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samedi 5 août 2023

Une tornade estivale


Expérience faite, il n'est pas nécessaire d'aller sous les tropiques pour se retrouver au cœur d'une tornade.

C'est ce qui fut vécu ces derniers jours chez les ch'tis, où ce phénomène n'est pas l'usage. Alors certes, un élément venait directement des tropiques,  en la personne d'une de mes filles qui arrivait de là-bas où elle réside depuis plusieurs années, mais je ne pense pas qu'à lui seul il fut déclencheur de l'ensemble. Les autres éléments constitutifs étaient l'ensemble de ma descendance, c'est-à-dire 13 personnes.


La tornade a lieu tous les ans durant la période estivale. On y vit à la fois la joie d'y participer, et, les années passant, une certaine conscience des effets sur nos organismes vieillissants, ma dulcinée et moi. Disons qu'il y a dans ces cas-là « l'effet Chicouf » bien connu de la gent grand-parentale : « chic ils arrivent… ouf ils s'en vont ! ». 

Qui plus est cette année est à marquer d'une pierre de lune, on a fêté deux anniversaires de petit-fils, par anticipation pour l'un d'eux qui part dans quelques jours pour le Canada anglophone, car il paraît que là-bas une université top niveau du coin est accueillante et réputée. Des petits-fils qui mériteraient une autre dénomination, vu qu'ils dépassent à présent de plusieurs centimètres la taille de leur grand-mère… ils ont certainement bu beaucoup trop de soupe dans leur enfance.


La tornade est de plus en plus polyglotte : anglais, allemand, suédois, espagnol, chinois, … et je ne suis pas sûr d'avoir fait le tour. Moi qui commence à peine à maîtriser à peu près le français courant…


J'ai assisté à de puissants coups de vent de neurones entre un cousin ingénieur informatique de 22 ans, et un autre cousin, élève de 14 ans, qui a déjà une tablette greffée à la main droite, et je ne sais trop quelle nouveau type d'écran à la main gauche. J'ai tenté d'écouter en silence, d'autant plus attentivement que je ne comprenais pas la moitié de ce qu'ils se disaient, enfin soyons honnête, je ne comprenais pas 80 %. Mais sincèrement je me réjouissais de l'ampleur de leurs connaissances et surtout de leur regard positivement réaliste sur l'avenir. Absolument pas désespérés quant au sort qui les attend. Je me suis dit que peut-être je leur avais transmis quelques parcelles de l'espérance fondamentale qui habite le fond des cœurs. Et puis l'un de mes gendres (agrégé de mathématiques) s'est mêlé à leur échange et j'ai alors eu le sentiment qu'on montait en gamme : de la tornade neuronale on n'allait pas tarder à passer à l'ouragan ! J'ai donc quitté cet endroit du salon pour aller faire une partie d'Abalone avec ma petite-fille. Et comme elle est finaude… elle m'a battu !


Je ne m'étendrai pas sur les tornades de rire qui ont jalonné chaque jour, les pluies de bonnes choses au long des repas, les déferlements de crèmes glacées qui ont fondu dans les estomacs, et des gâteaux faits maison qui ont gonflé dans les fours, envahissant subtilement les narines, prémices à des dégustations mémorables.


Aujourd'hui retour au calme, chacun est reparti poursuivre des vacances ailleurs et les grands-parents épuisés d'un trop-plein de bonheur ont quand même versé quelques larmes en voyant les véhicules automobiles s'éloigner…

Heureusement : Chic ! Ils vont bientôt revenir… !


dimanche 23 juillet 2023

Le vert lui va si bien

 

Pourquoi ce titre « anti-vacances » ?

Jusqu'à présent, comme la plupart d'entre nous : « je partais en vacances », plus ou moins loin, plus ou moins longtemps, ou j'allais dans ce petit appartement en bord de Manche, ou encore dans un passé plus lointain, en Ardèche où mes parents s'étaient retirés.


Cette année rien de tout ça… je suis assigné à résidence pour un temps indéterminé. Non, je n'ai pas eu d'ennuis avec la justice, j'ai des ennuis avec mon corps qui n'accepte plus de rendre certains services. Il a donné sa démission partiellement. Je ne peux plus physiquement conduire ma voiture. Renoncement définitif. Donc il faut tout changer. Nouvelle voiture ad hoc. Nouveaux aménagements PMR. Faudra plusieurs mois pour réaliser l'adaptation qui me convient. Je ne serai plus « un excellent conducteur » comme disait Raymond Babbitt dans Rain Man. Heureusement ma dulcinée est une excellente conductrice…


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À quelques encablures de chez moi, à portée de fauteuil roulant électrique, serpente une petite rivière en partie canalisée, et donc au débit ralenti notamment par des écluses. Tout cela date du temps où une industrie florissante polluait la rivière en question. Les industries ont disparu, ont été remplacées par de la verdure, et un environnement résidentiel aéré qui est loin d'être réservé aux plus pauvres. La rivière dépolluée.  L'endroit est bordé d'un chemin de halage praticable pour ma bécane. C'est un lieu où j'aime aller me ressourcer et parfois trouver l'inspiration. J'y ai écrit notamment une « nouvelle » publiée dans mon recueil.

C'était exactement sur le ponton ci-dessous.




Ces derniers jours, sur une assez grande longueur, la rivière accueille des lentilles d'eau en quantité impressionnante, formant un magnifique tapis vert sur toute la surface. Cela arrive parfois d'autres années mais c'est partiel recouvrant l'eau environ 50 à 60 % grands maximum. Là, pour voir l'eau, il faut attendre  le sillage des canards colvert ou des poules d'eau, ou plus rarement un ou deux paddles.


Ces lentilles sont plutôt jolies. Et en plus très utiles pour couvrir la surface et protéger de l'ensoleillement et donc éviter le réchauffement en profondeur. La lentille est un bon régulateur des variations de températures, comme les nuages dans le ciel protègent de trop de soleil.

De plus il paraît que les Chinois les utilisent en décoction lorsqu'ils ont des difficultés à uriner. Ça devrait satisfaire les prostatiques européens !


En attendant d'aller soulager un besoin naturel (comme disent les commentateurs du Tour de France) vous pouvez admirer cet autre endroit où les nuages semblent nous inviter à jouer à saute-mouton.





mardi 18 juillet 2023

De la gratitude et de la re-connaissance.

 


Jadis (pour ceux qui naguère me lisaient encore), j'ai plus d'une fois évoqué sur ce blog la nécessité de la gratitude pour vivre mieux et même y trouver une certaine plénitude pour ne pas dire un certain bonheur. Tout le contenu d'un de mes livres est même sous-jacent à ce concept. Les personnes et réalités que j'ai pu évoquer dans cet ouvrage (publié il y a plus de 10 ans) se sont à la fois agrandies, approfondies, et quelque peu multipliées depuis lors. Si bien que je pourrais même faire une nouvelle édition « enrichie ».


Ceci tient au fait que j'ai poursuivi dans cette dynamique de l'ensemencement de soi avec des graines de gratitude. Quand on en soigne quelque peu la culture, peu à peu germent et se déploient de bons fruits à distribuer en direction d'autrui, parce que finalement la gratitude donne le désir de gratifier à son tour.


Ainsi de par le regard intérieur posé sur ma mère, décédée il y a plus de 40 ans. J'ai eu le temps de la « recevoir autrement » en parcourant avec elle notre histoire commune, la revisitant, dans une sorte de dialogue intérieur sans parole. J'avais pensé relire la nombreuse correspondance qu'elle m'a adressée dans mes années de galère et rééducation entre 12 et 15 ans. Mais non. Inutile. Tout est là, quelque part déposé au fond de mon psychisme. On ne réécrit pas. On retrouve différemment. On se dépouille, elle et moi, de toutes sortes de scories qui ont pu donner parfois le sentiment d'étouffer la braise vivace, riche et féconde. Cette intériorité profonde qui, comme le buisson ardent biblique, brûle sans se consumer.

Tiens, même cette représentation considérée comme magique ou divine, je la percevais dans ma jeunesse comme mystérieuse, alors qu'il s'agit tout simplement d'une métaphore des plus simples à comprendre et des plus parlantes, de ce qu'est l'ardente intériorité de nos êtres, pour le peu que l'on ait perçu ce feu à l'intérieur de soi.


Voilà pourquoi j'associe gratitude et reconnaissance ou plus précisément re-connaissance, c'est-à-dire connaissance nouvelle en même temps que renouvelé de ce qui fut et demeure. Ce n'est pas la découverte d'une autre mère, mais d'une mère autre que celle que je n'avais que partiellement perçue, aveuglé ou détourné par les failles qui étaient en elle, failles constitutives de sa psyché, erreurs et errances éducatives, autant les siennes que celles qu'elle a tenté maladroitement de transmettre sans y parvenir vraiment ni suffisamment.


Depuis peu je me dis que ce cheminement lent, intérieur, laborieux et même souvent douloureux voire très douloureux, il n'y a rien à regretter de l'avoir parcouru, bien au contraire, celles et ceux qui m'ont accompagné sur le chemin,  je les bénis pour l'éternité.


(À suivre… peut-être…)



jeudi 6 juillet 2023

Un petit coin de paradis sans parapluie.


Alors voilà, hier je suis allé au paradis. Plus exactement le paradis est venu à moi, sous la forme d'un couple d'amis que nous n'avions pas vus depuis longtemps. Enfin disons que ça ressemblait à une ambiance paradisiaque, telle qu'on peut l'imaginer, quand bien même ledit paradis n'existe pas. Tout du moins sous la forme décrite par les religions ou croyances : « un petit quelque chose éternel après la mort ». Et moi je préfère le paradis des vivants.


Lorsque les possibilités de se voir en chair et en os ont été limitées, un des signes d'une véritable amitié se repère au fait d'avoir le sentiment de s'être quitté la veille. Et ce fut le cas. Hier nous avions prévu un repas de midi ensemble. Mais ils sont restés jusqu'à 18 heures et on s'est quitté à regret même si on se reverra en septembre dans un cadre commun.


Nous nous sommes connus il y a plus de 30 ans dans le contexte d'un engagement associatif. On avait tout de suite sympathisé. Ils étaient jeunes mariés et 10 ans plus jeunes que nous. On ne s'est jamais vraiment quittés depuis et avons multiplié des engagements communs à vocation humaniste, (pour faire simple dans le propos). Y a-t-il d'ailleurs quelque chose qui soit plus fédérateur par le fond que le souci d'améliorer la condition de l'autre, des autres ? Puis les circonstances ont espacées nos rencontres, mais pas le type d'engagement.


Il est des liens profonds qui se tissent au-delà des attraits sensibles, intellectuels, artistiques, d'actions communes, etc. Un attachement par le fond qui ne peut pas se rompre. Ça ne s'explique pas vraiment, si ce n'est par le constat d' un certain sens de la vie partagé. Ça se vérifie principalement par la pérennité au fil des années. 


Je relate un événement simple, loin d'être unique dans nos vies à tous, presque banal, alors pourquoi ?

Peut-être à cause de cet instant de paradis. C'est au-delà d'un bien-être ensemble, au-delà du plaisir d'échanger, de retrouver, des convergences communes avec leur nuance bien entendu. Ce qui nous habitait sans qu'on l'évoque forcément m'a fait faire l'expérience renouvelée d'une paix tellement dense qu'on aurait pu la toucher du doigt, tellement joyeuse comme le sont les enfants, tellement ordinaire qu'on pourrait la laisser passer sans en mesurer l'intensité. Ce n'est pas un sentiment uniquement personnel. On se l'est dit à un moment avec des mots simples qui ont généré un silence qui eut la densité de l'éternité.




lundi 26 juin 2023

Le pissenlit

 

167ème Devoir de Lakevio du Goût





Il me semble que Lakevio avait déjà proposé cette toile de Harold Harvey mais j’aime beaucoup cette toile alors il ne me reste plus qu’à trouver une autre idée pour éviter de me faire taxer de « recyclage ».
Le moment étant à l’été et aux balades dans les prés, auriez-vous par hasard une idée de ce que pensent ces deux enfants pendant cette halte champêtre ?







Ce fut par un après-midi de printemps que tout commença pour Pierre. Il faisait encore un peu frais, le soleil allait tout réchauffer, ce ne pouvait être autrement. Déjà la prairie fleurissait, invitait à s'y étendre, et pourquoi pas compter fleurette. À moins qu'il ne soit encore un peu trop jeune pour cela.


C'était un jeudi, Pierre était allé chercher Pauline qui n'habitait pas bien loin dans le village et ils partirent ensemble à bicyclettes pour des aventures dont ils rêvaient sans trop oser les exprimer. Timidité juvénile ou ce sentiment confus du risque d'être moqué, pire encore d'être rejeté.


L'itinéraire était toujours un peu le même, on montait la côte à la sortie du village, et comme d'habitude Pierre poussait sur les pédales, jeune coq un peu prétentieux, lançant à Pauline : — « Dépasse -moi si tu y arrives ! ». Pauline riait de bon cœur, elle était un peu plus âgée que lui, d'allure sportive, elle n'aurait eu aucune difficulté à le dépasser, mais elle avait déjà compris qu'aux jeunes hommes il fallait laisser croire qu'ils étaient les plus forts.


Au sommet de la petite colline il y avait la prairie du père Mathieu, quelque peu à l'abandon jusqu'à ce que ce dernier vienne le faucher dans quelques semaines. Les bicyclettes abandonnées dans le fossé, Pierre s'allongea de tout son long dans l'herbe. Pauline resta assise par terre, quelque peu à distance, comme sa mère le lui avait conseillé d'agir avec les garçons. Il n'empêche, elle aimait beaucoup Pierre et même commençait à se demander si le terme « beaucoup » ne devenait pas peu à peu inutile. Serait-il possible qu'elle soit un petit peu amoureuse ? C'était tôt quand même !


Et puis tout à coup Pierre cueillit une fleur de pissenlit et la tendit à Pauline : — « Tiens, c'est pour toi, tu n'as qu'à souffler dessus et tu entendras tous les mots gentils qui sont dans les petits poils de soie de la fleur. C'est un peu comme si je les semaient à tout vent rien que pour toi ».


Plus tard, devant le regard fasciné de Pauline qui s'était rapprochée, il ajouta :

— « Tu sais Pauline, j'aime les mots comme je t'aime toi. Je voudrais tous les rassembler dans un livre pour te les offrir ».


— « Eh bien, Pierre je te lance un défi : Fais-le ! », rétorqua aussitôt Pauline. Et tu sais, moi aussi je t'aime.


Pierre Larousse était un homme de parole. Il rassembla tous les mots pour Pauline dans un livre auquel il donna son nom.C'est en pensant à ce souvenir que naquit la couverture de l'ouvrage célèbre entre tous, où l'on voit Pauline souffler sur le pissenlit 


Pierre Larousse vécut pendant 25 ans avec Pauline Caubel qu'il finit par épouser en 1872.

Sans les bicyclettes et le pré du père Mathieu, le fameux Petit Larousse Illustré aurait-il vu le jour ?