108ème Devoir de Lakevio du Goût
Cette porte de grange ou d’étable, va savoir, me rappelle quelque chose ces temps-ci.
Je profite après le début de l’Avent avant Noël, pour vous suggérer de fait un sujet en complément des fêtes.
Elle m’inspire évidemment une histoire.
Plus exactement un dévoiement.
Mais à vous ?
Vous lira-t-on lundi ?
Les 12 coups de minuit
L'ange Gabriel, de service cet hiver-là, essayait de comprendre ce qu'on attendait de lui. On lui avait suggéré « un sujet en complément des fêtes ». Parce qu'en plus il allait y avoir une fête ? Et personne n'avait pris la peine de lui dire de quoi il s'agissait. À l'époque il n'était encore qu'un ange de troisième catégorie de la sous-classe des chérubins des travées gauchistes. C'est dire si c'était un subalterne. S'il avait su le bel avenir et la notoriété quasi éternelle qui l'attendait, il aurait probablement agi tout autrement. Mais, seul le Grand Patron connaît l'avenir.
N'ayant encore que de petites ailes il se percha sur le dos d'une oie blanche qui partait en vacances en bande. Notre ange voulait visiter les alentours et chercher une idée pour la Bamboula Céleste. Le ciel était gris paradis mal nettoyé. Gabriel fut attiré par une grange délabrée et un arbre mort. Aussitôt il sauta de l'oie. Hop ! Comme un enfant, il adorait ce jeu de l'oie.
— Voilà ce que je vais ramener ! se dit-il en son saint for intérieur d'ange et en même temps il pensa (grâce à un ingénieux système de double pensée simultanée à triple effet) qu'il allait transformer ce paysage triste à pleurer risquant de susciter des pendaisons. Ce qui, soit dit en passant, ne présentait aucun intérêt pour un ange éternel. Cependant, il était persuadé que rien que l'idée ferait marrer ses potes gauchistes. Mais, la règle paradisiaque était que chaque fête devait justement l'être : paradisiaque. Ce qui signifie de bon aloi. Comme le jeu.
Il sortit sa baguette magique de l'endroit où elle se dissimulait encore et en 12 coups de minuit le miracle s'accomplit. Évidemment il fut le premier surpris. Il s'attendait à tout, sauf à ça. Voilà qu'il était sauvé ! Il en avait presque les boules de Noël frémissantes d'allégresse. Des cloches, qui n'étaient même pas encore inventées, sonnaient dans sa tête. Il se sentait bête à manger du foin de la grange, laquelle fort heureusement avait disparu au profit d'une superbe villa éclairée de partout avec des machins qui clignotaient, des guirlandes qui virevoltaient, et plein de gens avec des bonnets rouges à pompons sur la tête, et des pulls horriblement multicolores que le moindre archange n'aurait pu tolérer. Il y avait même un âne et un bœuf qui dansaient la carmagnole. L'ange Gabriel éclata d'un rire céleste qui fit un boucan des six cents diables jusqu'au fond de l'univers.
— Tout ce spectacle est tellement kitsch et ridicule que je vais avoir un succès du tonnerre de Dieu en le proposant à la sélection.
Il demanda aussitôt intérieurement pardon au Grand Patron : l'expression « tonnerre de Dieu » était totalement prohibée en haut lieu. Ouf ! La foudre céleste ne se déclencha pas. Il était bel et bien sauvé.
Voilà, c'est le mot : sauvé. Il allait ramener un truc qui sauvera le monde : « une Nouvelle Civilisation à base du Triomphe de la Grande Consommation Éternelle ».
Il était désormais convaincu de son succès planétaire pour les siècles des siècles.
