La terre est blanche.
Il neige.
Entre les deux, des flocons descendent en rythmes différenciés.
La fenêtre sépare le chaud et le froid.
Différence théâtrale.
Le spectacle se déroule sur la scène. Pas le spectateur.
Dans ma vie d'aujourd'hui.
Exit l'acteur ou metteur en scène de vie, comme je l'ai été [ou croyait l'être] dans mon parcours professionnel.
L'eau de l'existence débordait, jaillissait, bouillonnait. Elle me donnait raison d'exister et d'essayer de servir.
Je relis mes écrits publiés de 2005 à 2015
(« 120 pensées plongeantes » éditions TheBookEdition).
Je m'en étonne. Tout cela était-ce bien moi ? Comme si un autre avait vécu ce temps-là, puis s'était enfui.
Je suis désormais une eau à l'agitation calmée, au bouillonnement dormant, à la patience énervée, à la sagesse turbulente, la retenue explosive.
Où faut-il m'investir désormais ?
Sans doute aller au bout de mes engagements post-professionnels, là où on me sollicite encore. Est-ce suffisant ?
Comment être inutilement utile ?
La neige faiblit et s'arrête.
Reprendra-t-elle ?
Le flocon redeviendra de l'eau et la pelouse verte.
Rien n'est pérenne.
L'arbre n'a plus de feuilles mais il n'est pas mort. Il a le sommeil du juste.
La sève neuve reviendra. Il le sait et l'attend
Je me sens proche du sommeil
engourdi comme la nature.
Novembre, morne transition nécessaire.

Superbe écrit papillonné en mots qui disent beaucoup. Merci Alain.
RépondreSupprimerJ'aime.
Content que tu aies apprécié
SupprimerMerveilleux miroir ! Ta neige, ma brume se répondent. L'introspection nous gagne, nous galope dans le cou. Il nous faut poser les questions vitales, existentielles, les balises de ce chemin toujours neuf, jamais le même, et ce sentiment d'avoir tellement changé que l'on ne reconnaît plus celui (celle) qui écrivait il y a dix ans.
RépondreSupprimerTellement beau et vrai, ce billet voltigeant comme un flocon gelé qui se pose sur un nez rougi par le rhume. J'aime le sommeil du juste de l'arbre engourdi mais pas mort. J'aime l'idée que l'impermanence touche aussi les choses qui nous ennuient, le gris le froid, et pas seulement les belles choses. J'aime ta façon de penser à l'été au coeur de la nuit hivernale.
Tendres bises.
Je vais faire chauffer l'eau pour le thé.
•.¸¸.•*`*•.¸¸☆
J'espère que tu as apprécié ta tasse de thé, en pensant à la beauté, la finesse et la profondeur de ton commentaire.
SupprimerÀ propos de ce que j'écrivais dans ce livre (certains textes ont plus de 20 ans) ce qu'il y a de changé c'est que certains contenus ont sédimentés dans ma terre intérieure, permettant des pousses nouvelles. Tout me semble demeurer dans sa justesse d'origine (c'est ce que confirme mon épouse qui a aussi relu ce livre avant moi), si bien que je me permets de me réjouir de mon authenticité. Cela m'a fait du bien. Il y a toujours en moi cette crainte de minimiser ou d'en rajouter. Cela m'arrive évidemment. Mais pas dans les écrits dont je veux garder la trace pour toujours.
Merci pour tes tendres bises. Reçois les miennes en retour.
« Où faut-il m'investir désormais ? »
RépondreSupprimerAh, ce verbe "falloir", comme une injonction aux origines obscures ! Et si tu le remplaçais par « où ai-je envie de ... » ? Au moins la question de l'utilité trouverait-elle réponse ;)
Merci pour ton intervention judicieuse qui me permet de développer.
SupprimerSi injonction il y a, l'origine n'est pas si obscure que ça en ce qui me concerne.
Si j'avais développé (ce qui n'était pas mon désir dans ce texte « à la volée »), je situerais assez clairement l'origine dans les potentialités de mon être, au moins pour celles que je connais après plus de 70 ans de vie sur terre…
Là où j'en suis, vu mes possible et impossibles en termes d'énergies encore mobilisables, laquelle « faut-il » privilégier et choisir ?
J’ai lu et relu votre texte et ma journée aura d’autres couleurs.
RépondreSupprimerÊtre le « maître d’œuvre » de sa propre vie n’est pas toujours simple. La nature, la musique, la littérature, la peinture, l’humour sont des appuis non négligeables, parfois…
J'aime bien votre phrase sur le « maître d'œuvre ». Ah non ! Ce n'est pas simple, je pense même que c'est assez complexe. Surtout dans l'époque actuelle, où les sollicitations et les possibles sont très nombreux. Beaucoup trop peut-être !
SupprimerMerci pour cet instant de respiration !
Rien n'est compartimenté, l'ensemble est un tout, comme le spectacle, la scène et le spectateur ; chaque élément n'existe qu'au travers de l'autre... Mon feu s'est éteint, la cendre refroidit, la chaleur n'est plus... pourtant l'empreinte du feu reste. L' on peut spéculer sur sa texte, sa vigueur et celui qui l'a allumé... Tu l'auras compris, je suis sorti du monde. Je me demande à quoi tout cela rime... et puis chaque matin et sa lumière illumine mes pupilles ténébreuses.
RépondreSupprimerJe suis un élément de l'ensemble et j'existe en tant que tel.
SupprimerSortir du monde, pour mieux revenir, d'une manière totalement différente. C'est pour ça que la lumière revient chaque matin, pour te permettre de sortir des ténèbres, d'ouvrir les yeux sur cet « autre monde » et je suis sûr que tu le perçois déjà.
Ne te laisse pas engourdir, anesthésier, par ce froid précoce Alain ! Une seule chose compte : trouver ou retrouver l'envie, le reste viendra de surcroît. Envie de quoi ? De ce que tu apprécies le plus, la mise en scène, l'écriture...Une eau tranquille en surface cache parfois un bouillonnement intérieur qui ne demande qu'à remonter à la surface !
RépondreSupprimerTu as raison : « retrouver l'envie ».
SupprimerJe vais citer le célèbre philosophe Johnny Hallyday : « l'envie d'avoir envie »
c'est cela mon engourdissement actuel. J'ai le corps douloureux et il ne faut pas qu'il contamine le cœur.
Néanmoins, soit assuré que tes mots me font du bien.
Ah, "Comment être inutilement utile ?" comme cela fait écho aux questions qui m'assaillent à l'orée de cette vie nouvelle pour moi aussi. La formule est belle, mais je me demande parfois si dans ma vie professionnelle elle n'a pas été contraire. Mais qui dit que nos vies doivent à tout prix être tournée devant une quelconque utilité ? Un sourire donné à celui qui en avait besoin sans que nous le sachions, n'est-ce pas déjà tellement ?
RépondreSupprimerVotre dernière phrase est une manière d'illustrer mon propos que vous soulignez.
SupprimerOu comme disait le petit prince : « c'est véritablement utile puisque c'est joli »
Quant aux questions face à une nouvelle étape de vie, c'est très bon signe. Vous ne voulez pas faire n'importe quoi ni laissé aller à la dérive.
Faites confiance aux intuitions qui ne manqueront pas de vous venir.
À bientôt pour d'autres échanges ?
Volontiers :-)
SupprimerTu as tout à fait raison pour le « c'est bon signe ». Je l'explicite quelque peu dans mon commentaire à Célestine ci-dessus.
RépondreSupprimerQuant à ton développement sur ma phrase que tu cites, je le trouve très intéressant et profondément analysé. Cette permanence de recherche sur ta personne et son environnement, loin d'être une centration sur toi, débouche toujours sur des propos qui touchent à l'universel. Je les comprends et ils me donnent l'occasion d'aller plus avant moi-même. Être témoin lucide du personnage que l'on revêt dans certaines circonstances. Je pense à certaines interventions professionnelles ou je jouais le jeu plus que de me comporter en je. En même temps les deux n'étaient pas totalement séparés. Dans d'autres circonstances publiques j'ai abandonné le jeu pour montrer le je dans la limite du contexte, de la circonstance.
Somme toute, tenter de vivre la dialectique de l'authenticité et de l'adaptation.
Tant qu’on est en vie, notre « utilité » est de donner de bons souvenirs à ceux qui nous aiment et que nous aimons. Pas toujours facile lorsque la tristesse nous envahit…
RépondreSupprimerLorsque la tristesse nous envahit, ce qui nous aiment ont aussi la capacité de nous accueillir avec elle, de nous comprendre, et de nous aimer parce que nous les aimons…
SupprimerÇa s'appelle la solidarité entre les êtres.
Enfin, c'est ce que je pense…
Oui tu as raison, je pensais en fait à mes petits enfants que je trouve trop jeunes pour leur «imposer » ma tristesse…
SupprimerJe t’imagine rêvassant devant ta fenêtre avec ce ciel gris et la neige qui tombe, la vitre froide et la chaleur à l’intérieur, tes pensées virevoltant comme ces flocons. Tu te sens hors champ.
RépondreSupprimerLe parcours professionnel est loin.
Tu repenses à tes écrits anciens. Tu te sens autre mais tu es le même dans une autre scène. Seul le rythme a changé.
Pourquoi faudrait-il être utile ? Être suffit.
Alors fait comme l’arbre. Attend une sève nouvelle. Elle viendra.
En novembre tout semble mourir comme si le monde se retirait battu. Mais en secret la vie se replie pour mieux revenir. C’est le cycle de la nature. N’essayons pas d’être plus fort qu’elle. Acceptons la sagesse des saisons.
Je ne sais pas si ce commentaire te sera utile. Je l’écris comme il me vient.
Ton commentaire m'évoque la symbolique de l'oiseau porteur de messages destinés à guider le destinataire en lui indiquant de nouvelles terres.
SupprimerC'est dire si je lui accorde du prix.
Merci d'avoir écrit comme cela te venait, de te laisser aller à l'inspiration intuitive.
Le contenu me fait un bien plus grand que tu ne peux imaginer.
Alors un immense merci. (Je t'écrirai en privé prochainement).
C'est courageux de te retourner sur tes écrits, sur ton passé. Je ne puis que t'encourager à ne pas te laisser trop engourdir.
RépondreSupprimerJ'aime beaucoup : "L'arbre n'a plus de feuilles mais il n'est pas mort. Il a le sommeil du juste.
La sève neuve reviendra."
De fait, c'est mon épouse qui a commencé à relire ce livre publié il y a maintenant bien des années. Elle me relisait quelques passages. Je disais : « je ne me souviens plus ! » Alors j'ai repris le livre moi-même.
SupprimerIl faut maintenant que je m'imprègne de ma phrase que tu cites !
Merci pour ta fidélité à mon blog.
Brigitte
RépondreSupprimerDes mots tout en contraste, un texte tout en couleur… C’est le tourbillon des flocons qui agite tes pensées en cet automne et qui illustre la scène théâtrale du jeu de la vie!
J’aime beaucoup cette pensée jaillissante et rebondissante de l’arbre!
L’arbre qui perd ses feuilles, la sève qui prend repos et le travail de la Nature qui subtilement préparé d’autres saisons. Alors pour quelques semaines, quelques mois, tu n’es pas un autre que toi-même, tu es juste cet être en devenir comme cet arbre qui se prépare sans cesse à renaître, plus fort, plus épanoui, plus riche de toutes les expériences qu’il a traversées .
Ça fait du bien aussi parfois de se relire et même si on s’étonne de nos récits, on peut mieux savourer le chemin parcouru et se féliciter de l’avoir traversé !
Être suffit à être, reste celui que tu es . Ton authenticité est comme une rose qui répand son parfum jusque dans nos cœurs assoiffés de te lire.
Merci Alain.
Brigitte
Merci beaucoup, Brigitte, pour ce joli commentaire. Et j'aime beaucoup la finale.
SupprimerJ'ai aimé me relire. Des souvenirs oubliés sont revenus. Et, avec beaucoup de vanité, j'ai trouvé que bien des textes étaient d'une chouette écriture !
J'aime beaucoup contempler l'hiver du côté chaud de la vitre... Je ne rechigne pas pour autant à m'y fondre. Je m'y sens bien, lorsque ma campagne, tout autant que ma ville sont emmitouflées dans son blanc manteau. Moment propice à l'introspection quand la course folle de la vie se freine un peu.
RépondreSupprimerDe temps en temps, j'aime ce coup de frein, en douceur ouatée, sans glissade incontrôlée.
Je suis né un mois d'hiver, je m'y sens bien au point où j'en ai fait mon avatar sur mon blog : un bonhomme de neige qui ne veut pas apparaître ici... Dans ma présentation, je suis un type un peu froid à qui il arrive de fondre. J'aime assez ma description.
Plus de chance avec mon téléphone. L'ordi ne veut pas me reconnaître.
SupprimerJe suis né également un mois d'hiver, pas bien loin d'un bonhomme de neige… de Noël !
SupprimerUne sorte de mal dégourdi engourdi, je suis.
Tu es un homme froid ? Mais que l'on aime chaudement… enfin moi !
Contrairement à toi, j'aurais du mal à vivre de l'introspection dans le froid. Il faut dire que le froid me provoque vite de douleurs dans les jambes. Alors je préfère m'introspecter au chaud ! ;-)
Être en vie, tenir debout, encore debout, même assis, même quand rien ne va. Surtout quand rien ne va. Continuer. Et vivre. Vraiment.
RépondreSupprimerVivre de toute façon puisque, quoi qu'on fasse, rien ne va vraiment.
SupprimerBref, vivre... Ne pas se laisser abattre même si parfois on a envie de tout laisser tomber.
Comme disait je ne sais plus qui, "Mieux vaut les incertitudes de la vie que la certitude de la mort." on s'ennuie moins parce qu'en plus, la mort, c'est long... :-)
anonyme, c'est le-gout-des-autres qui oublie de remplir le formulaire et qui a oublié de te demander comment ça se passe vers chez toi.
SupprimerIl est des passages à vide où l'on se sent… vraiment vide !
SupprimerEt puis cela fluctue et revient. Ces derniers temps, c'est un peu comme ça :
/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\ , et ça me scie ! ;-)
Quant à toi, j'espère que tu vas le mieux possible…
Je me retrouve un peu dans ton écrit. Novembre n'est pas mon mois favoris. Il y fait gris, sombre, pluvieux et c'est à l'intérieure qu'il faut rester vu ce sale temps. Heureusement Il y a mon mari chéri et à deux on va se taper une partie de Scrabble qui comme chaque jour nous amuse beaucoup.
RépondreSupprimerTiens, tu me donnes une idée… il y a longtemps que je n'ai pas « Scrabbler » avec ma moitié ! :-)
SupprimerTout est éphémère , tout passe. Je ne suis qu'un passant entre la naissance et la mort......
RépondreSupprimer« Tuons le temps en attendant la mort » comme disait Monsieur Cyclopède
Supprimer(qui nous manque tant)
https://www.youtube.com/watch?v=ZtYfS05Rf3U