... Proclame le militaire lors d'une commémoration. S'ensuit la « sonnerie aux morts » suivie de la minute de silence.
Et parfois sur le monument : « La patrie reconnaissante ».
Dans ma jeunesse, je me suis moqué, mais en silence, moi aussi.
Aujourd'hui, respect pour mon père, pensant à son frère, mort au combat.
*
Il est d'autres morts.
Celles et ceux de mon entourage proche ou plus lointain. Des parents, des amis, des maîtres à vivre, des icônes de jeunesse, des désespérés qui ont mis fin à leurs jours, des « mais pourquoi lui/elle, si magnifique et si jeune ! », Sans oublier celles et ceux « à qui on doit tout », et tellement d'autres.
Le dernier en date, il y a 48 heures. Un compagnon d'Aventure, un engagé et nous nous ressemblions. La dernière rencontre fut le dernier repas, et je ne le savais pas. Il est parti, comme d'autres, de la Covid, au fond d'un EHPAD. L'aventure s'arrête là. On ne rêve pas d'une mort héroïque, mais quand même, autre chose qu'abandonné dans un mouroir.
Ainsi sans doute en est-il de l'aventure des poussières d'étoiles.
*
Aux morts !
Ceux à qui je dois d'être vivant et qui ne sont plus. Tous ceux qui m'ont aidé à me construire, jour après jour, année après année. Celles et ceux à qui j'ai rendu hommage dans un livre. Je les repasse dans mon cœur tentant de dénombrer ceux qui sont morts depuis l'écriture de cet ouvrage. Ça en fait quelques-uns. Quatre depuis quelques mois. Trop.
*
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| Dans mon jardin, ce jour |
Aux vivants !
Chouette ! Ils sont encore bien plus nombreux. Ils sont partie de moi. (Je n'ai pas écrit ils font partie de moi). Ils contribuent à me constituer. Ils sont pierres de vie, tout autant que celles et ceux qui ne sont plus.
L'inverse existe. Je suis présent en d'autres. Mystérieusement il me faut bien l'admettre. Accueillir nos interdépendances fondamentales, parce que tout seuls, sans liens, peu à peu nous devenons rien du tout. Moins que rien.
Le « que serais-je sans toi » d'Aragon doit s'écrire au pluriel.
Que serais-je sans toi, et toi, et encore toi, et tellement d'autres.
Ne pas perdre la reconnaissance fondamentale tellement enrichissante et foisonnante du : jamais l'un sans l'autre. La tentation est grande de croire en des possibles autarciques, à la réussite individuelle du « je me suis fait tout seul » qui ne sont que des chimères.
*
À la vie éternelle !
Celle des relations construites, tissées, entretenues, sublimées et qui perdurent au-delà des séparations, des retrouvailles, des déchirures, des raccommodages. Et de la mort.
À cette vie éternelle offerte ici maintenant
et pas ailleurs et demain.

J'ai un oncle qui est mort du Covid, seul aussi dans son Ehpad. Lui, l'homme de bien qui a tant aidé les autres n'a pas mérité une mort aussi triste, si tant est que la mort puisse être gaie..Il parlait peu de lui, mais avait une grande empathie pour les autres, avait le don de savoir écouter les gens. C'est inhumain ce qu'on fait aux vieux dans les Ehpads, aux malades du Covid. On les abandonne à leur triste sort, sort qu'on peut subir nous-aussi un jour..
RépondreSupprimerC'est un bel hommage que tu lui rends à présent.
SupprimerLe voilà en tout cas délivré de sa condition de mortel.
C'est curieux d'ailleurs : après sa propre mort… on n'est plus mortel
Ton texte m'a beaucoup émue.J'ai pensé en te lisant à ces hommes que j'ai beaucoup aimés et qui m'ont aidée et qui continuent de m'aider dans ma construction. C'est comme une trinité il y a un père ( un prêtre) un frère ( Jésus) et un saint esprit ( mon psy).Merci pour ce texte superbe qui fait tant de bien.
RépondreSupprimerVoilà sans doute une belle explication de ce que certains chrétiens appellent « le mystère de la Trinité »
Supprimercomme quoi quand on a compris… il n'y a rien de « mystérieux » là-dedans !…
Merci pour ce commentaire et je me réjouis s'il a pu te faire du bien.
La mort d'un être aimé est très difficile, les conditions actuelles rendent encore ces départs plus insupportables. Je te comprends mais ainsi va la vie, il nous reste cependant les souvenirs, souvenirs que nous laisserons aussi . La seule chose qui peut adoucir ce moment douloureux c'est espérer qu'ils n'aient pas souffert pour partir.
RépondreSupprimerCe qui est difficile sans doute, c'est l'impossibilité d'être physiquement proche dans ces instants du départ, alors « qu'en temps ordinaire » ce serait tout à fait possible.
SupprimerEncore que, il ne faut pas se leurrer, les « règles sanitaires » bénéficient de beaucoup d'arrangements effectifs et concrets, notamment en soins palliatifs. La présence des plus proches est effectivement possible. (j'en ai trois exemples)
Mais chutttt… il ne faut pas en parler…
Tu me rappelles mon (bien lointain) soixantième anniversaire !
RépondreSupprimerhttp://presquentrenous.canalblog.com/archives/2008/12/16/11766588.html
Je suis allé lire ton texte.
SupprimerTrès beau et émouvant. Sous ta pudeur habilement cachée par ton humour si sympathique, tu sais manifester ton amour et ta reconnaissance avec justesse.
Cela m'a beaucoup touché.
Merci, cher AlainX, ce n'était qu'un écho au tien.
SupprimerTrès beau texte Alain. Pour moi ce matin, morts et vivants se mêlent et deviennent ce que je suis. Je ne ressens plus la tristesse, même si le vide est là, et récent, mais un accompagnement permanent qui me réchauffe à chaque instant et me construit en'coeur "à la vie éternelle".
RépondreSupprimerMerci.
Quelques grandes figures spirituelles disent que la tristesse se transformera en joie, parce que ceux qui ne sont plus là, demeureront en nous d'une nouvelle manière qui ne finit plus.
SupprimerAlors merci à toi d'en témoigner par tes propres mots.
J'aime quand quelqu'un sait qu'on a besoin des autres pour être soi.
RépondreSupprimerQue les autres sont nous et qu'on en est amputé quand l'un d'eux meurt.
Que le nombril n'est qu'un nœud, pas un centre d'intérêt et que l'examiner est se rendre aveugle à ceux qui nous entourent.
Bien sûr, certains nous emmerdent.
Et alors ?
Qui a dit que le monde devrait être rempli de saints ?
D'ailleurs la moitié a des seins, et c'est déjà toute la beauté du monde pour l'autre moitié. ;-)
J'ai bien aimé ton speech.
Tu as raison, le nombrilisme est souvent l'attitude égocentrique de celui qui ne se connaît pas véritablement en tant que personne humaine et sociale.
SupprimerL'accès aux profondeurs de l'être, c'est tout autre chose, c'est même complètement l'inverse. Observer son être, c'est porter un regard doublement réflexif à partir du Soi (qui n'a rien à voir avec le nombril) jusqu'au « Soi inconnu », et donc découvrir autrement l'entièreté de l'extérieur, dans lequel nous baignons et constater l'enrichissement obligé par l'ouverture aux autres. En nous et hors de nous. Tous les autres, et même les cons !!
;-)
Alors, comme disait mon père : « tu pourras commencer à lacer toi-même tes chaussures »
Quelle note chaleureuse et qui fait un bien fou !
RépondreSupprimertu es partie de moi et je suis partie de toi, j'adore l'idée !
C'est une idée dont on peut observer la réalité concrètement…
Supprimerje suis vraiment content que cela te fasse « un bien fou », surtout pour toi en ce moment …
J'aime beaucoup l'idée un peu mystérieuse que nous soyons en d'autres, et que d'autres soient en nous.
RépondreSupprimerAinsi mon père est en moi, sa figure tutélaire m'accompagne naturellement sans que je m'en étonne. Si, un peu, au début, je m'en suis étonnée, c'est vrai.Mais plus du tout désormais.
Il me semble que tu me parles souvent, aussi.Il est mort, tu es vivant, mais le résultat est le même.
Je m'entends penser quelquefois : que dirait-il en cette circonstance ? Comment poserait-il ce problème relationnel ? Et ça m'aide.
IL y a aussi des petites voix d'écrivains, qui me susurrent leurs aphorismes au bon moment.
J'aime bien l'idée de ces interdépendances subtiles.
J'ai toujours cette sensation indéfinissable du grand tout que nous constituons, et qui nous constitue à la fois.
Pas sûre d'être vraiment claire, mais c'est difficile à cerner en équation.
•.¸¸.•*`*•.¸¸☆
En tout cas, pour moi, tu es très claire.
SupprimerTu as l'expérience de ce que je tente de développer. C'est vrai que c'est un thème sur lequel je reviens de temps à autre.
La « naissance » à cette relation intime avec ceux qui ne sont plus là, demande quelques temps pour s'installer en soi. Comme une gestation nécessaire. Parfois quelques semaines, parfois plusieurs années. Quoi qu'il en soit, pour ma part, elle ne cesse de s'approfondir au fil du temps.
Peut-être que j'écrirai prochainement un billet à ce sujet, concernant « mon premier amour » (celui qu'on n'oublie jamais comme dit la chanson) dont j'ai appris récemment par hasard (mais y a-t-il un hasard ?) le décès. Je tenterai de dire comment depuis le souvenir tend à devenir présence.
C'est évident que cela a des aspects mystérieux, subtils souvent). C'est parfois contesté par un entourage qui n'a pas l'aptitude à descendre en soi jusque-là… alors, dans le meilleur des cas il doute, dans le pire il se moque. Mais qu'est-ce qu'on en a foutre ! « Nous » on sait !…
Mais, j'ajouterai qu'au final, le pire du pire, c'est quand on essaie de balancer des explications de toutes sortes, psychologiques, philosophiques, religieuses surtout, en ramenant sa bimbeloterie intellectuelle et pédante. Pouah !
Seuls, les écrivains, poètes et artistes, savent mettre leurs talents au service de ce mystère, pour qu'on l'approche mais qu'il demeure.
Dans le monde du Permanent l'autre est en moi et moi en lui, comme la vague est dans l'océan et l'océan dans la vague. Il n'y a jamais eu de séparation. kéa
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SupprimerJ'aime beaucoup, kéa, ta métaphore telle que tu l'exprimes.
C'est une belle manière de rendre compte du Permanent.
J'ai déjà remarqué combien tu avais l'art des métaphores « parlantes ».
J'ai toujours pensé qu'après ma mort, tout sera fini, que mes cendres reposeront dans un coin que j'ai choisi, et que sera le néant...
RépondreSupprimerAlors, pourquoi il m'arrive de parler à mon mari et à mon fils disparus comme s'ils étaient présents ? Il m'arrive de les "sentir" tout près de moi.
Depuis le début de la pandémie, je n'ai eu autour de moi qu'un jeune couple atteint de la covid et qui s'en est bien tiré. Nul d'autre dans mon entourage n'a croisé cette saleté. Peut-être parce que nous ne sommes pas dans l'une des régions où le chiffre des cas est alarmant ? Restons vigilants et ne faisons prendre aucun risque à autrui. Je ne suis pas vaccinée faute d'avoir pu obtenir de r-v et le manque de vaccins disponibles.
Nous dépendons tous les uns des autres
Envisager POUR SOI-MÊME une forme de survivance après la mort relève de la croyance, personnelle ou collective. Je ne la partage pas tout en ayant été éduqué dans la religion chrétienne qui mettait à disposition cette « promesse ». Cela fait pas mal d'années je ne suis plus intéressé par le produit.
SupprimerEn revanche le dialogue intérieur que nous pouvons avoir, en tant que vivant, avec ceux qui ne sont plus est une expérience effective. Une relation intrapsychique répandue qui se joue au sein de l'être profond. Généralement elle fait du bien à celui qui accède à ce lieu intime de soi-même.
Cette réalité, comme toute réalité, comporte des aspects interprétatifs comme de voir dans ce phénomène intérieur la preuve de l'existence d'un « autre chose ailleurs après la mort là-bas quelque part… un endroit où ceux qui sont morts revivent et nous attendraient… »
Nous avons la liberté d'y croire… ou non…
le problème des religions est des convaincus de la chose c'est la propension à nous FORCER à y croire… la plupart du temps pour des raisons prosélytes et mercantiles.
il y a des gens qui dans la vie m'ont fait souffrir, et pas qu'un peu!
RépondreSupprimerLeur mort a été pour moi, une délivrance
Je n'ai pas du tout envie de les revoir dans une autre vie
Et même quand j'y pense... NON cent fois non...
Peut-être que POUR MOI ces gens n'existent plus?
Ils sont partis avec leur "nuisance"?
Je comprends très bien ce que tu exprimes.
SupprimerProbablement qu'on a chacun notre liste noire à ce sujet.
Pour ma part je pense qu'après la mort il n'y a plus rien du tout.
Bruno Latour, un des philosophes les plus influents au monde, répondait dans une interview dans philosophie de magazine à la question : « croyez-vous qu'il existe une vie après la mort ? »
— Mais bien sûr que non ! Ce n'est pas le sens du message chrétien. Qui, à un enterrement s'imagine sérieusement que le défunt va aller retrouver son papa et sa maman au paradis ?
De toute façon si un jour ça doit arriver, dans un quelconque paradis, il suffira que tu demandes gentiment à changer de quartier ! Et puis à mon avis il y a peu de chances, car si c'est ça, on sera des milliards et des milliards de milliards d'humains à se chercher les uns les autres. Et je ne crois pas qu'au paradis ils soient équipés valablement en informatique. Bill Gates n'est pas encore mort. Tu me diras, parait qu'on aura l'éternité pour se chercher…
allez, la vie est belle ! Profitons-en !
Oui. Nous vivons tous avec des morts, les nôtres, les autres. Nous naissons, déjà, avec des fantômes. Ceux de l'histoire familiale, racontée ou tue, ceux de l'histoire tout court, ou plutôt celle que l'on dit grande, celle du pays qui nous voit naître, celle de la culture dans laquelle on évolue, d'un langage, d'une religion. Il y a les morts qui nous ont aimés, ceux que l'on a juste entrevus, et qui ont pourtant compté. Il y a ceux dont on ne sait s'ils sont morts ou vivants, dont on ne saura jamais peut-être s'ils sont morts avant nous, mais qui vivent déjà dans notre souvenir. Il y a les morts qui ont aidé à nous construire, les écrivains, philosophes et autres auteurs morts il y a des siècles parfois. Il y a les chansons, les images, les films, les opéras... les enseignants, quand on a eu la chance d'en croiser un ou deux habités par la passion de transmettre et d'éveiller... Et puis tous les vivants. Avec qui il est essentiel de se montrer solidaire.
RépondreSupprimerCette pandémie aura, peut-être, eu le mérite de rappeler combien vie et mort ne sont, non pas opposées, mais étroitement mêlées.
:-)
*juste une précision: je dis religion parce qu'il ne s'agit pas, pour l'athée que je suis, de nier à qui que ce soit le droit de croire en ce qu'il ou elle veut. Du moment qu'elle ou il ne vient pas faire du prosélytisme ;-)
SupprimerJ'aime bien ton énumération.
SupprimerFinalement des peuples entiers nous habitent !….
Je pense souvent à l'humanité depuis ses origines qu'on ne peut guère dater avec beaucoup de précision. Tous ces êtres qui ont concouru à ce que nous devenions progressivement qui nous sommes chacun et collectivement. Parfois je ressens une telle proximité avec l'homme des cavernes…
Lorsqu'on descend dans ses profondeurs personnelles, on continue à être des spéléologues.
Quant aux prosélytes, qu'ils le soient pour une religion, la planche à voile, l'éradication des fromages qui puent ou quoi que ce soit d'autre, ils sont vraiment d'un pénible !… ;-)
— Nous sommes témoins de Jéhovah !
— Désolé, je n'ai pas vu l'accident !