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vendredi 12 mars 2021

Le murmure palpitant du silence.

La lecture de ce billet chez  MaGARi! a provoqué un arrêt intérieur.

Des membres de phrase, tel : « (…) aucune action en train de se dérouler. Le vide. L'entre-deux. »


Il est question d'œuvres picturales ou apparemment aucune action ne se déroule. Rien d'intéressant. Les intérieurs vides des paysages vides, les personnages apparemment sans vie véritable,…

et puis cette phrase : « Elles [ces représentations] ne véhiculent aucune réponse du dehors, aucune séduction, aucune solution et s'adresse directement à la vie intérieure du spectateur. »


J'ai pensé : « je suis ce spectateur ». Non pas dans des salles de musée, mais dans mon ordinaire quotidien, là où je vis, sortant peu de chez moi, enfermé consentant, moins pour cause de covid qu'en raison de mon état ordinaire.Cet intérieur ouvre sur la partie avant du jardin et sur une allée dite privative, en cul-de-sac, où il ne passe quasiment personne si ce n'est quelques piétons, riverains que je connais, quelques voitures égarées ou de livreurs.

Ma maison est partie prenante et prolongement de mon intériorité psychique, je m'y sens bien. Parfois même très bien.

Peut-être parce qu'il n'y a pas de solitude vide.

J'ai pourtant beaucoup souffert de solitude dans mon enfance et ma jeunesse, mais par ce que c'était de l'abandon et donc du vide. Pas une solitude choisie ni assumée. Pas une solitude heureuse.


Solitude ? Puis-je vraiment parler de solitude.

Il n'y a jamais eu autant de monde que dans cette solitude-là.

Y a-t-il une solitude quand les moyens modernes de la communication, ordinateur, Smartphone, Internet, et j'en passe, sont à disposition, quand l'intériorité, l'attrait que j'en ai, son mystère et sa curiosité, sa population innombrable, tous ces gens qui m'habitent depuis toujours, la méditation silencieuse ou élaborée, et tant de choses encore. Et puis il y a l'écriture qui m'accompagne sans cesse (« écrire pour ne pas mourir » et le risque inverse « mourir de ne pas avoir suffisamment écrit »).

Je me faisais quasiment le reproche il y a peu de ne pas assez lire. Ça devrait plutôt être de ne pas assez écrire.

J'osais dire bêtement il n'y a pas si longtemps que je n'avais plus rien à écrire… alors que de nombreux sujets s'accumulent dans mon esprit et dans mon âme. Parfois la nuit il m'en vient. « Tiens il faut que j'écrive cela »… et puis au petit matin, malheureusement, j'ai oublié…


Si je reviens au regard sur l'extérieur, là où je suis à l'instant, regardant par ma fenêtre sans rideau, je vois un morceau de ma pelouse, la haie basse d'ifs qui bougent avec le vent, elle frissonne. Derrière les trois énormes troncs des imposants peupliers que mon voisin a enfin totalement élagués, mais a laissé trois immenses fûts  d'une quinzaine de mètres de hauteur. Ils ressemblent à des totems puissants, noueux et dominateurs. Sortes de morts-vivants qui voudraient encore impressionner. Et puis sur le fond du ciel se détachent des arbres centenaires, vieillissants mais encore plein de majesté, qui bordent une allée qui  fut majestueuse parce qu'elle menait à une riche propriété dont elle reste la dernière témoin de temps révolus.

Et tout cela ne cesse de me parler encore depuis plusieurs dizaines d'années que je vis ici. Lorsque nous avons acheté « sur plan » nous étions au milieu des champs boueux. C'était un jour gris d'automne. Il y avait de l'eau dans les champs. Et cependant nous avons été séduits.

Le calme, le simple, l'ordinaire, la campagne à trois pas de la grande ville.


Tout cela me fait revenir à la dernière phrase du billet de MaGARi! :

« L'espace-temps - l'espace tout court - entre un événement et un autre, entre un inspir et un expir, et où la vie, en apparence immobile, ne cesse de palpiter. »


30 commentaires:

  1. " Parfois la nuit il m'en vient. « Tiens il faut que j'écrive cela »… et puis au petit matin, malheureusement, j'ai oublié…"

    Ah ? Toi aussi ?

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    1. Que veux-tu, c'est le privilège de la jeune vieillesse !
      Viendra à temps où on oubliera même d'avoir pensé quelque chose la nuit et peut-être qu'on se dira : voyons ? Est-ce que j'ai vraiment dormi ?
      En attendant, profitons du jour qui passe.

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    2. Ben moi aussi ! et je peux vous dire que ce que j'écris dans ma tête la nuit, c'est su-perbe ! et au matin... plouf !

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  2. J'ai lu ce billet avec délectation car tu y parles de ton habitat, au sens propre et au sens large. Ton corps-esprit, ton corps-maison, ta maison et son environnement immédiat. C'est toujours beau d'entendre les gens dire qu'ils se sentent bien chez eux ("je m'y sens bien, parfois même très bien"). Quand ils disent cela ça veut dire qu'ils vivent en accord avec eux-mêmes et que l'harmonie et le sens font partie intégrante de leur vie. Tu décris un univers vivant, inventif, rempli d'énergie. Aspirer à écrire plus et à lire plus, ça veut dire être curieux et aussi être créatif. C'est disposer de l'essentiel et en être conscient. "Le calme, le simple, l'ordinaire, la campagne à trois pas de la grande ville" que désirer de plus ? au sens propre et au sens figuré ?
    PS : un petit carnet et une lampe de poche, près de ton lit ?

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    1. «disposer de l'essentiel et en être conscient »
      tu as raison, c'est le constat que j'ai fait après avoir écrit ce billet. Je me disais : finalement, j'ai de la chance.
      Enfin… chance… peut-être que l'on a surtout les chances que l'on se donne.
      Je me souviens très bien, dans mes 20 ans, l'impact sur moi d'une chanson de Graeme Allwright :
      « ne laisse pas passer ta chance », comme une invitation et un impératif.
      J'ai un peu l'impression que je dois lui dire merci.

      PS : figure-toi que j'ai le petit carnet et une petite lampe de chevet à variateur, mais je crois toujours que je vais me souvenir. De toute façon ça revient d'une manière ou d'une autre un jour ou un autre. Enfin c'est ce dont je me persuade…

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  3. Parfois aussi la nuit il m'en vient. Au petit matin je n'ai pas oublié mais je me dis que ce n'est pas intéressant.

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    1. Oh ! Comment ça pas intéressant ?
      Laisse donc à tes lecteurs le soin d'en juger !
      ;-)

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  4. J'écris en général lorsque la plus part des gens dorment, tout est calme, au printemps et à l automne je n 'entends que le clapotis des vagues et je trouve que ce silence est magique et très inspirant. Mais lorsque je me réveille et que je relis mes écrits je ne les apprécies pas forcement alors je retouche.
    Mais il est vrai que si le jour je râle souvent de ma condition je suis , en y réfléchissant bien, une privilégiée. Beaucoup de gens n'ont malheureusement pas ce plaisir égoiste.

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    1. Pour ma part, j'écris plutôt le matin. Il y a quelques années parfois très tôt le matin, lorsque tout commence à s'éveiller, y compris les sensations inspirantes et neuves, toutes fraîches du jour.
      Être un/une privilégié/e ?… n'avons-nous pas tous quelques privilèges quelque part…
      plaisir égoïste ? À moins que nos « lieux de privilèges » ne soit une source où l'on vient s'abreuver, un champ où se récolte ce dont on fera bénéficier des autres d'une manière ou d'une autre. L'égoïsme c'est que ce qu'on retient pour soi. Pas ce qu'on partage.

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  5. Il m'arrive de rêver que j'écris quelque chose sur un papier, mais au réveil, hélas, aucune idée de ce que pouvaient être ces mots. Il m'arrive par contre de me souvenir d'un mot prononcé haut et fort par une personne dans un rêve, juste avant que je ne me réveille, et je réfléchis alors à ce mot et au sens que je dois lui donner, si sens il y a. A une époque, je rêvais à des paysages tellement beaux que je me disais qu'il faudrait que je les peigne. Mais une fois réveillée, les paysages disparaissaient et de toute façon j'aurais été tout à fait incapable de les peindre.
    Enfin bref, je déborde...

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    1. Ah ! Les interpellations de nos rêves !
      Je ne sais pas si tu as peint, mais tu as donné relief et volume à ta créativité, si j'en crois les sculptures que tu nous as montrées à l'occasion.

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  6. Anonyme13/3/21

    Étrange quand meme de constater combien le vide me remplit ! La première image sur le post de MaGari, cette pièce vide qui mène sur encore du vide, me comble de "je ne saurais dire quoi". J'aime vivre désencombrée. Presque pas de vie sociale pour moi. Seule les rencontres de coeur à coeur m'intéressent. Je me reconnais toujours beaucoup dans tes écrits ce qui fait que pour moi tu n'écriras jamais assez. Généralement, je lis tous tes commentaires parce que j'y trouve pareillement l'eau qui me désaltère. kéa

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    1. Je fus également frappé par le tableau que tu cites. J'y ai vu comme une sorte de représentation d'un dépouillement intérieur. On peut circuler sans être encombré de toutes sortes d'entraves dans le passage et progresser jusqu'à la lumière. Juste une chaise pour s'asseoir, éventuellement, si besoin.


      Je me reconnais toujours beaucoup dans tes écrits
      la réciproque est vraie, souvent j'observe une complémentarité un enrichissement dans ta manière de compléter ou d'illustrer sous forme d'un approfondissement.
      Et en même temps nous sommes nettement différents et singuliers l'un et l'autre. Différence de sexe évidemment, différences de culture, de structure de pensée, de mode de vie, etc. La re-connaissance et au-delà, par le fond des êtres, quelque chose d'assez mystérieux qui transcende tout, amenant à l'essence primitive. Comme si c'était de ce côté qu'il fallait chercher un éventuel universalisme, si toutefois il existe.

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    2. Anonyme13/3/21

      "Quelque chose de mystérieux qui transcende tout". Oui cet amour d'où nous sommes issus et qui nous appelle jour et nuit pour revenir enfin à la maison, dans cette vie, dans ce corps ci. Merci pour ton commentaire qui est si beau, si ressenti. kéa

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  7. julie13/3/21

    Bonjour Alain,
    L'ennui est à l'humain ce que le soupir est à la musique... le bonheur intervient lorsque nous avons trouvé le bon tempo :)
    Beau billet, merci.

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    1. Très jolie et très juste comme métaphore. Merci.

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  8. Moi j'aime bien quand il ne se passe rien. C'est justement là qu'une porte s'ouvre pour des ressentis. Le silence, le jardin, la nature, tout cela suffit à mon bonheur !

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    1. Quand il ne se passe rien, beaucoup de choses se vivent.

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  9. Merci pour ce texte qui nous conduit à porter un regard sur notre intérieur et nous fait plonger dans la solitude - ce qu'elle est ou peut être - mais aussi sur l'écriture, comment vous la vivez - et bien sûr, comment nous la vivons, nous qui écrivons aussi, parfois, et lisons vos textes.
    Au fait, le petit carnet sur la table de chevet, ça peut être utile...
    Impressionnants, ces "totems", qui donnent à lire, aussi...

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    1. J'aime toujours lire vos textes aussi savoureux qu'imaginatifs, plein de surprises et d'audace. Ils mettent toujours en scène des personnages improbables, et pourtant, ils véhiculent tant de sentiments, se confrontent à tant de situations dans lesquelles plus ou moins on se reconnaît quelque peu. Ce n'est pas caricatural, mais parodique de nos travers et de nos limites, de nos qualités aussi. Des saynètes qui en disent long sur la nature humaine, ses affres et ses lumières. Une autre manière de nous parler de nous-mêmes.

      Pour ce qui est des arbres, j'étais content que mon voisin pratique cet élagage tant ils devenaient imposants et hors de proportion. Moins satisfait qu'il laisse ces « totems » (il paraît que sa femme ne voulait pas voir tout disparaître…) et puis je m'habitue et ils deviennent sources de méditation. Pour la suite on verra bien…

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  10. Il existe un vide "plein"...un vide qui laisse la place à la vie intérieure...et un vide "sinistré" qui laisse la place aux angoisses et à la frustration ou à la tristesse...

    Être bien "chez soi" ou être bien "en soi", c'est un peu la même chose...
    Cette paix-là, ce contentement tranquille, personne ne peut nous l'enlever...
    et c'est de là qu'on peut, quand on en a envie, rencontrer les autres... :-)

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    1. Merci pour ce commentaire tout à fait juste et que je signerais volontiers.
      Je n'ai pas évoqué dans ce billet la rencontre effective des autres. On ne peut bien sûr être autosuffisant. Partager nourrit.
      Je constate cependant que je deviens sélectif, bien plus qu'avant. Peut-être l'impératif ou l'urgence de mon âge avancé ?
      Il faudra que je revienne sur cette évolution au fil des années.

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  11. « Je pensais que la pire chose dans la vie était de se retrouver tout seul. La pire chose dans la vie est de se retrouver avec des gens qui vous font vous sentir tout seul. »
    Robin Williams.

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    1. Oh ! Combien cette remarque est d'une grande justesse !
      Merci pour cette citation.

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  12. En ce moment, plus que jamais, depuis la mort de mon mari, j'ai besoin d'écrire pour me sentir vivante, sinon je me sens comme une poussière que le moindre vent fait disparaître....J'ai besoin de rencontrer des gens même si ce n'est que pour parler de la pluie et du beau temps ...quelquefois, c'est le prélude pour une conversation plus essentielle...quelquefois , le regard suffit pour qu'il y ait un échange...et puis, c'est vrai, il y a tous ces êtres que l'on porte en soi

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    1. La perte de celui qui partageait ta vie génère un manque qu'il faut gérer. Je comprends bien ton besoin d'écrire et son aspect vital, de même que rencontrer des personnes pour renouer avec une vitalité partagée.
      J'espère que des échanges continueront à te faire du bien.

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  13. Le silence, c'est si bon. Si rare. Si doux à qui ne le craint pas. La nature n'est jamais silencieuse. Le vrai silence, rare, donc, sans même une respiration, je m'y sens bien. Mais je reste consciente de l'avoir voulu, de l'avoir choisi. Et c'est sans doute, dans le contexte qui nous occupe, ce qui me manque le plus.
    A contrario de toi, la lecture me maintient plus que l'écriture. "Normal", dirait ma fille, "tu as très évidemment le syndrome de l'imposteur, il suffit de lire ton blog et tes réponses aux commentaires". Peut-être. Tant pis. La lecture me nourrit, m'instruit sur le monde, sur l'autre, me conforte ou me bouleverse, toujours elle m'ouvre sur l'inconnu, le mystère, et qu'y-a-t-il de plus intéressant que l'autre, les autres?
    Mes rêves ne me parlent jamais d'idée ou d'écriture, mais toujours de concret. Les idées à écrire ne me viennent qu'éveillée. En marchant, souvent. C'est fou ce qu'on pense quand on marche! D'ailleurs c'est drôle, en te lisant m'est venue cette chanson de Souchon, qui d'après ton texte ne te correspond pas vraiment, mais elle m'est venue tellement spontanément : https://www.youtube.com/watch?v=3sVPLCLw8Uc
    Je t'embrasse ♥

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    1. La lecture te nourrit. Je comprends bien, je fus un gros lecteur et j'ai reçu beaucoup dans bien des domaines. Il n'y a pas si longtemps ma kiné qui vient à domicile, devant ma bibliothèque remplie disait : « vous avez "vraiment" lu tous ces livres ? ». Son doute m'a fait sourire. C'est sûr elle est plus sportive que lectrices…
      je pense cependant que l'écriture nourrit aussi. Soi-même et le lecteur.
      « Syndrome de l'imposteur » ? Laisse donc grandir en toi la confiance. Mais ce que je peux dire c'est que ton écriture, tes textes me manquent. Et pas qu'un peu. Car tu as une qualité d'expression une profondeur de pensée qui mérite d'être exprimée. Alors j'attends et j'espère. Je suis patient !
      J'aime beaucoup cette chanson de Souchon (y a-t-il d'ailleurs de lui des chansons que je n'aime pas ?…). Elle correspond moins à ce que je vis actuellement, mais le désert intérieur où on traîne son désespoir du puits introuvable, j'ai connu… Dans ma nuit je lisais les grands spirituels, Thérèse d'Avila et ses extases orgasmiques d'amour fou, Jean de la Croix, la nuit obscure et la lumière brûlante de l'union définitive, pour les pointures… et puis aussi : «Une bible, un cœur d'homme /Un petit gobelet d'aluminium /Il faut un minimum » preuve quand même qu'on l'espère ce puits, cette oasis…
      Moi aussi je t'embrasse, chère amie.

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  14. J'aime beaucoup ton titre.
    Voilà un billet d'une belle profondeur, celle dont tu as le secret.
    Un don, certainement. Une faculté d'entrer en toi-même et d'y cueillir les gouttes de toon essence. Et tu le communiques aux autres.
    C'est un texte qui rend meilleur.
    Merci mon Babar
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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    1. Figure-toi que le titre a jailli « comme ça » et moi aussi je l'aime bien !
      « Un texte qui rend meilleur » cela me touche beaucoup.
      J'espère tant, comme bien d'autres, un monde meilleur…
      on y arrivera, il faudra du temps, mais on y arrivera.
      Avec toi… et d'autres…

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