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lundi 13 décembre 2021

Les 12 coups de minuit

 

108ème Devoir de Lakevio du Goût



Cette porte de grange ou d’étable, va savoir, me rappelle quelque chose ces temps-ci.
Je profite après le début de l’Avent avant Noël, pour vous suggérer de fait un sujet en complément des fêtes.
Elle m’inspire évidemment une histoire.
Plus exactement un dévoiement.
Mais à vous ?
Vous lira-t-on lundi ?

 




Les 12 coups de minuit


L'ange Gabriel, de service cet hiver-là, essayait de comprendre ce qu'on attendait de lui. On lui avait suggéré « un sujet en complément des fêtes ». Parce qu'en plus il  allait y avoir une fête ? Et personne n'avait pris la peine de lui dire de quoi il s'agissait. À l'époque il n'était encore qu'un ange de troisième catégorie de la sous-classe des chérubins des travées gauchistes. C'est dire si c'était un subalterne. S'il avait su le bel avenir et la notoriété quasi éternelle qui l'attendait, il aurait probablement agi tout autrement. Mais, seul le Grand Patron connaît l'avenir.


N'ayant encore que de petites ailes il se percha sur le dos d'une oie blanche qui partait en vacances en bande. Notre ange voulait visiter les alentours et chercher une idée pour la Bamboula Céleste. Le ciel était gris paradis mal nettoyé. Gabriel fut attiré par une grange délabrée et un arbre mort. Aussitôt il sauta de l'oie. Hop ! Comme un enfant, il adorait ce jeu de l'oie.


— Voilà ce que je vais ramener ! se dit-il en son saint for intérieur d'ange et en même temps il pensa (grâce à un ingénieux système de double pensée simultanée à triple effet) qu'il allait transformer ce paysage triste à pleurer risquant de susciter des pendaisons. Ce qui, soit dit en passant,  ne présentait aucun intérêt pour un ange éternel. Cependant, il était persuadé que rien que l'idée ferait marrer ses potes gauchistes. Mais, la règle paradisiaque était que chaque fête devait justement l'être : paradisiaque. Ce qui signifie de bon aloi. Comme le jeu.


Il sortit sa baguette magique de l'endroit où elle se dissimulait encore et en 12 coups de minuit le miracle s'accomplit. Évidemment il fut le premier surpris. Il s'attendait à tout, sauf à ça. Voilà qu'il était sauvé ! Il en avait presque les boules de Noël frémissantes d'allégresse. Des cloches, qui n'étaient même pas encore inventées, sonnaient dans sa tête. Il se sentait bête à manger du foin de la grange, laquelle fort heureusement avait disparu au profit d'une superbe villa éclairée de partout avec des machins qui clignotaient, des guirlandes qui virevoltaient, et  plein de gens avec des bonnets rouges à pompons sur la tête, et des pulls horriblement multicolores que le moindre archange n'aurait pu tolérer. Il y avait même un âne et un bœuf qui dansaient la  carmagnole. L'ange Gabriel éclata d'un rire céleste qui fit un boucan des six cents diables jusqu'au fond de l'univers.


— Tout ce spectacle est tellement kitsch et ridicule que je vais avoir un succès du tonnerre de Dieu en le proposant à la sélection.

Il demanda aussitôt intérieurement pardon au Grand Patron : l'expression « tonnerre de Dieu » était totalement prohibée en haut lieu. Ouf ! La foudre céleste ne se déclencha pas. Il était bel et bien sauvé. 


Voilà, c'est le mot : sauvé. Il allait ramener un truc qui sauvera le monde :  « une Nouvelle Civilisation à base du Triomphe de la Grande Consommation Éternelle ».


Il était désormais convaincu de son succès planétaire pour les siècles des siècles.


jeudi 9 décembre 2021

La paix profonde


Suite à mon billet d'hier et aussi à cette longue méditation qui mijote en moi depuis tellement longtemps, à l'image de ces plats mijotés pendant de longues heures sur le coin du la cuisinière à charbon de mon enfance.


La paix profonde est une solidité fragile.

La paix profonde est une intranquillité sereine.

La paix profonde est un ressenti éphémère et stable.

La paix profonde est une puissance faible


Voilà quelques-unes des manières dont on peut la pressentir et l'approcher au fond de soi. Parfois comme un diamant précieux, une perle rare, que l'on tient dans sa main et qui tout à coup coule entre nos doigts comme du sable.

Cela se produit quand on cherche à la garder pour soi-même. Elle se délite alors et impossible de la retenir. D'ailleurs on ne peut jamais la retenir.

C'est l'erreur souvent, celle que j'ai faite trop fréquemment. C'est un « donné continué en mouvement qui pousse à être » que l'on perd quand on veut le retenir. Ça ne s'achète dans nul magasin, et les marchands de bonheur, présents notamment dans toutes tromperies publicitaires, ne sont que des charlatans.


Il faut sans doute une longue fréquentation des profondeurs de l'être et quelques maîtres pour nous guider à la fois à nos côtés et au-devant de nous. Pas des gourous. Pas les grands chefs des grandes sagesses devenus des dieux. Ces maîtres là sont souvent à notre porte, où nous les croisons sans les voir, tellement indifférents et centrés sur nos petits problèmes.


J'en ai rencontré des grands maîtres, hommes et femmes de l'ordinaire, qui n'écrivent pas de bouquins, ne ressemblent en rien à cette nouvelle sous-espèce qu'on appelle : « influenceurs ». Ils ne bavessent pas des mots et des arguments. C'est seulement leur vie qui témoigne de l'être intense qu'ils sont, et de la grandeur de l'humilité qui les caractérise. Il nous transforment par osmose consentie. On perçoit en eux/elles ces caractéristiques de la paix profonde que je citais en commençant.


mercredi 8 décembre 2021

La paix du calme plat

366 réels à prise rapide


Aujourd’hui foule


Bah non justement, aujourd’hui pas foule du tout. Ce serait même l’inverse. Aujourd’hui solitude. Mais cependant on pourrait dire que dans cet état arrive parfois une foule d’idées. Tout ce qu’il faudrait faire (ou ne pas faire). Parfois la foule de pensées parasite. Ou alors c’est le foisonnement d’idées. Mais enfin, aujourd’hui, ce fut un peu le calme plat, celui que l’on ressent en bord de mer où tout baigne dans l’huile et qu’on laisse aller sa pensée visiter l’improbable des voluptés, les senteurs subtiles des émanations du bonheur. Alors on se croit compétent comme cultivateur dans l’art de la Paix.


(101 mots)

lundi 6 décembre 2021

L'amour en mer

 107ème devoir de Lakevio du Goût


J’aime cette toile de Valloton dite « Intimité ».
Elle m’inspire des tas de choses.
J’espère qu’à vous aussi.
Ce qui serait vraiment bien c’est que votre histoire, car j’espère que ce sera une histoire, c’est qu’elle commençât par « Flotte très lentement couchée en ses longs voiles » et qu’elle finît par « C’est qu’un matin d’avril ».
Je sais, c’est tiré de quelque chose de connu mais que j’espère, vous aimez autant que moi.
À lundi…





L'amour en mer


Elle flotte, très lentement couchée en ses longs voiles, tel un navire à la dérive,

 avec ce sentiment triste d'une noyade en eaux vives.


Hier encore elle pensait retrouver ses bras bouées qui l'enlaçaient.

 Ne l'avait-il pas repêchée lorsqu'elle sombrait sous la lune ?

Sauveteur des amours perdues dans les brumes.


Il offrait la douceur d'un port d'attache,

 le clapotis amoureux du doux ressac potache 

qui ne cesse d'aller et venir jusqu'au désir vorace.


Ensemble, ils lovaient les torons des amarres de l'attachement galère

dans l'épais fauteuil de la dunette du gaillard arrière.


Les romances sont-elles vouées au destin 

des barques abandonnées dans les cimetières marins ?


Elle avait pourtant frissonné au son de l'appel de sa corne de brume, 

appel de l'espérance, résurrection des amours posthumes.


Hélas se délita le filin de la bouée de sauvetage

l'amour une fois encore était pris en otage

les sentiments sont toujours volatils

tant pis, pensa-t-elle, c'est qu'un matin d'avril.


*

dimanche 5 décembre 2021

De la profondeur, parfois

 366 réels à prise rapide


Aujourd'hui masques et attitudes.


Lorsque Queneau a écrit cette proposition, il n'imaginait certainement pas que nous serions tous masqués un peu partout dans le monde, et que les attitudes face à cela seraient aussi variables que le nombre d'avis sur la date de la naissance de Dieu.


Porter le masque ce n'est pas se voiler la face inconnue de nous-mêmes mais au contraire laisser voir que le regard de l'autre peut-être pénétrant jusqu'au fond de notre pensée. Cela peut être source d'ambiguïté, tant les pénétrations sont sujettes à interprétations. Bien évidemment, là comme ailleurs, c'est toujours une question d'attitude.