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lundi 29 juin 2020

Ernest et Sidonie


La consigne du lundi

Le couple me dit quelque chose, mais quoi ?

Et à vous ? Que dit il ?


Lundi on le saura sans doute…
Mais ce serait bien si vous y mettiez les mots :
- Moraux.
- Ensemble.

- Incapable.
- Avril.
- Fou.
- Muet.
- Cavalier.
- Genou.
- Claire.
- Conte.







Ernest et Sidonie


Bon, allons-y, il faut bien essayer quelque chose...


Ernest Moulineaux regarde avec tristesse la reproduction défraîchie d'Américan Gothic de Grant Wood punaisée sur le mur sale de la cuisine. Il l'avait découpée il y a bien longtemps dans « La veillée des chaumières », pour faire plaisir à sa femme Sidonie qui a la même gaité joviale que la femme du tableau de Wood.



Il y aura deux ans en avril prochain qu'Ernest est veuf. Depuis cet événement il a un caractère de chien. On le croise parfois dans le village le soir, entre chien et loup, avec son air de cocker battu, et s'en est une désolation. Lui qui était si gentil lorsqu'il écrivait des contes pour enfants 

Si un brave voisin tente de lui adresser quelques mots, il reste muet comme une carpe.

Madame Dupoil le faisait encore remarquer l'autre  jour à l'épicerie, même que Monsieur Pujol a ajouté :

 — Ah, ça, pour être muet, il est muet !

Monsieur Pujol est réputé pour avoir le sens de la formule juste. D'aucuns pensent qu'il aurait même tendance à en abuser.


Depuis que  Sidonie Moulineaux est morte, sa fille Claire et Ernest vivent ensemble.  Tout le monde s'accorde à dire que ce n'est pas une bonne solution. Ils sont comme souris et chat, et se regardent en chiens de faïence. Pourtant ça se passait plutôt bien du temps où Sidonie était en vie. 


— Oui mais voilà, ça c'était avant et maintenant ce n'est plus comme avant, puisque c'est après, fait remarquer doctement Monsieur Pujol, en attendant son tour à la pharmacie.


À l'occasion Madame Dupoil ne manque pas de faire observer que la Claire est toujours célibataire, alors qu'à un moment il y avait anguille sous roche avec Roger le fils Germon, celui qui est bon cavalier, et connu comme le loup blanc pour ses fredaines. Mais Claire n'en a pas voulu parce qu'il est trop chaud lapin et passe son temps à bayer aux corneilles, incapable de trouver un boulot stable. Ce n'est quand même pas une raison pour pousser des cris d'orfraie, à chaque fois que ce jeune homme lui dit que le petit oiseau va sortir. Au bal, ce coq du village, aurait tenté de saisir le genou de Claire, à la buvette sous la table. Elle aurait fait semblant de ne pas apprécier, ainsi que le remarquèrent  les dames observatrices officielles du village.


— La Claire, déclara péremptoirement Madame Dupoil sitôt entrée dans la boulangerie, joue au chat et à la souris. Avec son physique de crevette elle rougit comme une écrevisse quand un homme la regarde. Cette fille tente de noyer le poisson, mais n'est pas celle que vous croyez ! C'est comme j'vous le dis !


Évidemment, le silence se fait comme chaque fois que Madame Dupoil s'apprête à faire une annonce qui aura un effet bœuf. Tous les regards se tournent vers elle. Elle s'enhardit :

— Figurez-vous que, pas plus tard qu'hier je suis passée en face de la maison d'Ernest et Claire et j'ai entendu cette dernière s’embarquer dans un véritable fou rire. Elle rigolait comme une baleine, ce qui n'a pas manqué de me mettre la puce à l'oreille.


— Et pourquoi qu'elle rigolait ? a demandé Monsieur Pujol qui s'apprêtait à passer commande du gâteau familial du dimanche de Pâques.


— Justement ! Ce n'est pas normal. On ne rit pas un Vendredi Saint ! C'est contraire à tous les principes moraux ! Je vous le dis comme je le pense : cette fille a le diable dans le ventre !

 Aussitôt, Monsieur Pujol, qui a l'imagination fertile, visualise un diablotin à la queue vibrionnante en train de parcourir tout le corps nu de Mademoiselle Claire pour la chatouiller vigoureusement jusqu'à la crise d'hystérie. Face à ces pensées horriblement païennes, dès qu'il quitte la boulangerie, Pujol se dirige vers l'église pour aller s'accuser en confession, afin d'avoir l'âme lavée par une absolution au gel hydroalcoolique.


Dimanche c'est Pâques. Jour de résurrection. 

Qui sait si Sidonie si gaie et si gentille, si ça se fait, sera sidérée, de ressusciter en silicone avec simili-sourire si suave, si, si ....


jeudi 25 juin 2020

Molières

L'autre jour, j'ai regardé la cérémonie des Molières à la TV, enfin si on peut vraiment parler de « cérémonie » cette émission préenregistrée, sans public, juste en présence des artistes nominés, et même parfois certaines séquences face à une salle de spectacle totalement vide. Une émission animée par une présentatrice du journal TV (Marie-Sophie Lacarrau), histoire d'avoir au moins sur scène une personne qui ne soit pas comédienne… quoique… il semblerait bien qu'elle aurait aimé l'être !


Des récompenses pour des œuvres qu'on ne reverra peut-être pas avant longtemps sur les planches d'un théâtre… 

On nous promet des reprises à l'automne, des renvois à 2021 ou 2022… mais rien n'est certain dans ce domaine !


Je pensais regarder quelques instants, histoire de voir comment ils avaient prévu le déroulement par ces temps troublés. Ensuite j'envisageais de visionner un film. Je suis resté jusqu'à la fin de la cérémonie. À cause des émotions qui sont montées peu à peu en moi. Pourquoi ai-je ressenti autant de tendresse pour ces artistes, comédiens, metteurs en scène, ces hommes et ces femmes du spectacle, toutes disciplines confondues ?


Ils me sont apparus émotionnellement sur fond de désarroi qu'ils tentaient de masquer parfois intempestivement sous couvert d'une excitation joyeuse hors du commun. Ou alors d'une gravité dans les attitudes et les propos.

Sans le vouloir probablement, ils portaient témoignage de l'importance de cette culture du théâtre et de ce qui s'y rattache, comme une impérieuse nécessité pour le monde.


Sans doute étais-je aussi touché à raison de la tradition artistique qu'il y a dans ma belle-famille, soit des amateurs chevronnés et doués, soit des professionnels du théâtre, du cinéma, de la musique sous diverses formes, etc. Ce petit réseau qui nous informe qu'Untel ou Untelle sera dans un épisode de la série télévisée Machin, ou tel film à succès (petit rôle certes, mais casting réussi !), un ou une autre sera en représentation à Maville, Taville ou Saville, et que si jamais on a l'occasion…


Tous ces gens si sensibles et attachants, sous les feux de la rampe ou dans l'attente d'un projet qui n'a pas encore pris corps, ou pour un temps au chômage des intermittents… ou parfois désespérés d'avoir était refusés dans tel casting…


Bien sûr ils n'ont qu'à aller s'embaucher comme vendeurs de pizza ou chauffeurs Uber, à moins qu'ils ne soient poseurs de cloisons, comme cet artiste peintre qui travailla chez moi et il y a quelques années, parce que, « Monsieur, il faut bien gagner un peu d'argent pour vivre ».


Mais bon, les saltimbanques, amuseurs publics ou privés, guignols et autres bateleurs, sont quand même totalement inutiles à la prospérité économique d'un pays…

Bon, je constate une fois de plus il va falloir que je précise que le petit paragraphe ci-dessus doit être lu au deuxième degré… je dis bien deuxième degré ! Rhalala !



Alors j'ai repensé à cette chanson d'Anne Sylvestre sur les troubadours et bâtisseurs de cathédrales :


« Sans les chants des troubadours

n'aurions point de cathédrales »




lundi 22 juin 2020

Où mène le destin ?







Du rififi chez les dames ou autre chose ?
Cette toile de Jack Vettriano amène tant de questions…
Qu’en pensez-vous ?


-o0o-



Cette semaine, deux textes pour le prix d'un seul !
J'ai en effet écrit un premier texte qui m'a semblé avoir comme construction le même schéma littéraire que j'ai déjà écrit d'autres fois.
J'ai donc écrit un autre texte dans une démarche différente. C'est ce dernier que je publie ici.
On trouvera l'autre mouture ici
(ou CLIC ci-dessus sur l'onglet "une vie un destin")
Bonne lecture si le cœur vous en dit.




Où mène le destin ?

Si ma mémoire ne me trompe pas trop, cela fera deux ans à l'automne prochain. Deux longues années, trop longues. Je sais bien que la vie ne permet pas toujours de réaliser ses désirs, ce que l'on croit être le destin qu'on est venu accomplir en ce bas monde. À l'époque j'appelais cela « ma vocation ». Toute petite j'en rêvais :
 — infirmière, je serai infirmière comme Tatie Martine.
Total, me voici, attendant le client. J'en vois un qui cherche derrière la vitre. Je devrais me tourner vers lui et sourire, mais c'est pas du tout mon genre, alors je regarde vers cet horizon à 2,50 m, qui me tient lieu de tentative d'évasion.
— « Infirmière, quel beau métier » m'avait dit maman avant de mourir, elle qui, jeune fille, rêvait de faire médecine. J'ai, rapidement compris que j'étais comme elle : aucune capacité. J'en ai apporté la démonstration en échouant à l'examen d'entrée.
Par relation je suis devenu sous-aide-soignante. C'est-à-dire, je balaye, je passe la serpillière, je vide les urinaux, les bassins de lits et les crachoirs a vomi. C'est ma collègue qui désinfecte le tout, parce qu'elle a le diplôme requis.

Je suis belle. Plus que cela il me semble. Ce n'est pas une qualité, mais une chance de la nature. Une chance ? Je n'en suis pas sûre. Ce qui est certain c'est les carabins me mettent la main au cul à longueur de journée. Paraît que c'est par tradition. Il y en a un, je l'ai giflé en criant dans le couloir : « C'est par tradition ». Il s'est plaint au chef de clinique qui s'est contenté de le changer d'étage : pas de mousse, pas de vague, paraît que c'est aussi par tradition.

Vu le salaire minable que me verse généralement l'hôpital public, il faut bien que je trouve un petit boulot complémentaire. J'ai trouvé à cause de ma beauté, et finalement c'est peut-être une chance, un signe du destin. Et ce boulot : c'est ici. Plus personne n'appelle cela un bordel, encore moins une maison de tolérance, tolérance de quoi d'ailleurs ? C'est « un club de convivialité ». Je viens trois fois par semaine, de 23 heures à quatre heures du mat'. Cinq heures de travail pour l'équivalent de 15 jours de mon salaire. Qui refuserait un tel avantage ? C'est d'autant plus valable que le client reste de l'autre côté de la table et à l'interdiction de me toucher. La vidéo contrôle. C'est moi qui dirige tout. Je montre, je ne montre pas. Ça dure 20 minutes. Les habitués ont compris que la chasse au trésor était possible en posant un certain nombre de billets sur la table. Alors le dévoilement des secrets de la Licorne leur seront accessibles et ils découvriront le trésor de Rackham-LA-Rouge ! Il y a toujours une boîte de Kleenex sur la table. C'est offert par la maison.
Je sais, c'est minable. Seulement j'ai la nounou à payer pour les deux gosses que je me suis attrapée sans le vouloir. Pas de bol. Un coup foireux. Il avait une capote en papier carbone. Il m'a flanqué des jumeaux dans le nichoir, cette andouille. Un coup d'un soir, un coup de trop. C'était un beau gars aux allures sympathiques, seulement je n'ai même pas su son nom. Peut-être qu'il aurait été un père excellent.

Ce soir il n'y a pas grand monde. À moins de cinq clients par nuit je ne suis pas rentable. Je ferais mieux de me tourner vers ce type moche comme c'est pas possible, qui ne décolle pas de la vitre. Un grand sourire et je le taxe un maximum. Je n'aurais qu'avoir une pensée pour mes jumeaux chéris, et puis 20 minutes, c'est si vite passé…

lundi 15 juin 2020

Edward





J’aime Hopper et son génie de l’étrangeté de la banalité.
« Hotel Room » me le démontre et me pose la question :
Que fait-elle donc, si peu vêtue, assise l’air si peu intéressé par son livre ?
J’entrevois plusieurs cas.
Et vous ?
Qu’en aurez-vous dit lundi ?


-o0o-





Edward


« Rejoins-moi au bar de la Sirène
je t'y attendrai chaque soir jusqu'à minuit.
Viens, je t'en supplie !
Edward »

Qu'est-ce que c'est que ce billet que je viens de trouver à moitié dissimulé sous le lit ? Il semblerait que le ménage soit négligé dans cet hôtel ! On m'en avait pourtant dit tant de bien. À qui peut-on encore se fier. Aussitôt j'appelle la réception. Je déteste les chambres qui ne sont pas impeccables quand on y pénètre. Je suis venu ici me reposer, essayer d'oublier, être loin de tous les autres qui sont mêlés à cette histoire lamentable. En ce moment, la moindre chose me contrarie.

Il faut absolument que je me change les idées. D'accord, j'ai refusé ce mariage la veille de la cérémonie. Mais j'étouffais trop. Je me suis laissé faire, manipuler par ce Maxime et par sa famille, moi, la célibataire désormais orpheline depuis le décès de mon père. J'ai cru que Maxime m'aimait, mais c'est la fortune de la fille unique de papa qu'il convoitait. J'ai pris la fuite. Le soir même. Maggie m'a conseillé cet hôtel dans cette ville balnéaire où personne ne viendra me chercher.

Je dîne frugalement vers 20 heures, un peu ridicule d'être seule à une table avec tous les regards fixés sur moi. Au serveur je demande s'il connaît « le bar de la Sirène ». Il s'est renseigné et m'a rapporté un papier avec l'adresse. C'est idiot. Je ne vais quand même pas aller là-bas toute seule. 
Mais si, m'y voici, assise au bar sur un tabouret haut à siroter un long drink Jullep, j'avais envie de la fraîcheur de la menthe. L'endroit est chic, feutré, lumière tamisée et ambiance cosy. Le barman est parfait. Son cocktail impeccablement dosé.

Je ne tarde pas à repérer une sorte de Clooney en chemise blanche ouverte,assis sur une banquette devant une table avec un verre et une bouteille d'eau gazeuse. Seul. Il semble perdu dans ses pensées, le regard dans le vague, comme s'il n'y avait personne autour de lui. Ce n'est sans doute pas lui le type qui attendra jusqu'à minuit ! Quoique ! Ce serait amusant si j'avais ciblé juste. Je l'observe à la débordée. Un peu trop peut-être, car il se sent épié et nos regards se croisent. À tout hasard j'ose un sourire timide auquel il ne répond pas. On va en rester là. Je pivote sur mon tabouret. Mon regard se dirige de l'autre côté de la salle. Qu'est-ce que je fous ici ? Je ferais mieux de rentrer à l'hôtel et appeler Maggie pour bavarder un peu de toutes ces dernières semaines qui m'ont épuisée, à préparer un mariage dont je ne voulais pas. Je vais rentrer à l'hôtel. J'ouvre mon sac et cherche ma carte bleue.

— Un autre cocktail, peut-être ? me souffle une voix chaude à la fois tendre et audacieuse. Un trouble m'envahit, car je crois la reconnaître. En une fraction de seconde de ma bouche s'échappe :
— C'est toi ?
— Peut-être, dit la voix suave et pénétrante.

Je me retourne et me confonds en excuses et balbutiements :
 — j'ai cru reconnaître quelqu'un. Mais non, pardon, je…
— Mais si c'est bien moi rétorque-t-il aussitôt. Vous n'avez pas répondu. Un autre cocktail ?
Bêtement je réponds oui, sans réfléchir, sans savoir si j'en ai envie, comme si j'avais à me faire pardonner quelque chose. Décidément ce soir rien ne va.

*

— Et tu ne l'as jamais revu ? me demande Maggie lorsque je lui raconte cet épisode du bar de la Sirène.
— Non, jamais. Nous sommes rentrés ensemble à l'hôtel. Je ne me reconnaissais plus. Un envoûtement. Que veux-tu. J'étais en état de faiblesse évidente. Je ne peux même pas dire qu'il a profité de la situation, je me suis offerte sans retenue. Et je t'assure je n'ai absolument rien regretté. Ensuite, quand… enfin je veux dire avant qu'il parte… il a vu le billet manuscrit sur la table de nuit. Il a dit, avec un naturel déconcertant :
— Vous aviez rendez-vous dans ce bar ?
— Oui, enfin non, ce serait compliqué à expliquer, en réalité… enfin, de toute façon ce n'était pas vous, n'est-ce pas ?
— Ne dites rien ! Rien d'autre ! De toute façon on ne se reverra pas me semble-t-il ?

J'ai répondu que je ne croyais pas en effet. Et puis j'ai ajouté :
— C'est terrible, vous ne m'avez même pas dit comment vous vous appelez.

— Vous ne m'avez pas demandé non plus. Je me prénomme Edward. Je suis peintre.

lundi 8 juin 2020

Après le départ





La consigne du lundi de chez "Le Goût"


Qui est-elle ?


Existe-t-elle ?



Que fait elle là ?



À vous de le dire lundi…

-o0o-





Après le départ



Il vient de me quitter, je me sens sur le carreau.
Ma vie vole en éclats.
Quelque chose en moi est brisé.

Sans doute ai-je commis l'erreur de me dévoiler peu à peu devant lui.
Je suis d'une nature pudique, souvent je me dissimule derrière un verre dépoli.
Laisser transparaître uniquement l'ombre de qui l'on est. Une manière de garder sa distance.
Se tenir à l'abri, comme dans un cloître de bienfaisance.

Seulement voilà, à force de laisser entrevoir sans jamais montrer, l'impatience de l'autre monte. Je ne comprends pas les méandres du désir. Et cependant je les entretiens à mon insu. Trop d'innocence sans doute.

Maintenant qu'il part, que je le regarde s'éloigner derrière la vitre qu'il a brisée provoquant ma blessure du cœur, me voici au désespoir.
J'aimerais prononcer des mots, mais aucun son ne sort par mes lèvres.
La fine mélodie d'amour que j'ai cru entendre le soir où je me suis dénudée, n'était en réalité que les prémices d'un râle de mâle qui cherche à s'assouvir.

Connaîtrais-je un jour le bonheur d'aimer ? De désirer sans entrave ? D'être éprise et de prendre ?
J'ai cru un instant à tous les possibles. Mon cœur, tout saignant qu'il soit, m'invite à espérer. Pourtant ma raison s'y oppose. 

Derrière la fenêtre plombée je reste dans l'expectative que cet homme interrompe sa marche, fasse retour sur lui-même, se tourne vers moi, regarde l'appel de mes yeux bleus et me revienne. 
Une fois de plus.

mardi 2 juin 2020

La vie à perpétuité

Ecrire un texte qui prendra la forme de votre choix.
Il aura comme INCIPIT: Dans le feu de la jeunesse
Il aura comme EXCIPIT: Jusqu'à la fin des temps

C'est une consigne du forum d'écriture Kaléïdoplumes.
Il a semblé à certains que cela valait la peine que je publie aussi sur mon blog.
Donc voilà !


La vie à perpétuité

*


Dans le feu de la jeunesse il y a le plaisir du temps des insouciances. Tout sera réalisable. Il suffira d'y croire. Enfin, c'est ce qu'ils disent. D'aucuns ajoutent « tu verras quand tu seras grand !… » Et l'on se perd en conjectures. Comment savoir ce qu'il adviendra, qui on sera. Parfois se perçoit le ton de l'espérance. L'aspiration à la liberté, c'est-à-dire la fin des entraves parentales. Ces adultes qui passent leur temps à mettre des bâtons dans les roues de la jeunesse. Parfois on ressent le ton du découragement annoncé. Comme si tout allait être difficile, peut-être impossible.
« Tu crois tout savoir et tout comprendre, petit con ! Mais la vie c'est pas comme ça ! »
Ainsi parlent les vieux.

Je recherche encore les chemins de mon enfance. J'en ai perdu la carte. Il me semble pourtant qu'il suffit d'aller tout droit, mais au bout de la rue c'est l'impasse. Le mur se dresse. Les briques rouges  me narguent. Cependant je décide de grimper, me cramponnant aux briques, quitte à me casser les ongles. Je tiens bon. Rien n'est facile. Plusieurs fois je recommence, plusieurs fois je retombe. Plusieurs fois le découragement m'envahit. Alors s'en vient la dernière tentative et je me retrouve assis  sur le faîte du mur   regardant de l'autre côté.  C'est merveilleux. Un paysage prometteur. Des terres cultivées, des champs à perte de vue, et tout là-bas une colline vers laquelle le soleil se dirige.

L'enfance douloureuse est abandonnée. Aucun regret. Une page se tourne. Il n'y aura plus d'avant. Maintenant voici la vie, la vraie. Un homme espère, c'est moi, je viens. Je ne manque pas à l'appel. Ici tout commence. Dans la campagne il y a cette petite maison où je me retire dans la solitude. Plusieurs jours sans voir personne d'autre que moi-même. Je ressens le pressentiment d'un choix décisif. L'évidence qu'il est impératif, là, maintenant. Ainsi, le dernier jour, le corps se met en mouvement et m'entraîne dans l'existence pour aller la rejoindre. Elle qui depuis partage chaque jour et  chacune de mes nuits. Que nous soyons concrètement ensemble ou pas… nous sommes inséparés par l'intérieur.

La vie se montre généreuse à qui fait le choix décisif de lui faire pleinement confiance. C'est le gage essentiel de la réussite et du bonheur. L'abandon confiant comme le marin abandonne sa vie au bateau qu'il a construit et dont il sait qu'il tiendra sur les flots, par beau temps, vents et tempêtes. Ainsi se consolide la certitude de parvenir au terme du voyage.

Jamais il ne sera trahi par la Confiance. Jamais. Elle est comme une compagne fidèle qui prend par la main celui qui en fait le choix, ainsi que tous les siens. Parce qu'il leur apprend à côtoyer cette merveille nommée : Confiance. Alors l'expérience confirme l'intuition initiale.
Chacun sera là, présent jusqu'à la fin des temps.


lundi 1 juin 2020

par tee de Golf








La consigne du lundi ça pourrait être les golfes clairs, mais en réalité c'est à une partie de golf que nous sommes invités, et quand on n'y connaît pas grand-chose, rien n'interdit d'inventer…



-o0o-






par tee de Golf

Sigismond de Brétailleur avait invité le ban et l'arrière ban à une partie de golf qui, paraît-il, s'inscrirait très certainement dans les annales des Brétailleur pour les siècles des siècles. Amen avait ajouté la petite cousine qui n'avait pas sa langue dans son trousseau de mariage.

L'épique épopée de même que les piques et Popé, XVIIè du nom, qui appartenait à la tribu amérindienne des Tewas, devaient se joindre à nous. C'est dire si tout allait être rigolo. D'autant que des mauvaises langues avaient la pique fieleuse en l'appelant : Popé- gonflable. Nous n'étions encore que sur le practice. La partie allait être longue.


Hildegarde de Brétailleur, fille cadette de Sigismond, fut chargée de répartir les caddies. On se serait cru à Auchan alors que nous étions sur le gazon, à proximité du Green du trou numéro Un.
Le par avait été fixé à 50. Bien trop peu s'exclama Roberto de la Mormoileux, qui se fendit d'une énorme blâââgue, en forme de jeux de mots : — « à ce chiffre-là, je ne pars pas ! ». — « Hu,hu,hu ! » s'enhardit à exprimer son épouse, toujours prête à une solidarité matrimoniale. Les autres invités n'osèrent même pas se fendre le club.

Sigismond de Brétailleur saisit à deux mains son driver, qu'il avait d'ailleurs fort long, pour envoyer sa balle par-dessus les moulins de la galette. La baballe avait pas mal de distance à parcourir, mais Sigismond, toujours aussi habile, effectua une magnifique chandelle digne d'un débutant émérite. Si bien que la balle retomba avec un bruit mat tout juste à 7 ou 8 m, c'est-à-dire rien du tout.
Madame Roberto de la Mormoileux eut alors la malencontreuse idée d'un autre — « Hu,hu,hu ! » Et chacun pensa qu'elle risquait de finir culbutée dans un bunker. Les quatre fers en l'air.

Jean-Patrick de Bouzenvach pris la suite de Sigismond. On sentait bien qu'il hésitait entre le grip baseball et le grip entrecroisé. Allait-il faire un hook  ou un slice ? À moins qu'il n'opte pour un fade ou un draw ? Personne n'aurait vraiment parié sur la chose, vu que Jean-Patrick ne savait jamais se décider avant plusieurs minutes de réflexion quand ce n'était pas un bon quart d'heure. On avait le temps d'aller siffler un godet au « bar à put » !

J'aurais volontiers continué à vous raconter cette histoire de la « haute société golfière », si je ne craignais de vous ennuyer avec tout ce vocabulaire spécialisé auquel moi-même je n'y comprends pas grand-chose. Mais il faut bien succomber aux exigences impératives de l'intendant de terrain qui n'a pas « le goût » que nous traitions la consigne sur un green synthétique, ce que jamais, au grand jamais, nous n'aurions l'outrecuidance de faire.