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lundi 4 mai 2020

Après l'avant, l'après.



Magritte avait eu vent du « Covid-19 » j’en suis sûr.
Les amants qu’il a peints en sont la preuve.
Quelle sensation peut laisser un baiser quand on respecte les « gestes barrière » ?
Imaginez donc la chose.
Tentez-la.
Puis supputez ou racontez l’effet du coronavirus sur ce baiser.
Surtout un baiser « protégé » de cette façon…




Enfin, dans quelque temps nous allons pouvoir nous retrouver. On se répétait au téléphone, en Visio ou par message un peu toujours la même chose :
 — « tu me manques ». Et voilà que nous allions pouvoir reprendre nos ébats où ils avaient été interrompus.

On ne se connaissait que depuis peu, mais ce fut comme un coup de foudre. Une tempête dans une chope de bière d'au moins 50 cl. Ça débordait de partout et la mousse était abondante. On échangeait des baisers profonds, avec des crampes dont la langue. Très vite on est allé beaucoup plus loin.
Cette fin d'après-midi-là, en quittant l'hôtel, on se dit à jeudi, lèvres collées sur le trottoir. Non, on ne s'était pas mis à plat ventre pour lécher le trottoir. Nous étions debout sur le trottoir serrés l'un contre l'autre, mes lèvres collées aux siennes. C'est clair comme ça ?

Avant de rentrer retrouver ma légitime, j'étais passé acheter une nouvelle boîte de capotes, enfin, je veux dire des préservatifs pour les jeunes qui liraient ça et ne connaîtrait pas la terminologie de mon temps. Les dernières dont je disposais avaient disparu dans la poubelle de salle de bain de l'hôtel. Oui je sais, ce sont des détails triviaux, mais si on se protège pas… Je serai paré pour jeudi.

 C'était sans compter avec le discours du Président le lundi, anonçant le confinement pour le lendemain midi. Plus question de sortir. Plus question d'aller à l'hôtel, qui de toute façon ferma. Et donc il me tarde d'être le 11 mai. Ce ne sera pas l'hôtel, mais chez Benoît, un pote compréhensif, en même temps que célibataire, qui ne sera plus en télétravail. Bien entendu j'aurai les préservatifs. Mais le problème ce sont les masques. La distance réglementaire : on pourra faire exception. Mais le bouche-à-bouche ! C'est beaucoup plus risqué. La grande porte d'entrée du covid ! Si on ne porte pas les masques on risque d'être incapable de résister aux baisers profonds, dont elle dit avoir un besoin impérieux pour qu'ensuite ça se passe bien côté plus intime. Personnellement je pense qu'on pourrait pratiquer autre chose que « le missionnaire ». Il y a quand même des positions qui permettent de ne pas faire trop d'écart avec les mesures barrières. Il faut bien innover. Et puis nécessité fait loi.
Faut que je réfléchisse.

****

Bon voilà, le jour est arrivé. On va se retrouver chez Benoît à 14 heures. J'ai pris un masque propre. Je l'ai légèrement parfumé avec un reste d'après rasage à base de vétiver. Faut pas non plus que ça sente la pharmacie. Il est midi, tout est prêt.

Pour tout vous avouer je suis assez hésitant. Il y a quand même encore des risques d'être contaminé. Ce serait idiot, surtout pour moi. Est-ce que le jeu en vaut la chandelle, si j'ose dire. Il est exact que nous avons pris du bon temps ensemble. Mais avec cette levée de confinement il y a un avant et un après. D'ailleurs j'entends beaucoup parler autour de moi « du monde d'après ». Est-ce qu'il n'est pas temps que personnellement j'opte pour le changement ? Certes je suis entreprenant, mais pas forcément téméraire. La hardiesse c'est bien, mais il ne faut pas non plus être excessif. Et puis j'ai charge de famille. Je ne voudrais pas contaminer ma femme et mes enfants Parfois dans la vie il est nécessaire de prendre ses responsabilités en se montrant prudent.
D'autant que pendant le confinement, ma femme a eu une certaine audace au lit qui a quand même sérieusement revigoré notre couple qui avait tendance à sombrer dans la routine.
 Rencontrer de nouveau une maîtresse est-ce vraiment une priorité dans la situation actuelle ? Il me faut prendre mes responsabilités, avoir une attitude digne et réaliste.
 Je vais lui envoyer un message :

— [désolé, empêchement de dernière minute. On se recontacte un de ces jours ?]

Je suis sûr d'avoir fait le bon choix. Il faut que je passe à la pharmacie acheter un nouveau masque, celui-là pue vraiment…



32 commentaires:

  1. Oh le faux hardi !
    C'est fou ce qu'on peut se trouver de bonnes raisons quand l'herbe semble moins verte...

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    1. Hé oui, très juste !

      Ton expression me fait penser à la bière « Coq hardi » une ancienne bière artisanale de ch'tis rachetée par les Belges. Donc plus rien à voir… c'est devenu « la fausse bière Coq hardi »

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  2. Voilà, Alain, je pleure et je ris en même temps, parce que ce que tu dis est tellement vrai !
    texte Rabelaisien ? Pauvres Amants de Magritte ! ma fille ira me chercher ces fameux masques indispensables, si on en trouve !.. d'un village à un autre ce n'est pas pareil ; d'une ville à l'autre, c'est encore pire ! certaines pharmacies vendent les masques en tissu jusqu'à 20 euros ; on est bien loti ! Egrillard, prétentieux Alain ?
    Bonne journée.

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    1. Je me suis bien amusé moi-même à voir ce personnage qui peu à peu, sous mon clavier, devenait un beau spécimen de faux-cul !
      Évidemment je suis content si cela te fait rire.
      Mais bien sûr comme toute caricature, il y a toujours une vérité tout au fond… un peu triste en effet.

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  3. Bonjour Alain
    re essai de comm, des fois que ça marche...

    je vois que tu as parfaitement suivi la consigne d'écriture, alors que moi, comme d'hab, je suis hors sujet :-)

    PS je te lis, mais je suis lasse que ton blog ne veuille pas de moi. pourtant, j'ai ouvert un compte google rien que pour tes beaux yeux, qu'heureusement, aucun masque ne cachera!

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    1. Le sujet parfois inspire… du hors sujet…
      (Et voilà que Blogger t'ouvre grand ses portes…)

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  4. ça maaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaarche !!!!!!

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  5. On se pose la question: comment les amoureux naissants vont-ils se dépatouiller avec cette distanciation obsessionnelle? Les pauvres...

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    1. C'est sûr que cela ne doit pas être facile pour les amours nouveaux, tout beau tout chaud. Et pas non plus pour les amours parallèles…

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  6. oh! ça va même devenir moral? quelle surprise ;-)

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  7. Oui, il y a des amours compliquées qui ont dû mourir achevées par le Covid. Surtout les illégitimes, oui. Difficile de téléphoner "en cachette" quand on est confiné avec madame, qu'elle respire dans votre cou, pareil si c'est monsieur d'ailleurs. Alors tout ce qu'on imagine, ces réconciliations improbables qui semblent plus réelles que dans un téléfilm américain, tous ces abandons progressifs que l'on comprend ou croit comprendre entre les textos... Il y aura du grabuge :D

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    1. Ça semble clair qu'il y eut des règlements de compte dont on ne fait pas forcément étalage sur les réseaux sociaux… encore que !
      Les scénaristes de demain n'ont plus qu'à se baisser pour ramasser de nouveaux scénarios

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  8. Je dois que j'ai bien ri, tu es d'un cynisme.

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    1. Je dois dire que j'aime bien cultiver un peu de cynisme dans certains de mes textes !
      Comme dit un de mes amis attentionné et gentil comme tout, comédien amateur quelque peu chevronné :
      « jouer un personnage crapuleux c'est vraiment très jouissif ! »

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  9. Yvanne4/5/20

    Tiens ! Qu'est-ce que je disais : la lâcheté... :-)

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    1. Tu ne vas quand même pas lui reprocher de rester fidèle à sa femme !
      ;-))

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  10. C'est "La modification" revu et corrigé par Alain X, et je trouve cela pas mal du tout... C'est vraiment très bien décrit. On s'y croirait! Les amants mariés épouvantables... Une mauvaise affaire. Dans tous les sens du terme.

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    1. On pourrait appeler ça les bénéfices directs et indirects du confinement !
      — La maîtresse va elle aussi rejoindre son mari
      — Benoît ne sera pas complice d'adultère
      — mon héros merveilleux sera rentré dans le droit chemin !

      (Moi aussi je sais être de mauvaise foi !…)
      Et merci d'avoir apprécié…

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  11. Comment redéfinir le sens des priorités...
    Plus qu'à échanger la boîte de capotes contre un masque ! ;)

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    1. Tiens c'est vrai ça ! Un truc sur eBay :
      — échange capotes vierges contre masques haute protection.
      ;-)

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  12. mais c'est triste ça!!!
    renoncer à un RV galant... je crois que pour lui, l’aventure se termine là!
    Une fois de plus: c'est très bien écrit cher Alain...

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    1. Merci chère Coumarine, j'espère que mon petit texte t'a quelque peu distrait !

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  13. La personnalité du mec ne m'inspire pas ; c'est un lâche.Ce ne serait pas le genre d'amant que je prendrais!Et puis Monsieur tout à coup se veut sérieux et raisonnable ! Cela me fait bien rigoler..; Jusq'à la prochaine fois où après le confinement il va recommencer à draguer une autre gonzesse.
    Je plains sa femme.

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    1. Je dois dire que moi aussi, je la plains !
      Mais qui donc se cache derrière ce « C » énigmatique ?

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  14. Achète des masques (plusieurs puisque tu es chargé de famille), mais n'oublie pas de jeter tes capotes... Ta légitime n'aurait pas à se poser de questions en cas de découverte dans ta poche tant la réponse lui semblerait évidente ! On n'est jamais trop rudent, surtout maintenant que tu as décidé de reprendre le chemin tracé par Monsieur le Cur&

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    1. En fait je n'ai pas tout dit, j'ai préféré rompre lorsque j'ai appris qu'elle avait été la maîtresse du curé en question…
      je n'aime pas passer après un goupillon…

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  15. Ah, la "tempête dans une chope de bière d'au moins 50 cl." ça fait rêver ! j'essaierai...
    le covid, visiblement, ne vide pas l'imagination ;)

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    1. Ah ! Au moins quelqu'un qui a relevé ce petit amusement…
      de votre part cela ne m'étonne pas. Je ne cesse d'admirer chez vous les petites phrases ciselées dont vous avez le secret.
      Merci

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  16. Quel goujat ce mec. Monsieur se rend compte que, finalement, sa femme n'est pas si mauvaise que ça au lit. Un profiteur que ce type. Il mériterait que sa femme découvre le pot aux roses et le laisse tomber comme une vieille chaussette...

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    1. Franchement, pour une dramaturgie à rebondissements, si elle découvrait le pot aux roses (comme tu dis), je crois bien que je leur ferai vivre un plan à trois ! Et pourquoi pas avec un cadavre à la fin du truc ? Il n'y aurait plus qu'à appeler Colombo !
      ;-)

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  17. Un amant qui a des états d'âmes. Ce sont souvent les dames qui payent cette indécision. Le texte reflète bien cette atmosphère de fin d'histoire. Il y a une sorte de tristesse ou de mélancolie de bout en bout. C'est très réussi.
    Les circonstances ont donné à la régulière l'occasion de briller au lit. Et de reconquérir pour un temps l'homme volage. Mais le cours de la vie reprenant (le 11 mai) il est à craindre que la nature reprenne le dessus. Et que ce monsieur ait de nouveau l'envie ou la nécessité de revoir la maîtresse aux doux baisers. Il a bien fait de ne pas rompre !

    Oui, je sais, ce commentaire parfaitement immoral ne peut être que le fait que d'un malotru.

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