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samedi 27 février 2021

Quand les nouvelles sont bonnes, bonnes, bonnes…

… Quand elles guident nos pas !


Ce n'est pas tous les jours en ce moment qu'on reçoit de bonnes nouvelles. Alors il faut les savourer.

Elles proviennent d'un petit village de Côte d'Ivoire où le fils d'un de mes amis se rend régulièrement (se rendait, car en ce moment…) pour donner des cours et travailler aux champs dans le cadre d'un partenariat associatif.

village en Côte d'Ivoire (photo du net)


Je reçois un peu tardivement, pour diverses raisons sans intérêt à expliquer ici, ses (longues) « lettres de brousse » . Elles respirent la joie de vivre, la sienne, celle des enfants noirs, débordants de vie malgré les conditions d'existence sous la pluie tropicale, le travail dans les champs à une heure de marche du village, revenant avec des kilos de manioc portés sur la tête.

Il raconte avec force photos, le dépeçage, la préparation et la cuisson au milieu de la brousse du plat du jour   : du rat !

«Je ne pensais pas manger un jour de la queue de rat (parce qu’ici, pour le rat comme pour tout animal, on mange tout, de la tête à la queue), c’était une expérience culinaire... intéressante. »


Les bonnes nouvelles ce sont la valeur de ce jeune homme, son enthousiasme, sa profondeur de réflexion, la pertinence de ses analyses humaines, sociales, voire politiques, l'engagement concret dans l'action, l'absence de baratin, et aussi la hauteur de vue. 


Je vous en parle brièvement comme une sorte d'antidote à nos désespérances occidentales de nantis. La joie de  vivre une vie qui fait sens, plutôt que la morosité d'attendre que vienne  enfin la catastrophe annoncée… Depuis quasiment ma naissance on m'informe que la catastrophe finale est pour ce soir. J'attends toujours…


Cet homme jeune est par ailleurs sorti major du concours de l'ENM (école de la magistrature). Ça existera encore des magistrats engagés pour une justice humanisée. J'en ai connus. J'en ai même côtoyé un bon nombre. Mais la mode étant au  « tous pourris »… je ne chercherai à rien démontrer du tout.


Il m'est revenu en mémoire cette parole d'un haut fonctionnaire que mon père m'avait fait rencontrer dans son grand bureau à dorures.  À l'époque, j'avais 17/18 ans, j'envisageais une orientation professionnelle largement en deçà de mes capacités.

J'ai gardé une parole, la seule d'ailleurs dont je me souviens, parce que j'avais exposé que je voulais m'occuper de gens en difficulté. En substance il avait dit :

« Si vous voulez cela, alors visez haut ! Vous en avez la possibilité intellectuelle. »

Ça m'avait percuté. J'ai ressenti qu'il avait raison. Il ne s'agissait pas de « faire carrière » il s'agissait d'aller jusqu'à la hauteur de ses possibles.

Je n'ai jamais oublié. Je sais pas si j'ai réussi. Mais je me suis certainement redressé à l'époque.


Juste dire que ça me fait grand bien de lire les « lettres de brousse » du fils de cet ami. Ça relativise bien des choses.

Et en ce sens je cesserai de me plaindre. 


lundi 22 février 2021

Variations photographiques

J'ai retiré mon devoir du lundi… parce que… ben, parce que !


En échange, en cette période de vacances et pré-printanière, je vous propose quelques variations photographiques, d'un intérêt narcissique de bon aloi.


Au printemps 2019, dans le cadre des festivités, étalées sur plusieurs mois, dans ma capitale régionale de ch'tis, des sculptures monumentales d’Alebrijes réalisées en partenariat avec les artisans du Musée d’Art Populaire de Mexico, furent exposés dans une des rues principales du centre-ville. L'ensemble s'appelait « Eldorado »


Les Alebrijes sont nés de l’esprit de Pedro Linares López en 1936. La légende raconte que ce dernier, au bord de la mort, a rêvé d’un bois peuplé de ces créatures qui l’ont accompagné dans son retour à la conscience. Certains de ces monstres criaient “Alebrijes, Alebrijes”. C’est ainsi qu’il a décidé de nommer ses créations.


Alors si les Alebrijes proviennent d'hallucinations pourquoi n'aurais-je pas eu les miennes en les photographiant.




Photos de rue

*






J'ai halluciné....
*













Je pensais mettre tout ceci sur mon blog photo, c'est sans doute là-bas que je continuerai, même si c'est très peu visité.

Pour l'instant, bidouiller sous Photoshop… ça me calme !…



samedi 20 février 2021

Tromper or not tromper




Après un billet trop sérieux, et pour celles et ceux qui ne sont pas partis s'aérer les neurones en ces périodes vacancières, voici un petit texte directement issu d'un atelier d'écriture chez Kaléïdoplumes.


À partir de cette photo il était proposé d'écrire une fable






*


 Tromper or not tromper


*



— Donc voilà ! En t'inspirant de cette image, tu écris une fable.


— C'est quoi une fable ?


Une fable est un court récit en vers ou en prose qui vise à donner de façon plaisante une leçon de vie. Elle se caractérise souvent par un récit fictif de composition naïve et allégorique mettant en scène des animaux qui parlent, des êtres humains ou d'autres entités à l'aspect animal mais personnifiés. Une morale est exprimée à la fin ou au début de la fable. Celle-ci est parfois implicite, le lecteur devant la dégager lui-même.


— Ben dis donc, c'est vachement compliqué ! Je ne crois pas être capable d'un tel exploit. Ce que je vois, c'est un trompe-l'œil sur un mur en décrépitude d'un immeuble dans lequel je n'aimerais surtout pas vivre. Et la fille arrose un arbre dont on se demande s'il est réel ou fictif lui aussi.


— On te demande pas de décrire ce que tu vois, on te demande de laisser ton imaginaire construire une fable avec un début, un milieu, une fin plus ou moins moralisatrice. C'est à la portée d'un cerveau humain qui y met un minimum de bonne volonté. Tu n'as pas de volonté ?


— Là n'est pas la question. Mais la question est : a-t-on le droit de tromper l'œil pour tenter de mettre de la beauté là où il n'y en a pas. Est-ce moralement admissible ? Est-ce philosophiquement conseillé ? Est-ce déontologiquement prohibé ? Quelle sera la sanction ? Ou à l'inverse, quelle sera la récompense ?


— Je ne te demande pas de faire un discours, je te demande d'écrire une fable. Tu commences à m'énerver !


— Pourquoi t'énerves-tu, alors que je pose des questions particulièrement intéressantes ? Tu es obstinée ? Têtue ?  Bornée ?


— Je te le redis : tu m'énerves ! Ce n'est pas toi qui décides de ce qu'il convient de faire ou de ne pas faire. C'est moi qui commande. Et donc, tu écris une fable où je te fous mon poing sur la gueule.


— C'est donc toi le trompe-l'œil ! Tu as l'apparence d'une fille très gentille, mais en fait tu es une teigne, un parasite social, un être que la terre ne devrait pas porter. Je pense qu'il faut t'éliminer rapidement. Nous avons des moyens pour ça !


(Elle sort un revolver)

— C'est un ultimatum ! Tu me ponds cette fable je te tire une balle dans le ventre. Est-ce que c'est clair ?


*


C'est effectivement la scène et le dialogue dont je fus témoin Monsieur le Juge. Oui ce fut terrible et je n'ai pas pu intervenir. Quand le coup de feu a claqué, j'ai eu l'impression que mes tympans allaient exploser. Non je ne suis pas intervenu. Oui je me suis enfui en courant. Oui, j'aurais dû appeler des secours et je ne l'ai pas fait.


Moralité : rien ne sert de courir, mieux vaut secourir.




jeudi 18 février 2021

Avancer vers le passé


Bien des fois j'ai revisité mon passé. Pour les meilleures raisons comme pour les pires.

Les meilleurs pour me désencombrer, clarifier, assainir ce qui devait l'être, plutôt ce qui pouvait l'être. Intégrer ce qui ne le pouvait pas. On peut mettre l'ensemble sous le vocable  fourre-tout de  « thérapie ».

Ajoutons l'évocation sans nostalgie de merveilleux moments réputés inoubliables. Et ils le sont.


les mauvaises visites étaient pour regretter ce qui n'est plus, comme une folle espérance des réparations impossibles, des dégâts définitifs, des « on ne sait jamais, après tout… ».


Peu à peu je me suis délesté concrètement, matériellement, supprimant. Détruire des « pièces à conviction » entraîne une sorte d'effacement cérébral, telle une feuille crayonnée puis gommée.  Les traces restantes sont devenues illisibles. On peut écrire autre chose sur la même feuille.


Un événement anodin peut faire resurgir un souvenir enfoui. Comme une surprise. Ça fait du bien où ça fait mal. C'est selon.


Un événement il y a quelques jours. Un autre ce matin. Ils ont un lien.


— Il y a quelques jours : je cherchais une illustration  sur des moteurs de recherche. Un mot-clé m'amène sur de vieilles bandes dessinées, et c'est le surgissement.



je me retrouve à 12 ans allongé dans mon lit,  paralysé, incapable de m'asseoir. On me souleve avec quelques oreillers, seul le bras gauche  est quelque peu mobile, mais la main gauche  demeure désespérément fermée. Le bricolage astucieux d'une table inclinée permet l'installation de quelques bandes dessinées que je possède.  J'arrive à  tourner les pages malgré le poing fermé. Me remonte avec force une immense désespérance et une intense supplication. La désespérance  de voir mes jeunes héros et amis Spirou et Fantasio  bouger et  remuer comme ils  veulent,  courir sauter faire le pitre. Mais pour moi c'est fini à tout jamais. La supplication s'adresse à eux comme s'ils existent « en vrai » pour les mettre en garde de ne pas tomber malade et de profiter tant qu'ils peuvent de leur corps mobile et valide. Ce jour-là j'ai pleuré intensément le désespoir le plus amer.


— L'autre événement c'est ce matin : sur un blog évoquant un livre d'un auteur rescapé de la Shoah, cette phrase, : « laisser l'imaginaire du lecteur faire son chemin, c'est probablement la seule manière de raconter l'indicible. »

Le souvenir évoqué ci-dessus n'est pas de l'indicible puisque je le dis et l'exprime.

Mais certains événements de mes 12 ans jamais je ne les ai exprimés à quiconque, ni même évoqué d'une quelconque manière. Jamais. À personne. Même pas à mes thérapeutes. Même pas à celle qui partage ma vie.

Je suis loin d'être le seul dans ce monde confronté à l'impossibilité de raconter l'indicible. Ils/elles sont certainement légions à ressentir être condamnés à vivre dans le silence. 

Et d'ailleurs est-ce qu'à moi-même je me suis tout raconté de l'ampleur des terreurs ? Il est question « de procéder par brides, métaphores, suggestions » indique l'auteure du blog. Je n'ai pas essayé. Aucun écrit de ma part sur ces événements subis.


Peut-être pour la première fois je me pose cette question : vais-je mourir dans le silence par rapport à « ça » » ? 

Vais-je trouver un quelconque procédé pour un jour oser revisiter cet épisode-là ?

Est-ce une nécessité ?

Est-ce que tout ce qui reste tu, tue à petit feu ? Ou pas ?


Le présent billet ne fera pas long feu sur ce blog. Je le supprimerai vite. Ou alors je cracherais ce qui doit l'être.

Rien n'est moins sûr. Tout est possible. Mais pas toujours.


lundi 15 février 2021

Fuguer pour un ailleurs

  

Cette toile de Pissaro vous inspire-t-elle ?
Je l’espère…

Le mieux serait que vous commençassiez ce devoir par :
« Il semble que ce qui vous pousse brusquement à la fugue, ce soit un jour de froid et de grisaille qui vous rend encore plus vive la solitude et vous fait sentir encore plus fort qu’un étau se resserre. »
Et que vous le terminassiez par :
« Je vais laisser cette lettre en suspens… »





La phrase qui sert d'incipit est extraite d'un livre de Modiano :

 « Dora Brunder » qui est une déportée juive, exterminée Auschwitz, et dont il raconte l'histoire tragique.

Pas facile de s'extraire du contexte pour inventer une autre histoire… 


Ma proposition est donc teintée de ce récit dont je ne peux me détacher totalement, mais en envisageant bien entendu un tout autre contexte.


Fuguer pour un ailleurs


« Il semble que ce qui vous pousse brusquement à la fugue, ce soit un jour de froid et de grisaille qui vous rend encore plus vive la solitude et vous fait sentir encore plus fort qu’un étau se resserre. »


Vous êtes nombreux à désirer quitter ce que vous considérez comme une prison et vous n'avez certainement pas tort. Existe-t-il un ailleurs qui serait terre de liberté définitive ? L'auriez-vous trouvé ? Est-ce là que vous dirigez vos pas ? Réalisez-vous que le chemin risque d'être très long ? Et si la destination envisagée était erronée ?


Cela fait beaucoup de questions, n'est-ce pas ? Et en voici encore une. La fuite en avant est-elle une option valable ? Car il me semble que vous n'avez guère réfléchi. À moins que même réfléchir ne soit plus accessible. Lorsqu'on ressent que l'étau vous enserre le crâne et que celui qui décide du sort va continuer inexorablement à tourner la manivelle. Le pas de vis va faire son œuvre en rapprochant les deux mâchoires, il n'y a d'autre solution que de s'enfuir avant qu'il ne soit trop tard. C'est ce que vous avez fait. Qui pourra vous le reprocher.


Mais, avez-vous seulement encore une espérance ? Je sais, une question de plus. C'est aussi celle que je me pose moi-même. Existe-t-il l'éden dont ils nous ont fait la promesse ? Nous y avons cru par nécessité. Il faut être surhumain pour assumer l'absurde d'une vie qui ne viendrait de nulle part, se déroulerait sans destination pour aboutir dans le néant. Je ne suis pas surhumain. 


Lorsque vous teniez la main de votre père en qui vous aviez confiance, vous demandiez : « où on va, papa ? ». Et sa réponse invariable « tu verras, ce sera magnifique ! ». Alors il serrait votre main délicatement et tendrement comme la transmission d'une puissance. Ce serrement était le contraire d'un étau. Il était comme la certitude d'une reliance, un maillon infaillible. Vous receviez la force d'agiter vos petites jambes en cadence pour parvenir « là-bas ». Vous faisiez trois pas lorsqu'un seul lui suffisait pour effectuer la même distance.


D'aucuns prétendent vous avoir vu sur un quai de Seine. Vous cherchiez à vous embarquer sur un quelconque bateau, pourvu qu'il quitte ces lieux qui n'étaient plus pour vous.

Vous, et les quelques autres qui avaient fait le même choix, on ne vous a jamais revus. Avez-vous trouvé ? Vous êtes-vous perdus ? Morts peut-être ?

Tous les autres sont restés ici, comme moi, mieux vaut survivre que s'aventurer vers le pire.


Pourquoi donc vous écrire à présent. Je ne sais même pas quelle adresse mettre sur l'enveloppe. J'avais juste besoin de vous évoquer. Vous n'avez pas su et probablement ne saurez jamais à quel point je vous aimais. J'ai le sentiment silencieux. J'ai le secret espoir d'être deviné. Vous n'aviez rien d'un devin, et comme disent certains jeunes maintenant « vous n'avez pas capté ».


Alors, puisque désormais tout semble compromis, je vais laisser cette lettre en suspens


jeudi 11 février 2021

Une étoile


 

*


Une étoile


*



— Dis donc papy, est-ce que tu crois que j'irai vivre un jour sur une autre planète ? Comme le Petit prince est venu jusqu'à la nôtre ?


— Je sais que tu aimes cette histoire, Antoine. Tu me demandes souvent d'en relire des passages, le soir dans la chambre, avant de t'endormir. Mais à ta question je ne sais que répondre. Les histoires sont des histoires. La vie est souvent autre.


— Moi, j'aimerais bien visiter les étoiles, celles que tu me montres la nuit dans le jardin, l'été, à la maison de campagne. Tu me dis que si je regarde bien je finirai par trouver celle du Petit prince qui fait bien rigoler l'aviateur. Est-ce qu'un jour je la trouverai ? Parfois ça me rend triste.


— L'aviateur aussi était triste en attendant le retour de son ami. Et toi, tu attends quoi ?


— J'attends ce soir, Mamie a promis des crêpes au chocolat. J'adore le chocolat. Est-ce que tu crois qu'un jour mes parents reviendront ?


— Sûrement, Antoine, sûrement ! Il ne faut jamais perdre espoir. Et si demain on allait grimper sur la montagne. On serait plus près des étoiles ! As-tu déjà dormi à la belle étoile ?


— C'est laquelle, la belle étoile ? Celle du Prince ? Moi je voudrais que ce soit une étoile que j'aurais reçue en cadeau. Seulement elle est très loin. Pour ça que j'aimerais bien avoir un engin interplanétaire pour arriver jusque là-bas.


— Tu sais, Antoine, toutes les étoiles ne sont pas loin dans le ciel.


— Ah bon, papy, y en a-t-il d'autres ? Tu les connais ?


— Quand je regarde dans tes yeux, j'en vois tout plein, tout plein.


— Ah bon ? Il y a des étoiles dans mes yeux ? Pourquoi papa et maman ne les ont jamais vues ? Pourquoi ils sont partis si loin ?


— Il y a des personnes qui ne voient pas ce qu'elles devraient observer plus attentivement. Tu devrais mieux regarder autour de toi. Tu découvrirais des étoiles partout.


— Des étoiles de mer ? Comme l'autre jour sur la plage ?


— Il faut qu'on rentre Antoine, les crêpes sont sûrement prêtes. Mamie va s'inquiéter, elle n'aime pas attendre, tu sais bien,  surtout depuis qu'ils sont partis.


— T'inquiètes ! Je vais dire à Mamie que je les ai vus dans les étoiles.


— Oui, Antoine, tu lui diras ça, ça lui fera du bien. Tu perçois tellement de choses que les grandes personnes ne voient plus. 



*

*  *


Pour le forum d'écriture Kaléïdoplumes.

À partir de cette photo, faire dialoguer un grand-père et son petit-fils.


mardi 9 février 2021

En avant la musique !

J'ai toujours apprécié Jordi Savall, tant en tant qu'interprète que créateur et compositeur.

Et en particulier son hommage à Caravage sous forme de création et d'improvisations inspirées de Gesualdo, Monteverdi et Trabacci.


On en trouve des extraits ici.



C'est juste un billet intermède. Je n'aborde pas très souvent les musiques que j'aime.


Lors de ma période d'adolescent solitaire isolé chez lui, pour une raison que je ne comprenais guère à l'époque, je me suis intéressé à la musique classique, sans que vraiment personne ne m'initie, parallèlement à la vague des yéyé qui déferlait à l'époque. Peut-être que sans le savoir j'ignorais la bienfaisance que j'en retirais.  Bach, et Beethoven en particulier. 


L'autre jour sur Mezzo repassait le triple concerto  pour piano, violon et violoncelle de Beethoven. (Un de mes 33 tours préférés en ce temps-là, ainsi qu'un gros coffret de plusieurs vinyles de l'intégrale de Bach par Lionel Rogg).

Tandis que j'écoutais et regardais, ma jeunesse a vibré en moi d'une ampleur singulière et inattendue. Comme si tout à coup je comprenais certaines profondeurs de ma personnalité de 15 ans !



le triple concerto de Beethoven.

(Ici dirigé  par Itzhak Perlman, grand violoniste, chef d'orchestre, 

et accessoirement mon pote polio ! Globalement aussi mal foutu que moi… 

bien que franchement j'aurais tendance à me trouver plus beau que lui !)





EDIT Mardi : Allez pourquoi pas un petit complément de JS Bach ? (Folia BWV 212)




lundi 8 février 2021

Maria prend la pose

 Le 67e devoir du lundi chez le goût


Comment diable Francisco Goya, qu’on connaissait plus austère s’y est il pris pour passer de 

cette vision : 



À celle-ci : 




Je me demande, moi aussi comment il a fait et pourquoi, il s’est donné la peine de dévêtir cette dame.
Mais bon, comme dit le héros de « 2001, a space Odyssey » à la fin de la nouvelle « J’aurais bien une idée… »
À lundi, pour savoir comment, selon vous, il a pu s’y prendre…



***



Maria prend la pose


Évidemment je n'ai jamais imaginé que cela finisse de cette manière.  Vais-je un jour regretter d'avoir donné suite à cette proposition ? 


Francisco nous est présenté par un ami commun. Il est exact que je cherche quelqu'un de talentueux pour faire le portrait de mon épouse. Je lui en ai fait la promesse depuis longtemps. Je tiens à la réaliser avant que Maria ne soit trop avancée en âge. Francisco est un jeune peintre prometteur me dit mon ami. Je lui fais confiance.


Il arrive avec tout son matériel. Il a besoin d'espace pour s'installer. C'est impressionnant de le voir déballer tout son fourbi. Maria a revêtu les atours de notre mariage qu'elle a transformés de ses doigts agiles pour en faire une sorte de robe tunique du plus bel effet. Elle a ajouté un boléro que je ne lui connaissais pas.

— C'est une surprise ! me dit-elle avec ses yeux coquins. 

J'admire toujours cette poitrine magnifique qui m'a décidé à l'épouser. J'avais préalablement hésité à choisir sa sœur. Mais elle était trop plate.


Francisco touche délicatement le corps de Maria et lui fait prendre une pose que je trouve immédiatement plutôt lascive. J'hésite à intervenir. Y compris pour lui dire qu'avec uniquement  des mots il peut très bien décrire ce qu'il attend d'elle quant à la pose. Mais pour l'instant je me tais. Je m'assieds dans le fauteuil à quelques mètres d'eux, croisant les jambes et j'observe ma femme que je découvre tout à coup sous un jour nouveau. Si elle pouvait être aussi sensuelle à l'avenir, je n'y verrais que des avantages.


— Vous comptez rester ici à regarder ? m'interpelle Francisco.

Et comment que je compte rester là ! Je connais des peintres qui font poser les femmes et cherchent l'instant où ils pourront en profiter pour lâcher leurs pinceaux et entreprendre d'autres travaux d'approche. On sait comment cela peut finir. Je réplique :


— Je vais observer votre manière de peindre, car j'envisage de m'initier à l'art pictural. Mais ne vous inquiétez pas je me ferai discret et silencieux.


À l'air renfrogné qu'il prend tout à coup, j'ai la confirmation que dans sa tête il a d'autres intentions que se contenter de barbouiller sa toile.


Francisco se met au travail. Il esquisse des lignes, des courbes, mais j'ai l'impression que son souffle se fait court. À plusieurs reprises je le vois passer sa langue sur ses lèvres, tandis que Maria soupire d'aise. Elle commence à frémir et à remuer imperceptiblement ses cuisses l'une contre l'autre, comme si elle cherchait un certain plaisir sans se toucher.

C'est dingue ! Et moi-même, d'ailleurs, je ne peux cacher que… certaines sensations auraient tendance à m'envahir. Je glisse une main dans la poche de mon pantalon.


Mon trouble augmente. Peu à peu je vois Maria lentement se déshabiller, sans pour autant modifier la pose. Elle retire lentement sa tunique. Ou plus exactement celle-ci s'estompe peu à peu. La pointe de ses seins apparaît sous le tissu qui n'existe plus. À présent j'aperçois son nombril et l'endroit de son duvet secret. Il semble même que des effluves intimes arrivent jusqu'à ma narine. Je reconnais la senteur de son désir.


Mon regard dérive vers la toile sur laquelle Francisco s'active.  Il a peint le corps de ma femme entièrement nue. Il commence à transpirer. Nos regards se croisent. Un trouble étonné doit être visible  sur mon visage. Alors il intervient :


— Ne vous inquiétez pas ! C'est normal dans ma technique. Le corps nu et préparatoire pour la suite. Il me faut bien délimiter les contours de Madame votre épouse, pour peindre  juste après ses habits  ajustés à sa conformation physique. C'est strictement une phase intermédiaire et purement technique. Rien d'autre !


Il se croit affirmatif et convaincant. Mais pourquoi alors transpire-t-il. Qu'est-ce qu'il veut vraiment ? Qu'est-ce qu'il croit qu'il va pouvoir se passer ?


Décemment, je ne peux pas vous raconter la suite. C'est une question de respect pour les méthodes Francisco. Et sans doute aussi pour notre couple. J'ignorais qu'il utilisait une technique aussi approfondie pour parvenir à ses fins représentatives. Je ne savais pas qu'il pénétrait ainsi son pinceau jusqu'au cœur de la toile. Ni que ses poils étaient capables d'autant de virtuosité. Sous ses doigts tout devenait possible. Mon épouse était proche de la pâmoison, comme si Francesco, bien que le pinceau sur la toile, se retrouvait en réalité touchant le corps dénudé de Maria. Je réalise que tout cela se verra sur le tableau final d'une manière magnifiquement sensuelle. Je suis sûr qu'à cet instant précis  Maria  a un orgasme doux, tendre et prolongée, tandis qu'elle plonge son regard dans le mien avec un sourire complice . Elle cherche à faire comme si de rien n'était. Mais je vois son regard chavirer. ses yeux me murmurent : « c'est comme si c'était tes doigts…. »


*


Comme vous pouvez le voir, nous avons installé la toile dans la chambre, face au lit,  lorsque Francisco l'eut achevée. Elle est magnifique.  Depuis Francisco est devenu un ami dont je ne peux me passer. Maria non plus d'ailleurs. Souvent il nous rend visite. Je ne suis pas toujours là. Mais lorsque j'arrive je sens combien il a pu faire du bien à mon épouse en lui expliquant toutes les techniques de la peinture et ses multiples variations.



samedi 6 février 2021

Un dernier pour la route ?

 Quoi ? Qu'est-ce ?

On m'aurait caché la vérité. Il paraît qu'il faut boire du pinard parce que ça protège du covid 19 !


« Boire ou attraper le covid, il faut choisir ! »


Si, si, on peut rendre le virus bourré comme un polonais de Taiwan. Dès lors il est complètement inhibé d'acide tannique. Il titube, et paf : il se casse la gueule !

Tu as déjà vu un pochetron dans la rue ? Eh ben là c'est pareil !

Le mec Covid ne sait plus remuer ses petits enzymes clés de la porte d'entrée dans nos tissus cellulaires.


Les pinardiers sont aux anges !


Bon, t'affole pas Bébert, à ce qui paraît c'est pas exactement comme ça que c'est. Une étude d'un laboratoire du côté de Taiwan montre que c'est juste dans l'éprouvette bourrée d'acides tanniques que le virus s'est retrouvé avec des problèmes persos.


Et l'acide en question tu le trouves aussi dans l'écorce des arbres. On va tous devoir aller en forêt sucer de la branche, et pas qu'un peu. Avec le masque, ça va pas être coton !

Bref une fois plus on est Grosjean comme devant.


Je te sers un petit  Gevrey Chambertin Premier cru clos Saint-Jacques 1999, à 1200 € la boutanche ? Ça ira ? 





Si tu veux une étude complète du truc c'est ici.

mais si tu causes pas beau l'anglais, va reluquer du côté du « Parisien »




lundi 1 février 2021

Tourments d'artiste


66e consigne du lundi chez « le goût »





Mais qu’est-ce qui a bien pu surprendre cet homme, l’affoler au point qu’on le pense fou ?
Vous avez certainement une idée.
On en saura sans doute plus lundi…



Tourments d'artiste


Une fois de plus il arrive complètement désemparé. Cette fois l'affolement semble à son comble. Les yeux exorbités, il s'arrache les cheveux. Désespérant. Changera-t-il un jour ? C'est ainsi depuis des lustres. Et pas des lustres à facettes et pampilles façon palais de Versailles. Des bougies de suif sont allumées dans sa tête. C'est une cervelle brûlée.


— Je suis désespéré, la femme dans les vagues (*) s'est noyée !


Ça c'est la meilleure ! Je lui avais pourtant dit que le temps était mauvais sur la plage de Trouville, la mer orageuse avec risques de tempête et que ce n'était pas sérieux d'aller lui faire son portrait dans de telles conditions. Mais il ne n'écoute jamais.


— Tu comprends, déjà que la femme nue est couchée sur fond rouge vient de mourir en couches en se vidant de son sang. Admet que le malheur me poursuit ! Déjà j'ai eu des problèmes avec Jo la belle irlandaise qui à force de se regarder dans le miroir a pris  conscience de sa tristesse pour ne pas dire de sa laideur et depuis déprime. Le sort s'acharne sur moi. Je porte la poisse.


— Mais non, mon brave Gustave, tout cela se passe dans ta tête. Tu imagines ce qui n'est pas. Tu fais des déductions hâtives sur tout, n'importe quoi et son contraire. Arrête de t'arracher les cheveux ! Tu n'es pas responsable de tout ce qui arrive aux gens. Ne te prends pas pour un dieu qui serait à l'origine du monde.

N'écoute plus la femme au perroquet qui te jacasse des bêtises à l'oreille.


— J'aimerais encore m'enfoncer dans le sommeil  aux côtés de ces deux femmes enlacées. Je suis certain que je retrouverai la paix après avoir observé leurs ébats et caressé leur corps. Cela me laisserait un meilleur souvenir que ces trois jeunes anglaises à la fenêtre qui n'ont cessé de se moquer de moi de ma tristesse et de mon abattement, alors que je revenais en piteux état d'un enterrement à Ornans. Les anglaises sont non seulement rousses, mais mesquines et méchantes.


Et voilà. Gustave de nouveau submergé par ses tourments intérieurs. J'en suis un rare témoin. Lui qui aime se montrer drôle et enjoué. En réalité j'ai devant moi le plus grand désespoir qui puisse s'exprimer. Je ne vois qu'une seule manière de signifier ce qu'il ressent : le photographier.

Comme un témoignage pour l'histoire.


Signé :

Gaspard-Félix Tournachon, dit : Nadar

 (photographe célèbre - 1820-1910)


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(*) : en italique des titres de tableau de Courbet, visibles ici