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samedi 8 février 2025

Savoir aimer

 

 J'aimais bien la chanson de Florent Pagny qui portait ce titre. J'évoque cette chanson car il y est beaucoup question d'apprendre. Apprendre à aimer, à sourire, à donner sans reprendre,…
J'aimerais. Mais voilà, bien souvent surgit un sentiment d'incapacité, ou d'insuffisance, ou de dosage. Comme s'il fallait me préserver. De quoi donc ?
 

Ma mère avait l'amour vorace. Aimer jusqu'à étouffer son fils. Un amour de possession compensatoire. J'étais, soit son rejet, soit son repas du moment.
Elle debout, moi aussi. Elle me serrait contre son ventre avec ses bras. Je ne sentais aucune affection dans cette manière de faire, mais du danger imminent qu'elle m'absorbe en elle comme un retour primitif.
Difficile à vivre quand on a une mère dont on doit supporter les graves dérangements mentaux à épisodes.  Des périodes où la mère était calme comme la mer dans la douceur de l'été, voisinaient avec des tempêtes dévastatrices qui surgissaient en quelques minutes.
Quand ai-je donc reçu la possibilité d'apprendre à aimer juste ?

Il aurait sûrement fallu, comme dans la chanson, « apprendre à vivre et s'en aller ».
M'en aller ? Ça oui ! Dès que ce fut possible. Mais apprendre ? Qu'apprend-t-on quand on est livré à la solitude de soi-même au long des jours. j'ai refusé d'être aimé par ma mère  « d'une manière inappropriée » comme on dirait aujourd'hui…

Tout a commencé à changer lorsque je me suis senti vraiment aimé par d'autres que ma famille. C'est un peu terrible à dire finalement. 
À 12 ans, arrivé au Centre de rééducation pour réparer les dégâts de la polio, je découvre qu'on s'intéresse  à ma personne en tant qu'être humain, et non plus comme un gosse débarqué d'on ne sait où, et qui encombre.
Dès mon arrivée je bénéficie de séances en balnéothérapie dans une  mini-piscine. Elle a la forme d'un énorme trèfle en pierre, dans lequel deux femmes aides-soignantes me baignent pour apaiser mes douleurs par la chaleur. Et puis parce qu'il faut bien sortir de l'eau et que je souffre toujours, elles entourent mes jambes dans des serviettes humides et chaudes, les renouvelant souvent. Je garde de cet épisode un souvenir intense à la fois douloureux et à la fois comme un immense cadeau que m'offrent ces femmes que je connais à peine puisque je viens de débarquer. J'ai ressenti un au-delà de leurs obligations professionnelles à cause de ces mots qu'elles échangeaient — « On ne peut pas laisser cet enfant souffrir comme ça ! ». Manifestement la séance durait bien plus que prévu.
Savoir aimer. Elles savaient.


Bien plus tard, adulte, j'ai souvent reçu de la gratitude venant de personnes que j'avais pu aider sur leur route, durant la traversée de périodes difficiles, voire insupportables. Ou des situations foncièrement injustes, individuelles ou collectives, contre lesquelles j'ai lutté dans mes engagements professionnels ou associatifs. Mais je n'arrive pas vraiment à penser que c'est ça aussi de l'amour. Bien sûr ce fut souvent au titre de mes activités professionnelles et donc pas totalement désintéressé. Mais peut-être quand même j'agissais un peu généreusement. Je veux bien me l'accorder. Essayant de ne pas trop me croire le sauveur, alors que l'on est modestement qu'un aidant de passage.

Je m'arrête là pour aujourd'hui. Mais je suis loin de là où j'aimerais parvenir. 
À suivre peut-être…


36 commentaires:

  1. Possession compensatoire, je retiens. Une description de votre mère qui, certes, fait froid dans le dos, mais nous interroge sur la mère que nous avons eue et celle que nous avons été. Ah, merveilleuse séance de balnéothérapie que nous, lecteurs, vivons avec vous. « Aidant de passage », une expression qui interroge…

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    1. J'évoque un aspect de ma mère qui a laissé des traces pas très positives en moi. Elle avait aussi des aspects admirables et admirés par l'entourage. Ce fut aussi une sorte de féministe avant l'heure… mais pas vraiment une mère accomplie.
      « Aidant de passage » fait référence à mes activités professionnelles ou bénévoles, lorsqu'on prête assistance à des gens qui eux aussi son « de passage » dans notre vie.

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    2. "mais pas vraiment une mère accomplie"
      Je rebondis sur cette phrase où on peut aussi s'interroger sur "l'instinct maternel". (N')Est-on mère ? le devient-on ?
      La mienne par exemple, je crois que si elle avait eu le choix elle n'aurait pas eu d'enfants ..

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    3. Je n'ai qu'un frère, 10 ans plus vieux que moi. J'en parle plusieurs fois dans mon livre.
      « L'instinct maternel » ? Beaucoup de femmes durant des générations ont été biberonnées à ce concept faux. Aujourd'hui l'unanimité a tendance à se faire sur le fait que c'est une pure invention. La femme commence à devenir mère … au mieux lorsqu'elle a la conscience et l'évidence d'être enceinte et décide de garder l'enfant. Après quand il sort du ventre… elle met bien du temps à apprendre à devenir mère et à le rester. (Enfin c'est ce qu'il faut espérer…). C'est la loi commune des multiples apprentissages au long d'une vie. Malheureusement et pour ce qui me concerne bien des apprentissages furent entravés par les maladies mentales de ma mère.
      Mes parents, surtout mon père, désiraient une grande famille. Cela ne s'est pas réalisé : il y eut un premier fils, puis la guerre, puis des fausses couches, des maladies etc.… puis moi 10 ans plus tard… ensuite arrive la ménopause. (Ces éléments sont clairement et médicalement documentés dans mes archives familiales).

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    4. Il y a aussi beaucoup d'exemples dans mon histoire familiale dans lesquels le mari voulait beaucoup d'enfants et pas la femme .. en même temps, à cette époque les enfants étaient totalement pris en charge par la mère ... J'ai l'exemple d'une arr gd mère qui s'occupait de faire tourner la maison (un mari, 8 enfants), de s'occuper de sa mère malade alitée pendant 7 ans (ses parents vivaient avec eux par le fait), et qui trouvait le moyen d'être la patronne de sa blanchisserie ! comme disait ma grand mère, des journées de 22h sur 24 :-) (c'est une expression, mais quand même ..)

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  2. Doit on faire dans le comportement de ces aides soignantes un dicernement entre -conscience professionnelle- et -savoir aimer -? Certainement tu étais un enfant attachant et elles mettaient dans leurs soins, le petit plus qui faisait la différence.
    Décortiquer le mot aimer et en connaître le sens profond sans y rajouter bienveillance, empathie, compassion etc....Il y aurait beaucoup à dire .

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    1. J'étais un enfant qui fut aussi considéré comme « un cas médical », qu'on appela « polio souffrante ». Je fus sans doute attachant dans ce sens. J'étais rarement dans la plainte, d'autant qu'il fallait « se montrer fort ». C'était une règle du Centre « s'en sortir ». Certaines méthodes seraient aujourd'hui justifiables des tribunaux. Mais moi ça m'a permis justement de « m'en sortir » ! Certaines choses s'apprécient au résultat plus que la méthode !…
      Oui le seul mot « aimer » en comprend énormément d'autres. C'est à la fois une limite et un bienfait.

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  3. À chacun sa façon d aimer, il n’y a pas de mode d’emploi idéal. Je ne pense pas que l on puisse dire que l’amour est désintéressé, sans parler bien entendu de formes de rétributions de diverses sortes qui ne peut qu’être un simulacre, car l’amour que l’on donne se propage en nous et nous en profitons également.
    L’attention de ces personnes qui prenaient soin de toi au delà des soins habituels, bien sûr qu’il s’agit d’amour. L’amour compassion qui devrait être présent en toute personne et notamment dans certaines professions et envers les enfants.
    L’amour est un échange de sentiments entre les personnes et qui se reconnaît au bien être, au bonheur, aux émotions positives qui nous envahissent lorsque nous pensons à eux, sommes avec eux, prêts à les soutenir, leur pardonner…surtout sans être envahissant, ni vouloir posséder. Être là simplement.
    Je comprends la difficulté que l’on peut éprouver à ne connaître l’amour d’une mère au travers de sa maladie, dont tu avais parlé. Mais elle ne donnait que les fragments d’un amour assez dispersé entre haut et bas que sa maladie laissait passer. Pas facile pour un enfant d’apprendre ainsi le mot amour… du moins maternel.

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    1. Merci de parler d'amour de compassion, car ce genre d'amour est souvent méprisé et rejeté pour sa suspicion déplorable.
      Quant aux failles psychiques de ma mère, elle-même victime de sa propre histoire, je suis un dommage collatéral qui fut longtemps entravé dans ce que veut dire « aimer vraiment », faute de référence intérieure d'enfance. J'ai encore du chemin à parcourir…
      Tu as raison : ne pas avoir reçu l'amour d'une mère, ou alors tellement désajusté, demeure une blessure qui n'est pas encore totalement cicatrisée.
      Cela dit je vais bien finir un jour par réussir à écrire un texte ou figurera le mot « maman » que je ne me souviens pas avoir prononcé un jour.

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    2. c'est terrible de lire cela.
      J'ai eu la chance de "faire la paix" avec ma mère, ou était-ce avec mes colères ?
      https://enviededouceur.canalblog.com/archives/2021/05/30/38992825.html
      J'espère que tu pourras toi aussi faire la paix avec cela

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    3. J'ai lu ton texte très émouvant de cette époque-là.
      J'ai fait une « paix partielle » avec ma mère il y a quelques années, soit de nombreuses années après son décès, dans un texte privé qui le restera.
      J'espère parvenir à une sorte de paix totale avec elle… avant ma propre mort !…

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    4. Je te le souhaite, mais quelquefois la souffrance est trop grande, ce n'est pas toujours possible... quand on a eu un parent "toxique" (c'est le mot qu'on utilise actuellement je crois) on est vraiment marqué.

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  4. La Baladine10/2/25

    Je ne sais pas si on peut parler systématiquement d'amour. Le problème est qu'en français nous n'avons qu'un seul mot pour parler de sentiments très différents. Son amoureuse, ses parents, ses enfants, ses amis, son chien, son boulot, le sport, le cinéma, le café ou la côte de bœuf... La palette de sentiments est immense et le vocabulaire finalement assez limité.
    La compassion, dont je ne suis pas fan parce qu'elle flirte d'un peu trop près avec l'apitoiement, l'empathie, l'humanisme, le penchant, l'affection, l'amitié, la toquade, le coup de cœur, sont-ce des amours, au sens plein du terme ? Oui, sans doute, nous dit la chanson, sublime au demeurant, qui ne parle que de don de soi, du meilleur de soi. Se battre et se battre encore pour être et donner le meilleur de ce qu'on est. "Et s'en aller..."

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    1. Content de te voir passer par chez moi.
      j'aime beaucoup ton commentaire qui souligne à quel point souvent nous somme dans une confusion avec ce mot amour. Sorte de cabas fourre-tout où l'on trouve en vrac de multiple sens comme ceux que tu cites.
      Il en va de même pour « la compassion » qui a aussi son fourre-tout. Souvent confondu avec la pitié condescendante. Mais la compassion c'est aussi « souffrir avec » et se ressentir aussi vulnérable que celui qui souffre. En ce sens je trouve intéressante la chanson de Camille « ta douleur » : — « Je vais prendre ta douleur »
      Oui, la chanson de Florent Pagny parle du don de soi. C'est peut-être ça : aimer c'est décider le don de soi. Rien que ça. Tout ça. Un chemin à parcourir en quelque sorte.

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  5. Dans ce siècle-ci, ma mère aurait été diagnostiquée bipolaire. J'ai déjà évoqué ces aspects-là sur le net et probablement aussi dans ce blog.
    J'ai souvenance d'articles et peut-être aussi de livres sur le thème de l'affirmation « aimer est une décision ». À l'époque j'étais assez rebelle à l'expression. Je croyais que aimer ça nous tombait dessus, coup de foudre, attirance irrésistible, le besoin de se satisfaire plutôt que donner, la tyrannie des passions etc. enfin bref une prison, dorée ou pénible mais une prison quand même.
    Je n'avais pas compris que le côté « décision » était infiniment libérateur de soi-même et de l'autre.
    Concernant les femmes que j'évoque c'était au-delà de bien faire son travail. Même si j'étais trop jeune pour analyser sur le moment, j'ai compris plus tard ce qu'il en était de donner vraiment de soi-même au-delà du normé, dans le sens des personnes que tu évoques (comme la psychologue scolaire par exemple). On peut faire correctement son travail mais sans humanité… j'en ai connu aussi dans mon parcours. Je sais très bien intuitivement faire la différence. C'est une grande différence.
    Par ailleurs, bien entendu il y a la gratitude en retour. Mais le choix de décider d'aimer à condition qu'on reçoive une récompense en retour, alors vaut mieux s'abstenir totalement. Ce sera foireux, puisque s'inscrivant dans un système du donnant-donnant, comme dans le capitalisme qui qui mène aux échecs et à la mort de l'humain.
    La plus belle des récompenses est celle qu'on a pas demandée est celle que l'on attendait pas. J'ai des exemples personnels très marquants et qui me font encore un bien intérieur des années après.

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  6. Anonyme10/2/25

    Ton texte est riche et bien sûr que nous espérons une suite ! C'est dans ce genre d'écrit que tu donnes bien plus que tu ne le penses. Y'a toujours plusieurs phrases dans tes billets qui me font réagir, dont celle-ci :
    "Essayant de ne pas trop me croire le sauveur, alors que l'on est modestement qu'un aidant de passage."
    Ça m'a fait penser à ceci : "Il n'y a de bon que Dieu seul." Ce qui est magnifique c'est que moi je puisse être ses bras et ses jambes car lui n'en a pas. Pas mal comme l'électricité (immense énergie) a besoin d'un tout petit élément dans une ampoule pour se manifester en tant que lumière. Je suis le "petit élément" et si je me prends pour celui ou celle qui aime ou qui donne je suis dans l'erreur. Tu es par ton écrit ses bras et ses jambes en toute innocence car ce n'est pas intentionnel de ta part. Aussitôt que l'intention apparaît elle gâche tout car c'est alors "le petit élément" qui se prend pour l'aidant bien qu'il ne soit qu'un canal temporaire de quelque chose d'immense qu'il peut, pour son plus grand bonheur, servir. Un humain n'est jamais plus heureux que lorsqu'il peut aider quelqu'un. On le voit chez les enfants lorsqu'ils offrent un cadeau, la joie qui les submerge alors est ardente. kéa

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    1. C'est sans doute ce sentiment d'appartenir à quelque chose de grand, immense, sans cependant y être confondu, dilué. Être une parcelle d'un ensemble et en même temps être unique, singulier, avec une originalité, dans le sens que rien d'autre n'y ressemble.
      Quand on conscientise qu'on a une petite mission à accomplir là-dedans, et que c'est la nôtre et pas celle de quelqu'un d'autre, comme tu le dis justement, on est, sans avoir besoin d'en faire tout un plat, un instrument qui peut aider autour de lui et peut-être apporter un peu de bonheur qui se partage.
      En ce sens j'aime beaucoup ta dernière phrase à propos des enfants et de la manifestation de leur joie d'offrir. Je pensais à mes filles dans leur enfance. Je fus témoin de cela. Comme un bonheur intense partagé qui prend valeur d'éternité.
      " Le bonheur est dans le pré », titre d'un film français de 1995, j'ai tendance à penser plutôt que le bonheur est dans le don.

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  7. Il y a dans ce titre (celui de Florent Pagny, et le tien donc) une sorte de contradiction, dans la mesure où ces deux mots n'appartiennent pas à la même sphère. Le premier tient de la raison. Le savoir, c'est intellectuel, c'est tout ce que notre cerveau engrange par l'expérience. L'autre tient du coeur. C'est un sentiment moteur dans notre chemin humain.
    De là à dire qu'aimer n'est pas un savoir, ce serait bien hasardeux. Car la contradiction n'est qu'apparente.
    Oui, justement, aimer s'apprend. Et quand on a eu une mère « atlantique »( je pense que le mot te rappellera quelque chose) on n'a pas appris à aimer à la base. Et l'on est comme assoiffé d'amour, de reconnaissance, d'attentions. Alors on aime mal.
    Mais la vie nous forge, et à force d'expériences, on peut finir par comprendre ce qu'aimer veut dire.
    Comme le dit Cabrel dans une de ses chansons, « on croyait tout savoir sur l'amour depuis toujours, et puis...voilà que tout s'éclaire sur notre parcours...
    Ça change tout dedans, ça change tout autour...»
    Ton texte témoigne de cela, avec la force qui caractérise te écrits quand tu parles de toi de cette façon : avec une humilité, un recul, une intelligence qui forcent le respect.
    Tu as puisé dans tes épreuves la force de renverser la maldonne de ton départ. L'amour t'a enveloppé, tu as baigné dans un trèfle en pierre mais entouré de coeurs en or. ;-)
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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    1. Que pourrais-je bien ajouter à ton commentaire, si ce n'est qu'il me rejoint totalement. Toi aussi tu as fait un chemin d'apprentissage et/ou de réapprentissage sur lequel on marche pas a pas, d'épisodes épisodes, de bras en bras, de cœur en cœur, jusqu'à…
      … mais il n'y a pas de bout… car le chemin continue, continue encore… et encore…
      Ne plus avoir cette soif de l'amour reçu et donné… c'est mourir intérieurement… de soif…
      merci pour ce commentaire si juste.

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  8. en plus de tes douleurs physiques tu endurais la souffrance psychologique d'une mère bipolaire. Ça a dû être pire que tout ce que tes mots peuvent en dire.
    À quel moment t'es-tu senti moins souffrant ? Ma question est-elle bien formulée ?

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  9. Je laisse entrevoir la réponse à ta question dans le texte. C'est ce sacripant virus de la polio qui m'a sorti du bazar familial dans lequel j'étais. Trois ans au Centre de rééducation furent aussi une forme de Centre d'éducation humaine et relationnelle. Ce furent à la fois des épisodes très durs et à la fois avec des instants merveilleux longs comme des éternités. La vraie vie en quelque sorte ! Et ensuite il me semble que ça a continué jusqu'à ce jour.

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  10. Quand on lit un texte, on entre dans l’âme de celui qui l’a écrit mais on ne peut s’empêcher de l’effet miroir qu’il nous renvoie.
    Il y a des mots qui font écho en nous sans qu’on puisse vraiment l’expliquer comme : Mais voilà, bien souvent surgit un sentiment d'incapacité, ou d'insuffisance, ou de dosage. Comme s'il fallait me préserver. De quoi donc ? 

    Tu évoques ta mère avec des troubles psychologiques importants ne pouvant en aucun cas être source d’apprentissage de l’amour. Là encore, effet narcisse, je pense à ma mère qui n’était absolument pas dans le même registre que la tienne. Elle était une femme au foyer parfaite, accomplie, nous ne manquions de rien sauf peut-être d’un peu d’affection, de gestes tendres. Ça, elle ne savait pas faire. Peut-être est-ce finalement moins pire que des démonstrations de voracité affectives alternant avec des tempêtes dévastatrices ?

    Lorsque j’ai été mère à mon tour, j’ai pris très à coeur mon rôle. Et qu’ai-je fait finalement ? Certainement compenser ce qui m’a le plus manqué. Alors ai-je été une mère suffisante ?

    Je comprends que ton expérience au centre de rééducation ait pu t’apporter une part d’amour certes différente mais stable et constructive. En retour, dans ta vie professionnelle tu en a donné et tu as vécu à nouveau cet échange de gratitude.

    Tout ça c’est de l’amour. Pour moi ce ne sont pas des amours différents. Amour, amitié, empathie, on peut donner toutes sortes de noms, c’est toujours de l’amour.
    La chanson de Florent Pagny le dit si bien.

    Apprendre à aimer, aimer bien, c’est l’affaire de toute une vie.

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    1. Ce genre de texte nous amène à faire retour sur nous-mêmes, parce qu'il touche des réalités essentielles de l'humain. C'est aussi vrai pour moi bien entendu. J'ai beaucoup lu, entendu, été témoin, de situations bien peu ajustées ou aidantes en ces domaines. Alors ton commentaire et tes questions sont légitimes.
      Tu poses la question « alors ai-je été une mère suffisante ? ». Mais tu réponds à la ligne au-dessus : « j'ai pris très à cœur mon rôle [de mère] » ce qui veut dire que tu n'as pas été une mère insuffisante. Tu n'as pas fait que compenser ce qui t'aurait manqué . Tu as créé du neuf qui était en attente d'éclore dans la mère que tu allais devenir. Il y a toute une alchimie secrète qui se fait dans le psychisme quand on se met à concrétiser un désir d'enfant. La nature est bonne et généreuse en ces domaines. Bien sûr tu n'as pas agi parfaitement au tout , ça n'existe pas… la perfection est un concept « à la con », si je puis me permettre… inventé par des perfectionnistes imbéciles et généralement aigris.

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  11. Anonyme11/2/25

    J'ai beaucoup apprécié ton texte qui parle de toi et m'impressionne beaucoup. Tu n'as pas été gâté dans ton enfance, tu as traversé beaucoup de difficulté ... Et je vois l'homme que tu es maintenant depuis bien longtemps : un homme extraordinaire .je t'admire beaucoup .J'aimerais tellement te connaître .... en chair et en os !!! Mais je rêve...Je ne connais même pas ton vrai nom et prénom .Je t'embrasse quand même ! Charlotte.

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    1. Merci pour ce que tu exprimes me concernant. Cela dit j'ai bien des limites et des failles…
      Tu me connais par ce que nous échangeons depuis bien des années… en chair et en os je suis un vieux Monsieur dans son fauteuil roulant. Mais ça aussi tu le sais…

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  12. Anonyme13/2/25

    Ah, comment les êtres de notre trempe pourraient-ils saisir ce qui semble aux personnes lambda : "une simple évidence de l'amour" ? La normalité de ce que les autres appellent "amour" n'est pour nous qu'un écho de menace sous-jacente, de violence déguisée, de douce tromperie. La chose qui m'a mis au monde et qui m'a abandonné dans mes excréments en espérant me faire mourir de faim n'a été que le prémisse de ce qu'on fait les autres tuteurs et tutrices qui ont suivis...
    "Savoir aimer" ? Je ne sais pas ce que c'est. Je ne l'ai jamais su. Peut-être qu'aimer est un abandon, un détachement de l'autre qui cesse d'être... Aimer ressemble à une condamnation, une pénitence, une sentence qu'on inflige à autrui... J'ai vu chez les autres qu'aimer était une attente extérieure, un besoin atavique, égoïste ; une excuse pour faire et dire n'importe quoi au nom du droit d'être aimé... Curieuse attitude d'un enfant colérique, peut-être ?...
    Le mystère reste entier à mes yeux.
    Merci de partager tes pensées qui emplissent les limbes d'une lumière apaisante...

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    1. Ce que tu décris et que tu as vécu peux être qualifié de bien des mots mais certainement pas du mot « amour ». La chose [pour reprendre ton mot] ne t'a pas offert de l'amour, ce que fait habituellement une mère, mais du rejet total. Un tel abandon génère un processus de survie puisque tu n'es pas mort. Mais d'où vient cet instinct de survie qui ne t'élimine pas ?
      Tu ne sais pas ce que c'est que « savoir aimer ». Je confirme. Et en effet aimer n'est pas ce que tu décris.
      « Le mystère reste entier à mes yeux ».
      La question est : y a-t-il en toi un désir, fut-il ténu, d'essayer de lever ce mystère ? Personnellement, connaissant quelque peu, je crois que oui. Il faudrait peut-être juste un petit peu te laisser recevoir ce que tu appelles : « les limbes d'une lumière apaisante ». Je le souhaite et l'espère pour toi. Même si c'est difficile d'oser se pencher pour ramasser quelques miettes de cette aventure là… Je n'ai de mon côté que quelques « étincelles du jour »…

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  13. Cette chanson de Pagny m'avait marquée aussi, à l'époque.
    Ton texte, comme tous les autres, d'ailleurs, (me) fait réfléchir.
    Je n'utilise pas le mot "compassion", mais j'utilise le verbe et dis, parfois, que "je compatis" au sens, comme tu l'as précisé, de "je souffre avec toi" (de l'épreuve que tu dois affronter).
    L'amour ? Celui d'une mère ? Déterminant pour l'adulte qu'on devient (et la mère qu'on sera).
    La mienne ouvrait son cœur mais nous étouffait dans ses bras (au sens métaphorique) ; enfant martyr, elle a renversé la vapeur et nous a empêché de vivre bien des expériences (jusqu'aux voyages scolaires interdits) de peur qu'il nous arrive quelque chose. Elle m'a légué son angoisse en héritage, après il faut faire avec et devenir soi. Pardon je parle de moi, mais ce que tu racontes bouscule les souvenirs de ceux qui te lisent.
    Ton texte m'a troublée mais je t'en remercie.
    Bonne fin de journée à toi.

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    1. Tu as raison, dire « je compatis » est bien plus personnalisé que parler de compassion.
      L'héritage éducatif que l'on reçoit s'impose. Ce n'est pas comme après un décès on peut toujours refuser un héritage « mauvais » pour rester dans la métaphore, on peut cependant « revendre » certains éléments à l'âge adulte. Et je pense que c'est ce que tu as réussi à faire. Bravo pour ça. C'est quand même très difficile une mère qui a sans cesse la trouille qu'il arrive quelque chose et donc interdit quasiment tout. Sauf ce qui peut être sous son contrôle sans doute.
      Merci de me lire et de commenter avec sincérité.

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  14. Anonyme19/2/25

    Quel texte, encore une fois... crois-moi si tu le veux, tu m'en mets les larmes aux yeux et je suis bien incapable d'ajouter autre chose.

    Bleck

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    1. Ton commentaire aussi me touche beaucoup. Je ne fais qu'exprimer ce que je vis, ressens, et ce que j'essaye de vivre un peu, parfois.

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  15. Tu donnes, me semble-t-il, une importante clé explicative : dans les générations précédentes on ne savait pas s'y prendre : des mots d'amour ? Mais pourquoi faire ?… Ils le savent bien les enfants qu'on les aime ! Avec tout ce qu'on fait pour eux !
    Cela me rappelle la confidence d'une femme d'environ 50 ans. Le soir de son mariage son mari lui a dit : « Tu sais, je t'aime ! N'oublie pas cela, parce que je ne le redirai plus ! ».
    Exprimer ses sentiments, c'est s'exposer, et on sait pas trop ce qui peut arriver ensuite… Heureusement ça change un peu aujourd'hui.
    Quant à l'amour pour tes enfants, Telle que je te connais, je n'en doute pas un seul instant. Qu'ils expriment une reconnaissance ça viendra peut-être. Je te souhaite la chance que j'ai eue en ce domaine. Avec nos enfants nous avons très souvent dialogué sur l'expression des ressenties quels qu'ils soient. De part et d'autre. Mais toujours dans un climat d'écoute réciproque, ce que nous avons nous-mêmes appris dans des sortes « d'écoles des parents ». Il y a peu ma deuxième fille exprimait assez longuement au téléphone toute la reconnaissance qu'elle avait de cela. Il s'est passé la même chose avec le mari de mon aînée qui nous a remercié de bénéficier de la manière dont nous avons éduqué celle qui est à présent son épouse. Or, personnellement, bien souvent je me reproche de ne pas avoir suffisamment bien réussi en ce domaine.…
    Ta grand-mère avait raison, chacun fait « au mieux », les parents comme les enfants…

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  16. Bobin écrit: "On n'a qu'une faible idée de l'amour tant qu'on n'a pas atteint ce point où il est pur, c'est à dire non mélangé de demande, de plainte ou d'imagination". Tout est dit. Je ne vois pas ce que je pourrai ajouter de plus. C'est à mes yeux la plus belle et la plus juste définition de l'Amour. Un "simple aidant" dis-tu? Tu es bien trop humble, mais je te comprends que vaudrait un don d'amour si on s'en vantait? Pas grand chose. Pire même il serait irrémédiablement entaché. Je suis si désolée que tu aies connu une telle enfance, et surtout que tu semble avoir été conscient si tôt de son caractère "dysfonctionnel". Cependant, c'est ce tout qui a construit ce que tu es aujourd'hui, avec de probables fêlures mais une personne bien plus humaine que beaucoup de ce côté-ci du miroir. Avec un regard juste et bienveillant. Une belle personnalité, en tout cas je suis très heureuse d'avoir croisé cette lumière chez toi :)
    Ma mère que j'aimais profondément au demeurant nous a tous bouffé. De son enfance de Cosette elle avait conservé des tas de séquelles, elle nous a beaucoup aimé mais très mal. En mûrissant j'ai compris que nous étions tous le produit d'une éducation, de blessures anciennes et qu'il fallait en finir avec certains travers. Ce fut une longue tache et je subodore qu'elle n'est pas achevée...

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    1. Moi aussi je suis très heureux de t'avoir croisée. Il est des personnes qui nous touchent et des cœurs qui se font du bien réciproquement. C'est difficile de tenter de rendre compte avec justesse ce que l'on vit en ces domaines d'amour, d'accueil et de partage. Quand je dis « un simple aidant » je souhaite manifester le côté ordinaire de qui nous sommes chacun en ce domaine. L'amour est une composante de nous. Après on en fait ce que l'on veut, ou rien du tout, selon nos histoires de vie et celles qui se sont vécues dans notre lignée et/ou voisinage.
      Je crois nécessaire d'en témoigner comme je peux. Il n'y a ni mère parfaite ni aucun autre humain parfait. Mais chacun de nous est perfectible s'il en fait le choix. C'est juste pour un mieux vivre et si possible un peu de bonheur qui consiste en proposer autour de soi.
      On peut cicatriser certaines blessures et ne plus en souffrir sauf si parfois on vient nous titiller sur la cicatrice… On peut prendre soin de la bonne santé de nos sentiments. Il existe une bonne nourriture psychologique à notre disposition.
      Non, rien n'est achevé. Tout est toujours en avant…

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  17. Bonjour AlainX,

    Je te retrouve pour une millième fois à travers ce moment d'intimité.
    Et bien entendu, ces quelques mots me touchent pout tout ce que cela représente d'une relation entre une mère et son enfant. De ce lien d'attachement qui se crée en fonction de cet accordage qui se fait dans la sécurité ou dans l'insécurité.

    Aimer... Savoir aimer... Qu'est-ce que c'est finalement ?
    Peut-on réellement le définir seul dans sans coin sans prendre en compte l'impact de la présence de cet autre, de ces autres. Aimons-nous pareil ? De la même manière ? Que donnons nous ? Qu'attendons-nous ? Face à cet autre, ces autres ?

    Dans tous mes écrits et mémoires professionnel... j'ai toujours mis une partie sur l'amour au coeur de ma pratique. Donc la fin me parle :-)

    Et quand cela est tarifé... qu'est-ce que donc cette relation entre la personne qui s'attache à son soignant ou à son/sa thérapeute ? C'est une question qui revient très souvent en cabinet d'ailleurs. (oui oui ! depuis, j'ai ouvert mon cab' et je reçois en Gestalt-thérapie !)
    Je réponds souvent aux personnes que j'accompagne qu'ils paient mon expertise et l'espace que je leur offre. Mais mon humanité, mes émotions qui jaillissent à leur contact, la manière dont je suis touchée par eux/elles ne se monnaie pas, et cela provient du coeur qui est le mien.

    Comme je suis contente de revenir te lire !

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    1. Ça fait plaisir de te revoir ici. Ça faisait longtemps…
      il y a mille et une forme d'amour. On rassemble le tout sous un seul mot. C'est pas totalement idiot non plus. Parce qu'il y a un point d'origine et qu'ensuite s'en vient un grand déploiement… si on le veut bien… c'est une toute petite graine finit par donner un grand arbre utile, majestueux, bénéfique qui aime et enrichit la nature.
      Ce développement d'amour et multiples et très diversifié dans beaucoup de domaines
      Et je pense vraiment que tu es de ces personnes qui mettent un peu ou beaucoup d'amour dans toute chose. Je crois avoir bien perçu cela de toi au fil des années.
      Tu es content de revenir me lire. Mais moi aussi je suis content que tu as réanimé ton blog.

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