Chez Kaléïdoplumes. Un texte sur consigne
Écrire un texte en vous inspirant de cette image avec comme excipit :
Il restera de toi ce que tu as donné
- Simone Weil -
Odette est née en 1900... et des poussières. Disons que c'était plutôt vers le début du 20e siècle, d'après certains éléments de son dossier. À son âge, à quelques années près, qu'importe. De toute façon elle a oublié, comme beaucoup de choses d'ailleurs. Elle se souvient qu'elle aimait être bercée par sa grand-mère qui avait un rocking-chair et la prenait contre elle. Ce sont surtout les sensations tactiles qui ne se sont pas envolées. Odette pose la tête sur la poitrine moelleuse de grand-mère qui sent la vanille, à moins que ce soit le patchouli dont les senteurs apaiseraient les angoisses.
Odette fut-elle une femme angoissée ? C'est vrai qu'elle a toujours eu peur pour ses propres enfants. C'est normal n'est-ce pas ? Raconte-t-elle dans ces instants lucides. Ce n'était pas de la dépression comme l'ont affirmé certains docteurs. Les médecins ne savent pas grand-chose tout en faisant semblant de s'y connaître en écrivant de manière illisible des noms savants de produit sur l'ordonnance. Le pharmacien aura bien du mal à déchiffrer. Une fois même il a dû appeler le docteur Chose ou alors c'était le Dr Machin pour des précisions, mais ça sonnait toujours « occupé » ça elle s'en souvient très bien. C'est fou comme le téléphone fonctionnait mal en ce temps-là. Est-ce que c'est mieux maintenant ?
Odette demande au personnel si son mari passera la voir aujourd'hui. On lui répète que ce n'est plus possible, mais elle ne peut pas croire qu'il ait abandonné sa femme comme ça sans rien dire. On lui a parlé de cimetière. Mais qu'est-ce qu'il irait faire dans un cimetière se demande-t-elle !
Odette est contente, sa fille vient d'arriver, cela fait si longtemps qu'elle n'est pas venue. Odette demande des nouvelles de la famille, mais sa fille ne répond pas vraiment. Pourquoi lui pique-t-elle une aiguille dans le bras ? C'est pas gentil et ça fait mal quand même. Et puis, sa fille, habillée avec une blouse blanche, franchement elle a quand même de plus beaux vêtements à se mettre.
Qui es-tu Odette, avec ton regard de bonté, ce sourire doux qui ne te quitte pas, cette chaleur dans ta voix même si elle se fait ténue, tes souvenirs que tu évoques dans le désordre et parfois des larmes qui se mettent à couler lentement, silencieusement. Tout à coup tu ne dis plus rien. Te voilà déjà quelque peu ailleurs. Alors ton regard se dirige vers le plafond et tu murmures : « « Il est là ! Je le vois ! ».
Quand je quitte la chambre aux soins palliatifs où tu vis, sans véritablement savoir d'où tu viens et ce que fut ta vie qui part en s'effilochant, moi, bénévole de l'association qui essaie de prendre soin des êtres que plus personne ne visite, je me dis qu'il restera de toi ce que tu as donné.





