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samedi 17 janvier 2026

L'interview de Dieu

 Petit exercice littéraire sur une proposition de Jobougon pour l'agenda ironique de janvier 2026, que l'on trouve ici
Voici des bouts de phrases imposées et il faut: en placer quatre dans le texte :
1 – Aujourd’hui à midi pile
2 – Ça ressemble presque à une blague
3 – Succession de bruits
4 – Comme un avis à la population
5 – Cherche toujours
6 – Sujet brûlant
7 – Profonde pensée philosophique
8 – Ça a l’air vieux mais
9 – Pas de place pour

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En tant qu'envoyé spécial permanent pour tout ce qui est religieux ou ésotérique, la rédaction de Paris-Flash (le poids des vieux, le choc des gros mots) me demande de lui ramener une interview de Dieu, sujet brûlant s'il en est dans le contexte international actuel.
J'ai donc appelé le secrétariat du Grand-Saint-Pierre : Paradis 666 00. L'attente est interminable… on voit bien que le mec a l'éternité devant lui… ça a fini par décrocher :

— Allô ?  Ici le secrétariat à l'ambiance infernale, Cruella à l'appareil, c'est pourquoi ?
— Je souhaiterais obtenir un interview avec Dieu en personne, enfin, si toutefois Dieu est une personne, à défaut un membre de la Trinité pourrait faire l'affaire. Généralement ces gens ont une profonde pensée philosophique. Après je bidouillerai le truc de mon côté pour le rendre compréhensible par des terriens..

— Excusez-moi, mais je connais mal la procédure à respecter, vous savez je ne suis que stagiaire, je viens de l'enfer, je suis là pour une réduction de peine.
— Je croyais que l'enfer c'était pour l'éternité ! Que je me suis étonné

— Oui, mais ça c'était l'ancien Dieu ! Depuis il a été viré et renvoyé sur terre, comme vous vous en doutez c'est pire qu'un enfer cette planète…
— Alors, c'est qui son successeur ? Me suis-je enquis

— New-Jupiter ! Un dieu entièrement relooké. Une beauté à tomber. Quittez pas je consulte l'agenda… alors voilà, j'ai un créneau pour le 1er janvier terrien 2027. Z'avez de la chance le votre de Jupiter a décommandé sa visite hier soir, trop de problème avec son peuple.
— Mais je ne peux pas attendre jusque-là ! Je dois déposer mon article pour la fin de la semaine !

— Quittez pas, je vais voir, New-Jupiter m'a à la bonne, il adore les nanas dans mon genre, bien roulées et prêtes à tout.


Ça ressemble presque à une blague ce que je vous raconte, mais je vous assure, c'est la pure vérité divine du moment. Cruella m'a branché sur une musique d'attente : « les mésanges dans nos campagnes ont entonné un chant nouveau, celui des corbeaux. Glo...oooo...ooo...oooo.. ria ... à gorge déployée ».

 
Tout à coup, une succession de bruit dans l'appareil téléphonique, un vrai tintamarre, pire que la musique métal, sur fond de corne de brume et de bruits de chaînes du Père Noël.
Écrire ça dans mon article ça fera un bon début. et puis tout à coup une voix fluette : 

— Allô allô ? Ici New-Jupi en personne, que c'est moi la divinité qui te cause. Tout va comme  vous tu veux sur la terre ? Ici c'est pas du top de Dieu, mais au moins du top  de Moi. 
 Quoi c'est-y  qui y a pour ton service gamin ? Une interview ? Mais c'est impossible mon gars, je boude la terre et les français en particulier, car le hic c'est qu'ils sont laïques, pour ça ils méritent des cliques et des claques. D'ailleurs je lis dans tes pensées de petit journaleux (oui, Jupi-le-New est omnipotent, omniscient et omnivore) qui recherche du sensationnel pour sa revue au papier trop glacé qui me fait froid dans le dos.
Je vais raccrocher et sache, petite tête de stylo plume, que je déteste l'humanité sur cette planète minable, que j'ai bien l'intention de faire exploser un de ces quatre. Mais bon, j'attends encore, car avec toutes vos bombinettes atomiques vous allez bien arriver à faire le boulot à ma place. Grouillez-vous, car ma patience a des limites, elle n'est pas éternelle.

Là dessus, New-Jupiter a raccroché.
Va falloir que j'appelle le rédacteur en chef et lui dire que s'il ne veut pas s'attirer toutes les foudres des religions, des plus gentilles aux plus virulentes, il faut qu'il renonce à un article dans Paris-Flash, car désormais, Dieu, c'est pas ce qu'on croyait. Mieux vaut maintenir les croyants de tous poils dans l'ignorance de ce qui les attend.

mercredi 7 janvier 2026

La mort dans la vie


Au risque d'étonner, mon premier billet de 2026 va parler de la mort !
… Mais peut-être aussi de la vie… histoire de vous rassurer pour que vous continuiez à lire… !

Aujourd'hui, c'est l'anniversaire du décès de mon père en 1991, à 79 ans. 
Comment ne pas penser à lui d'une manière plus particulière, d'autant que je vis avec lui une proximité intérieure depuis bien longtemps. C'est une Présence sans paroles, proche de ce qu'est la présence au divin. Elle puise dans l'histoire.  Et c'est ainsi que je reviens à la Vie, telle que je l'ai vécu au cours des fêtes de Noël, comme je l'envisageais dans mon billet précédent de fin d'année.

 Une belle réussite, la joie complice des cousin(e)s. La joie des parentèles reconnaissantes et les bienfaisances que nous avons partagées .
 Mes enfants voulaient des photos de groupe. Ce fut fait. Je les regarde. Au centre : mon épouse et moi ;  nous entourent nos gendres et les petits-enfants (dont certains sont bien plus grands que nous par la taille !). Nous faisons figures d'ancêtres. Cependant je me sens toujours le petit dernier de mon enfance, alors que  je suis désormais le vieux grand-père entouré de sa descendance !

Et puis je regarde ces photos de groupe avec  cette expression  « La génération ». Me reviennent mon père et ma mère sans qui je ne serais pas venu à l'existence, sans eux il n'y aurait pas non plus les sept petits-enfants.
Le raisonnement pourrait être fait parallèlement avec la famille et la génération de mon épouse.

Je dois vous donner le sentiment que j'écris des banalités et des évidences.
Bien sûr ! Bien sûr !
Tout est une question de regard intérieur, en dedans et au-delà des photographies qui vont passer au rang des souvenirs.
Il est tout aussi banalement question de la transmission de la vie avec sa singularité et son particularisme unique dans la cohorte de milliards d'êtres humains.
Encore des banalités…

Aujourd'hui il faut de l'exceptionnel, du sensationnel, si possible du croustillant, du tragique, le plus terrible fera l'affaire.
Et là je pense à la tragédie de ce bar en Suisse des 40 morts et de plus de 100 brûlés graves qui vont tenter de survivre de traverser les années avec les séquelles indélébiles de cette nuit du premier de l'an.
Une chaîne de vie et de transmission brisée. Les responsables de cette tragédie s'étendent bien au-delà du couple propriétaire, qui vont ,eux, continuer à vivre sans brûlures, et souffrances intolérables.

Je ne peux m'empêcher de mettre en parallèle ma petite expérience de vie avec tout ce que j'ai eu à traverser pour survivre et engendrer, et ces tragédies humaines qui brisent et apportent la mort. Elles sont bien trop nombreuses de par le monde. 
La condition humaine à des aspects merveilleux qui voisinent avec une vulnérabilité de chaque instant et les drames déchirants.

Nous avons l'art de progrès extraordinaires dans tout domaine.
Nous avons l'art de fabriquer comment détruire massivement et désormais « proprement » le reste de la planète.
La condition humaine : merveilles et tragédies sans cesse en imbrications..

Mon billet est décousu, je m'en excuse.
La vie et la mort me côtoient un peu trop ces temps-ci.

lundi 15 décembre 2025

Noël ? Pour vivre quoi ?



« Les fêtes de fin d'année » voilà l'expression ce que l'on entend désormais le plus souvent. Dans mon enfance on fêtait « la naissance de l'enfant Jésus », dont le sommet était la participation à la « messe de minuit », durant laquelle montait mon impatience, car je savais qu'à ce moment-là « le petit Jésus » viendrait déposer mes cadeaux au pied de la cheminée. On y laissait une carotte et un navet pour son âne. (Celui qui l'avait amené jusqu'à Jérusalem). Au retour chacun déballait son cadeau, un et un seul, puis on mangeait le « pain gâteau » confectionné par mon frère avec mon aide modeste. La seule nuit où on avait le droit de se coucher très tard.

Bien sûr la magie de tout cela a disparu l'année où on se moqua de moi à l'école parce que « je croyais encore au Père Noël ». Ma mère  m'expliqua le pourquoi du comment, que j'étais devenu « un grand garçon ». C'était très bien. De ma déception naquit une fierté.

Me voilà septuagénaire, le souvenir de cette époque apparaît comme une bienfaisance de l'enfance. Quel terrible contraste face au spectacle affligeant de la consommation effrénée qui ne cesse de gonfler et finira un jour dans une explosion dévastatrice.

Noël, littéralement, signifie la naissance [dies natalis : jour de naissance]
25 décembre : fin de la nuit la plus longue. Retour progressif de la lumière.
Célébration de la naissance du Christ pour les chrétiens — célébration du retour de la lumière pour certains et fête de la grande bouffe pour d'autres. Bien souvent, l'alcool aidant,on s'engueule pour tout et pour rien, pour la poularde trop cuite, pour la politique en France, forcément déplorable,  et vivement l'extrême droite au pouvoir. Faut bien essayer la dictature, pour voir ce que c'est ! Ou alors, vive la liberté de faire n'importe quoi et d'emmerder son voisin. Supprimons la police mais gardons la cocaïne. Enfin bref, on finira de toute façon par se quitter fâchés… et rendez-vous à Noël prochain !

Dans mon cabinet de consultation, en janvier je ramassais à la petite cuillère les dégâts des [soi-disant] fêtes qui avaient viré au cauchemar, et on ne savait même plus comment vraiment c'était arrivé, ni qui avait commencé… heureusement j'avais fait le renouvellement des boîtes de mouchoirs en papier !

Et pour moi ?
Ce sera exactement le renouvellement du sens premier : fêter le jour de naissance.
— La mienne d'abord, puisque je suis né un soir de 24 décembre ! Plus tard, après mes 12 ans, fêter le commencement d'une renaissance. Et là s'imposent des pensées pour celles et ceux qui y ont contribué. J'ai eu souvent l'occasion de les évoquer.

— Ensuite,  la naissance de l'amour pour celle qui est devenue mon épouse pour toujours. Aujourd'hui nous pensons l'un et l'autre qu'une lumière nous fut donnée et qu'elle est comme celle de la flamme d'une bougie que l'on transmet à d'autres pour constituer une chaîne lumineuse dans la toute petite humanité où nous sommes en transit.

— Et encore le jour de naissance de chacun de nos enfants, reçus comme des promesses d'accomplissement.  Maintenant qu'elles approchent de la cinquantaine, je me réjouis de la chaîne de transmission positive que je vois vivre à l'échelon de mes petits-enfants. Suis-je justifié de m'en réjouir ? En tout cas j'admire ce que ma descendance accomplit. 

— Le cadeau de pouvoir nous réunir en famille plusieurs jours pour vivre et partager la joie d'être ensemble, car, ainsi en est-il de la génération d'aujourd'hui, chacun s'éparpille sur la planète. Certains feront plusieurs heures d'avion, de train ou de voiture pour être là.
J'en espère des jours lumineux. Que chacun apporte sa lumière intérieure, la laisse vivre. Le temps s'écoulera dans la joie simple, comme nous l'avons déjà vécu  de précédentes années.

Enfin , je me tourne vers toutes celles et ceux, connus et inconnus, qui traversent des épreuves, des ténèbres personnels, et j'en connais dans mon entourage proche.
 Les victimes de toutes sortes, des guerres, des violences physiques, les femmes particulièrement. Et puis toutes les autres crapuleries à travers le monde en particulier celles de l'ombre que l'on crée ou entretient, parce que c'est là, à l'abri des regards, que l'on peut agir impunément.

Mais  la lumière rejaillira toujours jusqu'à ce que vienne « le jour de clarté »
celui que chantait Graeme Allwright en 1968



lundi 8 décembre 2025

Téléthon

 

L'autre soir, j'ai regardé le Téléthon. J'ai même appelé le 36 37.
Ma relation à ce « système AFM » a été fluctuante au fil des années. Je suis allé voir dans mes vieilles archives, ayant souvenance de l'avoir évoqué. Je retrouve un texte de 2006. 20 ans exactement. Rien n'a changé : toujours Miss France et le téléthon le même soir.
J'en publie quelques extraits. J'étais vachement plus virulent il y a 20 ans ! (Bien trop long aussi et parfois brouillon),
Est-ce que je me suis trop émoussé ? Est-ce que je ne m'indigne plus suffisamment ?
Synthétisons : suis-je devenu si vieux que ça ?


Cependant le fond de contestation demeure : la responsabilité de l'État dans ce système de purification génétique.

Extrait de mon blog de décembre 2006 :

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Miss France et le Téléthon

Une fois n'est pas coutume, il y aura ce soir à la télévision deux programmes très complémentaires et le choix sera difficile.
D'un côté l'élection de Miss France, le déballage d'ersatz de la beauté ; de l'autre le téléthon, le déballage d'ersatz de la compassion.


Étalage des corps (étalage décor)

Ce soir la télé va vous montrer des corps.
Vous y aurez droit des deux côtés. Vous pourrez admirer de belles plastiques où vous apitoyer sur des enfants déformés. Votre côté voyeur sera pleinement satisfait, avec un zeste de piquant en zappant d'une chaîne à l'autre. Jeunes corps quasi dénudés exhibés d'un côté ; jeunes corps déformés par la maladie, cachés au fond des fauteuils roulants, d'un autre.

L'objectif de ce voyeurisme est le même. Dans les deux cas, il s'agit de vous émoustiller, mais pas au même endroit ni de la même manière...
En regardant "les anormaux" du téléthon et en les comparant aux beautés répertoriées et interchangeables des Miss, vous allez être dérangés au beau milieu de vos neurones. Déstabilisés par ce contraste. Alors pour y mettre fin vous serez prêt à faire un don, afin de ne plus voir dans l'avenir "les anormaux", qui dérangent la quiétude lisse de l'élection de Miss France.

Car finalement c'est bien ce vers quoi il faut tendre. L'uniformisation de la race humaine. A peu de choses près, toutes les Miss ont sensiblement le même corps, la même plastique, la même taille, des mensurations contenues dans des normes précises. "Les anormaux" sont disparates, ils nous provoquent trop par leurs différences, par leur aspect "pas-comme-tout-le-monde". Or c'est vers cela qu'il faut tendre. Que chacun soit comme tout le monde et le bonheur devrait finir par apparaître. 
Le monde merveilleux des Miss voilà un réel projet de société.
Le monde merveilleux sans les "anormaux" et les handicapés en voici un autre, plus intéressant encore.


Sélection des meilleurs

 La recherche en vue de développer l'aptitude au bricolage dans les gènes humains, est l'essentiel des financements de l'AFM. 
Soigner en vue de réparer les conséquences des loupés de la nature, est une chose ; intervenir sur l'origine de la vie (en bricolant le génome humain) pour tenter de supprimer la cause première, c'est tout autre chose...  Sélectionner les embryons, en triant les bons des mauvais (diagnostic préimplantatoire), ouvre sur des perspectives qui devraient nous interroger quelque peu... 

C'est un peu comme l'élection des Miss. Le jury va sélectionner la meilleure. Le chercheur-appreti-sorcier, sous son microscope, va se comporter comme le jury et sélectionner aussi le meilleur embryon, puis congèlera les autres et un jour les détruira.
C'est comme avec les Miss. Les jeunes femmes  "insuffisamment normalisées" sont renvoyées à la maison.  mais, pour l'instant elles ne sont pas détruites comme les embryons ... 

A quand l'élection de Miss France génétiquement purifiées ?

heureusement,  le show du téléthon, les propos lénifiants des animateurs, tout comme l'extase d'un jury devant les Miss, sont là pour nous empêcher de trop réfléchir. Ce qui compte c'est de voter pour la plus belle d'un côté, de faire le 36.37 pour donner des sous de l'autre.

Ensuite,  la bonne conscience en bandoulière, nous passerons à autre chose... Et il faudra bien se poser la terrible question cruciale :


— Qu'est-ce qu'on va donc bien manger à Noël cette année ? 

 

mardi 2 décembre 2025

La personne abandonnée



Combien furent-elles/ils, les abandonné(e)s, à venir dans mon cabinet de consultation ?
Je n'ai pas décompté. De nombreuses personnes en tout cas. Sans vouloir catégorier on peut toutefois quelque peu distinguer :

— Les « abandons objectifs », à la naissance, « né sous X », ou la mère décédée dans la toute petite enfance, et autres cas particuliers comparables.

— Les gens qui vivent le « sentiment d'abandon » jusqu'au plus profond d'eux-mêmes  par celles et ceux qui avaient en charge leur éducation, à commencer par les parents, et en premier la mère. Sentiment ressenti fréquemment dans bien des circonstances, à l'école, puis adulte et même plus tard jusque dans leurs relations amoureuses.

Ces accompagnements se déroulent fréquemment dans la durée et selon mon constat, celle-ci est plus longue avec les hommes. Je n'en fais pas une loi générale,  c'est uniquement mon expérience. Je crois que l'homme, même s'il s'en défend généralement, est plus fragile dans la mesure où il cherche à s'en sortir  par rebondissements successifs, suivis souvent d'échecs successifs.
Les femmes ont une capacité de résilience plus intense. Elles accèdent plus facilement à la profondeur de leur personne. Elles sont plus matricielles. Plus intériorisées.
Plus proche des aspects émotionnels, relationnels, sensoriels et spirituels.
On me dira que je schématise et simplifie. C'est partiellement vrai. Je n'écris pas ici un traité sur tous ces sujets…

Le sentiment d'abandon est souvent complexe. Les situations très différentes. L'enfant a été « bien éduqué », selon les principes reçus, la lignée familiale, le milieu, les théories éducatives de l'époque parfaitement appliquées.  Bref, les parents ont fait comme ils pouvaient avec ce qu'ils étaient.  Des parents ordinaires, pas plus mauvais  ou meilleurs que d'autres… ou que moi-même…

Et pourtant l'adulte continue à se sentir comme ayant été abandonné. À 40 ans il/elle continue à en souffrir. Dans sa fratrie,  la personne considère être celle dont on s'occupa bien mal. On préférait les autres frères ou sœurs. Parfois la jalousie s'installe et justifie des processus de vengeance plus ou moins subtils, moraux ou physiques. Cela n'arrange rien, développe fréquemment une forte culpabilité destructive. Autrement dit : l'impasse.

Dans le long travail que  j'ai  entrepris sur moi-même pendant plusieurs années, je fus confronté au « sentiment d'abandon » qui me  fit remonter  à ma petite enfance avec des spasmes d'étouffement devant ma thérapeute. Mais qui donc m'étouffait ainsi ? 
La clé arrivera plus tard, par une amie de ma mère : Ma mère m'enfonçait le biberon dans la bouche. Elle le faisait tenir avec des coussins, puis allait s'occuper des clients dans la pièce à côté.
C'est passionnant de pouvoir vérifier certains ressentis en thérapie par une explication objective d'une tierce personne de l'époque. On se dit qu'on ne s'est pas leurré durant la séance sur la réalité objective, sur le factuel de l'époque.
 Et en plus il paraît que Madame ma mère était fière de cette manière… de m'abandonner… pas étonnant que je déteste le lait depuis toujours…
Néanmoins le travail fut long… mais bénéfique…

Et aujourd'hui ? L'angoisse de l'abandon a disparu. Une crainte demeure quand je me sens en état de faiblesse, de grande dépendance. Je continue en ces cas-là à penser que tout  le monde finira un jour ou l'autre par m'abandonner… et que j'y perdrais la vie.

Je m'en sors en revenant à cette certitude de mes liens intérieurs les plus profonds. Cette sorte  de reliance fondamentale et fondatrice à ce « plus que moi en moi » qui fait mon identité d'être humain unique au milieu de mes semblables uniques. Nous tissons l'étrange toile de cette immense tapisserie planétaire  dont je suis un fil. 

Cette confiance demeure chevillée au corps que la solidarité finira toujours par triompher de l'égocentrisme mortifère. J'en ai  l'expérience. La lutte contre les séquelles de la polio était vouée à l'échec si elle avait dû se dérouler en solitaire. Je démontre cela le mieux possible dans mon livre « le passage se crée » : le passage de la mort à la vie. Je n'ai de cesse d'en remercier les vivants. Les vrais !