Le havre de paix que je recherchais dans mon enfance aurait pu ressembler à ce paysage.
Mon île déserte, flottant entre mer et ciel, sans bornes. Même au-delà de l'infini, elle serait encore là. Avec en son milieu, une grande maison, des dépendances, des salles de jeux, des chambres pour les autres 'moi' et des cuisines pour y faire des gâteaux.
J'aurais vécu là-bas, seul, avec tous les personnages imaginaires que j'aurais fabriqués. La vie leur serait donnée dans ma tête et leur présence partout dans la maison.
Un monde des délices où la lumière baignerait partout cet univers heureux. Un unique royaume dont je serais le prince.
Qui donc avait préparé ce lieu où l'on m'attendait ? Je l'ai rencontré par hasard ou plutôt par l'entremise de la blogueuse MAGARI!.
Elle parle d'une exposition consacrée à Piet Mondrian, connu surtout pour ses abstractions géométriques. Mais en fouillant son œuvre j'ai découvert cette toile. Ce fut un choc. Des sensations revenues de loin après un long voyage commencé tôt dans l'enfance. 150 ans après la naissance de l'artiste, voici que la mienne me revient autrement.
La remontée de souvenirs explose, et nous sommes aujourd'hui.
Alors c'est l'instant d'une pleine lumière jaillissante éclairant le plus intime de moi, si lointain et si proche, mais surtout si intense dès l'origine. Comme une pureté enfantine qui a tout fait pour se préserver des salissures trop rapidement présentes et parfois si douloureuses. Rien n'aura été perdu. Tout est précieusement conservé dans l'emballage d'origine.
Il fallait seulement atteindre la fin des fouilles intérieures de la reconstruction, la traversée des trous noirs pour découvrir la fissure bienfaisante de la plaie d'où l’eau lumineuse se met à couler chaude et enveloppante comme celle du tableau. Alors il n'y a plus qu'à laisser faire. Ne plus rien retenir pour vivre l'abandon actif de l'intarissable bonheur tendre d'être. Oui, maintenant, juste maintenant.

Quelle merveilleuse image ! Quelle sérénité elle dégage !
RépondreSupprimerEnfant, je rêvais de m'enfuir et de construire une cabane à la manière des trois petits cochons ... ;-)
On a les rêves qu'on peut ! :-)
Belle journée à toi Alain !
Tous nos rêves d'enfants sont merveilleux. On ne peut les hiérarchiser ni les comparer.
SupprimerL'histoire des cabanes des trois cochons m'a toujours interpellé !
Belle journée aussi Ambre, et prend soin de toi
Quand j'étais enfant j'avais été assez marquée par un roman qui se passe au bord d'une rivière. Je ne sais plus trop le titre. Après une petite recherche ce pourrait être "L'enfant et la rivière" de Henri Bosco. J'avais envie d'être cet enfant. Ta photo m'a fait penser à cette lecture.
RépondreSupprimerNe connaissant pas ce livre, j'ai recherché moi aussi. Le résumé que j'ai lu me semble très beau et probablement générant une lecture envoûtante. Merci pour ton propre souvenir. C'est toujours intéressant ce que des billets d'un blog peuvent nous éveiller par ailleurs.
SupprimerLe recul permet de globaliser une situation et donc de la dédramatiser.....A nepas confondre avec l'indifférence...Plus facile à pratiquer quand on vieillit !!
RépondreSupprimerBonjour anonyme
Supprimerje me demande si votre commentaire n'est pas à propos du billet précédent : « de la distanciation »
C'était Daniel des voies de l'âme. Je me suis trompé de texte ! Je devais être dans le brouillard !
SupprimerAh OK !
SupprimerPas bien grave, ça m'est arrivé aussi… !
J'espère que tu vas bien.
Ton dernier paragraphe me touche beaucoup. Comme une apothéose, qq chose qui révèle le soi-même à soi-même.
RépondreSupprimerOui pour moi aussi, et pour chacun je pense, une image s'est superposée au vécu pur de l'enfance sous la forme d'un paysage et d'une maison. J’avais tendance inconsciemment à attendre que cette représentation apparaisse qq part et me ramène au ressenti d’origine. En voyage, j’avais cette attente de la voir apparaitre au prochain tournant. Maintenant, je me pratique à rester à cet endroit en moi sans représentation, sans attente, juste présente à ce qui se présente, comme un enfant.
Et « l’intarissable bonheur tendre d’être » qui ne peut se manifester que « maintenant, juste maintenant ». kéa
Merci beaucoup pour ce commentaire, éclairant, comme d'habitude.
SupprimerJ'ai cette question : peut-on se passer de représentation ?
Ça pourrait faire tout un développement. Au regard de ce que tu dis, il me semble que ce qui peu à peu nous quitte, nous abandonne, c'est « la recherche de représentation ». ( J'avais tendance inconsciemment à attendre… Peut-être, quand surgit quelque chose de très évocateur mais que l'on n'attendait pas, cela vient nourrir ou conforter l'intériorité déjà développée. Je dis cela parce que ce tableau a généré ce billet, mais comme d'habitude j'en ignorais le contenu avant d'écrire. Et il me semble que c'est cela qui a amené le dernier paragraphe dont je réalise en me relisant à l'instant toute l'importance qu'il peut avoir, en effet.
Ta question me fait réfléchir ! ! parce que ma réponse aborde le sujet sous un autre angle que celui abordé dans ton texte. "peut-on se passer de représentation ?" Selon mon expérience, on a besoin de représentations pour fonctionner dans le monde de l'espace-temps. Mais je vois une différence dans l'expérience que tu évoques ici qui est de nature au delà du temps. C'est un état où l'on peut voir un arbre comme pour la première fois à chaque fois. kéa
SupprimerTa réponse me fait réfléchir aussi ! Je partage ce que tu dis, comme le signe d'une forme d'arrivée à cet indicible sans représentation. Une sorte de permanence d'un présent qui est à la fois le même et différend parce qu'il est vie.
SupprimerEn même temps je garde la question dans la mesure où je pressens qu'elle a encore des choses à m'apprendre et probablement à partager.
Alors,… attendons ce qui sera sans doute donné…
j'aime beaucoup nos échanges.
Il y a beaucoup de substance nourrissante dans tes écrits. Alors oui, "attendons ce qui sera sans doute donné" et "partagé" sur la présente question. kéa
SupprimerUn havre de paix accueillait et rassurant, appuyé par le vénérable arbre de ton profil... on te croit doublement du coup ;)
RépondreSupprimerAgréable fin de semaine, Alain.
Bise.
Cela ne se voit guère sur l'arbre de mon profil mais il y a dans les branches une colombe de la paix (en haut, à gauche)
SupprimerBon week-end… ensoleillé ou pas… Bise aussi
Le havre de paix, beau paysage et beau texte. J'aime beaucoup "la traversée des trous noirs pour découvrir la fissure bienfaisante de la plaie d'où l’eau lumineuse se met à couler"
RépondreSupprimerIntéressantes, ces chambres pour les autres "moi", on aurait presque envie de leur rendre visite de façon simple ;)
Merci beaucoup pour ce commentaire qui me touche. C'est important pour un très modeste auteur de voir combien la lectrice voit très juste aux bons endroits.
SupprimerCette maison me fait penser à une vieille maison au bord d'un des nombreux étangs fabriqués par le Loing dans le Loiret.
RépondreSupprimerLà où mon père m'emmenait à la pêche.
Je regarde ton image et j'entends les poules d'eau !!
C'est dingue de "calmitude".
Merci Alain de m'avoir d'un coup retiré plus de 60 ans de la cervelle.
Si tu pouvais faire la même chose à mes genoux, ce serait parfait...
Merci pour ce beau commentaire. Je comprends très bien cette « calmitude » que tu évoques pour l'avoir connue aussi à la pêche avec mon père.
SupprimerEt je déplore sincèrement de ne pouvoir pas faire grand-chose pour tes genoux. Même prier à genoux pour t'apaiser je ne crois pas que ce serait suffisamment thérapeutique.… En revanche je peux offrir un peu de mon amitié…
je me glisse entre vous deux parce que je m'y sens bien .... ;-)
Supprimerjolies évocations :-)
ça me rappelle un commentaire que Patrice avait fait sur cette photo
Supprimerhttp://enviededouceur.canalblog.com/archives/2020/02/11/38014507.html
De fait, Ambre, ma grand'mère maternelle vivait à Cepoy, à quelques km de Montargis, j'y ai passé les vacances de Noël et de Pâques presque toute mon enfance.
SupprimerEt mon père m'emmenait à la pêche.
Les noms de bleds sur la ligne sont ceux où dans les années 50 il y avait encore des gares comme celles que je cite chez toi...
Message de Aubépine
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10:38 (il y a 7 heures)
À moi
Bonjour Alain,
Trouver son havre de paix ;
Se délester des lourds fardeaux ;
Prendre le temps de souffler ;
S'abandonner ;
Et comme tu le dis si bien :
"Ne plus rien retenir pour vivre
l'abandon actif de l'intarissable
bonheur tendre d'être."
Beaucoup d'émotions à lire ton texte. Merci.
Belle journée.
Je suis certain que nous avons tous un (ou plusieurs) havre(s) de paix à identifier et où il faut se rendre régulièrement. Comme une sagesse d'être.
SupprimerCe qui est bien c'est que, là, on a rien à faire, si ce n'est « y être » et se laisser recevoir.
Commentaire de Françoise dont j'ai reçu un avis de publication, mais qui, de fait… est resté dans les tuyaux du net !
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Lorsque j'ai besoin de me ressourcer, je vais quelques jours dans ma petite maison bleue que tu connais si bien, Alain. Dans ma jeunesse, j'ai eu la chance de vivre en ce lieu des moments inoubliables, d'être entourée de gens bienveillants et aimants et cela me nourrit encore, puisque, dès que je me retrouve là-bas, mon âme s'apaise et les pensées parasitaires s'éloignent.
Cette toile, ce lieu, dont tu nous parles, m'a fait penser à ces mots, à la maison bleue...
Beau week-end à toi, cher Alain.
Ma réponse :
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Je connais en effet la plus petite maison bleue dont tu parles fréquemment. J'en connais la bienfaisance pour toi et je m'en réjouis grandement. C'est une vraie chance d'avoir un tel lieu. Et c'en est une autre de savoir en tirer profit et valorisation pour soi et pour autrui. Ce que je sais que tu fais. Bon week-end à toi aussi.