153 ème Devoir de Lakevio du Goût.
Cette photo me serre le cœur, il s’en dégage une impression, que dis-je des impressions diverses et opposées.
Mais à vous ?
Qu’inspire-t-elle ?
Bah… On verra ça lundi…
1 — Gaspard
Gaspard ne nous avait pas menti. Une route de campagne qu'il avait dit, toute droite au milieu des prairies. Vous la prenez Est-Ouest. Sur votre gauche il y aura des bois dans le fond. Vous ne pouvez pas manquer : deux maisonnettes se faisant face, à gauche c'est en réalité un hangar avec une porte bleue. En face quasiment une ruine. Il ne sera pas bien difficile de faire sauter la porte. Vous repasserez régulièrement par la suite, disons tous les 2 à 3 jours. Il faudra attendre qu'il y ait des tags et des graffitis sur les murs. Ce jour-là, sur le plancher, à gauche de l'entrée, repérez les traces vertes au sol. C'est là. Faites sauter les lames du parquet. Le butin du Gang des Cagoules vous apparaîtra. Et voilà !
Bon, c'est vrai, à l'époque je ne vous ai pas dit que les flics vous attendaient dans la soupente…
2 — Thérapie
Nous étions un groupe de thérapie, tous aussi tordus les uns que les autres. L'animateur, plus ou moins psy, proposait un truc appelé « Photo langage ». Fallait choisir une photo et dégoiser tout ce qui nous passait par la tête en la voyant. Moi j'ai pris cette saleté de vieille baraque délabrée prête à s'écrouler, parce que la photo ça me ressemblait bien. Mon exact portrait. Sur la chaise voisine un connard voulait la même photo. On a failli se l'arracher et se taper sur la gueule. Le psy, un costaud, nous a séparés et a envoyé le Trouduc à l'autre bout de la pièce. J'y tenais à mon bout de papier glacé. À cause de la porte ouverte.
Je me suis vu sortir de mon corps immédiatement. L'appel de la campagne fut irrépressible. J'ai aussitôt plongé dans la photo les bras en avant, et je me suis retrouvé dans la prairie verte et tendre. Je n'ai même pas pris le temps de me retourner, j'ai foncé droit devant à toutes guibolles. J'ai failli me casser la gueule parce que c'était spongieux et mou tellement il avait plu. Mais c'était merveilleux. Je respirais à pleins poumons, je me remplissais les éponges comme jamais. J'ai crié je ne sais plus combien de fois :
— « Je suis libre ! Je suis libre ! Je suis libre ! »
3 — Poésie à l'heure des pleurs
Ce printemps de brouillard mon âme promenait sa langueur
heure après heure, le jour traînait inexorablement sa lenteur
depuis longtemps ma vie était en apesanteur
mes sentiments débraillés s'habillaient en campeur.
Il y a longtemps j'avais perdu ma demeure
depuis le jour où mes problèmes avaient pris de l'ampleur
mon argent brûla au feu du fondeur
et ma baraque au feu du disjoncteur.
Je ne suis pas devenu promoteur de tes ardeurs.
Je fus moqueur de ta belle candeur.
Vraiment tout cela fait mal au cœur
de l'amour nous fûmes saboteur
Cette photo sur l'ordinateur
me laisse interrogateur
de notre couple je suis le balayeur
sur ce plancher aucun aspirateur.

Ces nouvelles brèves me plaisent !
RépondreSupprimerBravo Alain !
(et merci de tes "devoirs"...)
Merci beaucoup, cher ami, de mon côté je me suis bien amusé à écrire sur différents registres.
SupprimerJ'adore ces textes. Le poème surtout car je suis bien incapable d'écrire un poème ! Bravo
RépondreSupprimerSincèrement, moi aussi je me sens incapable d'écrire un poème valable… et quand je tente un truc comme cette fois-ci j'hésite à publier jusqu'à la dernière seconde…
Supprimerpeut-être qu'il faut tenter, après tout on ne risque rien !
bravo!
RépondreSupprimerMerci
SupprimerTu es très inspiré, super !
RépondreSupprimerEt pourtant je n'étais pas vraiment en grande forme ! Comme quoi la fièvre du dimanche soir !…
SupprimerLe troisième me parle plus, j'y suis plus à mon aise, mais tu as une imagination et le sens du détail qui est incroyable dans le premier et la liberté dans le second est parlante même si je ne connais pas ce monde de prisonnier à l'interieur de soi. bravo vraiment.
RépondreSupprimerJ'ai trouvé intéressant le petit challenge de faire trois textes très différents.
SupprimerEn fait le deuxième texte vient aprés le premier comme dirait monsieur de lapalisse, être libre aprés avoir écopé de tant d'années de prison pour avoir disposé du butin du gang des cagoules merite bien un petit retour aux sources.
RépondreSupprimerAh ! Très intéressant. Je n'avais pas établi ce genre de lien entre le premier et deuxième texte. Mais c'est bien vu ! Merci.
SupprimerTrois jolies nouvelles bien différentes, j'aime bien, surtout la dernière. Quelle inspiration ! ;-)
RépondreSupprimerL'inspiration c'est comme l'appétit… qui vient en mangeant… là ça vient en écrivant !
SupprimerTrois pour le prix d'un ? Et comment je suis preneuse... Mais j'ai un faible pour le récit de Gaspard
RépondreSupprimerAh oui ! Sacré Gaspard !
SupprimerAh, je crois que j'ai préféré Thérapie, noir comme il faut ;) La poésie ou l'art des rimes
RépondreSupprimeret des pieds. Ça commence léger, et ça finit lourd et les pieds nous manquent pour faire le ménage ;)
Je comprends votre préférence pour Thérapie, compte tenu du genre de jolis textes que vous nous concoctez et que je lis avec délice. Pour ce qui est du noir, vous en êtes un autre chère Madame ;-)
SupprimerLe deuxième texte me parle, s'échapper un rêve, toujours dans un coin du cerveau.
RépondreSupprimerS'échapper ainsi n'est-ce pas un subtil apanage de la grande amatrice et connaisseuse de littérature que tu es…
SupprimerJ'ai loupé quelques belles pépites, à aller musarder dans les rues de la Capitale...
RépondreSupprimerNotamment ton texte précédent sur l'intelligence artificielle. Un régal.
Je ne t'étonnerai pas si moi aussi je choisis le texte du milieu. La porte, ce haut symbole psychanalytique...Et ce pugilat avec le type qui veut la même photo que toi. Et le psy que j'ai tout de suite vu avec les traits de Frederic Pierrot, mais davantage de muscles.
Bref, fait bon te retrouver.
•.¸¸.•*`*•.¸¸☆
J'ai vu les plaisirs de ton périple parisien.
SupprimerPour le texte « quasi psychanalytique » tu ne seras pas étonnée que je pensais bien te retrouver là. C'est trop d'honneur que ce petit texte puisse évoquer « En thérapie »… mais pourquoi pas…
Pour moi aussi c'est bon de te retrouver (Paul, ne soit pas jaloux, j'étais là déjà avant ! :-D )
Moi aussi c'est "Thérapie" que j'ai préféré. Charlotte
RépondreSupprimerÉvidemment ! Il ne peut être qu'en premier chez toi !
SupprimerCher Alain, je lis tardivement vos textes cette semaine, nos petits-enfants sont prioritaires sur tout le reste et comme le temps passe vite ... je profite d'un "temps calme" pour déposer un commentaire...
RépondreSupprimer1. Je visualise bien le trajet pour arriver jusqu'à la maison, c'est le début d'un thriller à n'en pas douter ... nous [me] voilà avec la bande des "bras cassés" roulant à folle allure sur des routes de campagne... aie, la chute sera dure sous le plancher !
2. J'imagine la thérapie de groupe (pas forcément psy), je m'y suis prêtée un jour lors d'une séance de sophrologie... drôle de choisir chacun(e) une [sa} photo, de se l'approprier et de laisser parler son cœur, son imagination ! Ouf, l'autre personne qui avait choisi la même a été plus délicate ... et nous avons "partagé" car nous n'étions pas ... trou-d... !
3. toujours laisser parler son cœur et poser, oser dire ses mots, de joie, de souffrance, d'élan même lorsque nos pas ne peuvent franchir le seuil d'une maison ou des prés d'herbe fraîche ! ... Rêver, s'imaginer au milieu de cette multitude et remercier d'être simplement là, à contempler ; Les rimes masculines loin d'être pauvres reflètent un poème à fleur de pleurs, je m'en sens particulièrement proche ! ... si texte avant-coureur de saint-Valentin, chute cruelle, non ?
Merci pour ce commentaire s'attardant sur chacun des textes.
SupprimerDans ma jeunesse j'ai participé à un groupe de partage entre jeunes (qui à l'époque n'avait rien de thérapeutique) à base du « photo – langage » et j'en avais gardé un super souvenir !
Bonne suite avec tes petits-enfants…
Bel exercice.. j'avoue je préfère le deuxième, cette personne qui s'échappe via une photo.. c'est quasiment quantique !
RépondreSupprimerAvec le recul, depuis que j'écris ces bêtises, je crois que j'ai aussi une préférence pour le deuxième texte.
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