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lundi 20 septembre 2021




97ème devoir de Lakevio du Goût 

Cette toile de Nigel Van Wieck qu’on dirait tirée du cerveau de Hopper me paraît traduire plus que de la peine.
D’après vous ?
Que nous dit cette toile ?
On le saura lundi j’espère…

-o0o-




France


Je connais France depuis bien longtemps. Et même il me semble l'avoir toujours connue. Elle accompagne ma vie et j'oserais dire que l'on a quasiment tout partagé. Certes, je n'ai pas son exclusivité, mais c'est bien normal. Elle a un grand cœur et se donne généreusement à qui sait la comprendre et l'accueillir pour ce qu'elle est.


France se montre généreuse et en même temps sélective dans ses amours et ses préférences. Il faut savoir y faire avec elle, lui donner des gages, accepter de s'engager à ses côtés et partager les projets et les espérances qu'elle propose. À défaut, il vaut mieux passer son chemin et aller se chercher un ailleurs plus favorable.


France, comme d'autres, se montre versatile. Un jour il faut que ce soit « comme si » et plus tard elle propose que ça devienne « comme ça ». L'inconstance l'habite lorsqu'elle se laisse bonimenter par des courtisans avides de la dominer. Il lui est alors difficile de savoir prendre suffisamment de recul et tirer les leçons de son passé.


Il faut bien reconnaître qu'actuellement une certaine déception se fait jour. Non seulement elle n'est plus pareille, mais elle déprime de plus en plus. Elle s'est embarquée dans un wagon du train de l'histoire et la rame accélère sa vitesse. Elle a gardé le bleu et le rouge qui la caractérise, mais c'est insuffisant. Il lui manque son vêtement blanc, celui de la pureté, de l'équilibre des valeurs, la paix, la sagesse, la lumière, la conscience de la vérité.


Pauvre France, la voici à la dérive, ballottée par ses contradictions internes qu'elle n'a pas su résoudre comme il faudrait. Ses démons intérieurs la tourmente. Ses mauvais génies voudraient qu'elle succombe. Des tentations l'envahissent l'incitant sournoisement à perdre sa nature profonde, son identité foncière, l'admiration que bien d'autres ont à son égard, à juste titre. Ici comme ailleurs.


Je l'observe. Est-ce que j'oserai m'approcher d'elle, lui murmurer à l'oreille toute la gratitude que j'ai à son égard pour ce qu'elle m'apporte et pour sa générosité ?

Il faudrait peut-être que je me décide avant qu'elle ne sombre définitivement dans le renoncement à son destin. Peut-être qu'il y a urgence.

Je vais aller m'asseoir à côté d'elle.


lundi 13 septembre 2021

Rentrée des classes


96ème devoir de Lakevio du Goût

Ce matin, j’ai été distrait par les piaillements des enfants qui entraient au collège en face de chez nous.
Je les ai regardés.
Des souvenirs sont revenus.
Et vous ?
Une rentrée des classes vous a-t-elle particulièrement marqué.
J’espère qu’on en saura plus lundi.

-o0o-


Mes rentrées des classes furent plus foireuses les unes que les autres, tout le long de mon enfance. Alors je les prendrai dans leur globalité.


 Quelques parodies de titres de films peut-être :


— Requiem pour une enfance, ça dirait bien la globalité.

— Le salaire des profs de la peur, rémunérés pour me foutre la trouille.

— 20 000 lieues sous les punitions à pratiquer en soirée ou les week-ends.

— Voyage au bout de l'enfer. Là, pas besoin de parodier le titre.

— La 25ème heure… de colle… du mois…

— Les moissons de mauvaises notes.. à faire signer par les parents avec les engueulades afférentes.

— Le Con, la Brute et le Truand dont le sous-titre est : le directeur, le préfet et le prof.

— Rencontres du troisième type : le prof de musique complètement déjanté, mais qui avait l'avantage d'être le plus ennuyeux en nous dégoûtant des œuvres les plus intéressantes.

— Mes nuits sont plus belles que vos jours, dans cette école de m....

— Dans la chaleur de la soutane, du frère des écoles chrétiennes qui sentait l'urine.

— L'insoutenable légèreté de l'être exécrable qui trônait derrière le bureau professoral et n'avait pas conscience de ses incompétences.

Voilà pour ma filmographie scolaire.


Niveau évocations, on pourrait référer à l'univers carcéral, les salles de tortures mentales, les humiliations genre Guantánamo, les sévices physiques de type à genoux sur une règle métallique, mains sur la tête, sans bouger. Il y avait aussi certaines subtilités aussi dégueulasses que nulles à chier, comme les tours de cour pendant une heure, durée de la leçon, et ensuite une interrogation par le prof sur : qu'est-ce qui s'est passé durant cette leçon à laquelle tu n'a pas assisté ? Tu ne sais pas ? Et bien tu demanderas à tes petits camarades.

 Si, si, ils étaient cons à ce point là, je vous jure.


Chaque jour, chaque mois, chaque trimestre, chaque année scolaire, la peur rodait, s'infiltrait dans le corps, par tous mes pores, et remontait peu à peu au cerveau pour l'anesthésier.

— Tu le fais exprès, c'est pas possible autrement !



C'est lors de l'entrée en sixième que je me suis enfui pour longtemps. Un heureux hasard fit que le poliovirus envahit l'école. Heureusement, je n'étais pas vacciné. Je me suis donc dépêché de le chopper au passage et pas qu'un peu. La paralysie totale fut ma porte de sortie.

Ça va donner du grain à moudre aux antivax !


Le texte est rédigé ce samedi en fin de matinée. 

Je crois que je vais aller me verser un petit whisky…


mercredi 8 septembre 2021

Bataclan

Aujourd'hui s'ouvre un procès monstre à cause de monstres.

 Alain Bashung chantait au Bataclan en 2003 :

« Faites monter »

Ils ont prévu neuf mois pour accoucher de la vérité

et peut-être faire monter un peu d'amour dans l'humanité. 





*


Dans ma cornue

J'y ai versé

Six gouttes de ciguë

Un peu d'espoir

Ça d'épaisseur

Et j'ai touillé


Du fond de ma boutique

Monte un cantique

Un hymne à l'amour aurifère

Ébullition, réaction


Faites monter l'arsenic

Faites monter le mercure

Faites monter l'aventure

Au-dessus de la ceinture

Et les pépites

Jetez-les aux ordures


Dans ma cornue

J'y ai versé

Une pincée d'orgueil mal placé

Un peu de gâchis

En souvenir de ton corps

Dans ma cornue

J'y ai coulé

Une poignée d'orage

Dans ma cornue

J'y suis tombé

Quelle autre solution

Que de se dissoudre


Faites monter l'arsenic

Faites monter le mercure

Faites monter l'aventure

Au-dessus de la ceinture

Et les pépites

Jetez-les aux ordures


Dans les faubourgs

Je décante

Le soir à la lune montante

Au matin je reprends connaissance

Ébullition

Réaction


Faites monter l'adrénaline

Faites monter l'arsenic

Faites monter l'aventure

Au-dessus de la ceinture

Et les pépites

Jetez-les aux ordures


Faites monter

Faites monter

Faites monter l'adrénaline

Faites monter l'arsenic

Faites monter l'aventure

Au-dessus de la ceinture

Faites monter

Faites monter


*


mardi 7 septembre 2021

La rosée

Photo du Net


Matin dans mon jardin
*

Dans l’herbe
 Quelques perles de rosée
Dans chacune d’elles 
l’embryon d’un arc-en-ciel

Certaines clignotent au gré d’une brise légère
qui fait trembloter le brin d’herbe 
Comme un appel pour appeler l'attention sur la bienfaisance
À mesure que le regard se fait plus vif 
bien plus de petits boutons lumineux
des dizaines puis d’autres centaines encore

Le soleil leur donne de vivre 
peut-être même qu’il ordonne la beauté

Regardons mieux 
chaque brin d’herbe possède sa perle
Elles sont des milliers à donner leur brillance 
pour nourrir le plaisir.

Bientôt Les perles voleront dans l’azur
vaporisées devenues invisibles
 pour enrichir l’air de nos poumons
 Nous n’en saurons rien
 ignorants que nous sommes

Ainsi s’infiltrera en nous la trace de milliers d’arc-en-ciel

Penser à s’en rappeler pour chasser la grisaille
 des nuages intérieurs

*

Cette petite ode à la nature, 

par contraste avec mon œuvrette sur mon blog photo (CLIC)

"les Dryades inquiètes" des déforestations ravageuses.




lundi 30 août 2021

Séquence émotion

 

Me voici de retour d'une douzaine de jours « à la côte ». Disons que ce fut moyen. Autant l'environnement que l'état intérieur, le baromètre était sur variable, avec toutefois quelques incursions du côté « beau temps ». Et donc inutile de s'étendre sur cette période qui laissera un souvenir doux amer.


Pourquoi ne pas aller faire un tour à Tokyo. Les JO des non-handicapés n'avaient guère retenu mon attention. Rentré chez moi j'ai cependant branché ma télé sur les paralympiques. Pas par curiosité, car des tordus j'en ai vu de tous acabits « en live » depuis que j'ai été plongé dans ce milieu bien malgré moi. Alors pourquoi allumer ma télé sur ce truc ? Voir des exploits sportifs ? Mais qu'est-ce que ça veut dire ce genre d'exploits… il y en a bien plus dans la vie quotidienne des gens qui font des exploits chaque jour et mériteraient des médailles d'or !


Donc voilà j'ai regardé, assis dans mon propre fauteuil roulant, qui est loin d'avoir une fabrication haut-de-gamme et sur-mesure qui vaut un paquet de fric et un autre paquet de fric en entretien, comme il en est pour les ZHandis français sponsorisés chargé de glaner des médailles, et dans huit jours on aura oublié le nom des médaillés. Moi je suis Electric Basic sécurité sociale ! (Et merci à la solidarité nationale…).

Tiens, au passage, j'ai remarqué combien les publicités des multinationales diffusées entre les combats de fauteuils roulants, ont récupéré les Zhandis d'une manière éhontée  et intolérable, en laissant croire  que ces grands groupes capitalistes s'intéresseraient à  eux.  Alors qu'on  sait très bien  qu'ils n'en ont rien à foutre de nous ! Encore une démonstration  qu'on nous prend vraiment pour des cons !



Donc voilà j'ai regardé. C'est peut-être au bout d'un moment que j'ai compris pourquoi j'avais allumé cette foutue télé. Lorsque j'ai été pris d'une émotion forte, lointaine et puissante parce que je voyais sur l'écran, « mes-semblables-différents » et que tout à coup cela m'a percuté. Non, je n'ai pas fondu en larmes, ou été pris de spasmes ! C'était bien plus profond que cela, bien plus enraciné dans l'histoire de mon corps tout entier. J'ai laissé faire mon corps. Il avait sûrement besoin de s'exprimer face à de telles images bien léchées qui masquait les énormes souffrances subies par un corps handicapé.  J'ai dit à mon corps :  tu as raison, une fois de plus l'arbre médiatique cache la forêt des souffrances.


Voilà, c'est tout, je n'ai rien d'autre à dire. Si ce n'est que eux comme moi, ne sommes jamais que des humains bien ordinaires même si différents. Mais en même temps nous serons toujours classifiés à part. On organise des jeux internationaux pour les tordus, d'autres pour les non-tordus.


Bon j'élargis, (un petit couplet à l'ancienne comme j'en faisais dans le temps) : On retrouve cela dans tous les secteurs de la société, comme s'il fallait toujours catégoriser tout le monde, tout le temps. Alors on finit par se sentir à l'abri dans ses propres  carcans catégoriels bien à soi.

Et peu à peu on se rétrécit dans nos particularismes qu'on entend défendre contre vents et marées.   Comme répétait une connaissance qui m'énervait : « Oui, mais chez nous, c'est différent ! ». Comme si le « chez nous » était une justification  à la primauté, voire la suprématie. Et le différent de signifier : « pourquoi vous n'êtes pas comme moi ? Ce serait bien mieux d'être comme moi, non ? »


Bon, je vais m'arrêter là. sinon je vais encore m'énerver, c'est pas bon pour mon cœur.