114ème devoir de Lakevio du Goût.
J’espère que vous serez inspirés par cette toile de Van Gogh.
Elle m’inspire, cette image du nomadisme dite « Les roulottes, campement de Bohémiens ».
L’arrivée du printemps est toujours pour moi « L’invitation au voyage ».
Surtout ces temps-ci !
À lundi j’espère…
« La bohème, la bohème, ça voulait dire on est heureux ! » déclamait le chanteur disparu.
Il y avait aussi Tino Rossi : « Bohémienne aux grands yeux noirs »
Où sont passés les bohémiens de ma jeunesse avec leurs roulottes qui campaient pas loin de ces bâtiments de ferme à l'abandon, dans la campagne, pas bien loin de chez mon oncle. Les femmes faisaient du porte-à-porte dans le village, avec des marmots pleins leurs longues jupes et qui avaient l'obligation de prendre des visages malheureux et de tendre la main ouverte, pomme tendue vers le ciel qui certainement leur viendrait en secours : « si te plaît Madame, Monsieur, si te plaît ! » Elles vendaient des wassingues comme on dit chez les ch'tis (des serpillières), grises et tristes comme le ciel du Nord où se pend le canal. Les gens leur claquaient la porte au nez ou donnaient une pièce pour qu'ils s'en aillent, arrière Satan ! mais pas question d'acheter quoi que ce soit.
Ce sont des « diseuses de bonne aventure » proclamait mon oncle d'une voix sentencieuse. Cela me faisait rêver. Pourquoi refusait-t-il de connaître toutes les mystérieuses et merveilleuses choses qui devaient arriver ? Je questionnais. La réponse était : « tout ça, c'est des sornettes ! ». Je n'ai jamais osé demander à quoi ressemblait une sornette et où pouvait-on en trouver. Ça devait être un petit animal mignon et futé que j'aurais bien aimé rencontrer pour qu'il me parle de la Bohème.
Un jour, Louis Aragon m'informa un peu mieux :
« Il existe près des écluses
un bas quartier de bohémiens
dont la belle jeunesse s'use
à démêler le tien du mien
En bande on s'y rend en voiture,
Ordinairement au mois d'août,
Ils disent la bonne aventure
Pour des piments et du vin doux. »
Tout cela fit rêver le temps de ma jeunesse encore boutonneuse.
Je me suis rappelé que
« J'aimais déjà les étrangères
Quand j'étais un petit enfant ! »
Ainsi passa la vie, comme le vent dans les blés, les gouttes de pluie sur la vitre, et la buée de nos haleines brûlantes.
Parfois il nous arrive de retrouver cette ambiance lointaine et révolue, alors :
« On passe la nuit claire à boire
On danse en frappant dans ses mains,
On n'a pas le temps de le croire
Il fait grand jour et c'est demain. »
***
[Et pardon, cher Aragon, d'avoir caviardé votre si beau poème « L'Étrangère »]
Votre devoir est superbe. Aragon vous pardonnera.
RépondreSupprimerMerci Madame Chapeau, et de me dire qu'Aragon ne m'en tiendra pas rigueur…
SupprimerTout ce que j'aime !
RépondreSupprimerAvec Aragon en prime, telle une fleur des champs sur une table de jardin. D'une émouvante simplicité et d'une beauté sauvage.
Et cette nostalgie qu'amène ce sujet...
Bref, j'ai adoré.
•.¸¸.•*`*•.¸¸☆
Il est vrai que j'ai pensé que tu apprécierais ce billet.
SupprimerParfois la nostalgie est douce
Cette vue est un mélange des trois visions que j'ai des "bohémiens".
RépondreSupprimerCelle de mon enfance, à paris ou en Bourgogne.
Celles des poètes.
Celles de mes mésaventures car les "Bohémiens" m'ont tout de même coûté trois téléphones, deux cartes Visa et autres portefeuilles heureusement vides à ce moment...
Tu as la délicatesse de ne pas aborder la troisième vision que j'ai eue...
Il n'y a plus de poules à voler. Alors les petits Roumains exploités s'obligent à d'autres choses, savoir naviguer dans les rames, entre les ennuis avec les flics et les sévères corrections des maîtres qui les exploitent. Pas simple !
SupprimerÇa n'empêche pas que ta troisième vision soit une réalité déplorable.
ah oui, d'étranges étrangers jusqu'au pas de la porte et cette peur méfiante qui est de tout les temps!
RépondreSupprimerbien joué
La peur s'incruste partout dans nos corps et nos biens.
SupprimerLes bohémiens de Paris n'inspirent pas les poètes et je ne me souviens pas d'eux enfant.
RépondreSupprimerPour ma part à ce sujet j'ai plus de souvenirs curieux, plus d'étonnements que de peurs.
SupprimerToujours très beau texte, qu'ils soient appelés bohémiens, romanichels, zingari ou zingani en Italie, ces communautés considérées inassimilables, étranges voire dangereuses déclenchent comme un réflexe naturel au mieux une réserve au pire une peur....ils restent dans l'inconscient général des voleurs de poules et des êtres malfaisants...ce qui ne nous ressemble pas, fait peur;
RépondreSupprimerbelle journée
Tout ce qui n'est pas conforme aux idées qu'on s'en fait , dérange. Pourquoi tous ces gens ne sont-ils pas « normaux » ? C'est-à-dire exactement comme nous ?
SupprimerÇa montre bien qu'ils sont dangereux…
Nous avons toujours une attirance pour le prêt-à-penser
"La bohème ça voulait dire qu'on est heureux"... c'était avant, non ? avant quoi ? avant...
RépondreSupprimerLes marmots n'ont plus à se forcer pour prendre un air malheureux, les mamans les pincent pour les faire pleurer, si si j'ai vu ça, à Lourdes ! :-(
C'est bien connu, le bonheur c'est toujours « avant » il n'est jamais la dans le présent quand il faut. Mais il reviendra sûrement « demain ».
SupprimerÀ Lourdes, tout est bon pour ce faire de l'argent…
Non je ne suis pas du genre à dire que c'était mieux avant. J'ai voulu dire que la bohème, l'insouciance, les lendemains qui chantent... ne sont plus trop d'actualité ... Je suis d'un naturel optimiste et pourtant je me fais du souci pour ma progéniture et non pas pour moi. Dualité !
Supprimer♥
Oui, je comprends. Les incertitudes du temps sont fortes. Il y a des raisons légitimes d'être préoccupé voire touché. Cependant, quand je discute avec les plus grands de mes petits-enfants (de 15 à 21 ans) je mesure les dynamismes qu'ils portent et la volonté d'une « vie autre » que celle de nos générations. Cela ravive, mon espoir d'un monde toujours à construire. L'humanité a traversé des crises bien plus graves. Et elle est toujours là.
SupprimerNe perd pas l'optimisme que je te connais et qui fait beaucoup de bien. ♥︎♥︎
Bravo ! merci pour ton texte Alain.
RépondreSupprimerJ'aime.
Merci d'avoir apprécié, chère Den
SupprimerLe Goût me remet en mémoire que la dernière fois que j'ai eu à faire (affaire ?) à eux, ils sont entrés à deux dans ma maison dont la porte était fermée mais non verrouillée (il y avait un couvreur sur le toit). L'un a fait basse sur mon argenterie, et l'autre mon portable à la cuisine. Etant dans la pièce du fond de la maison, je n'ai vu ce dernier qu'un instant avant qu'il ne prenne la fuite.
RépondreSupprimerCe genre de mésaventure, on ne peut qu'en garder un souvenir amer. Je compatis …
SupprimerAh j'avais aussi pensé à Charles Aznavour,mais j'ai cherché avec bohémiens, je ne me suis plus souvenue de la bohème :)
RépondreSupprimerCe poème d'Aragon a aussi été mis en musique par Léo Ferré.
SupprimerAh, des diseuses qui en disent long, il est certain que ça gêne... je n'en ai jamais vu des bohémiennes, dommage. Aragon emboîte bien votre pas..
RépondreSupprimerLes diseuses de bonnes bêtises, on les trouve désormais sur Internet. En plus on peut les voir en Visio et en gros plan. Sauf que c'est plus difficile de payer avec des piments et du vin doux. Faut sortir la CB. Sinon ça ressemble beaucoup
SupprimerSuperbe il n y a rien d'autre a dire et ARAGON est certainement ravi que tu l'ais remis en nos mémoires.
RépondreSupprimerJe me souviens de ces bohémiennes si belles et qui malgré tout nous inquiétaient quelque peu.
bravo
Je pense que le petit garçon que j'étais ressentais cette attirance pour ces femmes singulières, avec plus de curiosité que de craintes. probablement qu'il se sentait abrité par son innocence.
SupprimerJe crois qu'on a tous plus ou moins fait les mêmes routes sur ce coup là, de même que les mêmes expériences. Ton texte agrémenté du poème d'Aragon est un délice.
RépondreSupprimerMerci Délia d'avoir apprécié. Les migrations de populations ne sont pas d'aujourd'hui.
SupprimerAlors il est toujours possible de modifier son regard.
Très joli texte qui ravive tes souvenirs et donne le côté romantique des bohémiens.
RépondreSupprimerMalheureusement lorsque l'une d'elle se poste aux feux tricolores avec un enfant dans les bras sous le soleil estival pour tendre la main aux automobilistes, n'hésitant pas à passer entre les files qui redémarrent…
Sur les parkings, lorsque tu quittes ta voiture, elles te suivent pour te "dire" la bonne aventure et que tu ne peux t'en éloigner qu'en leur donnant de l'argent… Puis encore postées à la sortie des grandes surfaces…
Ne parlons pas des parkings ou terrains qui sont dévastés après le départ des 50, 100 ou plus caravanes et véhicules.
Ils ont absolument le droit de vivre selon leurs habitudes, leur besoin de liberté, mais le respect doit être à double sens.
Tu as raison. Le respect doit être à double sens.
SupprimerParfois je me pose la question : existe-t-il vraiment ce « double sens » ? Parce que les neufs dixièmes des politiques municipales c'est globalement : dehors les gitans, ailleurs que chez nous ! Et plus vite que ça ! Quand ils vont dans la ville d'à côté : c'est le même discours !
Voilà qui me plaît bien à moi la nomade contrariée... On oublie trop souvent que les gens du voyage (manouches, yéniches, descendants des paysans journaliers) sont des Français à part entière. Et que si les communes respectaient l'obligation qui leur est faite de prévoir des aires d'accueil, il y aurait bien moins de tensions. :-)
RépondreSupprimerMerci pour ce commentaire pertinent.
SupprimerComme je l'évoque dans la réponse précédente, il est évident que beaucoup de communes refusent d'installer les aires d'accueil, et que lorsqu'elles existent, c'est dans des conditions lamentables sur des terrains insalubres. La France terre d'accueil ? (accueil des touristes fortunés certainement…). Sinon on entend bien le discours ambiant : Dehors l'étranger ! Dehors le « pas véritablement français » ! C'est le leitmotif de ces temps électoraux…
Triste France parfois. (J'ai failli écrire souvent).