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mercredi 12 octobre 2022

Odette

 





Chez Kaléïdoplumes. Un texte sur consigne 



Écrire un texte en vous inspirant de cette image avec comme excipit :


Il restera de toi ce que tu as donné 

- Simone Weil -







Odette est née en 1900... et des poussières. Disons que c'était plutôt vers le début du 20e siècle, d'après certains éléments de son dossier. À son âge, à quelques années près, qu'importe. De toute façon elle a oublié, comme beaucoup de choses d'ailleurs. Elle se souvient qu'elle aimait être bercée par sa grand-mère qui avait un rocking-chair et la prenait contre elle. Ce sont surtout les sensations tactiles qui ne se sont pas envolées. Odette pose la tête sur la poitrine moelleuse de grand-mère qui sent la vanille, à moins que ce soit le patchouli dont les senteurs apaiseraient les angoisses.


Odette fut-elle une femme angoissée ? C'est vrai qu'elle a toujours eu peur pour ses propres enfants. C'est normal n'est-ce pas ? Raconte-t-elle dans ces instants lucides. Ce n'était pas de la dépression comme l'ont affirmé certains docteurs. Les médecins ne savent pas grand-chose tout en faisant semblant de s'y connaître en écrivant de manière illisible des noms savants de produit sur l'ordonnance. Le pharmacien aura bien du mal à déchiffrer. Une fois même il a dû appeler le docteur Chose ou alors c'était  le Dr Machin pour des précisions, mais ça sonnait toujours « occupé » ça elle s'en souvient très bien. C'est fou comme le téléphone fonctionnait mal en ce temps-là. Est-ce que c'est mieux maintenant ?


Odette demande au personnel si son mari passera la voir aujourd'hui. On lui répète que ce n'est plus possible, mais elle ne peut pas croire qu'il ait abandonné sa femme comme ça sans rien dire. On lui a parlé de cimetière. Mais qu'est-ce qu'il irait faire dans un cimetière se demande-t-elle ! 


Odette est contente, sa fille vient d'arriver, cela fait si longtemps qu'elle n'est pas venue. Odette demande des nouvelles de la famille, mais sa fille ne répond pas vraiment. Pourquoi lui pique-t-elle une aiguille dans le bras ? C'est pas gentil et ça fait mal quand même. Et puis, sa fille, habillée avec une blouse blanche, franchement elle a quand même de plus beaux vêtements à se mettre.


Qui es-tu Odette, avec ton regard de bonté, ce sourire doux qui ne te quitte pas, cette chaleur dans ta voix même si elle se fait ténue, tes souvenirs que tu évoques dans le désordre et parfois des larmes qui se mettent à couler lentement, silencieusement. Tout à coup  tu ne dis plus rien. Te voilà déjà quelque peu ailleurs. Alors ton regard se dirige vers le plafond et tu murmures : « « Il est là  ! Je le vois ! ».


Quand je quitte la chambre aux soins palliatifs où tu vis, sans véritablement savoir d'où tu viens et ce que fut ta vie qui part en s'effilochant, moi, bénévole de l'association qui essaie de prendre soin des êtres que plus personne ne visite, je me dis qu'il restera de toi ce que tu as donné.


lundi 10 octobre 2022

À défaut de consigne ce lundi

 



Ainsi donc,

 humain,

qui se croit tout permis,

qui se croit plus fort que la nature.


Ainsi donc,

tu as décidé de nous abattre.

Tu crois en détenir le droit.


Pourtant c'est toi qui vas disparaître.

Pauvre mortel misérable.

Nous, dans deux cents millions d'années,

 serons encore là.

Pas toi.


*


Plus de 200 peupliers bicentenaires ont été abattus par la ville il y a quelques mois, sous le prétexte qu'en cas de tempête, l'un ou l'autre pouvait tomber dangereusement…

On trouve toujours un prétexte ou un autre…



samedi 8 octobre 2022

En attendant « Le Goût »…


Puisqu'il n'y aura pas de consigne lundi.

Puisqu'il semblerait que l'automne finira par arriver.

Puisqu'il faut se préparer.

 Anticipons.

Ci-après un petit bidouillage à partir de photos de l'an dernier.






Et puis quelque chose d'un peu plus chatoyant

puisqu'il y a encore du soleil et du ciel bleu chez les ch'tis

youpi !




lundi 3 octobre 2022

Elle avait des yeux noisette.



139ème devoir de Lakevio du Goût



D’après vous, qu’est-ce qui m’a poussé, à voir cette toile, à vous proposer un devoir ?
Oui, comme la semaine dernière, c’est une toile d’Émile Friant.
Celle-ci m’a particulièrement interpellé.
Pourquoi ?
Je vous le dirai lundi.
Mais vous ? Que vous a-t-elle inspiré ?
Ce qui serait vraiment bien, c’est que vous commenciez votre explication par :
« J’arrive tout couvert encore de rosée »
Et que vous la finissiez par :
« Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches. »




Elle avait des yeux noisette.


J'arrive tout couvert encore de rosée, ça m'apprendra à aller batifoler dans l'herbe avant le petit déjeuner à la chambre d'hôtes « Le Lézard Bleu », dans ce village des Cévennes, où j'ai eu la folie d'espérer qu'elle revienne.  Mais bon, je reste d'humeur joyeuse, car l'hôtesse est accorte.

Ce n'est pas comme cet horrible tableau qui trône dans la salle à manger. Je ne vais pas me montrer très sympathique et vous ne le répéterez pas, je connais votre discrétion, mais j'ai appelé cette croûte « La gourdasse au chapeau fleuri ». Comment ose-t-on exposer un tel machin ! Et même, qui a osé peinturlurer ce bidule.


L'hôtesse apporte le petit déjeuner avec un sourire enjôleur. Sa composition est classique mais elle a ajouté  un clafoutis qu'elle m'affirme fait maison aux cerises du Gard. Décidément ce n'est pas mon jour de chance. Je déteste le clafoutis autant que la croûte au mur. Évidemment je remercie d'un large sourire tout en pensant : dommage que je n'ai pas un chien peut-être que ça le régalerait.


Celle que j'attends, est une femme, exactement l'inverse de la fille à fleurettes chapeautée du mur. Je me languis d'une femme belle et charmante dont je suis instantanément tombé amoureux dès que j'ai aperçu ses yeux noisette tirant sur le vert et ses longues mains aux doigts effilés d'une élégance délicieuse. Elle m'apparut dans un halo de lumière diaphane comme une nymphe sortant d'un bain vaporeux. Ce qui s'est passé ensuite n'est pas vraiment descriptible. Ça tenait du rêve. D'ailleurs n'en n'était-ce pas un ? Je me suis interrogé à ce sujet, et l'ami intime à qui j'en ai parlé est resté dubitatif quant au récit que je lui en ai fait.

— Je ne doute pas de ce que tu me relates, mais enfin c'est quand même curieux. Mais bon, tu verras bien si elle est au rendez-vous dans ce village des Cévennes dont elle t'a donné le nom le jour et l'heure.


C'est aujourd'hui et j'attends vainement. L'hôtesse accorte voyant que je m'ennuyais terriblement dans cette salle à manger, cherche à comprendre pourquoi je ne vais pas visiter les alentours, qui sont parait-il plein de mystères étonnants. J'ai alors raconté toute mon histoire d'amour contrarié, espérant faire arriver la belle et distraire quelque peu l'hôtesse.


— Êtes-vous sûr de ne pas avoir vécu tout cela en rêve ? Et si vous aviez été victime d'une illusion, conclut-elle à la fin. Attendez, je reviens.


Elle sort de la pièce, monte à l'étage, je l'entends ouvrir et fermer des tiroirs, déplacer je ne sais quoi et enfin redescendre avec des documents à la main, toute souriante : — j'ai trouvé ce que j'avais égaré !


C'est un dossier de quelques pages racontant un épisode qui s'est déroulé dans cette chambre d'hôtes du temps des anciens propriétaires. Le vieux manuscrit raconte une histoire tout à fait comparable à la mienne, pour ne pas dire identique. J'ai alors compris dans un éclair que le portrait au mur était celui de l'ancienne propriétaire. La meuf au chapeau idiot était une envoûteuse. J'étais à présent sous son emprise. Dans un autre éclair de lucidité j'ai pensé que je n'aurais jamais dû interrompre mon traitement psychiatrique. C'était une grave erreur. Je comprends tout à coup que celle que j'attends ne viendra jamais.

 Ça me donne la rage et je décide furieusement de déchirer ces pages.


Alors l'hôtesse se précipite, saisit mes mains pour me l'interdire.

—  Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches !


[ Pardon à Verlaine d'avoir fait n'importe quoi avec des vers de son poème « Green », mais c'est quand même pas moi qui ai imposé les phrases ! ;-) ]