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vendredi 4 septembre 2020

Féministe ?

Le féminisme se définit comme un « Mouvement militant pour l'amélioration et l'extension du rôle et des droits des femmes dans la société ».


Depuis quelques mois, je porte un regard différent sur ma mère. Mes lecteurs de longue date savent que j'en ai parlé d'une manière plutôt « négative » par l'évocation de mes problèmes relationnels avec elle, mon incapacité à la « ressentir comme mère », ses failles éducatives, ses incohérences. La maladie mentale qui est venue envahir son psychisme n'a évidemment rien arrangé, c'est l'évidence. Je n'en ai guère perçu l'intensité dans mon enfance. On n'explique pas à un enfant de 8/10 ans dans les années 1950, pourquoi sa mère va très régulièrement chez un « médecin spécialiste pour prendre un traitement » on ne lui indique évidemment pas qu'il s'agit d'électrochocs répétés. C'est pourquoi il ne comprend pas pourquoi elle revient dans une sorte « d'état second » après chaque visite.

On parlait alors d'état dépressif « maman est très fatiguée ».

Aujourd'hui on dirait « bipolaire ». Et on la stabiliserait certainement avec le lithium.



Je me souviens des épisodes dépressifs qui duraient parfois des semaines où elle ne sortait pas de son lit. Je dois avouer que ces temps-là avait quelque peu ma préférence. C'était plus calme dans la maison. Des sortes de périodes d'apaisement. Personne ne le formulait de cette manière, mais ça se voyait bien sur les visages qu'on était plutôt content d'être « enfin tranquilles ».


Quand « elle allait mieux » la vie reprenait un cours qui semblait  « normal ». Mais qu'est-ce que la normale ? C'étaient des périodes où la vie ressemblait à ce que probablement elle devait être chez les autres familles, du moins c'est ce que je pensais. Je demeurais toutefois avec ce sentiment d'abandon, livré à moi-même. La relation avec ma mère se déroulait sur le mode de l'engueulade parce que je ne réussissais pas assez à l'école « va dans ta chambre réviser tes leçons et reviens dans mon bureau quand tu sauras tout par cœur ».

Autrement dit le message de fond était : « démerde toi tout seul ! ».

Néanmoins, par moments, s'en venaient des phases de débordements affectifs à mon égard qui m'étouffaient.


« Reviens dans mon bureau », parce que mes parents exerçaient une activité libérale à leur domicile, et que « les affaires du bureau » envahissaient la maison et les conversations. Sans cesse.

Des années après, devenu adulte, je réaliserai que mes parents formaient un couple de travailleurs indépendants à égalité. C'était après-guerre. Je pense que ce n'était pas courant cette forme d'égalité.  Nous n'étions pas dans le schéma : mon père reçoit les clients et ma mère joue à la secrétaire. Ils travaillaient en collaboration véritable sans hiérarchie clivante, ou plutôt sans domination systématique de l'homme sur la femme.

C'est pourquoi j'évoque le féminisme dans mon titre. J'ai vécu dans cette ambiance-là. Les clients étaient de toute nature, du pauvre au riche, du « bon français » à l'étranger basané nord-africain. Les fondamentaux  que mes parents partageaient était la justice, le respect des personnes, la défense des droits, la rigueur morale, un dynamisme fort, une volonté de réussir et de développer.

J'ai baigné là, sans véritable conscience de la nature de l'eau du bain. Mais j'en fus imprégné, c'est l'évidence.


Des dizaines d'années plus tard  et jusqu'après la mort de ma mère, j'ai reçu des témoignages remarquables, venant de ces fameux « clients », dont certains étaient devenus des amis de mes parents et qui ne tarissaient pas d'éloges sur les qualités et compétences professionnelles de ma mère. J'avais ce sentiment qu'on me parlait d'une personne étrangère que je ne connaissais pas. « Vous êtes sûrs que c'est bien de ma mère dont vous parlez ? »


Revenons à l'enfance.

Lorsque ma mère allait bien, c'était de mieux en mieux… elle se montrait pleine d'initiatives et de créativité. Il fallait changer, progresser, inviter des gens, beaucoup de gens, elle était gaie, débordante, trop. Elle en devenait fatigante. J'ignorais que  s'annonçait le début d'un nouvel épisode maniaque du trouble bipolaire. Cela enflait jusqu'à ce que tout l'énerve. Je croyais que c'était surtout de ma faute « tu m'énerves, fous-moi la paix ! ». Elle se levait à deux heures du matin pour nettoyer toute la maison, ou changer tous les meubles de place. Elle avait une force décuplée.

Jusqu'à ce qu'elle s'écroule, une fois de plus.

Bien plus tard, beaucoup plus tard, je compris que cela s'accompagnait de délires. Mais j'en fus rarement témoin direct. Je me rappelle cependant certaines scènes qui me paniquaient fortement. Je précise que je ne fus jamais l'objet de ses délires. Elle les dirigeait contre mon père, mon frère, l'une de ses sœurs.


Tout cela finit par « disparaître » lorsque mes parents ont pris leur retraite. Ça ne disparaît pas la bipolarité, mais les épisodes s'estompent, les phases maniaques en premier, parfois de la mélancolie demeurait notamment les hivers.  Au cours de ses dernières années j'ai vu apparaître « une autre femme ». En réalité j'ai vu surgir (resurgir ?) sa vraie personnalité profonde, une générosité foncière, une joie de vivre dont je sais qu'elle avait marqué mon père quand ils se sont fiancés, une confiance dans l'existence intense et inébranlable. Un appétit de vivre évident. Une intelligence et une subtilité pour comprendre autrui.


Malheureusement  tout a mal fonctionné entre elle et moi. Ça me reste en partie mystérieux. Après son décès mon frère aîné (10 ans de plus) m'a communiqué des lettres qu'elle lui a adressées à mon sujet,  après que j'avais contracté la polio, où elle parle de moi et de mon  courage, ma perspicacité, ce qu'elle appelait « ma philosophie »,  d'une manière juste qui m'a sidéré, parce que je n'en ai jamais rien su ni perçu… 

Mystérieuse incapacité de communication ajustée entre elle et moi.

Je ne désespère pas de mieux comprendre. Et en même temps ce passé ce n'est plus une entrave à ma vie d'aujourd'hui.

J'aimerais cependant réhabiliter la véracité de ce que fut ma mère.


Je lui dois beaucoup quant à cette confiance dans la vie comme si elle avait pu me transmettre cela indépendamment d'elle-même. Peut-être une sorte d'osmose génétique ? Peut-être que c'est à elle que je dois cette phrase imprimée en mon être et que j'ai déjà évoquée  : « Quoi qu'il m'arrive je m'en sortirai toujours ».

Jusqu'à présent… ça fonctionne… et Dieu sait si j'en ai vécu des épreuves de toutes sortes, des découragements et des désespérances. Mais au fond de moi ce sursaut brûlant et vital n'a jamais failli.


35 commentaires:

  1. Quel beau texte sur ta mère....Je sens une certaine admiration. Ton texte me parle beaucoup, moi-même ayant eu des relations extrêmement difficiles avec ma mère. Comme toi, je me suis demandé pourquoi. Peut être aurais je du faire plus d'efforts. Mais ma mère était étouffante et castratrice et moi j'aimais déjà la liberté !!

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    1. Plus d'efforts ?
      Mais quels efforts ? Est-ce à l'enfant de s'efforcer d'être conforme aux desiderata et exigences démesurées de sa mère, surtout lorsqu'elles sont « à côté de la plaque éducative » ?
      Tu vois Daniel, je pense que tu as eu parfaitement raison d'aimer « déjà la liberté ».

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  2. Comme Daniel, je trouve votre texte très beau.
    Votre maman serait heureuse si elle pouvait le lire.
    Bien à vous.

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    1. Ma mère ne pourra lire ce texte. Cependant mes parents reçurent des lettres de ma part lorsqu'ils étaient déjà bien vieux, suite « aux profits positifs » qui ont découlé du travail thérapeutique de plusieurs années et où j'ai mis un peu d'ordre dans tout cela.
      On ne se voyait pas beaucoup. Leur retraite se déroulait à 800 km de chez moi. Mais j'ai su qu'ils en furent extrêmement émus et touchés.
      Je n'avais pas encore « tout résolu » (et d'ailleurs est-ce le cas aujourd'hui ?) Mais effectivement j'aurais aimé qu'elle puisse lire ce texte.
      D'aucuns prétendent que « c'est possible ». Je laisse chacun à ses croyances en ce domaine d'une suite après la mort.

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  3. Beaucoup d'émotion dans ton texte ! Quand les mots puisent leurs racines dans le vécu, ils n'en ont que plus de poids. L'émotion leur donne un relief, une résonance particulière.
    Ce qui me parle, à moi, c'est cette sorte "d'osmose génétique"... Ce serait sûrement trop long à expliquer, en tout cas, pas en public. Mais il y a quelque chose comme cela, avec mon père.
    À la plupart de ses enfants, il a "transmis", sans justement, transmettre...
    La vie, celle de tous les jours, n'était pas facile ; d'où se besoin, cette nécessité de "s'échapper" tôt, de savoir se débrouiller seuls.
    Mais sans vraiment sans rendre compte, il a transmis plus qu'il n'a pensé.

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    1. Il me semble bien comprendre ce que tu exposes de cette réalité de « transmettre sans justement transmettre ». On ne se construit pas sans les « influences constructives » de nos parents et éducateurs.
      Je suis persuadé que se mettre à la recherche de tout ce que l'on a reçu « sans le savoir clairement » est une bienfaisance quelque soit notre âge. Souvent on s'attarde à tout ce qui n'a pas fonctionné comme on l'aurait souhaité.
      Il faut toujours se méfier des arbres qui cachent les forêts.
      Si tu voulais évoquer autrement qu'en public, tu sais comment me joindre.

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  4. Je suis triste en te lisant. Il n'est pas rare de perdre nos parents sans les avoir connus. Comme toi je m'étonnais d'entendre dire "ta maman est si gentille", comme si on parlait d'une autre personne qu'elle, non qu'elle était méchante (elle l'a parfois été, mais je sais que j'étais une jeune fille puis jeune femme difficile moi aussi) mais je ne la voyais pas comme "si gentille". Et pourtant elle l'était, et j'ai eu la chance, immense, que nous nous soyons rapprochées durant les trois dernières années de sa vie, ce qui est pour moi source de sérénité et aussi d'admiration pour elle. Que tu aies pu avoir un aperçu de ce qu'elle ressentait pour toi, de sa fierté pour ton courage, ça ne vient pas trop tard, tu sais... rien n'est jamais trop tard, car quand on ressent qu'il s'agit d'un trésor, on le fait briller et s'en laisse illuminer pour le toujours qui reste...

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    1. Ton commentaire m'évoque des conversations que j'ai eues avec mon frère de 10 ans mon aîné. Combien de fois n'avons-nous pas fait le constat : « Nous n'avons vraiment pas eu la même mère ! ».. Nous sommes cependant sortis du même ventre, mais chacun a eu la mère qui fut la sienne, avec ses spécificités comportementales.

      Quant à la source de sérénité et d'admiration pour ta mère, je crois l'avoir aperçue et ressentie en lisant ton blog chaque fois que tu as évoqué ton histoire. J'ai souvent pensé que ce fut une chance. Je m'en réjouis pour toi. Et j'espère que tu es dans la même réjouissance envers toi-même et envers elle.
      Merci beaucoup pour tes propos et de continuer à passer par ici.

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  5. Tu as choisi pour nous la présenter une photo d’une grande douceur. Douceur dans le sourire, douceur dans le regard, douceur même dans cette chevelure pleine de vagues.
    Quel paradoxe de découvrir qu’elle avait un côté virulent, culpabilisant, profondément déstabilisant pour un enfant. L’enfant s’imagine toujours que "c’est de sa faute". Qu’il est coupable, responsable .. alors, subir les épisodes incontrôlables liés à cette maladie !!!
    Des hauts très hauts, des bas très bas, ne jamais savoir sur quel pied danser, ne rien pouvoir anticiper. Pour un enfant, c’est difficile, douloureux, mon parent ne m’aime pas ? Qu’est-ce que j’ai fait ?
    Et pour toi, peut-être que ça l’a été encore plus dans ta situation particulière, du fait de ce qu’on attend d’"une mère" telle qu’on se l’imagine, cette mère qu’elle n’a pas pu être du fait de la maladie.
    C’est une chance inouïe que ton frère ait pu te communiquer des lettres où elle parle de toi. Des lettres écrites de sa main. Comme une caresse.
    Ce genre de choses arrive souvent "à point nommé", ne trouves-tu pas ? Comme un message de "l’au-delà" pour dire, vois, je ne t’ai jamais abandonné, ce n’était pas si simple que cela.
    Parfois, il n’est pas nécessaire de tout comprendre, juste accepter. Ta mère comme toutes les mères n’était pas seulement une mère (avec toutes ses failles, et déjà en temps " habituel" les enfants ne sont pas tendres avec leurs parents – ils attendent encore plus de la mère que du père, me semble-t-il … alors, dans une situation "atypique" comme la tienne… !!!) c’était aussi une femme. Une femme, et notamment une jeune femme, que bien entendu tu n’as pas connu. Mais qui est revenue vers toi, maintenant, par le truchement des lettres qu'elle écrivait à ton frère. Peut être parce qu'elle ne "pouvait " pas te les écrire à toi ?
    Elle a ouvert une porte pour te permettre de définitivement fermer les autres.
    Un genre de réconciliation, en somme.

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    1. J'ai choisi cette photo pour ce que tu dis. Elle date d'avant la guerre 39 /45. Et comme pour beaucoup de gens il y a un avant et un après. Je pense que le surgissement de la maladie mentale trouve au moins partiellement une origine dans tout ce qu'elle a vécu de fortement éprouvant durant cette guerre.
      Le côté cyclothymique fut excessivement néfaste pour l'enfant qui ne comprenait pas comment en moins d'un instant on passait des délices d'un ciel bleu d'été, à une tornade tropicale et dévastatrice. D'autant qu'il n'avait « rien fait de mal » pour provoquer ce phénomène.
      Tu as raison dans ce que tu exposes sur le thème mère/femme. Il faut avancer en âge pour découvrir la femme que fut sa mère.
      Je raconterai peut-être un jour qu'elle fut le facteur déclenchant il y a déjà pas mal d'années. Comment j'ai compris les souffrances d'une mère de voir « son enfant paralysé entièrement ».
      Oui, au final, une réconciliation effective. Les fruits commencent à venir. Et j'aperçois l'extraordinaire « nouvelle visite » de sa présence en moi.
      J'ai la prétention de me réjouir que ce sont des fruits issus de longues années de « travail sur moi » accompagné par des professionnels. Des vrais et compétents.
      Un grand merci pour ce long commentaire qui me touche beaucoup.

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  6. L'incommunicabilité des êtres est le maître mot des relations entre les parents et les enfants.
    Je ne sais pas qui ta mère regardait sur cette photo mais elle savait manifestement aimer.
    "Même mal" comme disait Brel.
    Mais de toute façon on aime toujours mal...
    Merci pour cet aperçu de toi.

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    1. Cette incommunicabilité est d'autant plus forte et intense quand il est question de nos générations. On était des gosses, pas tellement des personnes…
      tu as raison : ma mère savait manifestement aimer. Elle l'a démontré à maintes reprises envers beaucoup de gens.
      « Mal à mon égard » je le pense. Ça reste un mystère encore non résolu. Je ne cherche pas des pourquoi. Je sais maintenant par expérience que la lumière arrive quand on ne l'attend pas.
      Merci pour ton commentaire.

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  7. Merci pour ce texte qui nous permet d'être attentif à votre regard sur votre mère. Il est parfois difficile d'ouvrir nos yeux et, peu-être, de pardonner un proche qui n'a pas su nous montrer qu'il nous aimait. Bien sûr, pouvoir être écouté aide ;)

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    1. Le pardon est un long chemin. On peut en avoir la volonté. C'est beaucoup. Le pardon ne se décide pas. La seule décision est de se mettre en marche vers lui.
      C'est comme un arbre fruitier. On peut décider d'en prendre soin, mais le fruit du pardon se cueille de lui-même lorsque le mûrissement se fait.
      Alors on le recueille dans ses mains avec gratitude amour et respect.

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  8. Un beau portrait de femme très inspirant (je me demande... ne voudrais-tu pas l'approfondir et écrire un "Livre de ma mère" à ta manière ?). Plusieurs choses, en vrac :
    1/ La photographie. Dieu que cette femme était belle! Il émane de ce portrait une grande douceur et (curieusement, étant donné ce que tu racontes d'elle) un bel équilibre. Peut-être qu'équilibre il y a eu, étant donné que tu racontes autant de souffrances que de réussites à son propos.
    2/ Tu parles de féminisme. J'ai toujours pensé que l'égalité homme / femme dans les droits et les devoirs, ça devait émerger dans les actes et les faits nettement plus que dans les théories et les mots. J'ai eu une grand-mère, solide paysanne, qui nous montrait cela mieux que personne. J'ai aussi connu des femmes tenant des propos très combatifs, affirmatifs en public et qui vivaient dans leur vie privée une soumission à peine concevable. Le mieux serait sans doute de pouvoir aligner ses choix de vie et ses comportements sur ses idées, mais tout le monde n'y parvient pas forcément.
    3/ A te lire, je ressens une énorme gratitude envers de nombreux thérapeutes (de famille entre autres), envers des chercheurs et envers les inventeurs de précieuses molécules : combien de gens ont dû souffrir le martyre, dans des hôpitaux, dans leur famille, dans la solitude, parce qu'on ne trouvait pas les mots pour dire et reconnaître leur souffrance ou qu'on ne disposait pas des médicaments pour la soulager. Quand on pense à ces montagnes de douleur, on ne peut qu'en être affligé et se réjouir des progrès immenses de la médecine.
    4/ Ses lettres à ton frères, cadeau tardif, mais tellement précieux... Une question : te les a-t-il données ? les garde-t-il comme un lien entre vous ?
    5/ Enfin, comme un arbre se reconnaît à ses fruits, ta mère devait être une personne de qualité, et elle t'a, à sa manière, bien que bancale et maladroite parfois, beaucoup apporté. J'apprécie la façon dont tu as brossé son portrait. C'est le résultat d'un long travail, sans doute pas évident, puisqu'il n'est jamais facile d'être l'enfant de quelqu'un qui souffre. Sacré boulot, donc, de parvenir à considérer ses parents comme des personnes, loin des condamnations, des lamentos ou des admirations béates. Parvenir à faire que " le passé ne soit plus une entrave" et trouver un chemin de liberté. Bon week-end et merci pour le partage.

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    1. Tout d'abord merci pour ce long commentaire qui apporte beaucoup d'éléments tout à fait intéressants et pertinents. Quelques réponses, tout aussi en vrac :
      1 - C'est le portrait d'une jeune fille. Il date des années 30. Probablement vers 1935 ? Je l'aime beaucoup. C'était effectivement une belle femme. Mon père aussi était beau !
      Comme je l'exprime en répondant à Ambre Neige, la guerre un produit bien des dégâts et pas seulement matériels avec des bombes !
      2 – Je partage ce que tu dis sur la réalité des faits versus les propos combatifs. J'ai commencé mon texte avec l'intention unique de témoigner de cette « égalité » que j'avais vu vivre dans le couple de mes parents. En particulier leur vie professionnelle. Et puis c'est parti autrement je n'ai pas voulu modifier mon écrit ni le titre. Cela dit je ne dévalorise pas le discours sans doute nécessaire aux prises de conscience. Mais seul « le changement par l'intérieur des êtres » peut avoir une efficacité.
      3 – Merci beaucoup pour cette gratitude que tu évoques. Je la partage. Tu as d'ailleurs eu ton rôle et ta place dans ce domaine. Donc je te rends hommage également. Il n'y a jamais trop de gens qui font du bien ! Ma mère a bénéficié de thérapeutiques qui ne pouvait qu'être celles de son temps. Mon père, par relation, lui faisait rencontrer des « sommités » du domaine médical la concernant. Cela eu les effets possibles, accessibles. Mais aujourd'hui on a fait des bonds en avant. La jeune génération ne s'en rend que bien peu compte. Il est vrai que toujours tout critiquer en tout domaine est l'apanage de jeunesses qui savent tout avant de naître. On en a fait partie en son temps !
      4 – D'un commun accord, mon frère est le « gardien officiel ! » De tout ce qui concerne les archives familiales. Il a écrit plusieurs ouvrages sur l'histoire de la famille et nous lui devons beaucoup. Mon père avait commencé ce travail historique, mais il est mort avant d'avoir pu le mettre en forme. Mon frère a fait un travail digne d'un archiviste. Tout est classé, répertorié, commenté. Qui plus est d'une manière intelligente. C'est donc très précieux. Par lui j'ai appris énormément de choses sur notre histoire commune. Pas vraiment de « secrets de famille », mais des choses singulières que j'ignorais. Et pour cause ! Je me suis très longtemps éloigné de ma propre famille. J'avais besoin d'aller chercher ma liberté ailleurs.
      5 – Sur ce point je découvre de mieux en mieux tout ce que m'apporta ma mère. Jusque-là je m'étais focalisé sur mon père, qui m'a toujours semblé un homme assez extraordinaire et hors du commun. Mais là quand on me le disait, j'acquiesçais aisément. Je lui dois beaucoup dans ce qu'il a vu et perçu de moi.
      Et j'apprécie ce que tu dis sur « sacré boulot ». Car en effet c'est le résultat de bien des années de ce « travail sur moi » que j'évoque par ailleurs. Et là je dois dire que pour y parvenir j'en ai transpiré des litres, et idem pour les larmes… mais je ne regrette rien ! Bien au contraire ! Je suis allé de regain de vie en regain de vie.

      Un grand merci pour ce commentaire très éclairant. Je me répète. Mais cela en vaut la peine.

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  9. Merci du cadeau que vous nous faites. Merci de partager.
    Beaucoup d'émotion à vous lire et beaucoup de respect.
    Bien à vous .




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    1. Merci à vous de venir l'écrire. C'est précieux les réactions des autres.

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  10. Ton texte est très beau ! Même si vos relations furent parfois difficiles, tu gardes d'elle un souvenir ému et émouvant, que tu nous partages, merci. Finalement, tu as eu beaucoup de chance... Quand le temps viendra de son grand départ, je ne suis même pas certain d'assister aux obsèques de ma mère. Elle est plutôt du genre monopolaire : négative, égoïste, déprimée et déprimante. En plus de soixante ans, je ne me souviens d'aucun geste de tendresse, d'aucune remarque positive. Elle n'a ja mais excellé que dans une chose : monter ses enfants les uns contre les autres...

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    1. Cela me touche et m'attriste ce que tu écris.
      Derrière ces comportements injustes que tu exposes et réactifs négativement, il y a probablement une femme en grande souffrance depuis longtemps.
      L'incapacité de montrer des sentiments positifs est souvent le signe d'un intense et épais système de défense, à l'image d'une forteresse moyenâgeuse.
      Peut-on, et comment, arriver à ouvrir une brèche vers un mieux ?
      Je ne sais pas. Peut-être. Peut-être pas.
      En tout cas je garde en moi tes propos avec une espérance pour toi et pour elle.

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    2. Merci du fond du coeur !

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  11. Touchant... de beauté... de transcendance... d'amour... d'humanité...
    J'ai presque envie de rester en silence...
    Pour tellement de choses...
    A travers ces mots que tu poses.

    MERCI ALAIN.
    Avec toute ma tendresse, merci pour la beauté de ton âme.

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    1. Merci à toi de passer par là.
      Il y a des silences qui disent beaucoup de choses. Surtout si on te connaît quelque peu.
      J'espère que ton chemin mène tes pas vers tes désirs les plus forts.

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  12. Anonyme7/9/20

    Pour moi il y a deux sortes de personnes. Il y a ceux qui ont découvert qu'il y a un trésor, une lumière immense au centre d'eux mêmes. Tu sais le champs que, lorsque tu l'as découvert, tu es prêt à tout vendre pour l'avoir ? et ceux qui ne l'ont pas encore découvert mais s'y dirigent, consciemment ou inconsciemment. Je ne sais pas si ta mère y a joué ou non un rôle mais je sais que toi tu l'as découvert. Cela se voit, se ressent. kéa

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    1. Je vois très bien ce champ, chère Kéa, et je rends hommage éternel à celles et ceux qui m'ont fait découvrir le mien et m'ont appris à le cultiver.
      Ta question sous-jacente est intéressante. Ma mère, était réputée pour avoir une qualité d'écoute et de conseil judicieux. (Quand elle était dans son « état normal ») Beaucoup en ont bénéficié. Moi, nettement moins. Il n'empêche je lui dois au moins cet « apport génétique ». Et encore beaucoup reste à advenir dans ma perception envers elle de ce qu'elle transmettait. Une aide « par-delà la mort », non pas magique ou surnaturel, mais humainement et ordinairement accessible à celui qui sait « faire mémoire », au sens fort du mot « faire » perçu en termes d'actions actives et personnelles.

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  13. Je suis très touchée parle portrait si lucide que tu fais de ta maman et je t'en remercie...Gazou

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  14. Un portrait lucide et aussi empreint de gratitude. Cette relation me fait penser à celle que j'avais avec mon père, une relation qui se déroulait, elle, sur le mode de l'indifférence. Mais en prenant de l'âge, j'ai fini par comprendre le pourquoi d'un tel comportement et j'ai pu le remercier de m'avoir légué son hypersensibilité et son goût pour les belles choses. Tout est question de cheminement.
    Merci pour ce partage, Alain, il me touche.

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    1. L'important est, en effet, de pouvoir faire la clarté avec la personne concernée, ici, ton père, avant qu'il ne soit trop tard.
      Et tu as raison tout est question de cheminement, qui demande du temps.
      Content pour toi de ce que tu exprimes.

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  15. Charlotte7/9/20

    Je te réécrirai demain. J'avais écrit une longue réponse et puis j'ai sans doute poussé sur un mauvais bouton et tout s'est effacé. Merci déjà de nous avoir fait participé à cette partie de ton histoire pas banale mais qui montre une fois de plus toute la force et l'amour que tu portes en toi et donne.

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    1. Merci pour tes propos.
      Dommage d'avoir perdu ta longue réponse. Si tu peux la reprendre demain, ce sera bien.

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  16. Charlotte8/9/20

    "Depuis quelques mois,je porte un regard différent sur ma mère" Sont ce les lettres que ta mère adressait à ton frère et qui parlaient de toi qui ont changé ton regard? Avoir une mère bipolaire est une épreuve quasi impossible à supporter pour un enfant. Tu as beaucoup souffert à cause de sa maladie.
    J'avais un frère schizophrène traité au lithium. Ce qui me faisait souffrir, c'était d'être persuadée que ma mère ne l'aimait pas... Je ne sais qu'en penser aujourd'hui.Ce frère qui est né en 1948 fut victime d'un moine pédophile . Pour moi c'est ce curé qui est responsable de la folie de mon frère. Mais jamais les parents n'auraient pu l'envisager:on ne touche pas à cette saint Eglise catholique. D'ailleurs savaient ils que la pédophilie existait ?IL a subi des internements dans des asiles psychiatriques mais jamais il ne fut soigné aidé par un bon psy.Il se suicida il y a 27 ans.
    Toi tu t'en es sorti de ton enfance tu as contracté la polyo . Quels poids quand m^me pèse sur tes épaules d'enfant de 12 ans pour poursuivre ta vie dans de tels conditions.
    " Ce passé n'est plus une entrave à ma vie d'aujourd'hui" Je t'admire Alain tu es un exemple à suivre...J'adore te lire . Par ton écriture je me ressource je fais le plein du bon et du bien. Merci . Je t'embrasse.

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    1. C'est bien douloureux ce que tu relates à propos de ton frère schizophrène. Il n'est plus là. Le suicide fut sans doute sa délivrance. Dès lors à son égard c'est un élément de l'histoire familiale, donc de la tienne aussi évidemment. Ce que je relève c'est la phrase : « ce qui me faisait souffrir c'est d'être persuadé que ma mère ne l'aimait pas… » d'après ce propos il semblerait que tu aies plus souffert de cela que de sa maladie. Peut-être as-tu travaillé cet aspect dont le cheminement que tu as parcouru.
      Quant à l'origine de sa maladie difficile, voire impossible de répondre. Les spécialistes tendent à penser qu'il y a autant d'origines génétiques qu'environnementales. En ce sens victime d'un moine pédophile a pu être un facteur aggravant. Mais ce genre de maladie s'installe lentement en sorte que le diagnostic est difficile à établir.
      L'aide d'un psy dans ces pathologies graves est excessivement limité, voire impossible. Seule un traitement médicamenteux adapté permet d'atténuer les symptômes les plus invalidants. Du moins c'est ce que je pense.
      Donc essaye de ne pas trop tirer de conclusions à ce sujet.

      Me concernant, les lettres n'ont pas été un facteur déclenchant. Je les connais depuis plusieurs années. Le changement de regard que j'évoque c'est plutôt comme une sorte de réhabilitation de cette femme dans mon histoire. Après les épisodes traversés en thérapie la concernant, durant bien des années je l'ai en quelque sorte « évacuée de ma vie ». Dans une formule simpliste il m'arrivait de dire : « je n'ai pas eu de mère ! ». Cela voulait dire globalement : je ne souffre plus de ses manquements. C'était une étape. À présent je regarde tout ce qu'elle a apporté dans la construction de ma personne. Mon regard est donc ailleurs. Il commence à produire ses effets positifs.

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  17. Tu sais ce qui me frappe ? C'est votre ressemblance physique, ta mère et toi.Je retrouve ton sourire dans le sien.
    Le texte ? Que dire de plus que ce que tes lecteurs ont puissamment exprimé ? Si ce n'est que je retrouve de grands pans d'Alpharêves dans ton analyse très fine de ta relation, qui ne peut évidemment qu'être complexe, puisque c'était un être complexe.
    Très émouvant, en tout cas, de lire des confidences aussi intimes et touchantes.
    De tout coeur
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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    1. On m'a souvent dit que je ressemblais à mon père. Ta remarque m'interpelle. Je vais la laisser faire son chemin.
      Je comprends bien à propos d'Alpharêves. Tu as été loin et profondément dans l'introspection et j'en garde un souvenir intense.
      Toutes nos relations fondamentales et fondatrices sont complexes. C'est aussi ce qui en fait la richesse, l'originalité et la puissance.
      Comme il est dit par ailleurs, le bon grain et l'ivraie sont toujours mêlés. C'est pour que la récolte soit la meilleure qu'il ne faut pas les séparer.
      C'est un enseignement majeur en ce qui me concerne.
      Merci de ta fidélité.

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