Pages

Affichage des articles dont le libellé est la personne autonome. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est la personne autonome. Afficher tous les articles

mardi 2 décembre 2025

La personne abandonnée



Combien furent-elles/ils, les abandonné(e)s, à venir dans mon cabinet de consultation ?
Je n'ai pas décompté. De nombreuses personnes en tout cas. Sans vouloir catégorier on peut toutefois quelque peu distinguer :

— Les « abandons objectifs », à la naissance, « né sous X », ou la mère décédée dans la toute petite enfance, et autres cas particuliers comparables.

— Les gens qui vivent le « sentiment d'abandon » jusqu'au plus profond d'eux-mêmes  par celles et ceux qui avaient en charge leur éducation, à commencer par les parents, et en premier la mère. Sentiment ressenti fréquemment dans bien des circonstances, à l'école, puis adulte et même plus tard jusque dans leurs relations amoureuses.

Ces accompagnements se déroulent fréquemment dans la durée et selon mon constat, celle-ci est plus longue avec les hommes. Je n'en fais pas une loi générale,  c'est uniquement mon expérience. Je crois que l'homme, même s'il s'en défend généralement, est plus fragile dans la mesure où il cherche à s'en sortir  par rebondissements successifs, suivis souvent d'échecs successifs.
Les femmes ont une capacité de résilience plus intense. Elles accèdent plus facilement à la profondeur de leur personne. Elles sont plus matricielles. Plus intériorisées.
Plus proche des aspects émotionnels, relationnels, sensoriels et spirituels.
On me dira que je schématise et simplifie. C'est partiellement vrai. Je n'écris pas ici un traité sur tous ces sujets…

Le sentiment d'abandon est souvent complexe. Les situations très différentes. L'enfant a été « bien éduqué », selon les principes reçus, la lignée familiale, le milieu, les théories éducatives de l'époque parfaitement appliquées.  Bref, les parents ont fait comme ils pouvaient avec ce qu'ils étaient.  Des parents ordinaires, pas plus mauvais  ou meilleurs que d'autres… ou que moi-même…

Et pourtant l'adulte continue à se sentir comme ayant été abandonné. À 40 ans il/elle continue à en souffrir. Dans sa fratrie,  la personne considère être celle dont on s'occupa bien mal. On préférait les autres frères ou sœurs. Parfois la jalousie s'installe et justifie des processus de vengeance plus ou moins subtils, moraux ou physiques. Cela n'arrange rien, développe fréquemment une forte culpabilité destructive. Autrement dit : l'impasse.

Dans le long travail que  j'ai  entrepris sur moi-même pendant plusieurs années, je fus confronté au « sentiment d'abandon » qui me  fit remonter  à ma petite enfance avec des spasmes d'étouffement devant ma thérapeute. Mais qui donc m'étouffait ainsi ? 
La clé arrivera plus tard, par une amie de ma mère : Ma mère m'enfonçait le biberon dans la bouche. Elle le faisait tenir avec des coussins, puis allait s'occuper des clients dans la pièce à côté.
C'est passionnant de pouvoir vérifier certains ressentis en thérapie par une explication objective d'une tierce personne de l'époque. On se dit qu'on ne s'est pas leurré durant la séance sur la réalité objective, sur le factuel de l'époque.
 Et en plus il paraît que Madame ma mère était fière de cette manière… de m'abandonner… pas étonnant que je déteste le lait depuis toujours…
Néanmoins le travail fut long… mais bénéfique…

Et aujourd'hui ? L'angoisse de l'abandon a disparu. Une crainte demeure quand je me sens en état de faiblesse, de grande dépendance. Je continue en ces cas-là à penser que tout  le monde finira un jour ou l'autre par m'abandonner… et que j'y perdrais la vie.

Je m'en sors en revenant à cette certitude de mes liens intérieurs les plus profonds. Cette sorte  de reliance fondamentale et fondatrice à ce « plus que moi en moi » qui fait mon identité d'être humain unique au milieu de mes semblables uniques. Nous tissons l'étrange toile de cette immense tapisserie planétaire  dont je suis un fil. 

Cette confiance demeure chevillée au corps que la solidarité finira toujours par triompher de l'égocentrisme mortifère. J'en ai  l'expérience. La lutte contre les séquelles de la polio était vouée à l'échec si elle avait dû se dérouler en solitaire. Je démontre cela le mieux possible dans mon livre « le passage se crée » : le passage de la mort à la vie. Je n'ai de cesse d'en remercier les vivants. Les vrais !

lundi 21 octobre 2024

Des jambes pour danser

196ème Devoir de Lakevio du Goût.

La première chose qui m’est revenue quand j’ai vu cette image, c’est la voix de Tino Rossi.
« Le plus beau de tous les tango du moooonde… C’est celui que j’ai dansé dans vos braaaas »
Mais pas seeulement.
Mais vous ?
Que vous inspire cette toile de Mark Keller ? Un souvenir ? Un spectacle ? Un morceau de vie ?
Nous verrons bien lundi qui ce tango aura inspiré…
Espérant toutefois que le sujet ne fera pas peine à Alainx qui n’a pas pu danser le tango mais semble néanmoins très bien passé de la danse pour fasciner quelqu’un pour le suivre pour la vie.
À lundi donc…



« Quand Jules est au violon et Léon à l'accordéon faudrait avoir deux jambes de bois pour ne pas danser la polka ». (Gilbert Bécaud)
Moi c'était deux jambes de fer et la polka ou le tango argentin, fallait pas trop y compter.
« Le goût des autres » fait allusion à moi dans sa proposition et je l'en remercie. J'ai quand même vécu une période où mon rapport à la danse fut assez complexe.
Jusqu'à mes 11 ans on ne dansait guère, peut-être quelques rondes enfantines dont ma mémoire ne garde plus trace. Après ma polio et jusqu'à aujourd'hui cela ne fut pas d'actualité. Sauf une fois : une fête de famille et parmi les invités il y avait une kiné. Lorsqu'on a poussé les tables pour danser, elle m'a invité. J'ai accepté en confiance me disant qu'elle allait « exercer son métier en heures sup. ». On a fait une sorte de valse lente, elle me tenait fermement, professionnellement. J'ai presque eu le tournis, à la limite de la chute. Mais j'ai aussi bien ri. Et puis à la fin je lui ai dit : « C'était sympa, mais dommage que tu danses si mal ! » On est parti chacun d'un grand éclat de rire. En fait ce fut comme une belle revanche sur le passé. Je me suis dit que pour elle aussi, quelque part ça devait avoir du sens.

À l'adolescence et jusqu'à mes 18 ans, dans les fêtes de famille, mais surtout les sorties « en boîte » avec copains et copines (en Belgique principalement), j'appréciais qu'on insiste pour que je vienne. Je disais oui. Au retour j'avais surtout des sentiments mitigés. Parfois j'avais passé un bon moment, car les amis ne faisaient pas que danser. Et puis j'étais quand même pas mal entouré et je n'ai jamais ressenti de « forme de pitié ». Reste que d'autres fois je vivais une forme de colère contre ce corps qui m'avait lâché.

Ce qui a tout changé fut le permis de conduire et la bagnole. C'est fou comme à l'époque les filles adorent les mecs qui ont une bagnole pour les embarquer loin de chez elle. Un jour on était cinq, moi et quatre nanas pour une virée en Belgique. Il y avait encore des contrôles à la frontière. Je n'oublierai pas la jeune douanier, tendance flamingant, qui eut une phrase à mon égard du genre : « Ben dis donc toi, vous en avez de la chance avec les filles ! »
Hé oui ! Y'a pas que la danse dans la vie !
Et je passerai sous silence les tête-à-tête à l'arrière de la petite bagnole. À chaque lecteur/lectrice de se faire son opinion personnelle du vécu correspondant en fonction de ses propres expériences.

Mon rapport à la danse est aussi avec ses paradoxes.
J'adore voir danser. Les grands spectacles de ballet. Casse-Noisette, les ballets russes, l'oiseau de feu, le Lac des Cygnes, le Sacre du printemps, la Bayadère, et bien sûr les grands metteurs en scène et les grands danseurs, Marie-Claude Pietragalla, Patrick Dupont, Maurice Béjart et son célèbre Boléro, etc. etc.
Comme cela m'est inaccessible je ne suis pas envieux et je n'en rêve pas. Mais je regarde l'extraordinaire beauté des corps en mouvement, la créativité, la rigueur du travail. Ce côté difficile avec le corps je le connais très bien par tant d'années de rééducation pour simplement essayer de redevenir « un homme ordinaire dans son corps ». Je n'y suis pas parvenu évidemment, mais j'ai fait le maximum de mon possible.

Et comme j'avance vers plus de repos nécessaire, au final, je me demande si ce qui me conviendrait le mieux ne serait pas « le Tango Corse » façon Fernandel.
Je vous laisse apprécier et c'est peut-être sourire et rire. Même si c'est vieillot.



jeudi 29 août 2024

Abandon

 

J'ai mis du temps à ressentir ce sentiment d'abandon qui était enfoui au fond de moi.  Dans mon enfance je percevais la solitude qui était mon lot comme un élément ordinaire de l'existence, de la mienne, et probablement de la plupart des autres humains.
Alors, puisqu'il devait en être ainsi, je me suis mis à aimer cette solitude, enfin, à me persuader qu'il fallait l'aimer, puisqu'il n'y avait rien d'autre vers quoi porter mon affection. Enfin si, il y avait « mon ours » le seul être qui semblait me comprendre puisqu'il approuvait tout ce que je lui confiais avec un silence probablement complice. N'était-il pas seul lui aussi dans ma chambre ?

C'est le poliovirus qui, à l'âge de 12 ans,  me fit découvrir autre chose. C'est peut-être pour cela que je me  suis inconsciemment abandonné à lui. Je lui ai laissé le champ libre. Il a pu boulotter mes neuromoteurs jusqu'à se gaver, jusqu'à l'indigestion, ce qui l'amena à sa disparition définitive. 
Faible et démuni, voici mon corps à l'abandon.
C'est alors  qu'autour de moi on a commencé à prendre vraiment conscience de mon existence. En quelque sorte je me suis imposé paralysé.
 J'ignorais que ça pouvait être un pouvoir.

Me voilà passé de l'indifférence dans laquelle on me laissait, à sujet d'intérêt médical, de recherche, de sociabilisation expérimentale et de toutes ces choses qu'ils ont appelées rééducation, remise en vie, réadaptation, récupération des forces disponibles. Ce  fut un peu comme une opération de recyclage, concept tellement à la mode en ce XXIe siècle balbutiant.
Bonjour et bienvenue dans cette étape qui permettra de devenir un être recyclé.


L'abandon prend une autre forme. Il se fait plus actif. Une sorte d'abandon participatif. Parce qu'il faut le reconnaître je suis à sa merci. Mais c'est à moi de faire le choix de ma coopération. J'ai accepté de la donner à certains jours et carrément refusé à d'autres.
Une fois encore c'est bien plus tard que je comprendrais ce qu'il en est de « l'abandon confiant », composante indispensable à la vie, son surgissement et son épanouissement.
 C'est un pari. On peut gagner. On peut perdre.
Cependant ce dont je suis convaincu c'est que celles et ceux qui ne font  jamais ce pari ne se donneront jamais aucune chance de gagner. C'est ma conviction.

Eh bien, je le dis sans modestie et sans orgueil, ce pari je l'ai fait et je n'ai pas perdu.
On ne gagne pas non plus un quelconque pactole comme promettent les loteries sans jamais offrir le gros lot. 
Sans m'en rendre compte vraiment consciemment je comprendrais plus tard que j'ai fait le pari de la confiance en moi, dans mes "maîtres à revivre", qu'ils soient médecins, soignants, conseillers du psychisme, ou simplement offrant leur amitié ou leur présence bienfaisante. Enfin bref la découverte étonnante et un peu tardive de la  « vraie vie ». 

Soit résister, soit s'abandonner un choix crucial et réversible. La circonstance commande. Reste que l'abandon confiant est une résistance, un contre-pouvoir à celles et ceux qui croient que tout ira bien quand chacun aura la maîtrise de tout.

Je termine par cette citation de Romain Gary. Je peux la faire mienne mot pour mot :

"Je sais que la vie vaut la peine d'être vécue, que le bonheur est accessible, qu'il suffit simplement de trouver sa vocation profonde, et de se donner à ce qu'on aime avec un abandon total de soi." 


dimanche 28 avril 2024

Gratitude


Voilà un sujet que j’ai évoqué longuement il y a bien longtemps.

La gratitude que j’ai à l’égard de beaucoup de personnes qui ont jalonné ma route et m’ont apporté d’énormes satisfactions, des bienfaits, ont eu des comportements ajustés, enfin bref ont contribué à me permettre de devenir l’homme que je suis peu à peu devenu.

Je les évoque parce que ces derniers temps j’ai énormément pensé à bon nombre d’entre eux, d’entre elles. Peut-être parce que je traversais des temps difficiles Des moments où j’ai cru que je mettais en péril mon intégrité pour longtemps. Des instants où j’ai cru que vraiment on en arrivait au début de la fin.

Mais qu’est-ce que le péril ? Il y a celui que l’on subit. Il y a celui auquel nous avons plus ou moins concouru à son surgissement, en minimisant des risques, en ne prenant pas des précautions suffisantes. C’est un peu ce qui m’est arrivé. Disons que j’ai minimisé mes possibilités me croyant « encore jeune dans mon corps » qui n’est déjà pas bien brillant par ses performances depuis bien longtemps.

 

C’est peut-être cette histoire de perte de mes possibilités corporelles qui m’a fait revenir en mémoire les « êtres de gratitude » qu’il me fut donné de côtoyer. Ça s’est passé au milieu de la nuit. J’avais du mal à me rendormir à cause de douleurs lombaires. Je cherchais à rejoindre des pensées positives et puis voilà ce qui s’est imposé : ils sont arrivés les uns après les autres et se sont mis à défiler dans ma pensée, parfois avec un visage doux, parfois avec une parole que j’avais retenue, parfois des gestes doux et tendres, parfois des gestes à l’allure médicale. 

 

Alors j’ai commencé à ressentir leurs bienfaits dans mon corps au moment même. C’était un peu comme si tout le monde concourait quelque peu pour ce qu’il était, pour ce qu’il savait être et faire. Peu à peu la douleur du dos s’est résorbée. Je sais bien qu’elle est une intense accumulation de tensions de ces derniers mois où je ne fus guère épargné. Je vois un peu le bout de certaines causes qui vont vers leur résolution. Un mauvais épisode de la série se termine. La Saison suivante est annoncée.

Alors, le sommeil bienfaiteur est revenu.

 

 

vendredi 15 mars 2024

Le monde, c'est fort en chocolat !


« Être le plus fort ! », c'est une option

Lorsqu'on s'habille de cette chimère on se met aussitôt en état de faiblesse, puisse  que c'est inatteignable et que si on arrive à s'en approcher, ce n'est que provisoire car un autre« plus fort » guette toujours dans l'ombre.


Et pourtant, être ou devenir le plus fort, c'est ce qu'on n'arrête pas de nous vendre de jour comme de nuit. À l'école être le premier demandent les parents, au sport être le champion réclame l'entraîneur, en entreprise être le plus performant, au-dessus de la mêlée, exige le patron, au lit être sexuellement endurant, (les dames aussi). Quant à l'amour il ne peut qu'être grand et fort, and so on…


« Être soi, pleinement soi, rien que soi », c'est une autre option

 Devenir soi, une proposition dès l'origine, mais en quelque sorte c'est livré en kit. Tout est là, mais tout est à faire. L'aventure d'une vie en quelque sorte, toutefois  sans garantie d'y parvenir totalement, car nous sommes constitués vulnérables, ontologiquement. Et ça c'est assez difficile à accepter. Enfin moi  ça m'a pris du temps.

Beaucoup de gens pensent que pour réussir il faut être le plus fort, si possible invincible, indéboulonnable. Sur la plus haute marche , là où personne ne pourra vous abattre.

Nous croyons que nous pouvons tout. Même si on prétend souvent le contraire. On en fait même les slogans du genre « c'était impossible c'est pourquoi ils l'ont fait ». Ce mode de pensée se rencontre à tous les niveaux, depuis l'enfance jusque tard dans la vie, du boulot jusqu'a la maison de retraite, des campagnes de pub jusqu'aux campagnes électorales. Et de plus et en général c'est souvent un mode normal de tromperie que là serait la normalité commune. 


La puissance de vie qui réside en nous,  nous ne l'avons pas fabriquée dans nos usines. Elle est tout simplement donnée par la Générosité de La Vie. Chacun peut la personnaliser, la personnifier, s'il le souhaite. Lui donner « un nom ». Fabriquer une divinité est le fonds de commerce des religions. Autrement dit la Vie on la  reçoit d'ailleurs que de nous-mêmes. Fort heureusement, car si c'était en notre pouvoir de la fabriquer, très vite on ne ferait que des horreurs déshumanisantes. Il n'y a qu'à voir tout le baratin délirant du « transhumanisme » supprimant le vieillissement et la mort. On nous promet le pouvoir de s'emmerder éternellement sur terre : quel merveilleux programme ! De la Vie généreuse nous recevons tout. Nos forces et nos possibles réels mais limités. Il nous faudra bien réaliser que la vulnérabilité est une caractéristique de notre condition humaine. Nous sommes tributaires de phénomènes qui nous échappent et à commencer par notre venue au monde. Ajoutons les événements, les autres, notre inconscient, les environnements non maîtrisables etc. etc.

On pourrait résumer :. Fort et vulnérable voilà notre condition. On peut aussi affirmer qu'on dispose de « la force des vulnérables ». 


Cette puissance de la vie qui nous habite et nous fait entreprendre, ça fonctionne. Nous traversons les épreuves, on se remet debout, on poursuit la route. Cependant on peut être rattrapé par les illusions que ça va durer, qu'on s'en sortira en toutes circonstances, parce que la toute-puissance est un fantasme auquel on aime s'accrocher.

Sauf que c'est une bouée crevée.

Ma kiné me raconte que sa fille revient des sports d'hiver avec un genou en compote suite à une chute. Elle en aura pour plusieurs mois à s’en remettre. Elle dit à sa mère : — « Je comprends pas, je suis hyper performante en ski, donc je ne devais pas chuter ! »

Voilà, elle aussi se croit invulnérable…


Pour accueillir ce réel de notre vulnérabilité il faut tout autant accueillir et cultiver la force de vie qu'accepter de s'ouvrir à cette autre réalité : la vulnérabilité. Solide et vulnérable à la fois ça nous rend beaucoup plus humain. Empathiques envers les autres, vivants à leur égard plus de gratitude que de griefs et ressentiments. Parce que eux aussi sont semblables à nous-mêmes. Avec comme nous leurs possibles et leurs limites. Et la bonne intelligence relationnelle consiste à opter pour la complémentarité solidaire. Sinon on continuera à se faire la guerre à tous les niveaux pour vouloir être toujours les plus gagnants et les plus invincibles face à la toute-puissance de l'autre qu'il faut abattre.

En continuant ainsi, on finira forcément par disparaître tous !


—————



Document pédagogique dans une école

C'est moi le plus fort : Un loup évidemment !





Côté Version féminine

«Le plus fort c'est mon boss »…

... Bien entendu !


lundi 4 décembre 2023

Flottement

 

Depuis plusieurs semaines mon environnement cérébral et intérieur ressemblait un peu à cette image :


Ce n'était pas un naufrage dangereux, mais une surcharge trop forte qui fait que l'on finit par avoir la tentation de bazarder pas mal de choses par-dessus bord. Malheureusement l'image s'arrête là, car passer par-dessus bord et une vue de l'esprit sous forme d'un souhait irréaliste.

Alors, j'ai fait comme d'habitude : faire face le mieux possible en me disant que « ça ira mieux demain ». Sauf que le lendemain ça n'allait pas mieux et même un nouveau ballot bien trop lourd tombait dans ma frêle embarcation pour l'alourdir au risque de chavirer.

. Alors j'ai repensé qu'au fond j'avais toujours été un frêle esquif depuis bien longtemps et qui cependant avait su assumer des tempêtes parfois bien plus terribles.

. Alors j'ai aussi repensé que c'était il y a des années et que j'étais plus jeune en ce temps-là.
. Alors j'ai enfin repensé à ce concept que je voudrais abolir et que je commence à voir inscrit un peu partout :  « la fragilité de la personne âgée ».


J'essaie de me défendre : — « hé oh ! Y'a pas que le vieux qui soit fragile ! ». Je connais des perdreaux de l'année qui le sont déjà. OK, c'est une défense archinulle, mais quand même, on se raccroche à ce qu'on peut et on peut peu dans ces moments-là.
Il n'empêche, au fil des jours le gros temps des nuages noirs s'éloigna quelque peu. Il y eut même quelques trouées bleutées et je crois avoir aperçu un ou deux rayons de soleil.
Qu'est-ce que je pourrais vous en dire sur le détail de ce qui s'est passé. Bah rien ! Ou alors il faudrait que vous soyez prêts à deux bonnes heures de lecture sans interruption d'un côté, et d'un autre côté il faudrait que j'ai le courage de vous écrire tout ça, et je ne l'ai pas. Alors je vais faire mon petit philosophe alacon pour 0,50 centime d'anciens francs.

C'est rapport à la notion de flottement justement. Tant qu'on flotte, on ne coule pas. C'est con hein ! Mais c'est vrai. Et donc il faut faire confiance à ce constat : on flotte, on en est capable. D'ailleurs c'est ce qu'on dit en cas de risque de noyade : ne pas se débattre et se laisser flotter. Ça semble passif mais c'est au contraire très actif.

J'arrête ma comparaison aquatique. Je remplace par l'équilibre. Lorsque j'ai appris à remarcher, et aujourd'hui encore, ça fonctionne uniquement lorsque j'ai confiance que je ne vais pas perdre l'équilibre et marcher sans risque majeur. À  la suite de mon Covid récent la perte importante de mes forces physiques fut telle que j'ai perdu totalement la possibilité de marcher. (Il a même fallu faire appel aux pompiers) Et en même temps, malgré mes persuasions volontaires, j'avais perdu toute confiance en ma capacité d'un corps qui tienne debout avec tout l'attirail de prothèses nécessaires. Il me fallut six semaines à raison de plusieurs séances de kiné par jour pour retrouver des forces qui sont revenues peu à peu, mais bien plus encore pour retrouver cette sensation de confiance en ce corps qui une fois encore semblait m'abandonner et cette fois avoir jeté l'éponge définitivement.

Il existe une sorte de négociation subtile entre lui et moi. Ça me fait penser à ces longues tractations qui n'en finissent pas pour mettre au point un accord d'importance vitale. Négociations silencieuses en apparence, mais il y a une foule de ressentis qui veulent s'exprimer tour à tour et tous ont  de bonnes raisons à faire valoir.
Et puis cela finit par se faire au moment où on ne s'y attend plus.

Ce fut au cours d'une nouvelle séance d'équilibre avec les cannes, où ma kiné me provoqua doucement mais fermement pour tester mon équilibre. Un peu du genre « je veux que tu tombes mais je te retiendrai » et ça réveille des souvenirs vieux de plus de 60 ans… mes premiers vertiges à me remettre debout.
J'ai alors prononcé ces mots que mon corps a imposés : « Bon, ça suffit, je me lance ». Et tout fut rétabli. J'ai fait plusieurs allers-retours dans le couloir sans assistance. J'ai retrouvé cette fameuse confiance en lui, mon corps, qui il faut bien le dire, n'avait jamais cessé de désirer me servir autant qu'il pouvait, malgré la défaillance de 70 % de muscles ayant déserté depuis si longtemps.

vendredi 25 août 2023

Esquisse du contentement



Offrir du bien aux gens c'est indirectement s'en donner à soi-même sans foncièrement en avoir l'objectif.

J'écris cela parce que c'est mon expérience consciente du jour.

— « Je suis content qu'il soit content ». C'est la phrase que j'ai dite à ma dulcinée ce matin, suite à un petit service rendu et qui je crois eut des effets positifs sur la personne.

Rien de bien extraordinaire, qui n'aurait pas agi comme je l'ai fait, sauf à être un balourd stupide.



Cette sensation de bien-être intérieur ne résulte pas d'avoir été le rechercher par soi-même, comme quand on s'interroge sur ce qui pourrait bien permettre de s'offrir un peu de bon temps. Cependant elle prit une certaine ampleur en moi sans que je n'y prenne garde. C'est presque devenu une petite joie. Elle pourrait être fugace, s'estomper et disparaître. Alors nous voilà repris dans un quotidien aussi terne que le ciel gris qui s'est installé ce matin dans le ciel chez moi.


Il fut un temps où mon éducation plutôt rigoriste avec ce fond de jansénisme qui habitait mon père élevé chez les frères maristes, j'aurais frisé la culpabilité d'être joyeux. Un enfant bien élevé doit savoir bien se tenir et réfréner ses pulsions quelles qu'elles soient. Je force un peu le trait. Parce que par ailleurs mon père aimait faire la fête et les organiser joyeusement sans débordements intempestifs. Mais je suis persuadé qu'ensuite il allait s'accuser à son confesseur pour avoir transgressé les lois divines.


Je connus aussi ces tentatives d'imprégnation par des imbéciles qui auraient voulu m'inculquer que tout acte de bonté, de gratuité, ne l'était jamais en aucune circonstance. L'homme mauvais par nature cherchait constamment en étant faussement généreux, son propre intérêt égoïste. C'est d'ailleurs pour cela qu'existait le péché et la confession hebdomadaire obligatoire. Fallait aller se laver et se faire absoudre. Il y avait cependant des avantages : tout propre, on pouvait recommencer à se salir… pendant une semaine durant. Certes on prenait « la ferme résolution de ne plus recommencer et de faire pénitence ». Mais il suffisait de croiser ses doigts dans le dos pour que ça vaille délivrance de la promesse. Un immense merci à celui qui a inventé ce truc très commode.


Quand j'aurai le temps j'écrirai un « Petit traité de la Joie ». Oui, je sais, ça a déjà été fait, mais pas par moi, donc ça n'aura rien à voir… (dit-il avec la modestie qu'on lui connaît). Lui il parle du consentement à l'existence. Moi je traiterai du consentement au bonheur.


dimanche 23 juillet 2023

Le vert lui va si bien

 

Pourquoi ce titre « anti-vacances » ?

Jusqu'à présent, comme la plupart d'entre nous : « je partais en vacances », plus ou moins loin, plus ou moins longtemps, ou j'allais dans ce petit appartement en bord de Manche, ou encore dans un passé plus lointain, en Ardèche où mes parents s'étaient retirés.


Cette année rien de tout ça… je suis assigné à résidence pour un temps indéterminé. Non, je n'ai pas eu d'ennuis avec la justice, j'ai des ennuis avec mon corps qui n'accepte plus de rendre certains services. Il a donné sa démission partiellement. Je ne peux plus physiquement conduire ma voiture. Renoncement définitif. Donc il faut tout changer. Nouvelle voiture ad hoc. Nouveaux aménagements PMR. Faudra plusieurs mois pour réaliser l'adaptation qui me convient. Je ne serai plus « un excellent conducteur » comme disait Raymond Babbitt dans Rain Man. Heureusement ma dulcinée est une excellente conductrice…


******




À quelques encablures de chez moi, à portée de fauteuil roulant électrique, serpente une petite rivière en partie canalisée, et donc au débit ralenti notamment par des écluses. Tout cela date du temps où une industrie florissante polluait la rivière en question. Les industries ont disparu, ont été remplacées par de la verdure, et un environnement résidentiel aéré qui est loin d'être réservé aux plus pauvres. La rivière dépolluée.  L'endroit est bordé d'un chemin de halage praticable pour ma bécane. C'est un lieu où j'aime aller me ressourcer et parfois trouver l'inspiration. J'y ai écrit notamment une « nouvelle » publiée dans mon recueil.

C'était exactement sur le ponton ci-dessous.




Ces derniers jours, sur une assez grande longueur, la rivière accueille des lentilles d'eau en quantité impressionnante, formant un magnifique tapis vert sur toute la surface. Cela arrive parfois d'autres années mais c'est partiel recouvrant l'eau environ 50 à 60 % grands maximum. Là, pour voir l'eau, il faut attendre  le sillage des canards colvert ou des poules d'eau, ou plus rarement un ou deux paddles.


Ces lentilles sont plutôt jolies. Et en plus très utiles pour couvrir la surface et protéger de l'ensoleillement et donc éviter le réchauffement en profondeur. La lentille est un bon régulateur des variations de températures, comme les nuages dans le ciel protègent de trop de soleil.

De plus il paraît que les Chinois les utilisent en décoction lorsqu'ils ont des difficultés à uriner. Ça devrait satisfaire les prostatiques européens !


En attendant d'aller soulager un besoin naturel (comme disent les commentateurs du Tour de France) vous pouvez admirer cet autre endroit où les nuages semblent nous inviter à jouer à saute-mouton.





mercredi 14 décembre 2022

L'Écriture


Écrire est une drôle d'aventure. Une aventure de mots qui s'amusent, pour nous, avec nous, parfois contre nous. Des mots qui s'échappent de l'encre du stylo pour venir s'étaler sur une feuille dans un ordre que la plupart du temps on n'a pas prévu et qui s'impose toutefois.

Parfois je me demande si écrire n'aura pas été une des plus belles aventures de ma vie. Après tout j'ai commencé très tôt. Enfant, les mots furent les compagnons de jeu d'un jeune écolier, quand il n'était pas à l'école à s'ennuyer et à être puni pour cette raison de ne rien faire de bien.


À 12 ans je ne lisais pas le journal, je préférais écrire le mien. Plus tard on m'a dit que c'était les filles qui faisaient ça. Peut-être aurais-je dû être une fille ? Va falloir que j'y réfléchisse à notre époque de transgenre.


Écrire c'est un acte de libération. Libération des mots sous pression, emprisonnés en nous. Comme un échappement, un embarquement vers les terres lointaines qu'on ne peut que découvrir en soi au cœur de l'aventure de la plume inspiratrice et révélatrice.

Les mots sont libres si nous les libérons. Les mots pourrissent à nous faire mal si nous les gardons enfermés. Ils deviennent nauséabonds en se décomposant au lieu de se composer en merveilleuses phrases qui donnent le tournis et nous apportent l'ivresse de nous rendre vivants par eux.



Bien sûr on peut aussi parler, mais tout s'envole, se sépare et se délite. Mieux vaudrait que les mots restent ensemble, en cohérence, comme ces nuées d'oiseaux qui forment un tourbillon  harmonieux et nous illuminent l'âme et le cœur de chorégraphies fascinantes. Mais voilà, en les laissant s'échapper les mots prononcés dans l'éther ils deviennent irrattrapebables à tout jamais : — « Mais qu'est-ce que je disais déjà ? »


L'écriture c'est une aventure de cueillette dans le silence. Le silence parle par la plume. Certes, désormais il y a le clavier à mots, mais le tapotement des doigts ne vaut pas le mouvement de la main qui écrit. Dans l'écriture manuscrite il se produit une l'alchimie corporelle singulière, c'est-à-dire  qui fait sortir les mots d'une certaine manière et pas d'une autre. L'art des mots justes passe par la graphie.


Se tenir en silence devant la feuille, stylo à la main, c'est comme une position de yoga, ça génère une réceptivité et une attention au ressenti qui autrement échappe. Dans une telle écriture il y a un souffle vital qui s'exhale et vient se poser sur la feuille, délicatement ou intensément parfois, à en casser la plume, tant les mots enfermés explosent alors au grand jour.

Quelqu'un un jour m'a dit : « tu es une plume ! »

J'imagine qu'il voulait dire que j'écrivais pas trop mal. En fait je ne suis que celle d'un oiseau prisonnier qui tente depuis si longtemps de s'échapper, jusqu'à ce qu'il devienne pleinement lui-même.

vendredi 25 novembre 2022

Prenez vos distances !


La recherche de la bonne distance, voilà quelque chose qui n'est pas facile à mesurer. Trop près ou trop loin. Froid et insensible ou exalté et débordant, égocentrique et qui s'en tape d'autrui ou hyper dévoué trop bon trop con.


À l'école où j'allais, avant d'entrer en classe on se mettait en rang par deux et le prof du haut du perron clamait — « prenez vos distances ! ». On posait la main sur l'épaule de l'élève de devant et on tendait le bras. Le prof descendait du perron et faisait son inspection toute militaire d'un signe de tête approbateur ou d'un grognement réprobateur. On était, paraît-il, à la bonne distance. À la fin il clamait encore : — « Marchez ! ». L'heure de classe qui suivait aller être merveilleuse !


À la Belle Époque du covid, pas de bras tendu, on avait des rapports sociaux masqués. Il nous restait cependant le vague droit d'aimer avec les yeux et le regard. C'était chou !


Suis-je à la bonne distance dans ma vie d'aujourd'hui ? Ou plutôt suivant les circonstances ai-je les distances adaptées à celle-ci ? Question épineuse du hérisson.

C'est dans mon rapport à moi-même que je m'observe. Par rapport aux différentes composantes de ma personne, aux différents « lieux intérieurs ». J'imagine que ce genre de question ne préoccupe pas celui qui se considère comme un monolithe. Les gens qui disent : « je suis tout d'une pièce ». Ou ceux qui ont la distance d'un micro puce entre le plafond et le plancher. Pas beaucoup d'espace pour raisonner, délibérer et choisir. « J'agis, je fais les choses, je réfléchis après. C'est simple, c'est clair, pas besoin de chercher midi à 14 heures ».


Moi je ne peux pas vivre comme ça. Ça m'arrive quand même, parfois, par réflexe, mais généralement faut que je gamberge, trop peut-être. De toute façon je n'ai pas l'intention de changer. Il doit d'ailleurs y avoir une part de génétique doublée d'une part éducative. Je dois cela à mon père qui avait un certain goût pour ne pas dire un certain plaisir à m'expliquer le pourquoi du comment. Je trouvais que c'était pas idiot, et même je l'admirais en ce ce point. Ma mère c'était autre chose, elle était insaisissable en tout domaine, passait d'un extrême à l'autre en quelques secondes, et fallait pas être dans son champ de vision pendant ces secondes, sinon elle m'en collait une.


Après mon accident de santé j'ai appris que la bonne distance était indispensable à l'équilibre en tout domaine. Retrouver un équilibre physique en priorité. Ce fut une sorte de distance cérébrale pour mieux penser à la présence au corps à chaque instant. Tout réapprendre de la position assise, puis de la position debout, puise de mettre un pied devant l'autre avec des jambes raides appareillées entre des barres parallèles. Et puis un jour avec deux cannes, et plus tard sans canne. Une victoire !

Il s'agissait toujours d'une question de bonne distance, de bonne attitude, de recherche d'équilibre, de maîtrise consciente de soi et en même temps que d'abandon confiant total à soi pour conquérir l'équilibre dans le déséquilibre, d'apprendre autant de la chute que de se relever seul.


Par la suite, la philosophie et le droit furent mes maîtres d'équilibre et de distance. Prendre du champ par rapport aux événements aux situations, aux personnes, aux affects, au froid raisonnement, aux invasions débordantes, aux partis pris, aux idées toutes faites, aux délits de faciès, au racisme, c'est sûrement lui le coupable, voyez comme il a une sale gueule !)

S'en sont suivis des choix professionnels divers et variés. Mais finalement cette sorte d'obsession de la bonne distance a toujours été une sorte de guidance de fond.



Bien entendu, je me suis planté plus d'une fois à qu'à mon tour. J'ai failli, j'ai biaisé, je me suis fourvoyé, et c'est encore vrai aujourd'hui. Inévitable sans doute. Partie prenante de la condition humaine. On voit chaque jour les errances des uns et des autres, de Monsieur et Madame tout le monde, des dirigeants de tous acabits, des politiques et des chefs d'État dont certains sont vraiment dégueulasses !



Voilà ! Ce sera tout pour l'instant ! Cela dit mes chères lectrices et lecteurs, avec vous j'essaie d'être proche et vrai, avec la juste distance de l'écran d'Internet… portez-vous bien et prenez soin de vous.


jeudi 20 octobre 2022

L'attente du lendemain

 


« Le goût des autres » a publié récemment un billet sur le thème de l'attente. Cela m'a fait sourire car c'est un thème auquel je réfléchissais ces derniers temps. Bon, ce blogueur-ami évoquait l'attente qui oblige à de la patience… qui a ses limites…

Pour ma part c'était surtout l'attente fondée sur l'espoir. « Ça ira mieux demain » comme le promettait la chanteuse !

Me revenait à l'esprit toute une époque de ma vie d'enfance et de jeunesse faussement animée par l'attente. C'était toujours plus tard que ça irait mieux. Demain, le week-end prochain, les vacances qui arrivent, la chère cousine qui allait venir bientôt, l'anniversaire, Noël, etc.


J'avais ce sentiment que cela m'aidait à tenir le pénible de l'ordinaire des jours. Au temps de l'horreur de l'école j'attendais le jeudi pour ne pas y aller. Après ma paralysie, au centre de rééducation, j'attendais le week-end parce qu'il n'y aurait pas de séances douloureuses, et peut-être la visite de mes parents. Et ainsi de suite. Comme quoi mon présent ne pouvait être que, soit désespérément vide, soit terriblement difficile et souffrant à supporter.

Así pasa la vida.


Qu'est-ce qui s'est produit pour que ça change ?

Dans mes réflexions égocentriques, j'avais du mal à trouver. Et puis la lumière s'est allumée assez simplement : ça a changé lorsque j'ai commencé à trouver un certain sens à ma vie. Ce fut le fruit d'un projet. Une chose tangible, une mise en œuvre. La conjonction de deux réalités.

D'une part la rencontre de celle qui allait partager mon existence, et encore aujourd'hui.

D'autre part le désir de m'engager et de me mobiliser concrètement dans un travail qui concerne « la justice des hommes » pour faire simple et cependant cerné dans le créneau de la justice sociale. J'ai rejoint des entités diverses qui partageaient avec ténacité cette même passion dévorante.

J'ai foncé, ça a marché, j'ai eu d'importantes responsabilités, parfois au plus haut niveau. Il en fut de même pour celle qui partage ma vie.


 Alors j'ai cessé d'attendre des lendemains qui chantent et qui ne viendraient jamais. C'était maintenant. Pas demain. Et j'y ai mis beaucoup de forces et d'énergies.Trop peut-être. Je le payerai plus tard, par ce que probablement on appellerait aujourd'hui un burnout.


Je ne regrette rien. Je recommencerais tout pareil, sauf peut-être à me ménager un peu… et encore… la passion des hommes et de la justice est dévorante. Une passion  encore plus dévorante que la passion amoureuse. 


Aujourd'hui qu'en est-il ?

Je n'ai plus de vie professionnelle, je chemine désormais au pays de la retraite. J'ai encore certains engagements qui mobilisent plus mes neurones que mes forces physiques disparues.

Je n'ai plus rien à démontrer, ni à gagner, ni à perdre. Ça donne une liberté extraordinaire. Liberté de parole, liberté d'engagement, liberté relationnelle. Tout cela bien sûr n'est pas absolu, mais le champ de ma liberté fait plusieurs hectares, bien plus que les seuls quelques mètres carrés d'antan.


Alors qu'est-ce qui fait que demeure en moi une certaine intranquillité ?

Peut-être parce que je n'ai pas encore bien perçu ce qu'il en était de la véritable paix profonde, sans arrière-goût d'insatisfaction. À quel niveau de profondeur on va y puiser et se reposer ?

Peut-être parce que l'on croit que l'état de satisfaction est quelque chose qui n'est pas borné et qui est forcément total voire infini ou bien n'est pas. (Je parle pour moi). Il y a donc encore du chemin à parcourir, vu que j'ai la prétention d'un jour « mourir en paix ».


mardi 26 juillet 2022

Se laisser traverser.

 



« Tu seras toi-même si tu te laisses traverser »

j'ai lu ces lignes il y a quelque temps, mais je ne sais plus très bien où.

J'ai trouvé la formule très juste et particulièrement intéressante avec cette offre :

 « se laisser traverser ».


Il y a souvent le constat que ce serait certainement mieux si on pouvait laisser bien des choses à notre porte, fermez les écoutilles, se protéger de tout et de tous. Mettre notre personne à l'abri avec des cadenas à double tour.

J'ai bien connu le truc !


J'ai cependant expérimenté que plus on accueille « ce qui nous traverse » sans condition préalable, plus on favorise la construction fluide de soi. Passer de « tout l'extérieur est dangereux » à « tout l'extérieur m'enrichit », ça doit sûrement être cela le chemin.


Accueillir notre vulnérabilité constitutionnelle comme une richesse humaine, comme une profusion de bonnes choses potentielles, pour soi et autrui.

Combien de fois sortons-nous nos boucliers protecteurs car « on sait jamais ! » Mieux vaut prévenir avec méfiance qu'accueillir dans la confiance…

Mauvaise pioche peut-être !





vendredi 1 juillet 2022

Havre de paix

 



Le havre de paix que je recherchais dans mon enfance aurait pu ressembler à ce paysage.

Mon île déserte, flottant entre mer et ciel, sans bornes. Même au-delà de l'infini, elle serait encore là. Avec en son milieu, une grande maison, des dépendances, des salles de jeux, des chambres pour les autres 'moi' et des cuisines pour y faire des gâteaux.

J'aurais vécu là-bas, seul, avec tous les personnages imaginaires que j'aurais fabriqués. La vie leur serait donnée dans ma tête et leur présence partout dans la maison.

Un monde des délices où la lumière baignerait partout cet univers heureux. Un unique royaume dont je serais le prince.


Qui donc avait préparé ce lieu où l'on m'attendait ? Je l'ai rencontré par hasard ou plutôt par l'entremise de la blogueuse MAGARI!.

 Elle parle d'une exposition consacrée à Piet Mondrian, connu surtout pour ses abstractions géométriques. Mais en fouillant son œuvre j'ai découvert cette toile. Ce fut un choc. Des sensations revenues de loin après un long voyage commencé tôt dans l'enfance. 150 ans après la naissance de l'artiste, voici que la mienne me revient autrement.


La remontée de souvenirs explose, et nous sommes aujourd'hui.

Alors c'est l'instant d'une pleine lumière jaillissante éclairant le plus intime de moi, si lointain et si proche, mais surtout si intense dès l'origine. Comme une pureté enfantine qui a tout fait pour se préserver des salissures trop rapidement présentes et parfois si douloureuses. Rien n'aura été perdu. Tout est précieusement conservé dans l'emballage d'origine. 


Il fallait seulement atteindre la fin des fouilles intérieures de la reconstruction, la traversée des trous noirs pour découvrir la fissure bienfaisante de la plaie d'où l’eau lumineuse se met à couler chaude et enveloppante comme celle du tableau. Alors il n'y a plus qu'à laisser faire. Ne plus rien retenir pour vivre l'abandon actif de l'intarissable bonheur tendre d'être. Oui, maintenant, juste maintenant.


mercredi 29 juin 2022

De la distanciation

 

Voici revenu le nécessaire recul. C'est physique, psychique et intérieur.

Je dis revenu, mais avait-il disparu ?


Je me souviens du temps où dans mon groupe professionnel on parlait de la « distance thérapeutique nécessaire ». Nécessaire parce que bénéfique tant au patient qu'à soi-même. Du moins c'est ce que l'on disait. J'ignore toujours si c'est à tort ou à raison. Mais, à la retraite je tente de pratiquer la bonne distance avec moi-même et ce n'est jamais facile ni évident. Monter systématiquement au créneau ou jouer l'indifférence sont toujours les deux écueils dont il faudrait se garder.


Le recul, non seulement est nécessaire, mais il est indispensable à l'équilibre. Le recul n'est pas une fuite ni un désintérêt, c'est uniquement se mettre là où il faut, quand il faut, comme il faut.

Soyons concrets par l'exemple : voilà une bonne quinzaine que je me suis mis en recul de l'actualité comme on dit habituellement « des informations », à savoir tout ce sur quoi je n'ai aucun pouvoir direct. Je ne parle pas de mon actualité personnelle, ni de celle de mon entourage. Là, au contraire la proximité demeure sans se laisser envahir. Là où on ressent une invitation à agir.

Mais pour tout ce qui est de la marche ou de la stagnation de la planète je tente de garder intact mon droit au bonheur, d'autant que j'ai eu largement mon compte pour ce qui est des épreuves et des malheurs.

 Je fuis désormais tout cela à toutes roues ! (expression propre aux handicapés en fauteuil roulant qui se substitue à : s'enfuir à toutes jambes !). En se positionnant à distance on ne perçoit que des échos lointains.


 Lorsque je me tiens en retrait de l'actualité désespérante, je reprends du poil de la vie, de la détente intérieure, du rapprochement de mon intériorité et de la présence aux vraies réalités qui méritent attention. Ainsi en est-il  des souffrances individuelles de certaines personnes de mon entourage, du désespoir de celle-ci, de l'abandon du désir de cet autre.  Mais aussi proche des réjouissances qu'apportent des initiatives bienfaitrices et porteuses de fruits de ce groupe que je soutiens concrètement, ainsi que celles et ceux qui s'engagent pour construire ou préserver les avancées humaines. Mais je pourrais ajouter mon bonheur de voir mes petits-enfants qui grandissent engager leur vie de belle manière et il me semble mieux que moi quand j'avais leur âge.



Paradoxalement, la distanciation est une forme de proximité repensée. Une sorte de « juste distance ». Le qualificatif « juste » étant à géométrie variable selon les circonstances, les personnes et les enjeux. Autrement, ce serait fixité qui arrête la vie.


On pourrait faire un rapprochement avec la théorie de B. Brecht à propos du théâtre ou la distanciation entre l'acteur et le spectateur sert à développer l'esprit critique de chacun. C'est pareil pour la vie réelle ordinaire. La juste distance permet de rejoindre le lieu de la juste appréciation du réel et, par conséquent, de générer la progression synonyme d'amélioration.

C'est en quelque sorte l'inverse du désintérêt.


----------------

PS : pour que les choses soient claires je ne parle nullement de prendre un quelconque recul avec mon blog…, ni avec la blogosphère…


jeudi 21 avril 2022

Résistance



Autour de moi, que ce soit mon entourage de chair et d'os ou ce monde tout aussi réel  derrière mon écran, je perçois parfois comme une sorte de dessaisissement de soi-même, un relâchement, parfois une résignation, un détachement, une sorte « d'à quoi bon puisque… » et on n'est pas loin d'ajouter : «… puisque rien ne vaut ».


Il est probable que je sois sensible à cette perception, puisque moi-même je me sens par moment effleuré par un dessaisissement, qui, si je n'y prends garde finirait par la terrible tentation de jeter l'éponge et cesser le combat.

Quel combat ?


Le combat d'aimer, d'aimer la vie,  la désirer avec obstination, persévérance et foi en sa victoire permanente et ses reconquêtes sur l'adversité, le malheur, et le pire que l'on croit devenir définitif pour nous.  Et cependant nous avons bien souvent tout autant l'expérience que quoi qu'il arrive, la vie triomphe à la fin, à chaque fois.


Comment oublier ce qu'il en est de la mienne.

« Victorieux de l'impossible », mes lectrices et lecteurs fidèles de mes livres ou de mes écrits savent à quel point ce blason est gravé dans ma chair, pour des raisons que j'ai longuement explicitées dans le passé. J'ai planté cette maxime comme un étendard sur mes terres intérieures, représentatif de mon parcours de vie. Témoignage d'une existence qui n'a rien inventé. Reçue  de l'expérience où il arriva que, d'une infinie détresse désespérante, finit par rejaillir une force non pas invincible, bien au contraire, mais parce qu'elle est tressée avec ma vulnérabilité, elle me permet de traverser les périls de ma petite existence.


Alors il faut que je sois attentif, prudent et aux aguets, si ce n'est méfiant, face à ce terrible envahissement environnemental d'une forme de nihilisme destructeur, bien plus dangereux que le réchauffement climatique, dont on voudrait nous faire croire que la seule issue consiste à ouvrir la porte  à la destruction finale, qui adviendra par le désenchantement généralisé. 


Anne Deval - Antigone (terre cuite)


Face à cela il me faut redoubler d'attention, car la contamination est sournoise, organisée, programmée et nous en serons victime si on n'entre pas en résistance contre cette aberration dévastatrice et destructrice de l'humanité en son essence originelle.


Il s'agit d'une résistance par l'intérieur de soi-même en développant les antidotes qui sont là, tels que : la confiance, la foi en  l'être réactif et résiliant que nous sommes chacun. La foi en soi-même  et en ses possibles, rejoindre une zone de  solidarité active, en s'associant  avec les audacieux du bonheur pour construire tout autrement que les ersatz de pseudo-bonheur consumériste vendu en magasin à prix d'or. L'objectif étant de nous piller notre identité profonde et libre et nous enchaîner à leur système.



Si on ne fait rien ils y arriveront très bientôt.

Résistance et mise en œuvre de moyens neufs porteurs d'avenir et d'espérance.

À chacun de s'y engager. Rien ne viendra « d'ailleurs » que de nous-mêmes.