Le texte ci-après, fut écrit il y a quelque temps, sans être publié. Je le trouvais insatisfaisant. En le relisant je m'aperçois qu'à quelques modifications près il me convient finalement. Donc, voilà :
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Va savoir pourquoi, depuis quelques jours, me revient souvent en tête « La complainte Rutebeuf », chanson écrite par Léo ferré en 1955, constituée d'un assemblage de vers, poèmes et textes épars que Rutebeuf n'est plus là pour contester l'agencement.
Qui n'a pas lu ou entendu :
Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta
etc.…
Dans ma tête j'ai la voix de Joan Baez (voir à la fin du billet), plutôt que celle de Léo ferré.
Serais-je pris d'une séquence nostalgie ? Pas vraiment ! Car les amis auxquels je pense ce n'est pas le vent qui les emporta, mais la mort qui rodait par-là beaucoup trop vite à mon goût.
À la différence de l'auteur : l'amour n'est pas morte, comme cette chanson le dit. Mais sa manifestation complète, corporelle, n'est plus possible. Le reste demeure.
— Avec G… nous avons partagé l'enfance et tu m'apaisais la fois le cœur par tes paroles précieuses et le corps par tes gestes affectueux.
— Avec D… c'était l'ouverture qui te caractérisait.… Tu m'as ouvert l'esprit et l'intellect, emporté où je ne serais pas allé avec tous ces livres que tu me prêtais ou m'offrais. J'en ai gardé de très précieux.
— Avec J… ce fut l'aventure spéléologique de l'intériorité. Ces cavernes à l'obscurité lumineuse où il faut manifestement un guide pour y parvenir et apprendre à visiter. Sinon on se perd et peut-être définitivement.
— Avec C… ce fut l'engagement intense. La découverte des « frères d'armes » pour des combats essentiels, qui parfois meurtrissent, mais n'en sont pas moins à but pacifique. Elles sont modestes les victoires, joyeux les succès. Même si certains combats traversent des zones de paix,il faut parfois y revenir, hélas. « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? ». On aura l'espérance qu'un jour futur nous verrons les astres lumineux.
— Avec A… celui que je nomme « mon maître à vivre » parce j'ai reçu en partage cette sorte de don qu'il portait, quelque peu visionnaire ordinaire de ce qui pourrait advenir à condition d'y croire et de s'engager à déplacer les montagnes, animé par ce bonheur doux qui a goût de paix et qui ne quitte pas « l'ardent ». Nous avons fait notre petite part, une sorte de fécondité invisible à action lente. Mais ta trace demeure pour toujours en moi.
— Avec… bien d'autres, je ne vais pas énumérer une litanie. Cependant je ne peux terminer sans évoquer mon père dont j'ai mis tant d'années après sa mort à comprendre qui il était vraiment. Il m'avait aimé comme je ne savais pas le percevoir. Il avait une humilité pudique et a tellement pris soin de moi. J'ignorais alors ce qu'il en était de l'amour silencieux mais en actes. Il fut malheureusement trop pudique en paroles et affections manifestées. C'est maintenant que je découvre les petites ampoules électriques dont il a balisé un parcours quand il était là. Savait-il que je viendrai un jour les allumer une à une pour que s'éclairent des zones sombres qui ne le seront plus ? Toujours la lumière montre les possibles de la route.
Alors oui je les ai « de si près tenus et tant aimés » qu'ils sont toujours en moi, comme sédimentés dans mon être profond. Ils ont fécondé ma terre intérieure et ne peuvent donc disparaître dans un néant. Ils ne sont pas non plus transférés dans je ne sais trop quel « ailleurs divin » dans un coin de l'univers. Ils sont redevenus poussières sur cet astre Terre, mais je n'ai qu'à fermer les yeux pour les retrouver et descendre, là où ils refleurissent au fond de moi, semeurs de graines qui perpétuent les générations.
C'est peut-être cela l'éternité.
A la lecture de ton texte, j'ai regardé dans mon rétroviseur, la nostalgie a pris place, quelques pincements au coeur...mais au fond une énorme gratitude d'avoir pour certains certaines partagés des moments inoubliables...il y a vraiment au cours d'une vie de vraies rencontres et d'autres pffff que l'on croise et que l'on oublie aussi vite.
RépondreSupprimerMerci Alain et belle journée
Lorsque la nostalgie se laisse submerger par la gratitude
Supprimeralors on a tout gagné… !
Et merci à toutes nos belles rencontres. Bonne fin de dimanche esterina.
L'absence définitive de ceux qu'on aime... Peuvent-ils mourir sans nous quitter? Ou nous quitter sans mourir tout à fait? Peut-être (on voudrait dire sans doute) reste-t-il une part indicible de chaque être qui nous a accompagné, dans le souvenir qu'on en garde, bien sûr, dans ce qu'ils nous ont appris, apporté, et puis aussi, sûrement, dans la beauté que nous percevons autour de nous, dans nos relations affectives, notre façon d'appréhender la vie, enfin dans la spirale de la vie ♥
RépondreSupprimerVoilà, chère Baladine, c'est exactement ça. Demeurent en nous les traces qu'ils ont laissées, participants au tissu chamarré et multicolore de nos relations affectives.
SupprimerAu final je pense qu'il n'y a pas « d'absence définitive » qu'on le veuille ou non. Le phénomène du vivant est ainsi fait.
Pour ce qui est d'être, ils sont... différemment. Je n'ai que 5 sens et ne peut percevoir que ce que ces sens me permettent de percevoir. Le temporaire qu'ils étaient n'est plus mais le Permanent demeure. C'est pour cela que Jésus a dit "Avant qu'Abraham fut, je suis". Merci d'avoir publié ce très beau texte... à relire. kéa
RépondreSupprimerEntrer dans la perception subtile du Permanent… j'ai parfois le sentiment que s'en approcher est possible, mais que peu de gens sont animés véritablement par ce désir.
SupprimerL'extériorité nous accapare tellement vite afin de nous « sortir de nous ».
Hélas (Merci, Kéa, c'est toujours une joie de te lire)
Trés bel hommage à ton père et a tes amis. tu as su retranscrire ces belles amitiés. J'ai beau fouiller mon passé, je ne sais pas si j'ai connu d'aussi bonnes personnes, aujourd'hui par contre je sais que je connais des gens biens que j'espère quitter avant qu'ils ne me quittent.
RépondreSupprimerDu peu que je connais de toi, il me semble que très certainement des bonnes personnes furent présentes autour de toi, sinon comment aurais-tu pu en devenir une toi-même.
SupprimerTrès joli texte…merci
RépondreSupprimerManoudanslaforet
Merci, et content pour toi.
SupprimerEn espérant que tu vas bien
Ah Joan Baez, quelle voix et que de souvenirs...
RépondreSupprimerIl est bon de se souvenir de ceux qui ont suivi des chemins qui ont rencontré le nôtre....
Un texte qui nous renvoie à ceux que nous, nous avons rencontrés.
Quant à votre père, combien sont passés comme vous, à côté d'un père de son vivant, mais qui, un jour se souviennent de lui autrement.
Joli dernier paragraphe.
Remémorer ces bons souvenirs est vraiment bénéfique, en effet.
SupprimerQuant aux pères des générations de cette époque, nombreux sans doute furent comme présents/absents, et oui, on les retrouve autrement.
C'est une très belle chanson et un texte qui 'a toujours touchée
RépondreSupprimerC'est étonnant comme certaines chansons marquent beaucoup de monde tout en venant de si loin et probablement en demeurant longtemps encore.
SupprimerIl faut croire qu'elles véhiculent de l'essentiel.
l restera de toi
RépondreSupprimerCe que tu as donné
Au lieu de le garder
Dans des coffres rouillés
Il restera de toi
De ton jardin secret
Une fleur oubliée
Qui ne s'est pas fanée
Ce que tu as donné
En d'autres fleurira
Celui qui perd sa vie
Un jour la trouvera
Celui qui perd sa vie
Un jour la trouvera
Il restera de toi
Ce que tu as chanté
À celui qui passait
Sur son chemin désert
Il restera de toi
Une brise du soir
Un refrain dans le noir
Jusqu'au bout de l'hiver
Ce que tu as chanté
En d'autres jaillira
Celui qui perd sa vie
Un jour la trouvera
Celui qui perd sa vie
Un jour la trouvera
Il restera de toi
Ce que tu as offert
Entre tes bras ouverts
Un matin de soleil
Il restera de toi
Ce que tu as perdu
Que tu as attendu
Plus loin que tes réveils
Ce que tu as offert
En d'autres revivra
Celui qui perd sa vie
Un jour la trouvera
Celui qui perd sa vie
Un jour la trouvera Mannick
Oui, bon, c'est quand même un truc qu'on entend dans les enterrements…
Supprimerj'aimerais bien que ce ne soit pas trop vite mon actualité…
:-)
Je pense à ton père qui t'aimais bien sûr, les enfants souvent l'ignorent et à présent les jeunes s'expriment davantage avec leurs enfants, à l'époque ils étaient si pudiques...
RépondreSupprimerEn effet remercions les génération plus récente (la mienne d'ailleurs…) où les dialogues sont bien plus ouverts. Où l'affection s'exprime et se manifeste.
SupprimerC'est une très belle note, à lire et à relire. En particulier le dernier paragraphe.
RépondreSupprimerEt les commentaires aussi.
Léo Ferré ou Joan Baez, et d'autres encore, cette chanson parle à tous les coeurs.
Merci pour vos propos, cher(e) anonyme, je crois même que très orgueilleusement je vais me garder ce texte et me le relire à l'occasion… !
SupprimerAh zut c'était Pastelle l'anonyme, désolée...
SupprimerOn laisse sur le chemin beaucoup d'amis qui peuplent nos souvenirs. C'est un très joli billet. Moi aussi j'en ai perdu plein et je pense souvent à eux. Ils sont partis mais restent dans mon coeur des poussières du passé.
RépondreSupprimerMerci pour le joli billet. Je pense qu'on garde trace en nous de tout ce qui aura été important dans notre vie. Souvent on le constate pour les épreuves et les difficultés. Mais c'est le même mécanisme pour tout ce que l'on a vécu de beaux et de bon et surtout en relation.
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