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mercredi 30 septembre 2020

Par-delà le masque




Hier après midi j'ai passé trois heures avec une cousine que je n'avais pas vue depuis plusieurs mois, pour des raisons indépendantes de la pandémie actuelle.

Nous étions masqués tous les deux.

Ce furent trois heures d'échanges intenses. J'en fus étonné. Je m'attendais à ce que la distance physique, le masque, soient des freins. Il n'en fut rien. Et même au contraire. Je n'avais jamais autant remarqué l'intensité de son regard. Elle riait par les yeux. Elle m'a dit sensiblement la même chose. Nous n'avons pas échangé des banalités. On a à peine parlé du covid et de tous les bavardages qui tournent autour de ça. Ça ne sert à rien de brasser sans cesse toujours plus de la même chose.


En y repensant je me suis demandé si certaines choses que l'on s'est dites l'eussent été si nous n'avions pas porté de masques. Il ne fut pas question de secrets personnels ni de je ne sais quelle confession. Simplement d'un niveau de profondeur qui fut une singularité durant ces heures.

Comme si tout prenait plus d'intensité. De saveurs et de valeurs. 

Savoir  tirer  les bienfaits de toute situation.

Les richesses de l'obligation de s'adapter.

Je pense aux échanges nocturnes. On ne dit pas les mêmes choses la nuit et même  chacun s'exprime de manière différente. 

Parfois l'ombre permet de mettre en lumière.


lundi 28 septembre 2020

Avec soin(s)

 



Nous sommes lundi : et donc la consigne est lundi !




Mais qu’a donc vu ce gamin qui le fait courir si joyeux ?




***






Avec soin(s)


— Dis donc, tu as remarqué ? On dirait toi sur la photo ! Lui dit-elle avec tant d'amour dans la voix

— Tu trouves ? Je n'étais pas joufflu comme ça.

— Non bien sûr, mais c'est à cause de la baguette de pain.

— Tu trouves que j'ai une allure de baguette de pain ?

— C'est pas ça, c'est à cause de ce que tu m'as raconté.

— Ce n'était pas une baguette, c'était un « pain de quinze cents » que j'avais accroché à mon Babystar, en travers sur le porte-bagage. Et puis je suis tombé au fossé plein d'eau. Le pain était foutu, plein de boue. J'ai pris une dérouillée en rentrant.

— Tu as été élevé à la baguette !


Il sourit tout à coup. C'est bon signe. Elle lui passe la main dans les cheveux. Blancs, ils sont entièrement blancs désormais. Aussi blancs que son visage décharné. Elle dépose un baiser sur son front.

— Mon Dieu ! Faites quelque chose ! pense-t-elle dans le silence de son âme.


*

Il murmure :

— En ce temps-là je courais… les petits garçons font tout en courant.

— C'est peut-être pour s'en souvenir quand ils seront vieux.

— Moi je n'ai pas attendu d'être vieux pour ne plus savoir de quoi il s'agissait. Sauf peut-être pour ce qui fut de courir les filles.

— Ah ! Ah ! Est-ce qu'il faut rire ? Pour ma part, après toutes ces années je trouve que nous avons passé trop de temps à courir inutilement après je-ne-sais-quoi qui ne servait à rien.


*


Ils continuent à regarder l'album. C'est sûrement la photo d'un cousin éloigné. Il y a quand même une ressemblance. Lui pense qu'elle a dû se rendre compte qu'il n'en a plus pour longtemps. On est quand même en soins palliatifs. C'est le temps d'évoquer des souvenirs, avant qu'ils ne s'envolent définitivement.

Elle ose être contente qu'il plaisante encore. C'est bon signe. Peut-être que… Garder l'espérance de ne pas finir encore. 

L'album est rempli de ces photos des moments heureux de la vie. Des photos de mariages sous le porche des églises. Les baptêmes, les communions, les voyages, les vacances à l'étranger. Que des sourires. Que du bonheur. C'était avant les divorces, les épidémies, les maladies. 

On ne dispose guère d'albums avec les photos des enterrements. D'ailleurs on ne fait pas de photos dans ces cas-là.  Imagine : Tout le monde autour du cercueil. Le photographe ennuyé parce qu'il y en a trois qui sourient quand même.


On ne sait pas qui ira à l'enterrement de l'autre. On ne parle pas de ça. Si, une fois, quand la question s'est posée de l'achat d'une « concession ». Curieux ce mot :

— « Madame, Monsieur, consentez-vous à mourir et à résider dans ce cimetière ?

Tout à coup elle a envie de rire. Rire au nez de la mort qui s'en vient. Peut-être que ça la fera fuir ! Tout à coup elle a le sentiment qu'il respire beaucoup mieux. C'est peut-être partie remise. 

Il faut continuer à feuilleter l'album.


**



Je ne m'attendais pas à ce que ce texte prenne cette tournure. Je ne suis pas triste actuellement. Cependant, je ne puis occulter le bruit de battement d'ailes de la mort autour de moi. Un trop grand nombre de personnes de mon entourage, et que j'aime, s'approchent du « game over ». Je ne pensais pas que ce bruissement viendrait par une photo d'enfant riant !

Et cependant n'est-ce pas là l'éternel cycle du vivant… ?

Nous foulons chaque jour sous nos pieds la poussière de celles et ceux qui le sont redevenus.


vendredi 25 septembre 2020

Promesse

 


Une consigne de Kaléïdoplumes propose de se laisser inspirer par une musique d’une compositrice ukrainienne, Elena Konovalovque je vous invite à écouter. et d'écrire un texte durant l'écoute de celle-ci, sans le modifier sauf nécessité de compréhension.

Voici le texte qui m'est venu spontanément et que je n'ai pas corrigé.


****


Promesse


.o0o.


Toujours les soleils reviendront

quoi qu'il arrive, quoi que tu fasses

tout est plus fort que tout

tu verras les petites choses devenir immenses

tu verras verdir l'arbre mort

tu verras ton corps douloureux respirer la vie infinie


Les chemins des montées portent au sommet

pour apercevoir le regard émerveillé

l'immensité immense de l'univers immense 

Alors tu comprendras

pourquoi tu es là

pourquoi cette petite note est la tienne

unique

dans la grande partition

ta note indispensable


***


mardi 22 septembre 2020

lundi 21 septembre 2020

Projet de tournage


Voici la consigne du lundi chez « le goût des autres »


Que fait-il ?
Qu’attend-elle ?
J’ai bien une idée, mais vous ?
Je saurai sans doute lundi ce que vous a inspiré ce tableau de Vettriano.
Oui, ces temps-ci j’explore l’œuvre de Vettriano.
Ah, j’allais oublier, j’aimerais que vous commenciez votre devoir par
« J’entrai dans le café de la jeunesse perdue »
Et le terminiez par « Mais enfin ! Babylone vous y étiez nue parmi les bananiers ! »





Projet de tournage


J'entrai dans le café de la jeunesse perdue, où j'avais donné rendez-vous à l'actrice Babylone. C'est le surnom que lui avait donné Jean-Luc Godasse qui jusque-là n'avait réussi que des films minables. Et notamment « La fille solitaire » sorti en salle avec une durée de 48 heures au niveau national. C'est lors du tournage qu'il lui avait trouvé ce nom d'artiste : Baby (fille) lone (solitaire). C'est dire si c'était un intellectuel haut-de-gamme.


J'avais visionné le film une nouvelle fois. J'en étais quand même l'un des coproducteurs. (Une erreur de jeunesse…) Je dois dire que la scène de spiritisme pseudo religieux où Babylone part en lévitation fait apparaître une nudité troublante. Je n'arrive pas à me départir de ce trouble. Il me faut la retrouver pour clarifier tout cela.


Je suis assis face à la porte d'entrée. Lorsque Babylone arrive je ne peux réprimer un sentiment de déception. Elle ressemble à une femme ordinaire, vêtue sobrement, couleur passe muraille. Rien à voir avec la beauté façonnée pour le film. Chapeau les maquilleuses et le directeur photo maître de la lumière ! Elle me cherche des yeux et me reconnaît à mon nœud papillon. Ça fait 50 ans que je porte nœud papillon en toutes circonstances. Question de prestige. Plus le nœud papillon est gros plus c'est le signe que je vais investir des millions d'euros dans le film considéré. Là, c'est un nœud papillon minuscule.


Je l'invite à s'asseoir. Elle minaude, voix perchée de chat perché.

— Ah, Monsieur Luc Béton, si je m'attendais, quel honneur pour moi ! Comme je disais encore à Jean-Luc la dernière fois où je l'ai eu au téléphone…

Et voilà c'est parti. La machine ego de l'actrice qui ne parvient pas à parvenir est mise en marche. Déjà elle regrette de ne pas être mieux maquillée et de ne pas avoir revétu  ce truc très échancré qui en général donne bonne impression.

Au bout de cinq minutes j'interrompts la logorrhée naissante.

— Je voulais vous rencontrer pour une raison bien précise.

— Ah oui ! ? Dites-moi tout !

— Voilà, je finance un clip de pub pour relancer la vente des bananes en Europe. Je cherche une actrice au corps parfait comme le vôtre, car bien entendu dans ce genre de clip, surtout concernant la banane, il faut quand même un peu d'érotisme. Vous vous êtes parfaitement déshabillée dans « la fille solitaire » je vous propose de récidiver, sachant que le cachet sera bien plus élevé que la ceinture de bananes de Joséphine Baker en son temps.

— Monsieur Béton il ne peut en être question ! Je ne me déshabille plus devant quiconque. Je sais bien que j'ai été doublure corporelle dans beaucoup de films. Je fus des fesses, des seins, des dos, des foufounes, des jambes, des pieds, et je ne sais plus quelles autres parties de ma peau, pour les plus grandes actrices françaises et mondiales. J'ai même reçu la distinction de « l'orteil d'or » du cinéma mondial  Mais désormais, c'est fini !

Là-dessus, elle se lève, (faussement) courroucée et se dirige vers la sortie. Je la rattrape à la porte.

— Babylone, je tiens à vous pour ce clip, vous ne pouvez pas me refuser ça. D'ailleurs vous n'y ferez qu'une brève apparition, seulement à moitié nue. Ce sera très décent, juste un peu d'érotisme raffiné, et vous n'aurez à prononcer qu'une seule réplique mais elle sera très importante.

L'actrice accepta de revenir à la table. Nous avons longuement discuté des conditions. Comme je tiens absolument à la revoir sur le tournage, j'ai fait preuve de largesse. Lorsqu'elle connut le montant du chèque, non seulement elle accepta, mais elle arbora un large sourire. Me revint en mémoire la célèbre réplique : « Je crois qu'il y a une ouverture ».

Nous nous sommes quittés satisfaits l'un comme l'autre, et avant de s'éloigner elle demanda :

— Au fait, c'est quoi cette fameuse réplique ?

— Ah oui, je vous la livre : "Mais enfin ! Babylone vous y étiez nue parmi les bananiers ! "

.

 

samedi 19 septembre 2020

Quel modèle ?

— « Tu devrais prendre modèle sur ton frère », disait fréquemment ma mère.

On me conseillait également de me lier de camaraderie avec les premiers de la classe. Il paraît qu'ils déteindraient sur moi.

Comme les vêtements ?

Je ne voyais pas tellement ce qu'il adviendrait alors, puisque nous avions tous des blouses grises. Gris sur gris ça fait toujours gris…


Il aura fallu que je quitte cette « terre néfaste » (il faut bien nommer les choses pour ce qu'elles furent) par l'entremise d'un poliovirus, pour que je puisse me retrouver sur ma « première terre féconde » où j'ai pu enfin me construire et m'enraciner.


Là-bas j'ai compris qu'il n'y avait pas de modèle à suivre, mais quelqu'un à devenir. C'était tellement simple, alors qu'on m'avait embrouillé dans du compliqué impossible.


La chose était simple : tout passait par le corps. Tout

ils appelaient ça rééducation.

« Apprendre à vivre », c'eût été mieux. À vivre par soi-même et pour soi-même eût été encore mieux.


Retrouvez la marche de son existence, engager la vie sur ce chemin, que pouvais-je attendre ou espérer de mieux ?

Il ne s'agissait pas seulement de remuscler des membres avachis. Il s'agissait de construire et d'accueillir l'intégralité des possibilités qui s'étaient endormies en moi.


— « Tu es seul maître de ton destin »

la chef kiné me disait cela. Ce n'était pas exactement ses mots. Elle utilisait les phrases compréhensibles pour un jeune de 13/14 ans. Mais c'était cela le message. Ma tête ne comprenait pas forcément l'intensité et la profondeur. Mais mon corps, lui, comprenait l'intégralité.

C'est ainsi que j'ai appris dans ma chair que tout passait par le corps. Tout.

C'est lui mon modèle, c'est-à-dire moi.


jeudi 17 septembre 2020

Des lyres le matin


Ce matin je me suis réveillé joyeux.

Voilà une nouvelle de première grandeur qu'il est urgent de partager.

Si j'ajoute que c'était sans raison apparente, vous comprenez que cela tempère l'événement. Joyeux sans raison par les temps qui courent, il y a de quoi s'inquiéter.


Pourtant, hier j'avais regardé « la grande librairie » avec attention, mais aussi avec Emmanuel Carrère pour son livre « Yoga » que j'avais l'intention d'offrir à ma dulcinée, elle qui pratique la chose depuis plusieurs années.

Or il ne développe pas des méthodes nouvelles avec des illustrations et des propos balsamiques sur les bienfaits de la chose à travers les temps, mais son bouquin parle de déprime et qu'en plus du yoga il est bipolaire de type deux. Je le savais. Non pas qu'il était de type deux, mais que son dernier opus parlait du mal-être malgré le yoga.



Donc, bien que joyeux, il faut que ce billet devienne sérieux.

Je rappelle que ma mère était bipolaire comme j'en ai parlé récemment, mais je ne sais pas de quel type elle était, puisqu'en fait c'est une femme.

Cependant, le peu qu'il en a décrit, ressemble tout à fait à ce que j'ai constaté chez ma chère mère pendant des années, mais je n'ai cependant pas calculé le nombre de mois où elle ne sortait pas de son lit. Sauf pour des besoins naturels évidemment.


Je vais m'acheter « Yoga ». De toute façon j'aime bien cet auteur et j'ai été profondément marqué par son livre « D'autres vies que la mienne ». Il n'y a que « le Royaume » que j'ai laissé tomber aux deux tiers parce que cela commençait à m'ennuyer que l'ouvrage soit sur–documenté.


Mais revenons à mon réveil. J'ai interrogé mon inconscient, qui pour une fois a bien voulu me répondre.

 — Joyeux sans raison ? Non, a-t-il dit tout de go, ça n'est pas possible, foi d'inconscient.

— Explique ! Que j'ai répliqué

— À quoi bon. Quand j'explique, de toute façon tu ne comprends rien. Ce serait bien une nouveauté qu'un être conscient comprenne ce qui se passe dans son inconscient. Entre toi et moi la communication ne peut qu'être difficile, voire impossible. Je sais que tu fais des efforts et que tu as vu des spécialistes pour cela. Sauf que moi, conscient d'être ton inconscient, je sais bien que cela ne sert à rien que je t'explique. Donc voilà, je te quitte. À bientôt.


Comment voulez-vous que je reste joyeux après cela ?

J'ai laissé en plan c'est inconscient imbécile, et j'ai regardé par la fenêtre. Il faisait beau. Un ciel sans nuage. Une journée prometteuse que j'avais dû percevoir joyeusement lors de mon réveil. L'explication était simple.

Alors j'ai ouvert ma fenêtre. Le froid m'a saisi à la tête !

Certes il faisait beau, mais froid.

Voilà bien les contradictions de la nature. J'ai donc refermé la fenêtre et me suis réfugiée dans la protection de mon intérieur derrière la vitre. Dans la maison il faisait chaud. Dehors il faisait froid. Alors qu'il y avait du soleil. Tout cela n'était pas normal quand même !

Voilà le drame humain : l'homme (la femme aussi sinon elle va me tomber dessus) se pose des questions et trouve des réponses qui lui paraissent satisfaisantes alors qu'elles ne le sont jamais. Simplement parce que c'est lui qui prononce la réponse à la question qu'il a lui-même posé.

Et malgré cette complexité ma joie demeure.

Ma joie est donc anormale.

Il y a urgence à ce que j'aille retrouver ma tristesse. 

C'est vital.


lundi 14 septembre 2020

Sur le quai

 




Cette semaine chez « le goût des autres » cette toile pour nous inspirer, avec en plus des mots imposés :

- Amour.

- Sandwich.

- Lèvres.

- Téléphone.

- Besoin.

- Tournevis.

- Caleçon.

- Seins.

- Gare.

- Cheveux.

- Toilettes.


-o0o-







Sur le quai



J'attends Nathalie à la gare de  Vergounieux-les-Piconelles. Comme chaque jeudi. Elle aura pris le train express de 11h14 à Ismoul-la-Brousse, si toutefois il n'est pas en retard. On aura juste le temps de manger un sandwich sur le pouce. Avec ces histoires de virus les temps sont difficiles. Le patron a donné un sacré coup de tournevis sur le remboursement des frais. Plus question de prendre ses aises au restaurant. De toute façon le buffet de la gare est fermé jusqu'à nouvel ordre.


Puis on se rendra pour 14h30 à la bonneterie en gros « Au chinchilla agile ». Nous devons y négocier un important marché de slips, culottes, caleçons, boxers, shortys, et autres que nous fabriquons dans notre usine, pour diverses marques. Le marché est d'environ 500 000 € pour faire face aux besoins  de la saison automne-hiver. C'est dire si c'est le contrat du mois.


Nathalie me téléphone pour m'indiquer que le train aura 12 minutes de retard. Une fois de plus. La SNCF c'est vraiment le bordel généralisé. J'imagine qu'elle sera en beauté, dans son ensemble rouge qui lui va à ravir. De toute façon quoiqu'il en soit j'adore toutes ses toilettes.


Je ne vous cacherai pas que j'éprouve un amour secret pour Nathalie. J'ignore si c'est réciproque. Elle est gentille et avenante, célibataire. Ses cheveux bruns soyeux sont toujours impeccablement coiffés et en même temps il y a une fantaisie sage dans son balayage subtil et classique à la fois. Tout  cela me met le corps en feu et l'âme chamboulée.


Chaque jeudi, sur le quai, les mains dans les poches de mon éternel imperméable ignoble mais si confortable, la valise d'échantillons posée au sol, le regard dans le vague, tout en guettant l'arrivée du train, mon imaginaire déborde. Je me fais mon cinéma.


Plan lointain : Nathalie tout de rouge vêtue se met à courir sur le quai pour se jeter dans mes bras. Travelling, puis la caméra multiplie les champs/contrechamps, le tout accompagné d'une musique idiote mais romantique. Ensuite : un plan américain de profil, avec zoom avant se termine en plan poitrine. Il met en valeur ses seins.

Nathalie s'enroule à mon cou, jambes repliées (plan italien). Je la serre très fort et nos lèvres s'unissent pour un baiser profond (Avec la langue, bon sang avec la langue, gueule  le réalisateur — vas y coco fait moi un très gros plan sur les bouches — mais bouffez vous les lèvres tous les deux ! Encore ! Faut que les les spectateurs dans la salle bandent ! Et que les nanas mouillent !)


À présent nous marchons côte à côte boulevard Pierre et Marie Duriz. Nathalie me redit les dernières instructions concernant la marge de négociation qui sera réduite à sa plus simple expression quant aux ristournes. J'acquiesce. Elle n'a pas mis son ensemble rouge. Je la trouve même un peu négligée. Cette fois encore je ne dirai rien, je la prendrai pas par la taille en les soufflant à l'oreille : « je t'aime ! » J'aurais trop peur d'une gifle. Mieux vaut repasser dans ma tête les prix des slips , culottes , caleçons , boxers …


mardi 8 septembre 2020

Je l'avais sur la langue

Après vous avoir parlé de ma mère, — et au passage je vous remercie pour la grande qualité de vos commentaires, — voici une petite distraction tirée du bloc de Pascal Peyrat  en espérant vous distraire quelque peu.

Je reviendrai à des choses plus personnelles dans les temps qui viennent.


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Dernier thème de Créativité littéraire :


Après ablation de la langue pour raisons personnelles, je recherche une langue n'ayant jamais médit ni menti.

Mauvaise langue s'abstenir, références exigées.


Répondez à l'annonce.


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En réponse à votre petite annonce parue dans « les veillées des chaumières » je me permets de vous contacter, car vous semblez ignorer l'existence de mon établissement.

Notre fabrique « à la bonne langue » a été fondée par mon arrière-grand-père en 1804. Il avait alors perdu la tête et s'en était fabriqué une toute neuve, avec un tel talent, qu'il l'avait présentée à un concours régional de grosses têtes où il gagna le premier prix. La somme fut immédiatement investie dans la création de la fabrique. C'est dire si nous avons une expérience de plus de deux siècles en ce domaine.


L'article que vous recherchez n'est guère facile à trouver. Il semblerait même qu'il ait disparu depuis longtemps.

Cependant des modèles approchants tels que : la langue maternelle, peuvent être un ersatz à ne pas négliger.

Nous disposons aussi de plusieurs modèles de langue de bois qui ont quelque peu l'avantage de cultiver le silence mais aussi la limite des mensonges par omission. Convenez qu'on ne peut pas tout avoir.

La langue de poche à un certain succès, on peut la mettre dans sa veste ou son pantalon. Certes, il est de bon ton de ne pas avoir sa langue dans sa poche. Mais dans votre cas cela pourrait toutefois faire l'affaire.

En revanche je ne peux que vous déconseillez la langue de vipère, qu'il vaut mieux donner au chat.

Nous possédons également quelques beaux spécimens très anciens, de langues qui ont fourché, issues de la paysannerie traditionnelle qui, même si elles ne vous conviennent pas, méritent d'être vues.

Je vous conseille d'en profiter pour visiter notre cabinet de curiosités. Vous y découvrirez des langues bien pendues célèbres, un bœuf sur la langue, des touffes de cheveux sur la langue, plusieurs langues de pûtes, quelque langues mortes,et une copie authentique de la langue de Molière.


Bien entendu dans votre cas je crois qu'il faudra fabriquer une langue sur mesure qui, malheureusement, ne pourra être garanti anti-médisance et anti-mensonge que durant quelques semaines… et encore…


N'hésitez pas à nous contacter pour toute information complémentaire.


lundi 7 septembre 2020

Seul au monde ?

 



Voici ma contribution au 47ème devoir de Lakevio du Gout





Traverser le pont du Carrousel un matin de printemps et découvrir l’entrée du Louvre sans une voiture.

Qu’en pensez-vous ?
Aimeriez-vous voir ça ?
Je l’ai vu et fait mais il n’est pas sûr que le rêver soit moins beau 
Si vous ne l’avez pas fait, imaginez-le et dites le lundi, racontez votre rêve.



-o0o-





Seul au monde ?



Aussi loin qu'il remonte dans son passé, Romuald fait le constat d'avoir toujours rêvé de se retrouver seul au monde. Chaque être humain qu'il croise lui fait peur. L'origine remonte peut-être à son enfance. Il faut dire que sa mère ressemble à ces œuvres de Picasso où l'artiste montre plusieurs visages en un seul par éclatement. Un jour, voyant une reproduction du buste de Dora Maar peint le 20 mai 1938, il reconnaît sa mère et réalise que le tableau est mis aux enchères à 25 millions de dollars. De quoi regretter que vendre sa mère ne soit pas une possibilité raisonnable.

Son père est gros et inexpressif, tel un Botero.

Romuald n'est pas gâté par l'existence.


Romuald vit seul dans un appartement parisien, sans radio ni télé et la presse ne l'intéresse pas. Son ordinateur est son ami, son seul compagnon. Il gagne sa vie grâce à lui comme comptable indépendant. Il s'occupe de toute la paperasserie de ses clients, par mail ou messagerie. Sa compétence est reconnue. Personne ne connaît le visage de Romuald. Il vaut mieux d'ailleurs. La personne qui lui apporte ses repas à domicile n'en fit l'expérience qu'une fois. Depuis elle dépose la nourriture préparée devant sa porte, sonne, et part aussitôt avant qu'il n'ouvre.


Ce matin le printemps s'annonce. Romuald voit filtrer du soleil par les lattes de ses volets fermés en permanence. Tout à coup une pulsion inconnue l'envahit. Il décide de sortir dans la rue, fait quelques pas sans croiser quiconque. Il est surpris du peu de bruit. De l'absence des voitures et camions de livraison. Il se dirige vers le Louvre. À mesure qu'il marche il sourit et même jubile, ce qui ne lui était jamais arrivé jusqu'à ce jour.

Personne. Absolument personne. Rien. Pas un être humain. Le désert. C'est merveilleux ! Il n'en attendait pas tant.


Est-ce que son rêve se réalise : est-ce qu'il est seul au monde ?

Il se prend à courir en criant : « Vive la liberté ! ».

La tête lui tourne. Il n'a pas l'habitude, ni de l'air si agréable et respirable, ni de cette petite brise doucereuse, ni du clapotis de l'eau de la Seine sur les berges, ni de se dégourdir les jambes à ce point. Le voici pris de vertige. Va-t-il perdre l'équilibre ? Tout à coup il a des mouches dans les yeux. Il tente de les chasser de la main. C'est idiot. Pourtant Romuald n'est pas un idiot ! 


Il traverse le pont du Carrousel, franchit la porte vers Le Louvre. Place du Carrousel : personne non plus. Il débouche  rue de Rivoli : toujours personne. Paris déserté. Romuald craint de se réveiller nu et triste au fond de ses draps, apercevant l'ordinateur encore allumé et qu'il faudra reprendre le travail comme d'habitude. Jouer de la souris, des chiffres, des tableaux, des bilans comptables, rectifier des erreurs, s'amuser des tentatives de fraude bien trop visibles, et toutes ces choses ordinaires de sa vie de merde.


Le récit que vous lisez  correspond à  une réalité. Ce fut en 2020 que la vie s'arrêta pour la première fois. Bien évidemment d'autres épisodes de même nature suivirent durant des années. On appela ce phénomène : « l'ère du Confinement ». Je sais, c'est difficile à croire, mais ça a vraiment existé. Il semblerait que le facteur déclenchant de ces étranges pratiques et conceptions soit un virus qu'on appela « covid 19 ». Évidemment aujourd'hui chacun sait que les raisons profondes et véridiques des "confinements" furent toutes autres.


Progressivement Romuald réalise que son rêve de « seul au monde » ne se concrétise que partiellement, même si les périodes de confinement s'allongent dans le temps.


*


C'est la personne qui apporte fidèlement les repas et les dépose devant l'entrée qui donne l'alerte lorsqu'elle s'aperçoit que huit plateaux s'entassent dans le couloir et finissent par gêner le passage.

Lorsque les pompiers forcent la porte ils ne trouvent personne.


J'ai une requête à formuler. Si un jour, par une coïncidence quelconque, vous croisez Romuald, soyez assez gentil et courtois de m'en avertir. J'attends depuis trop longtemps mon compte d'exploitation de l'année 2031 vérifié par ses soins pour le remettre à ma banque.




vendredi 4 septembre 2020

Féministe ?

Le féminisme se définit comme un « Mouvement militant pour l'amélioration et l'extension du rôle et des droits des femmes dans la société ».


Depuis quelques mois, je porte un regard différent sur ma mère. Mes lecteurs de longue date savent que j'en ai parlé d'une manière plutôt « négative » par l'évocation de mes problèmes relationnels avec elle, mon incapacité à la « ressentir comme mère », ses failles éducatives, ses incohérences. La maladie mentale qui est venue envahir son psychisme n'a évidemment rien arrangé, c'est l'évidence. Je n'en ai guère perçu l'intensité dans mon enfance. On n'explique pas à un enfant de 8/10 ans dans les années 1950, pourquoi sa mère va très régulièrement chez un « médecin spécialiste pour prendre un traitement » on ne lui indique évidemment pas qu'il s'agit d'électrochocs répétés. C'est pourquoi il ne comprend pas pourquoi elle revient dans une sorte « d'état second » après chaque visite.

On parlait alors d'état dépressif « maman est très fatiguée ».

Aujourd'hui on dirait « bipolaire ». Et on la stabiliserait certainement avec le lithium.



Je me souviens des épisodes dépressifs qui duraient parfois des semaines où elle ne sortait pas de son lit. Je dois avouer que ces temps-là avait quelque peu ma préférence. C'était plus calme dans la maison. Des sortes de périodes d'apaisement. Personne ne le formulait de cette manière, mais ça se voyait bien sur les visages qu'on était plutôt content d'être « enfin tranquilles ».


Quand « elle allait mieux » la vie reprenait un cours qui semblait  « normal ». Mais qu'est-ce que la normale ? C'étaient des périodes où la vie ressemblait à ce que probablement elle devait être chez les autres familles, du moins c'est ce que je pensais. Je demeurais toutefois avec ce sentiment d'abandon, livré à moi-même. La relation avec ma mère se déroulait sur le mode de l'engueulade parce que je ne réussissais pas assez à l'école « va dans ta chambre réviser tes leçons et reviens dans mon bureau quand tu sauras tout par cœur ».

Autrement dit le message de fond était : « démerde toi tout seul ! ».

Néanmoins, par moments, s'en venaient des phases de débordements affectifs à mon égard qui m'étouffaient.


« Reviens dans mon bureau », parce que mes parents exerçaient une activité libérale à leur domicile, et que « les affaires du bureau » envahissaient la maison et les conversations. Sans cesse.

Des années après, devenu adulte, je réaliserai que mes parents formaient un couple de travailleurs indépendants à égalité. C'était après-guerre. Je pense que ce n'était pas courant cette forme d'égalité.  Nous n'étions pas dans le schéma : mon père reçoit les clients et ma mère joue à la secrétaire. Ils travaillaient en collaboration véritable sans hiérarchie clivante, ou plutôt sans domination systématique de l'homme sur la femme.

C'est pourquoi j'évoque le féminisme dans mon titre. J'ai vécu dans cette ambiance-là. Les clients étaient de toute nature, du pauvre au riche, du « bon français » à l'étranger basané nord-africain. Les fondamentaux  que mes parents partageaient était la justice, le respect des personnes, la défense des droits, la rigueur morale, un dynamisme fort, une volonté de réussir et de développer.

J'ai baigné là, sans véritable conscience de la nature de l'eau du bain. Mais j'en fus imprégné, c'est l'évidence.


Des dizaines d'années plus tard  et jusqu'après la mort de ma mère, j'ai reçu des témoignages remarquables, venant de ces fameux « clients », dont certains étaient devenus des amis de mes parents et qui ne tarissaient pas d'éloges sur les qualités et compétences professionnelles de ma mère. J'avais ce sentiment qu'on me parlait d'une personne étrangère que je ne connaissais pas. « Vous êtes sûrs que c'est bien de ma mère dont vous parlez ? »


Revenons à l'enfance.

Lorsque ma mère allait bien, c'était de mieux en mieux… elle se montrait pleine d'initiatives et de créativité. Il fallait changer, progresser, inviter des gens, beaucoup de gens, elle était gaie, débordante, trop. Elle en devenait fatigante. J'ignorais que  s'annonçait le début d'un nouvel épisode maniaque du trouble bipolaire. Cela enflait jusqu'à ce que tout l'énerve. Je croyais que c'était surtout de ma faute « tu m'énerves, fous-moi la paix ! ». Elle se levait à deux heures du matin pour nettoyer toute la maison, ou changer tous les meubles de place. Elle avait une force décuplée.

Jusqu'à ce qu'elle s'écroule, une fois de plus.

Bien plus tard, beaucoup plus tard, je compris que cela s'accompagnait de délires. Mais j'en fus rarement témoin direct. Je me rappelle cependant certaines scènes qui me paniquaient fortement. Je précise que je ne fus jamais l'objet de ses délires. Elle les dirigeait contre mon père, mon frère, l'une de ses sœurs.


Tout cela finit par « disparaître » lorsque mes parents ont pris leur retraite. Ça ne disparaît pas la bipolarité, mais les épisodes s'estompent, les phases maniaques en premier, parfois de la mélancolie demeurait notamment les hivers.  Au cours de ses dernières années j'ai vu apparaître « une autre femme ». En réalité j'ai vu surgir (resurgir ?) sa vraie personnalité profonde, une générosité foncière, une joie de vivre dont je sais qu'elle avait marqué mon père quand ils se sont fiancés, une confiance dans l'existence intense et inébranlable. Un appétit de vivre évident. Une intelligence et une subtilité pour comprendre autrui.


Malheureusement  tout a mal fonctionné entre elle et moi. Ça me reste en partie mystérieux. Après son décès mon frère aîné (10 ans de plus) m'a communiqué des lettres qu'elle lui a adressées à mon sujet,  après que j'avais contracté la polio, où elle parle de moi et de mon  courage, ma perspicacité, ce qu'elle appelait « ma philosophie »,  d'une manière juste qui m'a sidéré, parce que je n'en ai jamais rien su ni perçu… 

Mystérieuse incapacité de communication ajustée entre elle et moi.

Je ne désespère pas de mieux comprendre. Et en même temps ce passé ce n'est plus une entrave à ma vie d'aujourd'hui.

J'aimerais cependant réhabiliter la véracité de ce que fut ma mère.


Je lui dois beaucoup quant à cette confiance dans la vie comme si elle avait pu me transmettre cela indépendamment d'elle-même. Peut-être une sorte d'osmose génétique ? Peut-être que c'est à elle que je dois cette phrase imprimée en mon être et que j'ai déjà évoquée  : « Quoi qu'il m'arrive je m'en sortirai toujours ».

Jusqu'à présent… ça fonctionne… et Dieu sait si j'en ai vécu des épreuves de toutes sortes, des découragements et des désespérances. Mais au fond de moi ce sursaut brûlant et vital n'a jamais failli.


mercredi 2 septembre 2020

Réchauffement

Il n'est plus possible de contester le phénomène du réchauffement climatique.

S'il en était besoin, en voici une nouvelle preuve.

Dans mon quartier, pas plus tard qu'aujourd'hui, j'ai pu constater de visu que des arbres se mettent à fumer.


Voyez vous-même sur la photo.






La deuxième photo est une projection dans l'avenir de ce qui nous attend bientôt :

Mes ami(e)s, il est temps de nous préparer au pire.


On va tous griller !


L'avenir est au barbecue.

Profitez en, il y a des soldes sur ce produit chez Amassezon.tut !






mardi 1 septembre 2020

Changer de vie


Voilà ! C'est la rentrée.


En effectuant la petite tournée des blogs, je m'aperçois que « le Goût » relance les devoirs du lundi. J'en suis ravi.


Alors commençons par là.


Le titre m'est venu tout de suite, peut-être parce que moi aussi j'ai le désir de changer quelque chose. Rien de radical. Mais modifier des habitudes acquises qui finissent par générer de la sclérose. Quelques jours au bord de la Manche m'ont aidé à une prise de conscience, dans la solitude face à la mer.

Cela peut paraître anodin. Des petites choses. Mais quand on commence à s'écarter du « tout tracé » cela peut emporter loin…



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Changer de vie


— Comment ça ? Changer de vie ? S'étonna-t-il en se retournant vers elle.


C'est vrai ça, qu'est-ce qui lui prenait ? Elle avait tout pour plaire et être heureuse. Tout lui avait souri jusque-là. Pourquoi changer ?


— J'ai décidé cela cette nuit, répliqua-t-elle en regardant la rivière s'écouler au son de sa petite chanson de rivière épanouie, toujours prête à rafraîchir tout le monde aux premiers rayons du soleil. Il faisait si chaud dans cette ville étouffante.


— Alors ? Tu vas me laisser choir ? Interrogea-t-il inquiet, laissant sa clope se consommer toute seule entre ses doigts.


— Il se fait que tu es dégringolé dans mon estime. C'est la chute finale. Tu as cru que je t'appartenais, mais j'appartiens à ma seule liberté.


— Cela ne veut rien dire changer de vie ! S'énerva-t-il. On ne change pas de vie comme on change de bermuda ou de lunettes de soleil comme tu en as sur la tête. Tu déconnes à fond ma pauvre petite !


— « Pauvre petite » voilà bien le genre d'expressions dans lesquelles tu m'enfermes ! Je me suis laissé abuser, maintenant c'est terminé !


Elle se leva prestement, lui tourna le dos et s'éloigna vers la gauche à la fois d'un pas lent et déterminé. Lui ne bougea pas, les coudes sur les genoux. Il avait lâché la cigarette qui finissait de se consumer sur le sol en pierres. Il pensa :


— L'aventure avec une femme  c'est comme une clope, une rencontre qui t'allume, tu en tires des bouffées de plaisir et puis ça finit par s'en aller en fumée. Il n'en restera pas grand-chose, juste quelques cendres que le vent emportera.