Je suis tombé sur un dessin d’Alcide, artiste dont j’ignorais totalement l’existence.
Ce dessin, probablement inspiré par le risque de voir l’extrême droite arriver à l’Élysée
m’a rappelé l’époque où les Algériens vivant en France étaient l’objet de remarques
racistes quand ce n’était pas d’agressions ou d’accusations diverses.
Ce dessin m’a rappelé quelques scènes vécues dans l’enfance.
Mais à vous ?
Je sais d’expérience que parmi les premières choses dont on avertit « l’étranger » qui arrive à la
Gare du Midi à Bruxelles est souvent « Faites attention aux Marocains ».
Les saints étant une petite minorité de la population, il est probable que le dessin donne une idée de ce que risque de devenir la société sous peu, vu la façon dont s’étend la pensée qui a mené à ce dessin…
Que vous ayez été témoin ou qu’un souvenir plus ancien vous revienne, on verra bien lundi ce que vous en pensez…
L'étranger.
Voilà un moment que je regarde ce dessin et que je relis la proposition de « Le Goût », cherchant une inspiration qui ne vient pas. Il y a un côté : trop c'est trop. Trop d'idées terribles qui me traversent, qui défilent dans ma tête, à la télé, dans les journaux, sur un état de la planète où l'étranger doit être rejeté, si possible supprimé. Qu'il aille mourir et se faire pendre ailleurs. Il faut se méfier de tous ceux qui ne sont pas comme nous, qui ne sont que de la racaille à éliminer.
Et tout à coup voilà que s'impose dans ma tête la chanson de Graeme ALWRIGHT « L'Étranger » que j'ai écoutée je ne sais combien de fois dans ma jeunesse et plus tard. Chanson qui est l'adaptation de «The Stranger Song» par Leonard Cohen. Sa mélodie qui est comme une berceuse qui nous piège ou comme une désespérance qui s'étale et envahit peu à peu comme une boue poisseuse.
Chanson dans laquelle il est question d'un autre. Il est question de moi.
J'ai tellement longtemps été étranger à moi-même. Étranger pour les autres parce que trop différent dans ce corps déglingué.
J'ai déposé « toutes [mes] cartes comme une défaite » *
Cette oscillation entre la médiocrité d'une existence qui a perdu son sens, et ce désir d'un « plus loin qui veut atteindre le ciel pour se livrer » *
ils sont nombreux ceux qui ont un désir ardent de relations « vraies », profondes et qui enrichissent. Or pour y parvenir il faut nécessairement sortir dehors, sortir de soi, aller au devant, et découvrir que l'autre, l'étranger, est une richesse qui nous est offerte, justement parce qu'il est autre que moi..
J'ai cette expérience. Une chance sans doute. La vie m'a permis de rencontrer de nombreuses personnes « étrangères », d'autres pays, d'autres continents. Et cependant je ne suis guère allé dans ces pays-là. Je n'ai jamais fait de tourisme à l'étranger. Mais j'ai vécu des rencontres d'une profondeur intense dans le cadre d'un organisme international consacré au développement. C'est en France. Avant de prendre ma retraite, j'y avais des responsabilités et je crois pouvoir dire que j'ai rencontré des personnes d'une bonne trentaine de nationalités différentes pendant des années assez régulièrement. Je précise que les personnes rencontrées n'appartenaient pas à des élites. Je n'avais pas un ami diplomate africain !
Ça fait partie de mes plus fortes expériences positives. Bien sûr ce n'est pas une merveille extraordinaire. On reste toujours un étranger pour l'autre. Au sein de cet organisme, j'ai vécu des tensions et des conflits inévitables dès lors qu'on cherche à se rapprocher, à s'apprécier, surtout à se comprendre « autre » et si possible à s'aimer différents. Les barrières culturelles sont parfois élevées comme les murailles. J'affirme que ce n'est pas impossible pour l'avoir vécu. Reste que je n'ai jamais rêvé d'une paix universelle qui est une illusion dangereuse.
Comme dans la chanson il faut abandonner ses cartes pour un nouveau chemin.
« En bas au bord du fleuve demain
Je t'attendrai si tu veux bien
Là tout près du pont qu'ils construisent » *
Et surtout ne jamais oublier cette réalité, sans cesse répétée :
« Je t'avais prévenue je suis étranger
Je t'avais prévenue je suis étranger... » *
* Extraits de la chanson de Graeme ALWRIGHT




