71ème devoir de Lakevio du Goût.
Pourquoi cet accoutrement si différent ?
Pourquoi est-elle là.
Pour se baigner ?
Pour s’amuser ?
Pour regarder les autres ?
Pour autre chose ?
Pourtant elle se distingue de tous.
Pourquoi ?
Si vous le savez, dites le lundi...
Trois femmes
Il faut bien que je tienne ma promesse.
Une promesse, c'est une promesse.
Je sais, il y en a qui s'en tirent en disant : je ne réalise pas ma promesse, sinon ce n'est plus une promesse… ah ah ah ! Je n'en ris pas encore !
Il faut dire que lorsque je l'ai faite, franchement, je ne croyais pas qu'elles souhaiteraient vraiment que je la tienne et la réalise. Il était évident pour moi qu'elles n'auraient pas le courage et encore moins l'audace de me demander de passer à l'acte.
Hélas ! Elles insistèrent.
Alors, sur le coup de midi, nous voici tous ensemble se dirigeant jusqu'à la plage. J'ai pensé que la lumière au zénit serait meilleure, je veux dire la moins cruelle pour elles. Cela n'accentuerait pas les formes.
J'installe donc mon chevalet et je sors tout mon bazar. Voilà c'est parti, je commence à peinturlurer.
Devant moi, mes trois sœurs. C'est une lubie persistante. Elles veulent que je leur fasse un portrait collectif sur la plage. Une trace pour plus tard, après qu'elles aient suivi un régime amaigrissant, garanti kilos au moins. Chacun son destin…
Je leur ai demandé de me présenter leur dos ce sera plus facile pour moi. Évidemment Ernestine s'est mise de profil, toujours contrariante. Je lui rajoute une casquette comme ça le visage sera dans l'ombre.
Philomène n'a pas osé enlever sa robe. Faut dire que vu le fessier et la largeur de ses hanches, on peut comprendre
Sidonie n'a pas pu s'empêcher d'embarquer le chien ! C'est un peu son doudou et son consolateur. Va pour le chien. Tiens, je vais lui faire une laisse. On ne me reprochera pas des animaux en divagation sur la plage.
Bon aller, je bâcle la mer, j'étale un ciel lavasse. À la dernière minute j'ajoute quatre baigneurs en quelques coups de pinceaux. Suffira bien comme ça !
Fin de la corvée !
Vous savez, j'adore mes sœurs ! Elles sont gentilles, attentionnées, d'une grande douceur, et moi je les trouve plutôt belles et ne venez pas me raconter qu'il s'agirait simplement d'une beauté intérieure. Sauf que je sais qu'au fond, elles ne s'acceptent pas. Trop dépendantes du reflet social. La grossophobie n'ayons pas peur des mots.
Ce n'est pas ça qui me gêne dans la réalisation de ma promesse. Mais le fait que je suis un peintre minable, et quand elles vont voir la toile, ça va sûrement être pire pour leur moral, vu que franchement c'est moche ce que j'ai peint. Ce ne sont pas elles qui sont moches. C'est moi qui n'ai aucun talent. Il n'y a qu'à voir les grandes œuvres où les femmes sont bien en chair et magnifiques. L'admiration est générale. Même chose pour certains photographes qui savent valoriser chaque personne quel que soit son physique. Moi je suis une nullité.
Je prends donc ma décision. Je vais barbouiller cette toile, effacer mes trois sœurs et faire uniquement une peinture de la mer.
Je leur dirai :
— Voilà ! Je vous ai peintes comme si vous aviez plongé toutes les trois !
Cet ultime travail achevé, je leur ai crié :
— Venez voir !





