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lundi 22 juin 2020

Où mène le destin ?







Du rififi chez les dames ou autre chose ?
Cette toile de Jack Vettriano amène tant de questions…
Qu’en pensez-vous ?


-o0o-



Cette semaine, deux textes pour le prix d'un seul !
J'ai en effet écrit un premier texte qui m'a semblé avoir comme construction le même schéma littéraire que j'ai déjà écrit d'autres fois.
J'ai donc écrit un autre texte dans une démarche différente. C'est ce dernier que je publie ici.
On trouvera l'autre mouture ici
(ou CLIC ci-dessus sur l'onglet "une vie un destin")
Bonne lecture si le cœur vous en dit.




Où mène le destin ?

Si ma mémoire ne me trompe pas trop, cela fera deux ans à l'automne prochain. Deux longues années, trop longues. Je sais bien que la vie ne permet pas toujours de réaliser ses désirs, ce que l'on croit être le destin qu'on est venu accomplir en ce bas monde. À l'époque j'appelais cela « ma vocation ». Toute petite j'en rêvais :
 — infirmière, je serai infirmière comme Tatie Martine.
Total, me voici, attendant le client. J'en vois un qui cherche derrière la vitre. Je devrais me tourner vers lui et sourire, mais c'est pas du tout mon genre, alors je regarde vers cet horizon à 2,50 m, qui me tient lieu de tentative d'évasion.
— « Infirmière, quel beau métier » m'avait dit maman avant de mourir, elle qui, jeune fille, rêvait de faire médecine. J'ai, rapidement compris que j'étais comme elle : aucune capacité. J'en ai apporté la démonstration en échouant à l'examen d'entrée.
Par relation je suis devenu sous-aide-soignante. C'est-à-dire, je balaye, je passe la serpillière, je vide les urinaux, les bassins de lits et les crachoirs a vomi. C'est ma collègue qui désinfecte le tout, parce qu'elle a le diplôme requis.

Je suis belle. Plus que cela il me semble. Ce n'est pas une qualité, mais une chance de la nature. Une chance ? Je n'en suis pas sûre. Ce qui est certain c'est les carabins me mettent la main au cul à longueur de journée. Paraît que c'est par tradition. Il y en a un, je l'ai giflé en criant dans le couloir : « C'est par tradition ». Il s'est plaint au chef de clinique qui s'est contenté de le changer d'étage : pas de mousse, pas de vague, paraît que c'est aussi par tradition.

Vu le salaire minable que me verse généralement l'hôpital public, il faut bien que je trouve un petit boulot complémentaire. J'ai trouvé à cause de ma beauté, et finalement c'est peut-être une chance, un signe du destin. Et ce boulot : c'est ici. Plus personne n'appelle cela un bordel, encore moins une maison de tolérance, tolérance de quoi d'ailleurs ? C'est « un club de convivialité ». Je viens trois fois par semaine, de 23 heures à quatre heures du mat'. Cinq heures de travail pour l'équivalent de 15 jours de mon salaire. Qui refuserait un tel avantage ? C'est d'autant plus valable que le client reste de l'autre côté de la table et à l'interdiction de me toucher. La vidéo contrôle. C'est moi qui dirige tout. Je montre, je ne montre pas. Ça dure 20 minutes. Les habitués ont compris que la chasse au trésor était possible en posant un certain nombre de billets sur la table. Alors le dévoilement des secrets de la Licorne leur seront accessibles et ils découvriront le trésor de Rackham-LA-Rouge ! Il y a toujours une boîte de Kleenex sur la table. C'est offert par la maison.
Je sais, c'est minable. Seulement j'ai la nounou à payer pour les deux gosses que je me suis attrapée sans le vouloir. Pas de bol. Un coup foireux. Il avait une capote en papier carbone. Il m'a flanqué des jumeaux dans le nichoir, cette andouille. Un coup d'un soir, un coup de trop. C'était un beau gars aux allures sympathiques, seulement je n'ai même pas su son nom. Peut-être qu'il aurait été un père excellent.

Ce soir il n'y a pas grand monde. À moins de cinq clients par nuit je ne suis pas rentable. Je ferais mieux de me tourner vers ce type moche comme c'est pas possible, qui ne décolle pas de la vitre. Un grand sourire et je le taxe un maximum. Je n'aurais qu'avoir une pensée pour mes jumeaux chéris, et puis 20 minutes, c'est si vite passé…

28 commentaires:

  1. Bonjour Alainx, bien en phase avec l'image.
    J'ai voulu lire le deuxième mais le lien me mène... vers mon propre compte Blogger !
    Bizarre.

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    1. j'ai modifié, ça devrait fonctionner à présent !
      Merci pour l'appréciation

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  2. Je me demande si ce n'est pas à ça que ressemble le boulot dans les "Eros center" allemands.
    Appeler ça "Eros"...
    Mais je saisis parfaitement ce que tu dis.
    Enfin, ce que tu écris.

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    1. Je ne sais pas, je n'ai pas encore eu l'occasion d'expérimenter ce genre de lieu !
      Hélas pour moi, car actuellement je doute qu'il y en ait beaucoup qui soient accessibles et aux normes PMR (! Personnes à mobilité réduite mais pas nécessairement de partout !)
      ;-)

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  3. C'est bien triste de ne pas pouvoir vivre décemment lorsque l'on travaille, et de devoir se "vendre"...
    Oui, cette histoire fonctionne très bien avec le tableau.

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    1. C'est cependant une réalité pour un certain nombre de jeunes étudiantes… l'argent y est facile et abondant. Les dégâts intérieurs et la déstructuration psychologique seront hélas visibles ultérieurement…

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  4. Le devoir est excellent, le travail beaucoup moins, malheureusement nombreuses sont celles qui ont un deuxième travail de ce genre.

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    1. Oui, comme je le dis ci-dessus. Cela fait parti de ces dégâts souterrains qui auront des répercussions sur la vie intime des personnes qui ont subi ce « non – choix »…

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  5. j'aime beaucoup cette idée de "club de convivialité"

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    1. Tout à fait !
      Et au moins cela fleure bon la terminologie franco-française !
      sus à Eros-Center !

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  6. Eh bien, c'est émouvant cette transformation de vocation !
    Ces 2 m 50 de barrière, c'est un protocole sanitaire bien construit ;)
    Après s'être "attrapée des gosses sans le vouloir", on peut s'attraper des pensées qui mènent à la dépression, mais ça n'a pas l'air d'être le cas de votre "héroïne" qui m'a fait passer un bon moment malgré cette vie en forme de drame, mais un drame à distance, semble-t-il.

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    1. Je crains que mon héroïne ne soit pas très bien partie dans la vie.
      Il va falloir que je la prenne en consultation, j'ai pourtant pris ma retraite… mais après tout, un peu de bénévolat !
      ;-)

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  7. Désolée mais pour un bout de temps j'en aurai moins (du temps...) aussi je ne fais que passer, j'ai même décoiffé le destin :)

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    1. Ton message est quelque peu mystérieux…
      j'espère que ce ne sera pas une « absence obligée » et que je n'ai pas de souci à me faire pour toi ?
      En tout cas comme dans la chanson : je t'attendrai à la porte du garage ... heu ! ...… de mon blog…
      bisou amical et décontaminé.

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  8. Ce texte a le mérite de soulever deux problèmes. Le niveau de certains salaires qui ne permet pas de vivre décemment de son travail. Et le choix de travailler avec son corps, de devenir travailleur du sexe, TDS, comme on dit dans le milieu. Le terme "choix" que j'ai employé peut choquer. Est-ce vraiment un choix ? Pour nombre de TDS non, il y a les contraintes imposées de l'extérieur, quand des gens en situation irrégulières doivent rembourser des passeurs ou lorsqu'ils tombent entre les mains de trafiquants, ceux que la pauvreté poussent dans cette direction faute de ne plus rien trouver d'autre. Et il y a aussi ceux qui choisissent délibérément. "Par goût des expériences sexuelles extrêmes" (sic) m'a dit une copine qui est TDS justement. Et ceux qui font ce choix, ont souvent des discours très intéressants et un peu décapant sur le corps, le sexe, la liberté, le choix. Une vie qui est parfois vécue comme un engagement politique.

    Mais dans le cas de ton héroïne je crains hélas que ça soit sous le coup de la contrainte pécuniaire qu'elle soit devenue TDS et dans ce cas, je crains hélas que ça soit difficile à vivre du point de vue de l'image que l'on donne de soit ou que le métier renvoie de soi même (Je sais, c'est minable....).

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    1. Tu indiques très bien la complexité de ce plus vieux métier du monde, comme on disait dans le temps…

      J'ai eu dans ma patientelle une personne qui AVAIT pratiqué « par goût » ce genre de prestations. Les raisons sont multiples, s'entremêlent. Certaines sont clairement exposées et raisonnées, d'autres relèvent de l'inconscient oeuvrant dans l'ombre. Je ne sais pas combien de personnes, au bout du compte, en ressortent « indemnes ». Ce n'était en tout cas pas ainsi pour la personne que j'évoque. Et je ne crois pas que c'était un cas isolé quant aux conséquences.
      Cela pose forcément la question : qu'est-ce qu'un choix libre ? Vaste débat !
      L'héroïne que je mets en scène évidemment a aussi fait un choix… est-ce que la contrainte pécuniaire justifie ? Je ne sais.

      remarque :
      Je ne comprends pas pourquoi tu écris entre parenthèses « je sais c'est minable » ?

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    2. Je ne comprends pas pourquoi tu écris entre parenthèses « je sais c'est minable » ?

      Ton personnage dit d'elle-même « je sais c'est minable ». Or je finis mon texte par un questionnement sur l'image que peut renvoyer ce métier. Aux autres et à soit. Cette citation de ton texte illustre ce questionnement. L'image que semble renvoyer ce métier à ton personnage est plutôt négative (puisque c'est "minable").

      Mais celles que je connais semblent n'avoir aucun complexe ni aucun problème d'image avec ça. J'ai cependant en mémoire l'interview d'une ex actrice porno (mais ce n'est pas de la prostitution) regretter l'image qu'elle avait donné d'elle même. Au départ, c'était la liberté et l'audace. A l'arrivée,ce qu'elle voyait d'elle à l'écran, ne lui correspondait pas du tout.

      (Bien d'accord avec toi à propos de la tartuferie dont tu parles dans le commentaire ci-dessous, en réponse à Yvanne)

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    3. Allons bon, j'avais répondu et je vois que m'a réponse s'est perdue (et aussi que j'ai fait une fort laide répétition dans mon message initial !)

      J'ai écrit ce "je sais, c'est minable" pour illustrer la difficulté à affronter son image quand on exerce ce métier contraint et forcé comme je le dit juste avant. C'est ton personnage qui dit ça. Et sans doute faut-il interprèter ce constat comme une difficulté à sortir indemne d'une telle expérience.

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  9. Yvanne23/6/20

    Pas débordant d'optimisme et de joie de vivre ton devoir mais d'une criante réalité

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    1. Tu as raison, ça ne déborde pas de ce côté-là !
      Mais c'est une réalité. Ces dames ne sont plus sur le trottoir… on a fait des lois pour qu'il en soit ainsi… le bourgeois est satisfait… une tartuferie comme une autre !

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  10. Oui, c'est malheureusement le quotidien d'étudiantes que j'ai connues à l'université où je travaillais ... Et des polichinels dans le tiroir, c'était pas rare. C'est d'un triste à écouter, ces confidences, et encore plus poignant de ne pouvoir les aider complètement.

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    1. Je confirme ce que tu exprimes.
      C'est bien triste, d'autant que personne ne s'intéresse vraiment au phénomène mortifère que cela génère.

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  11. Dure réalité tout de même pour cette jeune fille qui semble quand même mériter mieux que d'être obligée de faire la retap'

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    1. Assurément !
      Qui va lui montrer que véritablement elle s'abîme ?

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  12. COMMENTAIRE DE GWEN (par mail)
    _______________________________

    : J'ai du mal à te poster un commentaire, et cette fois, ça ne passe pas ! Je voulais seulement m'étonner et te dire : Ca existe vraiment ces clubs de convivialité où on ne consomme pas ?

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    1. Dans la réalité, je ne sais pas…
      donc c'est peut-être mon imaginaire qui a construit le premier club en question !
      ;-)

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  13. Anonyme30/6/20

    un drame comme il y en avait tant dans ces belles chansons d'antan https://www.youtube.com/watch?v=8CrcIL_yy5M
    Josie

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    1. Ah ! J'adore Raoul !
      Que de souvenirs !!

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