entendait-t-elle quelques cliquetis de clavier.
Sa masse cérébrale se mit à s'effondrer sur elle-même. Écouter était aussi vital à ses yeux que  respirer.
Hélas, il faut bien le dire, elle ne respirait plus la bonne santé.

Roberta ne voulut plus écouter personne. Elle se réfugia dans un caisson d'insonorisation disposant d'une épaisseur de cloison de 60 mm en fibre de verre. Elle commit cependant l'erreur de boucher la ventilation intégrée.

Les pompiers ne purent rien faire pour la réanimer.




mardi 20 novembre 2018

Respire Alain ! Respire !…


S'il fallait se laisser aller à la « vox populi » des réseaux, médias divers, et autres colériques en jaune ;
 s'il fallait se laisser contaminer par toutes les théories déclinistes, qui nous prédisent la fin du monde dans pas bien longtemps, vers demain soir ou dimanche matin ; 
s'il fallait rentrer quasiment de force dans la volière étouffante de tous les oiseaux de mauvais augure ;…
… alors c'est certain, nous choisirions nous-mêmes par suivisme consenti la descente dans les enfers primitifs des anciens mondes.


À moins d'une vie autarcique, ce qui ne serait pas mieux, nous sommes inévitablement sous l'influence de l'environnement de pensée dominante qui s'infiltre par les pores de notre peau.

Or, l'environnement mortifère qu'on nous sert matin midi et soir, contribue insidieusement au « succès » de ces théories apocalyptiques. À force de les lire partout on va finir par y croire et donc par y concourir.

Agir ainsi pour faire peur ? Croire que cette manière amènera un sursaut salvateur ?
Mais enfin, c'est méconnaître la psychologie humaine, même celle d'un pilier de bar du café du commerce !
La peur d'un châtiment n'a jamais empêché quiconque de faire des bêtises.
Seule une attitude positive et proactive peut susciter l'engagement vers un changement dont on attend personnellement et légitimement d'en retirer au moins quelques bénéfices.
Sinon on se contente de rejoindre le clan des râleurs professionnels.


Il ne faut jamais négliger les forces d'attraction et de coagulation des pensées insidieuses. Surtout lorsqu'elles sont sans cesse relayées par des collectifs protéiformes et poisseux.
C'est d'ailleurs une méthode dite « de rééducation » que tous les régimes totalitaires ont mis au point parfaitement et appliquent allègrement.

Chacun fait le choix qu'il veut. Personnellement je dirige mes pas à l'opposé de ces théories là. Pour une raison simple : je crois à l'avancée de l'homme et de l'humanité, y compris, et surtout peut-être, lorsqu'on essaye de le faire respirer dans le brouillard des gaz asphyxiants.
Photo du net

Pour ce faire, voilà 40 ans que j'appartiens à un collectif :
— de celles et ceux qui croient au potentiel de transformation positive inscrit dans l'être humain ;
— de celles et ceux qui ont choisi les moyens concrets pour y arriver ;
— de celles et ceux présent et avenir qui sauront mettre la priorité sur la formation humaine à partir de l'être profond, l'éducation et l'apprentissage de la fidélité à sa conscience profonde
— de celles et ceux qui ont assaini un passé difficile fait de blessures et de traumatismes, et ont ainsi leurs énergies disponibles pour l'action constructive ; 
— De celles et ceux qui à partir de là se sont engagés pour des actions positives, efficaces   et génératrices de « mieux vivre » pour leurs semblables, parce que l'être profond et fondamentalement fraternel.
— De celles et ceux…
Je pourrais continuer ma liste en ce sens.

Je forme le vœu que quelques-uns de celles et ceux qui liront ces lignes, sont en capacité de rejoindre ce collectif.

C'est un impératif pour que quelque chose change effectivement dans le bon sens.
Il ne s'agit pas de descendre dans la rue pour le proclamer
il s'agit humblement, très humblement, très très humblement, d'en vivre autour de soi chaque jour que la vie nous offre… comme un cadeau…

Alors nous respirerons mieux, nous aurons les poumons moins pollués de scories délétères.

J'ai dit ci-dessus humblement : parce que cela va prendre des années et des siècles. Et que nous n'aurons apporté qu'un millième de mg dans tout cela. 

Mais nous l'aurons apporté…

Il ne s'agit pas de faire la part du colibri (pour reprendre cette légende).

Non il ne s'agit pas de faire comme  ; il s'agit D'ÊTRE colibri... et l'accomplissement se développera.

lundi 19 novembre 2018

La consigne du lundi




1) Commencez impérativement votre devoir par la phrase suivante : "Voici l'heure où commence l'histoire de Germaine Malorthy, du bourg de Terninques, en Artois."(emprunt à Georges, sous le soleil de Satan).

2) Terminez impérativement par la phrase suivante : "La nuit noire et le bruit assourdissant des criquets s'étendent de nouveau, maintenant, sur le jardin et la terrasse, tout autour de la maison." (emprunt à Alain et sa jalousie).
Entre les deux, casez ce que vous voulez.



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une étrange famille.

Voici l'heure où commence l'histoire de Germaine Malorthy, du bourg de Terninques, en Artois. Avant ce n'était qu'une jeune fille ordinaire, menant une vie ordinaire, dans un milieu ordinaire.
L'heure dont il s'agit fut celle de son 18e anniversaire. Lorsque son père lui offrit une petite voiture électrique pour marquer l'obtention de son permis de conduire. Et aussi lorsque sa mère lui offrit en cadeau « Sous le soleil de Satan » de Georges Bernanos, qu'elle avait acquis la semaine précédente sur Amazon.
— Lis ce livre, tu comprendras bien les choses, déclara la mère d'un air aussi solennel que mystérieux, en lui remettant l'ouvrage.

Ce soir-là elle en lira les premières pages du fonds de ses draps chauds. Elle réalisa qu'elle portait le même nom de famille que l'héroïne du roman. De plus elle était née en Artois, mais pas dans la même bourgade que la Germaine. Elle mit longtemps à s'endormir à raison de cette coïncidence troublante.

Le lendemain elle interrogea sa mère qui lui expliqua que leur famille, les Malorthy,  étaient directement issus d'une lignée étrange qui remontait probablement à l'origine de l'imprimerie. Il convenait à présent qu'elle apprenne la vérité. Leur existence dépendait directement d'un certain nombre d'auteurs littéraires.
— Mais alors, mon destin est tout tracé, et je ne peux pas faire ce que je veux, se désola la fille Malorthy. Pourquoi faut-il que je dépende du bon vouloir des auteurs ?
— Tu sais, répliqua la mère, chez les véritables humains c'est un peu pareil. Ils sont menés par des fils invisibles, mais se refusent à le reconnaître. L'avantage que nous avons sur eux, c'est que, sans être éternels, nous vivons très longtemps, aussi longtemps que les auteurs voudront bien s'intéresser à notre sort et nous faire poursuivre une existence qui, surtout en ce qui concerne notre famille, n'est pas prêt de s'arrêter, si j'en crois le succès que remporte notre auteur à travers les années et peut-être les siècles.
Même le cinématographe s'est intéressé à nous, c'est dire si nous avons encore une ou deux éternités devant nous.

Réfléchissant à tout cela, la fille Malorthy, partit faire une promenade dans la campagne environnante, tentant d'apaiser les battements de son cœur, suite aux révélations étonnantes qui venaient de lui être faites.
Dans un éclair nocturne elle comprit tout à coup pourquoi il avait fallu déménager du jour au lendemain pour aller vivre dans le midi.
— C'est à cause d'Alain, lui avait dit sa mère. Elle ne connaissait pas de Alain, mais, trop jeune, ne posa pas de questions.
À présent c'était clair, c'est cet auteur (une sorte d'écrivain philosophe) qui en avait décidé.

Elle  rentra lorsque le crépuscule s'était éteint. Après tout ce n'était pas un destin si tragique d'être à la merci de ces personnes, bien au contraire.

Elle se mit à penser en regardant les étoiles :

— Quelle Aventure extraordinaire, je vis à l'instant exactement ce qu'il a écrit "La nuit noire et le bruit assourdissant des criquets s'étendent de nouveau, maintenant, sur le jardin et la terrasse, tout autour de la maison.


jeudi 15 novembre 2018

Une importante découverte


Vous n'êtes pas sans ignorer que Clytemnestre accoucha de quadruplés, (trois filles et un garçon) fruits de ses amours avec le roi Agamemnon.
Elle envoya ces derniers à son mari par Chronopost, — enfin celui de l'époque, bref le dieu Hermès. 

Afin qu'ils ne s'abîment pas en chemin, elle enveloppa les filles de pétales de roses. En revanche, le garçon fut emballé dans des feuilles de chou de peur qu'il ne devienne efféminé.
Il fut donc décidé pour l'éternité moins un siècle que les garçons naîtraient dans les choux.

C'était faire fi des travaux de Tancrède de Labourriche, ethnobiologiste ; ainsi que de ceux de Maximilien de Robespiaigle, ethnobotaniste, qui découvrirent tout récemment (en octobre 2018), au fond de la forêt amazonienne, que  l'Helicolaoidolinonia à bourgeon cyclique était capable, lui aussi, de produire des bébés mâles par cycles de quatre ans.


En avant-première mondiale je suis autorisé à publier la photo qu'ils ont ramenée de ces contrées lointaines.


Cliquez sur le BB pour le faire grandir

et sinon, l'original est ICI

lundi 5 novembre 2018

Retour vers l'après







Les sourires peuvent cacher bien des choses
ou révéler d'heureux ou surprenants moments...
A quoi (à qui) pense donc Anna ?
A qui  (à quoi) pense donc Edmond ?

Je suis sûre que vous savez.



*****




Edmond — Tu te souviens quand je te contais fleurette ?

Anna — Tu penses bien, même que tu t'intéressais déjà à ma boutonnière.

Edmond — Alors là, je te tire mon chapeau ! Tu as vraiment bonne mémoire.

Anna — Depuis l'eau a coulé dans ma rivière et j'ai perdu mon diamant.

Edmond — Il fallait bien enrichir la génération.

Anna — Tu as  beaucoup aimé mon vison.

Edmond — Tu le sais bien, d'ailleurs je le caressais toujours dans le sens du poil.

Anna — Je m'en souviens, autour du poêle, surtout l'hiver tu y mettais tes mains au chaud.

Edmond — C'est loin tout ça ! Maintenant tu es vieille et moche.

Anna — Et toi, au lit, tu ne tiens plus tes promesses.

Edmond — Il il y a longtemps que je n'exploite plus mon précieux bien.

Anna — Maintenant c'est l'heure, le juge nous attend pour le prononcé du divorce.

Edmond — Allons y, débarrassons nous de cette corvée.




lundi 29 octobre 2018

Un lundi chez Laquevio


avec les mots obligés suivants :
épouvantail (évidemment !) cendre escargot tombereaux pourchassait fondra minuscule vantard amorce Sud-africaine.



L'épouvantail

Il était une fois, dans un pays lointain, un Prince hideux, à la figure de cendre, qui avait épousé une sud-africaine : Melissa métisse d'Ibiza, car dans les contes on peut inviter Julien Clerc et ses chansons.

Le Prince hideux  avait rencontré cette jeune femme à l'occasion d'un safari où l'on pourchassait l'escargot, à coups de trompettes d'Aïda, dans ces contrées lointaines du bout de l'Afrique, où il ne fait pas bon vivre à cause d'une chaleur éprouvante et intense qui amène sur le front des tombereaux de perles de sueur sanguinolente.

Melissa donna au Prince hideux un fils qui devint de plus en plus maigre en grandissant, en sorte qu'il se mit à ressembler à un épouvantail, et que le peuple, toujours méchant, l'affubla de ce nom.

Le Prince hideux considéra Melissa comme responsable d'avoir mis au monde ce rejeton minuscule, indigne de succéder à Sa Majesté lorsque le temps sera venu. Il déclara alors à son chambellan :

— On la fondra dans le chaudron à potion magique de Panoramix, car dans les contes on peut également faire intervenir René Goscinny et Albert Uderzo.

Ce n'était là cependant qu'une amorce de solution, car le fils Épouvantail portait sur la tête le bicorne à galons dorés de Napoléon, (mais oui, et sans que « l'empire contre-attaque », l'histoire de France à sa place dans un conte) 
Ce couvre-chef procurait au fils l'intelligence de la stratégie guerrière. Le prétendant à la succession n'était pas vantard. Il n'avait parlé à personne des pouvoirs que cela lui conférait. L'Épouvantail avait comme projet un immense massacre pour se venger du destin funeste qui l'avait fait naître et grandir ainsi.

La fée clochette, qui passait par là à l'occasion de son voyage de noces avec Peter Pan (et pourquoi ils n'auraient pas le droit d'être là !), saupoudra tout ce petit monde de poudre magique.
Aussitôt tout redevint dans l'ordre : Melissa devint la Belle au bois dormant, le Prince hideux se métamrphosa en Prince charmant, et le fils Épouvantail s'enflamma pour une nouvelle vie.

On raconte dans les chaumières qu'il partit aux Unis-Etats faire fortune dans le burger et qu'il a désormais le tour de taille d'un chêne tricentenaire.

« Tout est bien qui finit bien » conclurent les Dupont – Dupond, qui comme toujours n'en manquent pas une.

Mais comme ils avaient la bénédiction de Hergé, plus personne n'osa plus rien dire pendant 100 ans.

mercredi 24 octobre 2018

Il suffit de presque rien…


Je poursuis mes rangements/éliminations dans mes affaires personnelles. Je me programme un temps chaque jour (si possible).
Je suis dans le tri d'une période importante de ma vie professionnelle. Importante parce que j'y ai connu les avancées les plus essentielles de mon existence.
Cela me ramène à des moments de grande intensité. Des souvenirs oubliés remontent à la surface. D'excellents comme d'exécrables. Ces derniers vont à la poubelle. Les premiers retrouvent l'intensité du moment.
Autrement dit cela me confirme dans la permanence et l'éternité des instants essentiels de mon existence. J'oserais peut-être en faire une généralité.


J'ai relu un texte de quelques pages, d'un homme dont j'ai reçu énormément. J'avais oublié une partie du contenu. C'est, je crois, parce que je ne l'avais pas compris à l'époque.

C'est tellement clair à la relecture. 
Un paragraphe m'a mis en arrêt intérieur. Je l'ai relu trois fois. Quelle lumière !

Quand on est trop jeune, que l'on n'a pas encore suffisamment d'expérience, certaines lumières aveuglent. Peut-être faut-il que la vue baisse pour ne plus être éblouie à ce point.

Les pages retrouvées m'ont mis dans une grande paix intérieure.
Dans le même temps un nouveau frémissement de vie a palpité en moi.


Le texte date de plus de 30 ans. C'est aujourd'hui qu'il est écrit pour moi.

lundi 22 octobre 2018

Conversation téléphonique (consigne d'écriture)


Je ne sais pas vous, mais s'il y a une chose qui m'horripile, c'est cette manie des gens qui sortent sur leur balcon pour téléphoner. […]

Bien sûr, c'est la même chose pour ceux qui parlent à tue-tête au telephone dans le bus ou le métro... Eh, les gens, on n'écoute pas, mais on entend !

On n'entend pas tout pas tout, certes. Il n'y a qu'un locuteur. Et parfois, seulement parfois, c'est juste un peu frustrant... Alors, qui est au bout du fil ? Que dit-il ?...

Petit exercice du jour :  la reconstruction d'une conversation.
...
Non, Pas du tout.
...
En fait, là, je n'ai pas le temps. Et même tu me déranges.
...
Non, mais je...
...
Ecoute, je ne voulais pas...
...
Faudrait me laisser parler !
...
Comment ça ?
...
Mais pas du tout ! c'est toi qui...
...
Tu te fais des films !
...
Bon je te laisse là.
...
Oui, c'est ça ! 
...
OK ! Rappelle-moi ce soir. Je file, là !

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... Alors figure toi, Éléonore, que j'ai revu Gontran, tu sais, ce grand brun qui a ce charme fou des latinos, présent à la fête des fleurs la semaine dernière. Hé bien, il a clairement des visées  sur toi ! Je suppose que tu t'en étais aperçue.

Non, Pas du tout.

... Allez, ne fait pas ta miss jaurée, avec moi ce n'est pas la peine. Donc, comme tu le sais, j'ai pour mission, fixée par ton papa, de te trouver un bon parti. Et là, Gontran, cela me semble un bon choix. Sa famille est irréprochable, et leur fortune est conséquente. Je vais organiser une petite sauterie le week qui vient, et bien entendu je compte sur ta présence.


En fait, là, je n'ai pas le temps. Et même tu me déranges.

... Peut-être que je te dérange, mais c'est pour ton bien. Il est temps que tu changes tes comportements, d'ailleurs tout le monde le dit. Hier encore j'en parlais avec ta mère qui me le confirmait. Tu devrais plutôt me remercier, en tant que ton oncle, de prendre particulièrement soin de toi, étant donné que tu ne sais pas mener correctement ta vie par toi-même.


Non, mais je...

... Oui je sais tu vas encore me raconter que tu veux rester célibataire, que tu n'aimes pas particulièrement les hommes, les femmes n'ont plus d'ailleurs. Et bien je peux te le dire, tu crées une peine immense à tes parents. Ils sont au désespoir et toi tu ne te rends compte de rien. Tu te comportes en rebelle et ça, dans notre milieu, ne peut être toléré. Tu te rends compte du chagrin que tu fais à ta mère ?


Ecoute, je ne voulais pas...

... Tu ne voulais pas, tu ne voulais pas, mais c'est comme ça ! Tu es une fille indigne de sa condition. Après tout ce que nous avons fait pour toi, quelle ingratitude !


Faudrait me laisser parler !

... Pour que tu nous racontes encore ton discours qu'on connaît par cœur ? De toutes façons depuis que tu es petite tu n'as rien d'intéressant à dire. Il n'y a que toi qui te crois valable. Tu sais que c'est difficile de m'occuper de toi ? C'est bien  parce que j'aime profondément ma sœur et que je veille à la bonne gestion de notre famille . À ce titre je me sens obligé de me charger de ta vie.
Donc si tu ne sais pas t'intéresser à Gontran qui est un parti valable pour toi,   en raison de la fortune de ses parents, je crois que la famille va devoir prendre certaines mesures désagréables.


Comment ça ?

... Ne joue pas les innocentes. Tu sais très bien de quoi il s'agit. Tu connais parfaitement les règles de notre clan familial.


Mais pas du tout ! c'est toi qui...

... c'est ça !  Ça va encore être de ma faute ! Tu ne crois pas pouvoir toujours t'en tirer comme quand tu étais petite fille agaçante ! Tu es profondément ingrate finalement. Je l'ai toujours dit à ta mère. On ne fera rien de bon de toi. Tu fais le déshonneur de la famille.

Tu te fais des films !

... Non, la réalité est ce qu'elle est. Cela dit je suis désolé de te brusquer. Ce n'était pas mon intention. Mais tu refuses toujours toute proposition valable. Il faut nous comprendre, nous voulons ton bonheur finalement. Il suffirait que tu te montres raisonnable et tout serait parfait dans le meilleur des mondes.

Bon je te laisse là.

... Tu as tort de ne pas vouloir m'écouter. Je sais très bien ce qui te convient. Aucun oncle n'a pris autant soin de sa nièce. Tu ferais mieux de t'en rendre compte.


Oui, c'est ça ! 

... Il y a beaucoup de choses qui doivent encore t'être enseignées. Il faut absolument que tu saches d'où tu viens, qui tu es vraiment, quel est la raison impérative qui nous lie tous ensemble et qui fait notre unité, notre union à la vie à la mort. Il faut que je te parle de tout cela. C'est important désormais, presque urgent.


OK ! Rappelle-moi ce soir. Je file, là !

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Les éléments de réponse imposés m'ont semblé orienter vers une histoire de couple plutôt dans le style épisode de dispute. J'ai voulu choisir une autre option.
Je me doute que les dames qui vont lire ne vont pas être aux anges !…
S'il s'agit d'un texte de fiction, il a cependant des analogies avec certaines situations déplorables que j'ai pu connaître dans ma profession… sans pour autant, bien sûr, pousser le bouchon si loin…


jeudi 11 octobre 2018

Nocturne sans chaud pain.



Parfois, la nuit, j'écris.
photo du net
Dans ma tête.
Uniquement dans ma tête.


J'élabore des textes sans faute d'orthographe, ni erreur de ponctuation.
La plupart du temps c'est à l'encre violette.
Réminiscence d'enfance, probablement.





Dans ma tête, l'encre violette a parfum de bleuet. Il arrive que ça me trouble.
Alors je perds le fil du neurone qui devait me conduire à la phrase suivante.

À l'aube, à l'heure où blanchit la campagne, des souvenirs d'Hugo Harfleur à ma mémoire. 
Mais je ne vais pas jusqu'à la tombe.
J'y suis déjà.

À l'aube, le réveil sonne et ma tête se vide.
Les textes de la nuit repartent d'où ils sont venus.
 Sans doute du fond de mon âge
 et qu'au bout de celui-ci je trouverais le village
où j'ai mal rêvé.
Et cela ne me Ferrat rien.



Parfois la nuit, je dors.
Dans ma tête, aussi.
J'élabore des rêves bourrés d'erreurs. Tout se mêle, le temps a des accents graves.
Souvent mes rêves sont en noir. C'est mauvais signe de ponctuation de mon existence.
Il arrive  qu'ils soient blancs, comme une plume d'oie. 
Ces nuits-là je me noie dans un nuage de lait. Surtout les thés.

À l'aube, à l'heure où bleuit la forêt, je pense à Marie, mais tout le monde a oublié ses bleus à lames.
Le couteau tranche dans le vif, puis on oublie.
Pourtant je l'aimais bien, Marie, lorsque qu'elle se promenait dans Laforêt, avec Anton, Yvan, Boris et moi.

Longtemps je me suis couché tard.
Et je m'endors aussi tôt.
Juste après un Proust.

Quand cela m'arrive,
parfois, la nuit, j'écris.
Dans ma tête.
Uniquement dans ma tête.