LA CHAMBRE

Sur cette image belle comme du Hopper, je vous propose :
1) Commencez impérativement votre texte par la phrase suivante : "Je suis née à quatre heures du matin, le 9 janvier 1908, dans une chambre aux meubles laqués de blanc, qui donnait sur le boulevard Raspail." (emprunt à Simone, jeune fille rangée.)
2) Terminez impérativement votre texte par la phrase suivante : "Je vais laisser pousser ma moustache, décida-t-il" (emprunt à Jean-Paul, celui qui écrit sur le mur.)
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Brève rencontre
"Je suis née à quatre heures du matin, le 9 janvier 1908, dans une chambre aux meubles laqués de blanc, qui donnait sur le boulevard Raspail." Elle avait écrit cette phrase sur un bristol en toile suisse d'une élégance raffinée, qu'elle avait glissé dans une enveloppe parfumée.
D’une main délicate elle remis la missive à ce bel homme brun, aux yeux bleus délavés et à la moustache fine, au costume parfaitement taillé dans un tissu prince-de-galles qui le rendait élégant, tandis qu'ils buvaient un dernier verre au bar. Dans quelques instants cela ferait 24 heures qu'ils s'étaient rencontrés.
Elle lui demanda expressément de ne l'ouvrir que lorsqu'il aurait rejoint sa chambre d'hôtel.
Elle se garda de lui dire qu'elle habitait en face, et pour faire diversion, demanda qu'on lui appelle un taxi pour la reconduire chez elle. « Le reverrai-je ? », songea-t-elle en claquant la portière de la voiture, alors qu'il lui faisait un signe du haut des marches de l'entrée de l'hôtel.
Il grimpa quatre à quatre les escaliers menant vers sa chambre. Sitôt la porte refermée derrière lui, il prit connaissance de cette phrase, qui le laissa dans la plus grande perplexité. Cette sorte d'aveu intime n'avait guère d'intérêt. Et pourquoi lui révélait-elle son âge, qu'elle ne faisait absolument pas du reste. C’était à l'évidence une femme du monde, intelligente, au front dégagé que des cheveux en chignon mettaient en valeur, aux yeux profonds de madone quelque peu prude et à la fois attirante, tant ses gestes délicats étaient susceptibles de faire naître le désir. Mais il n’avait rien fait pour tenter quoi que ce soit en ce sens.
Depuis son appartement, elle l'apercevait dans sa chambre éclairée, assis sur le lit, le bristol à la main. Un frisson lui parcourut l'échine. Désormais il savait tout. Ce soir elle pourrait dormir en paix.
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Repris par le tourbillon de la vie, il n’oublia pas cette rencontre particulièrement singulière. Pourtant il avait roulé sa bosse un peu partout et ne manquait pas d'anecdotes piquantes sur ses aventures nocturnes. Cette femme avait quelque chose d’étrange. Il avait gardé le bristol. Lorsqu'il visita un client boulevard Raspail, il se souvint d'elle avec précision, songeant que cela ne pouvait être uniquement une rencontre du hasard. Il fallait qu'il la retrouve. Nommer ce lieu avait certainement un sens. Il parcourut tout le boulevard cherchant vainement à reconnaître la maison de sa naissance. C'était tout à fait idiot. Mais qui n'a jamais eu de comportements idiots ?
Il revint chaque soir déambulant, depuis la rue du Bac jusqu’au boulevard Saint-Jacques. Persuadé de la croiser, certain qu'elle avait voulu revenir habiter dans l'appartement de sa naissance. Qu'il fasse soleil, qu'il pleuve ou qu'il vente, il était fidèle à sa déambulation quotidienne. Parfois il croyait l’apercevoir de dos, accélérait l'allure, interpellait une dame qui manifestait son étonnement ou une autre qui le rabrouait sévèrement. Il persévérera pendant plusieurs semaines, ne se comprenant plus, lui l'homme rationnel, comment pouvait-il se laissait aller à ces bêtises d'adolescent. Mais il était un homme, un mâle, et même un homme à femmes.
Ou peut-être l'homme d'une seule femme. Elle.
Toutefois, sans vouloir se l'avouer, il faut reconnaître qu'il était quelque peu superstitieux et pour forcer le destin il crut avoir une idée définitive et imparable pour la retrouver. « Je vais laisser pousser ma moustache », décida-t-il.
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Pour la petite histoire, je connais bien ce quartier de Paris pour y avoir souvent animé des stages… toute une époque, révolue pour moi…!!


