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lundi 8 mars 2021

Trois femmes

 


71ème devoir de Lakevio du Goût.


Pourquoi cet accoutrement si différent ?
Pourquoi est-elle là.
Pour se baigner ?
Pour s’amuser ?
Pour regarder les autres ?
Pour autre chose ?
Pourtant elle se distingue de tous.
Pourquoi ?
Si vous le savez, dites le lundi...



Trois femmes


Il faut bien que je tienne ma promesse.

Une promesse, c'est une promesse.

Je sais, il y en a qui s'en tirent en disant : je ne réalise pas ma promesse, sinon ce n'est plus une promesse… ah ah ah ! Je n'en ris pas encore !


Il faut dire que lorsque je l'ai faite, franchement, je ne  croyais pas qu'elles souhaiteraient vraiment que je la tienne et la réalise. Il était évident pour moi qu'elles n'auraient pas le courage et encore moins l'audace de me demander de passer à l'acte.

Hélas ! Elles insistèrent.


Alors, sur le coup de midi, nous voici tous ensemble se dirigeant jusqu'à la plage. J'ai pensé que la lumière au zénit serait meilleure, je veux dire la moins cruelle pour elles. Cela n'accentuerait pas les formes.

J'installe donc mon chevalet et je sors tout mon bazar. Voilà c'est parti, je commence à peinturlurer.


Devant moi, mes trois sœurs. C'est une lubie persistante. Elles veulent que je leur fasse un portrait collectif sur la plage. Une trace pour plus tard, après qu'elles aient suivi un régime amaigrissant, garanti kilos au moins. Chacun son destin…


Je leur ai demandé de me présenter leur dos ce sera plus facile pour moi. Évidemment Ernestine s'est mise de profil, toujours contrariante. Je lui rajoute une casquette comme ça le visage sera dans l'ombre.

Philomène n'a pas osé enlever sa robe. Faut dire que vu le fessier et la largeur de ses hanches, on peut comprendre

Sidonie n'a pas pu s'empêcher d'embarquer le chien ! C'est un peu son doudou et son consolateur. Va pour le chien. Tiens, je vais lui faire une laisse. On ne me reprochera pas des animaux en  divagation sur la plage.


Bon aller, je bâcle la mer, j'étale un ciel lavasse. À la dernière minute j'ajoute quatre baigneurs en quelques coups de pinceaux. Suffira bien comme ça !

Fin de la corvée !


Vous savez, j'adore mes sœurs ! Elles sont gentilles, attentionnées, d'une grande douceur, et moi je les trouve plutôt belles et ne venez pas me raconter qu'il s'agirait simplement d'une beauté intérieure. Sauf que je sais qu'au fond, elles ne s'acceptent pas. Trop dépendantes du reflet social. La grossophobie n'ayons pas peur des mots. 


Ce n'est pas ça qui me gêne dans la réalisation de ma promesse.  Mais le fait que je suis un peintre minable, et quand elles vont voir la toile, ça va sûrement être pire pour leur moral, vu que franchement c'est moche ce que j'ai peint. Ce ne sont pas elles qui sont moches. C'est moi qui n'ai aucun talent. Il n'y a qu'à voir les grandes œuvres où les femmes sont bien en chair et magnifiques.  L'admiration est générale. Même chose pour certains photographes qui savent valoriser chaque personne quel que soit son physique. Moi je suis  une nullité.

Je prends donc ma décision. Je vais barbouiller cette toile, effacer mes trois sœurs et faire uniquement une peinture de la mer.

Je leur dirai : 

— Voilà ! Je vous ai peintes comme si vous aviez plongé toutes les trois !


Cet ultime travail achevé, je leur ai crié :

— Venez voir !







dimanche 7 mars 2021

Petit poème tout nu



Petit poème tout nu

écrit rapide et matinal, à la volée…


*



Lorsque je l'ai vu dévêtue

ce fut un nouvel aperçu

franchement je ne fus pas déçu

la fesse était charnue 

j'en suis encore ému

le sein quelque peu ténu

mais la toison feuillue


Critiquer eut été malvenu

j'ai jeté mon dévolu

à l'épouser j'étais résolu

mon choix a prévalu


Je n'ai pas la berlue

la voilà qui remue

coquine et ingénue

le désir s'insinue

d'un bonheur entrevu

dès ce soir le fruit défendu.


*

(Bon dimanche bien vêtu

sinon le froid s'insinue)







Dessin de GIER (carnet de baigneuses)


l'ensemble de son œuvre ICI


(Pardon cher ami de ne pas avoir préalablement demandé la permission…)


jeudi 4 mars 2021

Aux morts !

... Proclame le militaire lors d'une commémoration. S'ensuit la « sonnerie aux morts » suivie de la minute de silence.

Et parfois sur le monument : « La patrie reconnaissante ».


Dans ma jeunesse, je me suis moqué, mais en silence, moi aussi.

Aujourd'hui, respect pour mon père, pensant à son frère, mort au combat.


*


Il est d'autres morts.

Celles et ceux de mon entourage proche ou plus lointain. Des parents, des amis, des maîtres à vivre, des icônes de jeunesse, des désespérés qui ont mis fin à leurs jours, des « mais pourquoi lui/elle, si magnifique et si jeune ! », Sans oublier celles et ceux « à qui on doit tout », et tellement d'autres.


Le dernier en date, il y a 48 heures. Un compagnon d'Aventure, un engagé et nous nous ressemblions. La dernière rencontre fut le dernier repas, et je ne le savais pas. Il est parti, comme d'autres, de la Covid, au fond d'un EHPAD. L'aventure s'arrête là. On ne rêve pas d'une mort héroïque, mais quand même, autre chose qu'abandonné dans un mouroir.

Ainsi sans doute en est-il de l'aventure des poussières d'étoiles.


*


Aux morts !

Ceux à qui je dois d'être vivant et qui ne sont plus. Tous ceux qui m'ont aidé à me construire, jour après jour, année après année. Celles et ceux à qui j'ai rendu hommage dans un livre. Je les repasse dans mon cœur tentant de dénombrer ceux qui sont morts depuis l'écriture de cet ouvrage. Ça en fait quelques-uns. Quatre depuis quelques mois. Trop.


*

Dans mon jardin, ce jour


Aux vivants !

Chouette ! Ils sont encore bien plus nombreux. Ils sont partie de moi. (Je n'ai pas écrit ils font partie de moi). Ils contribuent à me constituer. Ils sont pierres de vie, tout autant que celles et ceux qui ne sont plus.


L'inverse existe. Je suis présent en d'autres. Mystérieusement il me faut bien l'admettre. Accueillir nos interdépendances fondamentales, parce que tout seuls, sans liens, peu à peu nous devenons rien du tout. Moins que rien.


Le « que serais-je sans toi » d'Aragon doit s'écrire au pluriel.

Que serais-je sans toi, et toi, et encore toi, et tellement d'autres.

Ne pas perdre la reconnaissance fondamentale tellement enrichissante et foisonnante du : jamais l'un sans l'autre. La tentation est grande de croire en des possibles autarciques, à la réussite individuelle du « je me suis fait tout seul » qui ne sont que des chimères.


*


À la vie éternelle !

Celle des relations construites, tissées, entretenues, sublimées et qui perdurent au-delà des séparations, des retrouvailles, des déchirures, des raccommodages. Et de la mort.

À cette vie éternelle offerte ici maintenant 

et pas ailleurs et demain. 


mardi 2 mars 2021

Salubrité publique

 

Bricolage AlainX

Il existe des bavards invétérés qui déblatèrent 

sur tout et n'importe quoi.

N'importe quoi surtout.


Dans ces cas-là on se dit

que c'est parfois 

une politesse nécessaire

de leur

« couper la parole »


lundi 1 mars 2021

blues guitar




 70e devoir du lundi






Que diable fait elle là ?
Qu’est-il arrivé ?Qu’attend-elle ?
Attend-elle seulement quelque chose ?
J’espère savoir ce que vous en avez pensé lundi.
J’espère évidemment avoir quelque chose à vous en dire…



-o0o-







blues guitar


Elle ne voyait plus grand-chose sur l'opportunité du vivre. Tous ces changements abrupts qui avaient parsemé sa vie depuis quelque temps. Elle avait tellement admiré la vie, sa propre vie, plus que tout. La réussite sans rien faire, ou pas grand-chose. Un corps parfait pour la séduction, cela avait fonctionné pendant des années.


— « C'est une coureuse » disait avec mépris une de ses amies.

— « Une fille perdue » prétendait une autre.

— « Une bêcheuse à l'ancienne » affirmait une troisième.


C'est ça les amies ?

Quant à elle, elle ne disait plus rien. Rien qui vaille la peine d'être entendu, ni même pensé. Alors à quoi bon.


William avait organisé une fête. Une de plus. Une de trop ? Va savoir !

Elle regrettait, amèrement. Le champagne n'avait rien arrangé. En plus il était tiède. Pareil pour William. Le temps où il était comme de la braise n'était plus désormais que cendres tiédasses, presque froides.


Elle était sortie sur le palier, deux verres à la main, elle espérait qu'il vienne. Il saurait sûrement redire les mots d'antan qui la faisaient frissonner partout jusque… oui, exactement, jusque-là. Mais la porte restait close. Comme dans son corps, toutes les portes étaient refermées désormais.


Depuis l'intérieur elle entendit le son d'une de ses guitares. Une Dobro à résonateur dont le son se remarque entre toutes, avec ses cônes de métal qui lui donnent ce son clinquant si caractéristique. Elle a reconnu l'ambiance dark swamp blues. C'est avec ce tempo lent et envoûtant typiquement Louisiane qu'il l'avait ensorcelée. C'était quand déjà ? Elle ne savait plus très bien si c'était il y a très longtemps ou l’autre soir. Quelle importance d'ailleurs. Allait-il réouvrir la porte ? C'était la seule question qui importait à présent.

La seule ? N'était-ce pas plutôt celle-ci :

— Pour quelle autre fille qu'elle jouait-il désormais ?