La nouvelle est parvenue hier soir par mail :
« lymphome non hodgkinien - le cancer est de stade 4. »
Comme un coup de poignard.
Un tel diagnostic signifie un pronostic des plus noirs…
Elle a un an de plus que moi. Nous avons baroudé ensemble pendant près de 15 ans, au service de causes qui nous tenaient tellement à coeur que nous avons traversé toute la gamme des vécus que peuvent partager des « ardents ». On s'est beaucoup aimé, on s'est beaucoup engueulé, on s'est beaucoup réconcilié, mais surtout on a beaucoup oeuvré…
Il est des personnes avec lesquelles vous avez un lien profond qui traverse toutes les épreuves sans que le lien soit rompu. Comme s'il était véritablement indestructible quoiqu'il arrive.
Avec elle, c'était de cet ordre.
Elle « traversait la flaque » (comme on dit par chez elle) une fois par an pour un séjour d'un mois en France. En hiver. Elle s'étonnait que l'on fasse un JT-TV de 30 minutes de long parce qu'il était tombé un centimetre de neige !
Ayant changé de poste de responsabilité, on ne se voyait plus, on correspondait par mail, parfois par Skype, pour échanger quelques idées et s'entraider.
Elle a pris sa retraite. Moi aussi.
Au printemps dernier on a renoué un contact plus approfondi. À propos d'un projet de livre auquel elle me demandait de collaborer un peu comme co-auteur. (- Il n'y a qu'avec toi que je peux écrire ce livre ! , qu'elle a dit) J'avais dit oui avec enthousiasme. On devait se reparler au téléphone à la rentrée. Dans quelques jours donc.
Et voilà !
Elle est à l'hôpital. En soins intensifs. Certes, on peut croire au miracle… Mais alors, il faudrait qu'il arrive vite…
J'ai passé une mauvaise nuit.
Tournant des souvenirs dans ma tête.
Et puis, ce sentiment d'injustice. Combien sont-ils ceux que j'ai pu connaître, qui ont véritablement donné leur vie pour une cause, et qui ont fini de manière non paisible. Faut-il donc qu'il en soit ainsi ?
Faut-il que ceux qui « n'ont pas fait grand-chose », menant une vie dilettante aient le privilège de mourir « de leur belle mort » ?…
J'ai oscillé entre la rage et les larmes.
Ou plutôt non.
J'ai vécu les deux.
Je suis émue et touchée que tu partages ainsi avec nous tes peines autant que tes joies.
RépondreSupprimerJ'exprime ici ce qui jalonne ma vie. Alors, en effet, il y a ses joies et ses peines… Je parle surtout de ce qui me marque, Essayant de rester dans la dynamique de mon existence…
SupprimerLa vie nous apparaît souvent injuste. Parfois ce n'est qu'une impression, parfois elle l'est réellement. Je t'embrasse Alainx !
RépondreSupprimerMerci, Cassy. La justice a toujours sa part de subjectivité. En ce domaine, elle est sans doute fondée sur un référentiel qui m'est personnel.
SupprimerC'est bien difficile d'encaisser des nouvelles comme celle-là et je comprends que tu puisses osciller entre la rage et les larmes. En cet instant tout paraît tellement injuste.
RépondreSupprimerA ce stade de la maladie, il paraît ne plus y avoir d'espoir et pourtant, tout repose sur notre entière confiance en la vie . La mort en fait partie alors croyons à la mort possible de ce crabe intérieur et continuons à espérer qu'en soi une porte s'ouvre vers encore plus de vie , une vie confiante et apaisée porteuse d'un miracle ... peut-être.
Autour de nous combien d'exemples nous touchent réellement. Il y a ceux qui s'en sortent et malheureusement, ceux qui nous quittent. Mais ceux-là, ne deviennent-ils pas alors une étoile qui vient nous soutenir pour entre la rage et les larmes retrouver la force de vie qui nous anime?
Avec tout mon respect pour ce passage délicat qui vient heurter ta sensibilité.
Brigitte
C'est ce sentiment d'un « trop tôt, trop vite » qui heurte ma sensibilité…
SupprimerComme si la personne se trouvait fauchée en plein élan vital. Cet élan porteur du projet qu'elle avait. Un de plus.
Une journée et une nuit supplémentaire font que je commence à m'apaiser.
La peine demeure profonde cependant, au-delà du remous sensible, ce qui est encore plus difficile sans doute…
La rage et les larmes sont un minimum, je crois.
RépondreSupprimerOui, il y a certaines personnes "qui comptent" plus que d'autres, peut-être même des individus qu'on a complètement loupés, en tout cas ça m'est arrivé.
Un petit salut cordial...
Merci pour vos propos.
SupprimerJ'ignore qui vous êtes, mais je pense comprendre ce qu'il peut en être des personnes qu'on a « complètement loupées ».
On peut en tirer la leçon de ne pas passer à côté de celles qui sont encore là…
Oh pardon, j'ai pour habitude de signer et puis peut-être troublé je ne l'ai pas fait, nous nous croisons... trop rarement.
SupprimerBleck
Ah ok !
SupprimerMaintenant je vois bien qui tu es.... On se croise en effet... ça et là.... et là notamment !
émue aussi
RépondreSupprimeren te lisant, je suis plongée dans ce même questionnement: pourquoi de telles personnes, qui ont tant donné, doivent-elles affronter une telle souffrance
Et la Vie, et la gratitude dont tu parles si souvent... comment la contacter au profond de soi?
La rage et les larmes... oui je comprends tellement bien!
Passé le choc de cette nouvelle qui te touche dans ton affection pour quelqu'un avec qui tu as tant partagé...il faudra vivre la suite jusqu'au bout, quelle qu’en soit l'issue
Ce ne sera pas facile
Tu as en toi le courage qu'il faut
Je t'embrasse fort
La femme que j'évoque a au coeur cette gratitude dont je parle parfois. Cela n'empêche pas la souffrance… Ce serait trop simple ! La condition humaine n'est pas un nirvana. L'amour côtoie la haine. La violence a pour ennemi la paix. La petite grandeur de l'homme est sa faculté d'opter pour ce qu'il estimera favorable à un plus de vie et de don.
SupprimerLA Vie, Je la ressens comme éternelle, c'est-à-dire au-delà de moi-même, de ma condition de mortel. LA Vie est largement plus grande que moi. Elle me déborde. Elle dépasse de loin mon existence personnelle qui ne durera que quelques années, c'est-à-dire rien du tout au regard des milliards de milliards d'années-lumière… Et cependant, totalement nécessaire à la continuité.
C'est cela il me faut rejoindre dans cet événement.
C'était le sens de la dernière phrase de son message. ( Phrase que je ne citerai pas)
Coumarine a exprimé très exactement ce que je voulais te dire.
RépondreSupprimerLa mort ne tient pas compte du vécu de la personne: pleine de générosité et d'indignation contre la cruauté du monde ou égoïste tournée vers son confort, enfant ou vieillard, tout lui convient. D'où la révolte, bien sûr. L'apaisement viendra plus tard, si tu réussis un dernier contact, un dernier regard pour quelqu'un qui a fait partie de la meilleure partie de ta vie.
Je te serre la main avec toute l'empathie dont je suis capable.
Je retiens cette phrase : « La mort ne tient pas compte du vécu de la personne »
Supprimerc'est très juste, en effet.
Pardon. Cette personne est encore de ce monde... Rage et larmes, cela se comprend. je suis passé par là bien des fois... Cet évènement funeste qui est le tien me rappelle ma belle-sœur au stade terminal... Nous pleurions à chaudes larmes autour de son lit et elle de nous répliquer "allons, n'Est-ce pas moi qui devrait pleurer, moi qui suis sur le point de départ ? Et vous voilà, vous autres en bon point, me rendant la séparation fort pénible..."
RépondreSupprimerJe salue bien humblement cette compagne qui est la tienne, quoi qu'il arrive, je sais que tu seras là...
Avec humilité...
Oui, elle est encore de ce monde. Le frère d'un ami l'était encore lui aussi début août, avec sensiblement le même diagnostic. Il est mort il y a huit jours.
SupprimerSans doute cela fait-il un peu beaucoup de morts pour moi ces derniers temps… car il y en a eu d'autres…
Je comprends bien ce que tu évoques de ta belle-soeur. Cela peut donner à réfléchir sur ce que vit une personne lorsqu'elle arrive aux portes de la fin et qu'elle en est consciente.
Comment croire en quelque bonté divine, après ça?
RépondreSupprimerMoi aussi je suis émue, révoltée, en rage et l'on n'y peut rien.
C'est l'absurdité de cette vie et notre douleur devant elle qui nous la fait paraître injuste. En réalité, il y a autant de malades chez les pauvres types que chez les gens bien, chez les dévoués que chez les égoïstes...
Non, elle n'a pas de chance, vraiment ton amie, dans cette loterie, et je compatis avec toi, Alain. Pour que la force d'amour circule et que peut-être, un miracle s'accomplisse (ça s'est déjà vu).
Bises très émues
Évidemment, je ne modifierai pas ce billet. Reste que je n'écrirai pas la fin comme je l'ai écrite dans l'émotion du moment. Je peux référer ici à la phrase de Nicole ci-dessus.
SupprimerLe sentiment d'absurdité est légitimé par la révolte et la rage. Mais ce n'est qu'une étape.
Pourquoi la bonté divine serait-elle en cause ?
Faudrait-il qu'elle soit une magie ?
La bonté humaine à quoi sert-elle ? Si ce n'est à vivre une présence aimante pour celui qui souffre. Les mères savent cela mieux que personne.
Une présence de bonté enracinée dans sa propre trajectoire avec les souffrances qu'elle a pu comporter.
C'est chez les gens ont le plus souffert que j'ai trouvé la plus grande bonté humaine.
Moi ça me dit quelque chose d'une bonté divine… Si le divin existe…
Merci de ta présence.
Si tu me chatouilles sur le terrain des mères, alors oui, bien sûr...
SupprimerMa réaction était un peu "à vif" après ton dernier paragraphe.
Mais Dieu est bon, c'est la société qui l'a corrompu. ;-)
Une de mes soeurs nous a quitté mercredi le 19 août dernier. Treize jours avant son décès nous étions avec elle au restaurant. Elle attendait les résultats d'examen : Un couperet
RépondreSupprimermétastases au foie - tumeur inopérable à l'intestin.
Un choc terrible pour elle, pour nous. Une angoisse de la souffrance à venir...
Elle a eu très peu de médicaments, consciente presque jusqu'à la fin, pas de douleur... Un miracle.
Avec ses enfants à son chevet elle a dit "J'ai une mort merveilleuse"
Un miracle pour ton amie... peut arriver d'une manière insoupçonnée...Maty
Merci de ce témoignage, Maty.
Supprimeril a la force d'un réel communiqué.
C'est pour moi très précieux.
Je crois comprendre la phrase de ta soeur. Je pense aussi à ce dont Le Rônin a témoigné ci dessus.
Devant ton désarroi, je n'ai pas les mots. Je compatis.
RépondreSupprimerMerci de le dire ainsi.
SupprimerC'est précieux
Chaque cas est si unique et si personnel...Pour y être passée si récemment, je n'ai rien à en dire justement. Mais ce sont les amis, avec leurs rires et leur bonne santé, qui m'ont porté ,et ils étaient tous loin pourtant, tout ce temps. Alors ne change surtout rien à ce que tu es avec elle...
SupprimerPour la mort, je comprends ta souffrance et donc ta réaction , mais c'est un regard extérieur si je puis me permettre. On ne vit pas à la place de chacun ,on n'y meurt pas non plus. Je ne me suis jamais dit que d'autres auraient mérité mon cancer plus que moi, mais plutôt que je ne le souhaiterais à personne, même pas à mes pires éventuels ennemis. J'ai même pensé qu'il n'était pas arrivé par hasard chez moi, à ce moment et de ce que j'avais vécu ,et comment... et j'en ai reçu , en rémission aujourd'hui, un an après , le plus beau des cadeaux , d'avoir compris enfin que la vie c'était l'instant, et de le savourer à 100 % quand il est heureux...Mais ça ,c'est tout personnel encore une fois.
Sois une lumière pour ton amie, de celles qui sont toujours là...La plus grande force ,c'est l'amour donné et reçu ...
Je ne peux que partager ce que tu dis, notamment à propos de "l'instant".
SupprimerQuant à la maladie, les souffrances et tout ce qui accompagne tout ça, j'ai connu et je connais.
Il m'a toujours semble mieux porter (et supporter) ce qui me touchait moi-même en ma chair et en mon corps, que d'être témoin de la souffrance d'un proche qu'on aime (je pense ici au cancer de ma compagne de vie).
Merci de ton témoignage. Je t'ai un peu "suivie" au temps où tu tenais blog suite au cancer.
RépondreSupprimerMa présence auprès de cette collègue-amie, sera surtout intérieure ou par mail (si toutefois elle en a connaissance). Le téléphone n'est pas autorisé. Elle réside à 5.500 kms de chez moi....
Mais les "ondes mystérieuses" feront leur oeuvre...
Oui, on supporte mieux ce qui nous arrive que ce qui arrive aux autres, je le crois aussi. Parce que nous.. nous le vivons, nous portons notre combat avec sa panoplie de découragements, espoirs, rires, pleurs, mieux, pire, nuits blanches et nuits de plomb... et que finalement, c'est aussi "la vie". Il s'agit de notre départ ou séjour prolongé. On souffre plus pour celui des autres ainsi que pour leurs combats parce qu'on ne sait pas exactement ce qu'ils ressentent, comment ils le vivent, et on se désole de ne pouvoir les aider d'une façon radicale...
RépondreSupprimerOui, voila, c'est tout à fait ça !
SupprimerParfois, il m'arrive encore de penser en ce sens, à propos de l'épreuve de santé de ma jeunesse (que j'ai raconté dans un livre), de penser aux souffrances de mes parents {ma mère en particulier}, face à l'impuissance d'action devant laquelle ils se trouvaient.
Dommage que, de leur vivant, il ne fut pas possible de revenir sur cet épisode.