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jeudi 15 octobre 2020

Prendre la main que ma vie me tend.

Parfois la nuit me réveille. Ce n'est pas la même chose que lorsque je me réveille la nuit. Là, c'est comme si la nuit venait m'annoncer qu'elle m'apportait quelque chose. Il ne s'agit donc pas d'une insomnie. Alors j'attends que, peut-être, quelque chose arrive. Dans une sorte de semi-veille consciente.

Récemment, la nuit m'a réveillé. Mon esprit est flottant, ma pensée ne s'accroche à rien de particulier, un état entre veille et demi-sommeil.

Lentement ma pensée s'est dirigée vers la présence à mon environnement tel qu'il est, avec la situation planétaire de cette pandémie que nous subissons tous. Mais aussi une présence ma propre vie au milieu de « tout ça », avec la sensation qu'au final je me débrouillais plutôt bien. Me revenait les dynamiques que j'évoquais dans mon billet « risque de sécheresse »


Une phrase est montée du fond de moi-même. Vous connaissez probablement ce phénomène : ces alignements de mots que l'on n'a pas choisis, mais qui arrivent à la surface de la conscience, remontant des profondeurs de nos intériorités. 

Ça disait : « prends la main que ta vie te tend »


Dans le même temps j'ai ressenti une grande paix qui m'envahissait et une sorte d'allégresse diffuse qui m'aurait presque donné l'envie de chanter. Je me suis retenu, écoutant le souffle paisible de la respiration de ma compagne de vie endormie à mes côtés.

C'était une petite phrase simple et lumineuse.

Ma propre vie m'invite à vivre. Bon, je sais, ça doit vous paraître banal comme phrase, et n'être qu'une variante du sempiternel « prendre sa vie en main ».


Mais prendre la main de ma vie et me laisser guider par elle, souligne une dynamique de ma liberté. Soit me laissé guider librement, soit faire demi-tour et tourner le dos à ma vie.



Cette invitation est une incitation à rejoindre mon élan vital, fondamental et premier. Or, actuellement, la tentation de s'en éloigner est trop souvent présente. Il me faut faire attention. C'est pire que le découragement. Il est beaucoup plus grave de tourner le dos à sa vie. Le découragement ce n'est pas grave, c'est passager, parfois incontournable, mais ensuite le sursaut intérieur et le goût de l'existence revient.

Si je tourne le dos à ma vie j'entre dans un chemin d'errance pour ne pas dire de perdition.

Sans doute était-il temps que la nuit me réveille, pour remettre les choses au point et dans le bon ordre.

Enfant, quand je prenais la main de mon père, c'était par confiance en lui que là où il m'amenait serait bienfaisant et constructeur. Et, dans mon souvenir, chaque fois c'était juste.

Maintenant c'est ma propre main que ma vie me tend. C'est une question de confiance en moi et en elle que de la saisir. 


lundi 12 octobre 2020

Quand Ernesto rencontre Bertrand





Mais que peut bien avoir ce type ?
Que vous inspire-t-il ?
J’espère que vous en direz quelque chose lundi.

Et Mardi  ? C'est piscine ?

C'est comme on veut

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Quand Ernesto rencontre Bertrand



La dernière fois que j'ai vu Ernesto Guevapas c'était au siècle dernier. Dingue comme il avait changé du tout au tout en près de 30 ans. Où était passé le beau jeune homme au regard clair, à l'allure nonchalante, aux vêtements bien coupés de chez Hugo Boss, aux cheveux impeccables peignés courts et à la peau imberbe.


Nous étions ensemble à Fontainebleau, à l'Insead, l'une des meilleures écoles de commerce du monde, juste derrière Harvard. Là nous avons appris comment faire des affaires intéressantes. En fait, l'Insead, c'est surtout l'ouverture d'un carnet d'adresses internationales qui permet de devenir milliardaire. Mais l'argent, c'est pas vraiment ce qui compte. Ernesto s'était lancé dans le commerce mondial de haut vol, et donc nécessairement de haute magouille.

C'est un gars très rétro. Enfin, je veux dire très rétrocommissions. Fumant le cigarillo sans tousser.

Il y a quelques jours je reçois un SMS de sa part " salut Bertrand  tu te souviens de moi ? Je serai à Paris dans trois jours, peut-on se rencontrer ? J'ai quelque chose de fabuleux à te proposer ».

Aucun doute : le message est bien de lui, tout à fait le genre d'Ernesto Guevapas ! Quand il a besoin d'utiliser quelqu'un pour ses affaires, il se souvient toujours de lui.

J'adore les affaires, quand elles peuvent me rapporter. Je suis toujours aussi curieux qu'à l'époque de nos jeunesses et si Ernesto a un coup juteux : je suis partant !


*


Je le vois sortir de son jet privé sur l'aérodrome de cette petite ville de province. Il me fait signe de la main. C'est bien lui, méconnaissable. Un vrai barbouze fumant le cigarillo à moins qu'il ne soit un révolutionnaire d'opérette. Dans ce cas, arrivé à ma hauteur il  va arracher sa fausse barbe, lui qui adorait se déguiser dans nos fêtes  des grandes écoles, largement arrosées autant par de l'alcool que par des nanas. Dans les affaires, le travestissement est une seconde peau nécessaire à la réussite financière.

Mais non, il se montre plus sérieux qu'un chef de mafia ou un trafiquant d'armes.

Je l'emmène dans mon crossover de luxe BMW X3. J'ai préféré prendre cette petite voiture plutôt que la Bentley trop voyante.


Avec Ernesto, toujours pareil, pas de temps à perdre, on entre aussitôt dans le vif du sujet.  je dis :

— Alors ? C'est quoi cette affaire juteuse ?

— 18 millions de dollars à l'arrivée, répond-il

— Je prends !

— Je te préviens, c'est dangereux ! Tu as encore le goût du risque sur tes vieux jours ?

 — Mes vieux jours ? Tu rigoles, j'ai à peine 50 ans ! Soyons clairs, Ernesto, 18 à l'arrivée, OK, mais il te faut combien au départ ?

— Seulement 4 millions de dollars. Si tu suis, il me les faut dans 72 heures.

— No problémo, que je lui réponds en appelant aussitôt ma banque privée aux Bahamas, là où j'ai quelques comptes offshore.


*


Finalement, le coup a foiré. Non seulement j'ai perdu 4 millions, mais on s'est fait gauler comme des bleus par le gendarme financier supervisant les marchés à Wall Street (la SEC). Bilan : 18 millions de dollars d'amende. Même montant que celle versée par BMW en septembre dernier pour avoir gonflé ses ventes afin de séduire les investisseurs.

Ne me parlez jamais plus d'Ernesto Guevapas, moi qui suis un honnête fraudeur et ne ferait aucun mal à un petit épargnant.

Il va falloir que je revende un de mes yachts, et que j'hypothèque deux ou trois de mes hôtels particuliers.

Franchement, gagner un peu de blé dans les affaires, c'est de plus en plus dur ! 

Depuis je suis devenu membre actif du collectif « Sauvons les riches ! »


vendredi 9 octobre 2020

Risques de sécheresse.

Arrive parfois cette sensation que le désert avance. Il gagne du terrain lentement. Des espaces de vie s'estompent. Ça ne se remarque pas tout de suite. On croit simplement à une sécheresse passagère. Les fleurs se fanent, l'herbe jaunie, mais bientôt viendra la pluie bienfaisante qui permettra de reprendre vie. Et puis de toute façon c'est en périphérie, les belles terres sont là, florissantes.


C'est de la terre intérieure dont je parle. La mienne sans doute. Je suis parfois le mauvais jardinier qui s'en prend à l'extérieur , qui est prêt à accuser l'environnement, la fatalité, les gens  et je ne sais quel autre responsable.

C'est un mauvais comportement. Une facilité. C'est tellement simple de prétendre que l'on n'y est pas pour grand-chose.

À regarder le ciel, en demeurant immobile dans l'espoir que tout vienne de là-haut, que je ne sais quel sauveur économique, politique ou divin apporte sur un plateau d'argent le remède miracle. Cette manière d'être ne peut produire qu'un seul résultat : l'extension progressive du désert intérieur.


Certes, il ne faut pas négliger l'effet néfaste des médias omniprésents, qui se comportent comme des répandeurs de pesticides mortels sur la terre intérieure pour l'empoisonner un peu plus. C'est ainsi qu'ils gagnent leur vie. Ils ne feront autrement que très rarement.



Il me faut deux dynamiques : protéger ma terre d'une part, la régénérer d'autre part. En réalité les deux ne font qu'une seule et même chose, comme les deux facettes d'une même pièce. Parce que régénérer passe par une concentration de l'attention sur l'intériorité aux endroits des dynamismes existants (les pousse à cultiver), et une attention sur les aspirations centrales (les graines à faire germer). Alors, les parasites désespérants volontairement pulvérisés par les médias dans l'atmosphère s'éloignent d'eux-mêmes, comme on met en sourdine une radio ou une télé, ou en « mode avion » son Smartphone. Il en va de même des  éternels aigris  que l'on côtoie « en live » ou autrement. Ils s'échinent  à nous désespérer, espérant nous emporter dans leur chute.


Écrivant tout cela, je vois mieux comment modifier certaines modalités concrètes de ma vie actuelle.

Moi, et moi-même, allons remédier à la difficulté.


lundi 5 octobre 2020

Grégoire, la grenouille et le brochet

 




Et voici le résultat de ce que j'ai pu pêcher à l'occasion du 50e devoir chez « le goût » où il est question de se méfier

  « car il y a pêcheur et pécheur » 



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Grégoire, la grenouille et le brochet 

(récit désespérant)




Grégoire n'oublie jamais rien. Enfin c'est ce qu'il prétend. D'autant que personne ne peut savoir s'il dit la vérité quand il prononce cette affirmation. Comment connaître si on n'a rien oublié, si jamais on a oublié que l'on a oublié certaines choses. Vous me suivez ? Or, mentir est un péché.

Ce qui est certain c'est que Grégoire se souvient de ce prêtre en soutane qui puait le moisi, autant par la soutane que par l'haleine, et qui lui avait affirmé en fin de confession :

 — « Grégoire tu vis dans le péché ! »

Le jeune garçon n'avait rien compris étant donné qu'il détestait grimper dans les arbres. Qu'est-ce qu'il aurait été faire dans un pêcher, d'autant qu'il avait une répulsion naturelle pour les fruits. Sauf peut-être le fruit défendu, ce qu'il ne découvrit que bien plus tard.


Ce que Grégoire aime, c'est la pêche au lancer de grenouilles. Ce sport, qu'il est l'un des rares à pratiquer, voit son apparition au XVIIIe siècle dans le village de Vergougneux-les-Piconnelles, village dont j'ai eu l'occasion de vous parler dans de précédentes chroniques.   



C'est une pêche au brochet dans la rivière locale. La grenouille vivante est accrochée au fil de la canne, dès qu'elle coasse de douleur, le pêcheur, pécheur ou non, effectue le lancer et hop il envoie la bestiole criante dans la rivière. Le brochet qui a ouï par ses ouïes, se pointe à la surface en s'exprimant dans son langage : 

— «  Quoi ? Qu'est-ce ? un cri d'une andouille de grenouille pour ma bouille ? ».

 Aussitôt il attrape la  bestiole, généralement par la  patte gauche, et la gobe comme une mouche qu'elle n'est pas. C'est à cet instant précis que le pêcheur doit ferrer le brochet. Normalement ça fonctionne immanquablement. Rater ça ce serait péché. Grégoire réussit son coup à 98,4 %, d'après les statistiques établies par un comité de la mairie élu par les pêcheurs impénitents de la région.


Grégoire acquiert une grande notoriété, et toutes les filles du village rêvent de se pendre à son cou : Il paraît que c'est un bon coup, surtout si avant il a bu un coup.  Alors il manie sa gaule à merveille. C'est ainsi, comme dit plus haut, qu'il goûta au fruit défendu. Monsieur le curé ne peut qu'envier Grégoire car il ne sait pas pêcher, ne connaissant que les péchés des ouailles. Et bien entendu les siens. C'est pourquoi il, s'est dépêché de lui reprocher ce péché de chair.


Poussé par ses amis, Grégoire se mit à écrire un livre broché sur la vie des brochets.

Il n'eut qu'un succès d'estime et la pêche au lancer de grenouilles ne fut plus pratiquée, au grand soulagement de ce batracien.

Quant à Monsieur le curé il continua à entendre en confessions les grenouilles de bénitier.


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Oui, je sais, cela manque de prolongement philosophico-religieux, mais Mgr Poisson, évêque québécois, n'a pas souhaité traverser la flaque pour participer. Pas plus que Benoit Schneckenburger, auteur de « Apprendre à philosopher avec l'animal ».


vendredi 2 octobre 2020

Siri : le robot

Siri : le robot qui a réponse à tout sur votre Smartphone


Une nouvelle proposition d'écriture de Pascal Perrat


Il lui adressa son plus beau sourire en s’effaçant devant elle.

Elle franchit la porte sans le voir.

Son charme avait-il pris un coup de vieux ? L’autre jour, déjà…

Arrivé chez lui, il se précipita sur sa tablette et interrogea SIRI, son assistant électronique

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— Dis Siri, est-ce que je suis trop vieux pour plaire à une femme ?

— Votre fiche signalétique mentionne 58 ans. D'après l'INSEE vous n'entrez pas dans la catégorie des trop vieux.


— Tu me rassures ! Quand même ! Elle ne m'a pas vu, où elle a fait comme si ! Ça m'inquiète.

— Voici ce que j'ai trouvé pour les problèmes de vue :  liste des ophtalmologistes à moins de 30 minutes de chez vous. Il n'y en a qu'un seul.


— Ce n'est pas le problème, j'ai une bonne vue. Je veux savoir si j'avais des chances avec cette femme qui je l'avoue m'attirait beaucoup.

— Le pourcentage d'hommes rencontrant une femme à la porte d'un magasin et nouant avec elle une relation porteuse d'avenir est de 7,3 %.


— Donc en fait, j'avais peu de chances, c'est bien ce que je pensais, ce n'est pas forcément lié à mon âge, il y a bien d' autres facteurs qui doivent jouer.

— Je vous donne l'adresse du  bureau de poste le plus proche, où il vous sera possible de rencontrer des facteurs qui aiment les jeux de société.


— Tu as raison, la vie est un grand jeu, et je crois que dans la course au bonheur amoureux il y a plus de perdants que de gagnants.

— En France, le taux de gain au loto est le suivant : 1 chance sur 19 068 840 de gagner le gros lot (5 numéros + le numéro « chance »)

1 chance sur 16 d’obtenir le plus petit gain avec 2 numéros


— C'est vrai, la vie est une loterie ! Je ne suis pas né sous une bonne étoile, je suis malheureux depuis longtemps et j'ai bien peur de sombrer dans la déprime.

— Des primes et des promotions existent dans la plupart des magasins. Veuillez donner plus de précisions, par exemple dans quelle ville souhaitez-vous une recherche et pour quel type de produit plus précisément.


— Tu vois, Siri, ce qui me manque c'est un ami…

— Vous pouvez appeler SOS amitié au 08. 08. 08. 0809. 09. 09


— Je dirais même plutôt une amie, une femme compréhensive, généreuse, dévouée, sensuelle mais aussi réservée, entreprenante mais soumise, belle, intelligente mais si possible pas plus que moi, rêveuse et en même temps les pieds sur terre, enfin un peu tout cela…

— un instant, je recherche une solution……………… désolé, je ne dispose dans ma base de données d'aucun produit qui corresponde à votre demande. Veuillez reformuler.