Hier après midi j'ai passé trois heures avec une cousine que je n'avais pas vue depuis plusieurs mois, pour des raisons indépendantes de la pandémie actuelle.
Nous étions masqués tous les deux.
Ce furent trois heures d'échanges intenses. J'en fus étonné. Je m'attendais à ce que la distance physique, le masque, soient des freins. Il n'en fut rien. Et même au contraire. Je n'avais jamais autant remarqué l'intensité de son regard. Elle riait par les yeux. Elle m'a dit sensiblement la même chose. Nous n'avons pas échangé des banalités. On a à peine parlé du covid et de tous les bavardages qui tournent autour de ça. Ça ne sert à rien de brasser sans cesse toujours plus de la même chose.
En y repensant je me suis demandé si certaines choses que l'on s'est dites l'eussent été si nous n'avions pas porté de masques. Il ne fut pas question de secrets personnels ni de je ne sais quelle confession. Simplement d'un niveau de profondeur qui fut une singularité durant ces heures.
Comme si tout prenait plus d'intensité. De saveurs et de valeurs.
Savoir tirer les bienfaits de toute situation.
Les richesses de l'obligation de s'adapter.
Je pense aux échanges nocturnes. On ne dit pas les mêmes choses la nuit et même chacun s'exprime de manière différente.
Parfois l'ombre permet de mettre en lumière.

J'ai le même sentiment. Je dirais même que depuis que les bouches se cachent, elles profèrent davantage. On n'est plus parasité par la tyrannie des apparences, on se concentre sur l'essentiel. J'y ai gagné en assurance. Cela devient une seconde peau, ce masque. Jusqu'au manque parfois quand la situation n'exige pas sa présence. Il nous protège de bien des manières...
RépondreSupprimerCompte tenu de ton activité, ton témoignage est vraiment très intéressant.
SupprimerUne protection permettant la libération de l'expression.
Preuve qu'il y a vraiment des contraintes libératrices.
On connaît bien cela dans le développement de la personne, ainsi que dans l'aide pour y parvenir.
Merci beaucoup.
"Parfois l'ombre permet de mettre en lumière."
RépondreSupprimerLa formule, outre qu'elle est belle, est parlante.
La phrase m'est venue spontanément.
SupprimerDisons que probablement elle préexistait en moi.
Il me semble aussi qu'elle rend compte d'une juste réalité.
"De saveurs et de valeurs" ajouté à "parfois l'ombre permet de mettre en lumière" me font voir le masque autrement. Il est vrai que nous nous comportions aussi différemment pendant le carnaval...
RépondreSupprimerLe carnaval c'est un temps de libération.
SupprimerPuissions nous percevoir peu à peu combien le masque peut faire du bien.
Un bien beaucoup plus grand que l'on ne croit. Et dans divers domaines.
Faut juste sortir du principe que ceux qui décident veulent forcément toujours apporter et promouvoir le pire. C'est penser ainsi qui est le pire.
Faudra que je renoue avec mes cousines, tant qu'il m'en reste ;-)
RépondreSupprimerEn effet : une covid est si vite arrivée !
SupprimerCette conversation intime et enrichissante n'est pas vraiment étonnante. Derrière un masque, on se sent plus protégé, plus en sécurité et dès lors, il est permis de mieux se dire. Cela peut paraître paradoxal, mais pour pouvoir s'exposer, il faut se sentir un peu caché. C'est le sentiment de sécurité qui génère l'intimité. Pourrait-on être vrai sous la lumière crue du soleil ? Trop de lumière écrase la vérité des choses, alors que l'ombre et le retrait permettent des nuances et des confidences.
RépondreSupprimerCela dit, ton billet me ramène à une question récurrente ces derniers temps : Le masque va-t-il désormais faire partie intégrante de notre vie ? Devra-t-on définitivement l'intégrer ? (déjà, je remarque mes automatismes : masque au poignet en sortant, au menton en ville, packs dans la boîte à gants, etc)
Le premier paragraphe de ton commentaire est d'une grande justesse. Le besoin de sécurité est l'un des besoin les plus fondamentaux de l'être humain depuis qu'il est apparu.
SupprimerÀ chacun de trouver les modalités qui le comblent.
Quant à ta question très intéressante au deuxième paragraphe :
J'ai le pressentiment que le masque s'installe pour longtemps dans notre ordinaire de vie. La covid 19 n'est qu'un épisode accélérateur d'une latence.
Il semblerait que nous devions abandonner ce concept selon lequel les humains seraient par création les êtres supérieurs de la nature. Et donc tout dominer en tous domaines. C'est judéo-chrétien en diable ! Un impératif du Dieu de la Bible:
« ... Et Dieu leur dit: Fructifiez, et multipliez, et remplissez la terre et l'assujettissez, et dominez sur les poissons de la mer et sur les oiseaux des cieux, et sur tout etre vivant qui se meut sur la terre. » (Genèse 1.28)
Lorsque nous aurons dominé le virus, par vaccin, médicament ou autre chose, une fois de plus, ce sera parfait… et après tout ira bien…
Ce qui est foireux ce n'est pas de chercher un remède contre le virus c'est le : « après tout ira bien… ».
Nous sommes sans cesse dans cette dynamique de la chanson de ma jeunesse « ça ira mieux demain ! », Reprise par feu Annie Cordy
À force d'être et de demeurer dans cette vision religieuse sans cesse rabâchée (y compris dans une république laïque…), on finirait par croire à l'autoréalisation !
Le mythe du retour au paradis est indéboulonnable !
Bonjour Alain,
RépondreSupprimerce texte me parle beaucoup
Je ne suis pas vraiment "dérangée" par le port du masque de ce point de vue là, j'ai toujours été sensible au langage du regard et le contexte ne fait que renforcer. Un peu comme le toucher, cela me "manque physiquement" mais pas dans la tête (cette phrase est totalement absconse, mais passons)
Merci de partager avec nous cette ombre lumineuse :-)
SupprimerUne phrase absconse ? Bien au contraire. Je la trouve claire, lumineuse et parfaitement juste. Même si certains peuvent ne pas la comprendre.
Merci pour tes propos, toujours intéressant.
Tu parles d'une expérience que je n'ai pas encore connue...Pour l'avoir vécu en psychanalyse c'est vrai que je me livrais beaucoup plus à partir du moment où je me suis retrouvée sur le divan et que donc je ne voyais plus l'analyste que lorsque nous étions en face à face .
RépondreSupprimerJe porte le masque comme il faut et quand il faut mais chez moi quand j'ai de la visite je ne le porte pas je garde mes distances.Par contre avec le masque je me concentre sur les yeux de l'autre alors que sans masque je regarde beaucoup plus la bouche! C'est curieux tout çà !
Le constat est le même en ce qui me concerne : j'observe qu'ordinairement j'ai tendance à plus regarder la bouche. Ça doit en dire long sur qui on est ! !
SupprimerJe ne mettais pas de masque avec des invités durant l'été, lorsque nous ne recevions QU'UNIQUEMENT dans le jardin. Depuis que j'entends qu'il y a énormément de contaminations intra familiale/amicale, j'agis autrement. D'ailleurs ma cousine en question est arrivée masquée…
sur-précaution ? Qu'importe ! Comme mon toubib me répète que je ne survivrai pas à une contamination, vu mes déficiences pulmonaires issues de la polio … je préfère choisir ainsi.
"Parfois l'ombre permet de mettre en lumière."
RépondreSupprimerQue j'aime ces mots.
De ta part, cela n'est pas pour m'étonner.
SupprimerMerci de ton passage…
Ah bon ? Parce qu'en temps normal on ne porte pas de masque ? ;-)
RépondreSupprimer•.¸¸.•*`*•.¸¸☆
En temps normal on en porte un, mais on se débrouille pour le rendre invisible.
Supprimer(Ce qui ne fonctionne pas à tous les coups)
C'est vrai qu'avec les masques, le regard ne peut fuir et il est de ce fait plus intense. Je l'ai remarqué moi aussi lors d'échanges récents.
RépondreSupprimerJe suis heureuse pour toi de cet échange intense avec ta cousine, Alain.
Belle journée à toi (pluvieuse et ventée chez moi).
Je vois que je ne suis pas le seul à faire ce constat.
SupprimerPar chez nous on attend la pluie et le vent… pour l'instant : rien !
Bon je vais aller à contre courant. Je ne vois pas du tout l'intérêt d'un masque dans la conversation. Il y a déjà le masque social qu'inconsciemment certains se mettent pour se protéger....Pourquoi en rajouter ? Et puis un masque c'est pas beau !!Oh, là, là je ne vais pas me faire des amis !!
RépondreSupprimerMais une fois dit ceci, il faut bien se protéger et protéger les autres
je comprends que pour certains cela gêne la conversation, et pour d'autres non. Mais il existe parfois des intérêts supérieurs qui nécessitent de passer outre certains inconvénients supportables.
SupprimerÀ mes yeux le sens civique est premier et fondamental.
Je ne sais pas si tu vas te faire des amis, en tout cas je t'envoie mes amicales pensées
Très intéressant, ton article et aussi les réflexions des uns et des autres...
RépondreSupprimerPour moi, il en est autrement...non seulement le masque m'empêche de respirer mais il me rend muette...impression d'être baillonnée?? et parfois aussi j'entends mal ceux qui me parlent, leur voix est étouffée...Cette semaine, je suis allée voir mon docteur ...masquée évidemment et je n'ai rien pu dire de ce que je voulais dire, j'avais hâte de m'en aller et de quitter le masque
Tu fais partie de ces personnes pour qui c'est une forte entrave. Je comprends bien que cela soit difficile à vivre. Je le regrette pour toi.
SupprimerPour ma part l'entrave est légère et même je finis par oublier le masque. D'ailleurs quand ma cousine est repartie, j'étais seul et j'ai gardé le masque encore un moment avant de me dire mais, au fait, je peux l'enlever !…
J'ai tellement traversé toutes sortes de choses désagréables que j'ai fini par acquérir une faculté d'adaptation à bien des situations.
Complètement d'accord.... le masque ombrage et cache en partie le visage mais met les yeux en valeur qui expriment davantage l'intimité, la profondeur des relations... J'ai fini par l'oublier, il m'apparaît presque léger et permet, je l'espère, d'éviter des drames ! C'est un réflexe automatique dès que je sors de chez moi ou chez moi. C'est pas fini. Autant s'y habituer tout de suite..
RépondreSupprimerMerci Alain .
Il me semble en effet que l'on n'a pas beaucoup le choix. Alors autant l'apprivoiser et trouver les avantages qu'il a au-delà de sa fonction fondamentale protectrice de la propagation du covid.
SupprimerMerci pour ce commentaire pertinent.