Deux petits événements de la banalité ordinaire pour le prix d'un seul.
Le soleil embellit la nature lorsqu'il joue avec les couleurs des arbres et des plantes. Il fait son métier de Lumière. À nous d'être attentif, d'ouvrir les yeux, de ne plus les avoirs toujours fixés sur nos écrans.
Je déambule mes roulettes dans mon quartier que je connais ou crois connaître. Un regard attentif suffit à découvrir des nouveautés chaque jour, surtout dans les détails.
Entre deux maisons un petit passage mène à un tennis réservé aux résidents du coin. Je sais qu'il a été rénové, alors je vais aller voir de plus près. Le chemin de petits graviers qui y mène a aussi été transformé. Hélas, désormais, il y a trop de petits graviers formant une couche bien trop épaisse. Mon fauteuil roulant s'embourbe.… plus je tente de manœuvrer, pire c'est. Il faut que j'appelle quelqu'un. Mais je ne connais personne à proximité. Je me dis, qu'a part les pompiers, je ne vois pas qui d'autre.
Tout à coup et fort opportunément deux tennismen arrivent. Des sauveurs. Heureuse coïncidence, car ce cours de tennis est généralement désert dans la semaine. Ils sont évidemment grands et sportifs et m'aident sans grande difficulté à sortir ma bécane de l'ornière. Dans l'opération je perds un bouchon protecteur tout noir et gros comme un grain de raisin, dans les petits cailloux blancs. On cherche quelque peu, mais rien. Je dis que ce n'est pas bien important c'est plus esthétique qu'autre chose. Et puis voilà… je reprends ma balade… après force remerciements.
Le lendemain on sonne à la porte. Une dame que je ne connais pas. Elle me montre le petit bouchon protecteur accompagné d'un grand sourire. — « Nous l'avons retrouvé ». L'un des tennismen est retourné avec son épouse dans l'allée caillouteuse avec un râteau à la recherche du bouchon perdu… ils ont fini par le trouver.
Mais comment ont-ils su où j'habitais ? — « On vous voit parfois passer par ici, alors on s'est dit ce monsieur est certainement du quartier. Nous avons demandé au facteur qui nous a donné votre l'adresse : en fauteuil roulant ? C'est sûrement lui a-t-il dit ! ».
Et voila !
Je n'ai pas tari de remerciements. La dame ajoute : — « De toute façon il y a trop de cailloux. L'autre jour c'est une poussette d'enfant qui s'est embourbée et la maman était bien embêtée. On va revoir la question au niveau de la copropriété ! ».
Je relate ce petit événement, juste parce que je tiens à souligner que la délicatesse, la bonté, le sens du service gratuit, n'ont pas disparu de la planète malgré tout ce qu'on nous raconte dans tous les domaines d'une société qui serait soi-disant devenue invivable et foncièrement égoïste.
Épisode deux :
Hier visite chez Madame l'ophtalmologiste. Comme d'habitude plus d'une heure d'attente dans la salle du même nom. Nous sommes en début d'après-midi. Comment fait-elle pour aussi mal gérer son planning de rendez-vous ? Mystère ! C'est comme ça depuis des années.
En face de moi un couple pas tout jeune. Manifestement la visite est pour Monsieur. Et aussi manifestement il a fait un AVC et se trouve en période de rééducation en hôpital de jour (il appellera le kiné pour dire qu'il ne viendra pas en raison de l'attente trop longue ici). Tout le monde profite de la conversation. Il est très diminué, fébrile et inquiet. À côté, son épouse est d'une attention extraordinaire envers lui. Ce que j'appellerai « une attention vraie » avec tellement d'amour. Elle ne se comporte ni en infirmière, ni en aide-soignante, mais en compagne de vie de longue date, ça se sent bien. Et lui il est un peu perdu. Elle le rassure. Je suis ému de tant de générosité amoureuse et de présence belle avec des mots justes et des gestes d'affection adaptés.
Arrive alors une autre dame, surprise de rencontrer ici le Monsieur physiquement diminué qu'elle connaît bien. La conversation s'engage. Je comprends que cet homme avait d'importantes responsabilités professionnelles et un fort charisme semble-t-il. Cela appartient désormais à un passé qui ne reviendra pas.
En revanche, l'amour de son épouse dont je suis témoin privilégié m'émeut. Cet amour est là pour l'éternité. Et cela me remplit de reconnaissance qu'il existe et se manifeste dans ce couple. Là, juste à l'instant. Cela fait du bien à mon âme.






