Bien des fois j'ai revisité mon passé. Pour les meilleures raisons comme pour les pires.
Les meilleurs pour me désencombrer, clarifier, assainir ce qui devait l'être, plutôt ce qui pouvait l'être. Intégrer ce qui ne le pouvait pas. On peut mettre l'ensemble sous le vocable fourre-tout de « thérapie ».
Ajoutons l'évocation sans nostalgie de merveilleux moments réputés inoubliables. Et ils le sont.
les mauvaises visites étaient pour regretter ce qui n'est plus, comme une folle espérance des réparations impossibles, des dégâts définitifs, des « on ne sait jamais, après tout… ».
Peu à peu je me suis délesté concrètement, matériellement, supprimant. Détruire des « pièces à conviction » entraîne une sorte d'effacement cérébral, telle une feuille crayonnée puis gommée. Les traces restantes sont devenues illisibles. On peut écrire autre chose sur la même feuille.
Un événement anodin peut faire resurgir un souvenir enfoui. Comme une surprise. Ça fait du bien où ça fait mal. C'est selon.
Un événement il y a quelques jours. Un autre ce matin. Ils ont un lien.
— Il y a quelques jours : je cherchais une illustration sur des moteurs de recherche. Un mot-clé m'amène sur de vieilles bandes dessinées, et c'est le surgissement.
je me retrouve à 12 ans allongé dans mon lit, paralysé, incapable de m'asseoir. On me souleve avec quelques oreillers, seul le bras gauche est quelque peu mobile, mais la main gauche demeure désespérément fermée. Le bricolage astucieux d'une table inclinée permet l'installation de quelques bandes dessinées que je possède. J'arrive à tourner les pages malgré le poing fermé. Me remonte avec force une immense désespérance et une intense supplication. La désespérance de voir mes jeunes héros et amis Spirou et Fantasio bouger et remuer comme ils veulent, courir sauter faire le pitre. Mais pour moi c'est fini à tout jamais. La supplication s'adresse à eux comme s'ils existent « en vrai » pour les mettre en garde de ne pas tomber malade et de profiter tant qu'ils peuvent de leur corps mobile et valide. Ce jour-là j'ai pleuré intensément le désespoir le plus amer.
— L'autre événement c'est ce matin : sur un blog évoquant un livre d'un auteur rescapé de la Shoah, cette phrase, : « laisser l'imaginaire du lecteur faire son chemin, c'est probablement la seule manière de raconter l'indicible. »
Le souvenir évoqué ci-dessus n'est pas de l'indicible puisque je le dis et l'exprime.
Mais certains événements de mes 12 ans jamais je ne les ai exprimés à quiconque, ni même évoqué d'une quelconque manière. Jamais. À personne. Même pas à mes thérapeutes. Même pas à celle qui partage ma vie.
Je suis loin d'être le seul dans ce monde confronté à l'impossibilité de raconter l'indicible. Ils/elles sont certainement légions à ressentir être condamnés à vivre dans le silence.
Et d'ailleurs est-ce qu'à moi-même je me suis tout raconté de l'ampleur des terreurs ? Il est question « de procéder par brides, métaphores, suggestions » indique l'auteure du blog. Je n'ai pas essayé. Aucun écrit de ma part sur ces événements subis.
Peut-être pour la première fois je me pose cette question : vais-je mourir dans le silence par rapport à « ça » » ?
Vais-je trouver un quelconque procédé pour un jour oser revisiter cet épisode-là ?
Est-ce une nécessité ?
Est-ce que tout ce qui reste tu, tue à petit feu ? Ou pas ?
Le présent billet ne fera pas long feu sur ce blog. Je le supprimerai vite. Ou alors je cracherais ce qui doit l'être.
Rien n'est moins sûr. Tout est possible. Mais pas toujours.

Le coeur du coeur de l'intime. Même exprimés à demi-mots, par métaphores, certaines choses demeurent douloureuses toute la vie. Et effectivement, dans le jardin secret, on trouve un endroit encore plus secret, un tabernacle, dans lequel se côtoient le coeur de soi, et en même temps l'indicible.
RépondreSupprimerEst-ce une nécessité ? Voilà un sujet philosophique qui mériterait un vrai développement.
Le mal à dire pour éviter la maladie...un peu simpliste parfois.
Je suis partagée. Cracher, vomir cette vérité, le mot est bien choisi. Personnellement ça m'a fait du bien. Mais je n'ai pas tout dit. Toi seul sait ce qu'il est bon de lâcher et ce qu'il vaut mieux garder.
J'aime beaucoup ton titre en forme d'oxymore. C'est toi qui m'as appris ce lien subtil que tout être entretient avec son passé, un lien ambigu, plein de contradictions et de pistes pour saisir le présent et avancer vers l'avenir.
Bon c'est un peu en vrac tout ça. Mais c'est que tes confidences bousculent le lecteur.Et le font avancer, mine de rien, vers son passé.
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C'est la personne concernée qui estime que c'est indicible. C'est donc elle qui met une censure. Ce n'est pas nécessairement « les faits exacts » qui sont d'une telle gravité ou ampleur qui génère l'indicible.
SupprimerC'est indicible pour le sujet. Cela ne signifie pas que c'est inaudible pour l'autre. (Et en général c'est pas censé l'être pour un thérapeute… ce qui ne veut pas dire qu'il est insensible, ni inactif dans ce que sa déontologie peut lui commander de faire)
Bien entendu cela fait du bien de mettre de l'ordre dans son histoire douloureuse, en assainissant celle-ci par la méthode choisie. C'est donc thérapeutique. Mais taire peut-être tout aussi protecteur si la personne n'a pas la force d'aborder. On avance qu'avec les forces que l'on acquiert pour oser affronter. C'est pour ça que ça dure parfois des années… de trouver les forces nécessaires.
Les confidences que je peux faire bousculent sans doute certains. Ce n'est pas mon objectif. J'essaie de me contenter de vous faire confiance dans ce que je livre. C'est toujours l'état de ma recherche. Quand je ne chercherai plus dans ces domaines, c'est probablement que je serai mort.
"Détruire des « pièces à conviction » entraîne une sorte d'effacement cérébral, telle une feuille crayonnée puis gommée. Les traces restantes sont devenues illisibles. On peut écrire autre chose sur la même feuille."
RépondreSupprimerJe dois dire que la "mémoire-palimpseste", je n'y aurais jamais pensé !
Puis, pour le reste, tu peux dormir tranquille, j'ai lu un psy qui prétendait "en la matière, il n'y a jamais de factures impayées".
Je peux te dire que c'est une idiotie.
On peut laisser tomber les créances.
On peut dire qu'on est adulte quand on a jeté le reconnaissances de dette ou les créances en supens à la poubelle.
Ça intervient souvent quand on a pardonné à ses parents et aux autres.
Le pardon, c'est comme le don, ça soulage l'âme pour un effort modique.
Quoiqu'il nous est arrivé, c'est arrivé et on ne peut rien y changer.
Tenter de savoir "comment ça aurait été si" est vain.
Et il faut l'accepter.
Même la vengeance est vaine, pour en avoir parlé avec des gens qui se sont vengés, le goût reste amer et ne répare pas le dommage ressenti alors que le pardon ou le don font ça très bien.
Et on est bien assez traversé par des craintes diverses sans en plus se pourrir la vie avec les dommages qu'on a subis, d'où qu'ils sont venus...
Mais bon... Ce n'est que mon avis...
P... ! Tu me fais raconter de ces trucs, à te lire...
J'essaye de comprendre ce que tu veux dire.
SupprimerTu évoques le pardon vis-à-vis des parents et autres. Il s'agit souvent des personnes qui n'ont pas su donner l'amour juste que l'on attendait pour devenir adulte accompli.
Alors, c'est évident, on ne peut rien changer à ce qui est arrivé, mais on peut se changer soi.
Pour ma part j'estime que le pardon ça ne se décide pas un beau matin. C'est le fruit d'un long cheminement qui consiste justement à régler les factures, obtenir des remises, accepter des majorations, et à discuter le montant de certaines factures parce que derrière c'était une arnaque.
Ça ne se fait pas avec les personnes directement concernées. Ça se fait à l'intérieur de soi avec une aide extérieure éventuelle et si possible compétente.
Alors, ce travail accompli, on peut effectivement virer le dossier à la poubelle.
Et c'est alors que le pardon se cueille comme un fruit mûr.
Bien entendu on peut dire bien avant qu'on a pardonné… mais de quoi parle-t-on ? Surtout quand on dit : j'ai pardonné… mais je n'oublierai jamais… ce qui à mon sens signifie assez clairement : je ne pardonnerai jamais. Surtout si dans le ton de la voix il y a une terrible dureté, et une langue tranchante comme du silex.
Évidemment je crois à la dynamique du « vrai pardon ». C'est un des objectifs d'une thérapie bien menée. J'ai pardonné à papa, à maman, à mon frère c'est en passe de se faire. Il a 83 ans. Il va falloir avancer parce qu'il approche de la tombe.
Quant à la vengeance : tu as parfaitement raison. Je signe des deux mains. Se venger c'est se préparer à bien pire encore. Alors oui, bien entendu, le pardon. Encore faut-il avoir retrouvé au fond de soi suffisamment d'amour fort pour celui qui bénéficiera du pardon. Et ça ça ne se fait pas en 24 heures. Pas pour moi en tout cas.
Mais je conçois que d'autres soient beaucoup plus fort que moi en ce domaine. Plus rapide sans doute. Je demande juste à voir à l'usage. Je veux dire par là est-ce que la relation avec l'adversaire a fondamentalement changée ? Car le vrai pardon génère des fruits positifs partagés avec l'autre.
Merci beaucoup d'avoir « raconté des trucs ».
Je pense qu'il y a toujours un moment ou un autre dans la vie qui nous fait resurgir des moments que nous avons enfouis au fond de nous, c'st au plus profond avec un gros mouchoir dessus, mais c'est là, latent, près a refaire surface. Pardonner à ceux ou à ce qui nous a fait terriblement de mal on le peut mais on n'oublie pas j'en ai pour preuve mon papa qui atteint d'Alzheimer ne savait plus qui j'étais mais qui m'a relaté des choses de son enfance qui étaient toujours dans son esprit comme si cela venait de se passer.
RépondreSupprimerOn fait abstraction c'est tout.
Sur le pardon, je me permets de renvoyer à ce que je réponds ci-dessus à « le goût des autres ».
SupprimerIl est des souffrances enkystées qui continuent à saigner et parfois « à l'extérieur » Le pardon suppose sans doute d'assainir un passé douloureux. C'est très possible il faut en prendre les moyens si on le souhaite.
Dans l'ordinaire on peut bien entendu faire abstraction la plupart du temps. Tout le monde ne sombre pas. Heureusement !
Beaucoup de questionnement ! Je ne saurais te donner ou t'apporter un semblant de réponse. Vu mon jeune âge, je me vois mal te conseiller.
RépondreSupprimerPeut-être une réflexion : est-ce une nécessité ? Revisiter les événements douloureux passés... Je vais donner une réponse qui n'en est pas une, on appelle ça une réponse de Normand (sans vouloir les offenser) ;-)
La réponse est oui et non ; si on en éprouve le besoin plus que l'envie, pourquoi pas... Il me semble que le simple fait de te poser la question, amorce le début d'un commencement d'un éventuel besoin qu'il faut peut-être, voire sûrement, laisser mûrir.
Je n'ai pas craché ou vomi, j'ai simplement déversé des torrents de mots dans un cahier. Sans savoir, au début, que j'aborderais le sujet délicat qui me concernait. J'y ai consacré la plus grande part, ce fut un peu éprouvant, riche en émotions, libérateur. Ces écrits secrets, sont restés à l'état de brouillon, avec des ratures, des larmes qui ont décoloré le papier.
Probablement que personne ne lira jamais mes maux/mots, mais je ne l'ai pas fait pour ça.
Je n'aurais jamais pu faire ça plus tôt : écrire sur mon père.
Oui, tu as raison, avancer vers le passé peut s'avérer important pour tracer son chemin.
PS : ce serait dommage que tu supprimes ce billet.
Et bien vois-tu, ton commentaire est bienvenu. Ce n'est pas forcément une question d'âge. Et puis tu m'éclaires avec cette petite formule « laisser mûrir ».
SupprimerJe comprends très bien pour le torrent de mots sur un cahier. J'en ai rempli aussi quelques-uns. J'écrivais au stylo plume. Certaines lignes délavées par mes larmes portent la trace de ces dernières. Il y a bientôt deux ans, j'ai relu certaines choses un peu au hasard et je me suis dit qu'au fil des années j'avais quand même pas mal progressé. J'ai relu parce qu'en avançant en âge, j'avais décidé de tout détruire. Je ne tiens pas à laisser quoi que ce soit de ce genre à mes héritiers. Tout s'est terminé en feu de joie !
Merci pour ce témoignage qui me touche.
À toi de décider mais en ce qui me concerne j'aimerais pouvoir relire ton texte à volonté. Ca fait du bien de ne pas se sentir seule, de savoir que d'autres ont le meme dilemme et je me dis parfois que c'est sans doute le lot de chacun à un certain point du chemin. Cette chose ne nous laissera pas en paix tant qu'elle n'aura pas été totalement démasquée, par nous memes en fin de compte. kéa
RépondreSupprimerJ'entends bien ce qui est dit par plusieurs à propos de ne pas supprimer ce texte.
SupprimerPour l'instant il est là… je n'envisage pas de le supprimer demain matin !
Merci pour ce juste reflet du « démasqué par nous-mêmes ». Il y a dans ce que j'évoque, un indicible qui commence par me le dire à moi-même.… À suivre…
Comme Xoulec, je pense que tu ne devrais pas supprimer cette note qui peux servir à beaucoup j'en suis sûr.
RépondreSupprimerJ'entends bien ce que tu exprimes là.
SupprimerMoi qui ai fait une psychanalyse pendant 7 ans à raison de 3 séances par semaine, ai je vraiment tout dit ? tout visité ? tout exploré? Certainement pas.
RépondreSupprimerSuis je pour autant toujours complètement en paix ? Non. Nous sommes des êtes humains pensants .
Une question: sais tu de quoi il s'agit avec ce cà, cet épisode?
Pourquoi cette peur? Si c'est intenable, il faut t'en débarrasser d'une façon ou d'une autre.Cela ne l'effacera pas mais ce "çà "pourra alors se ranger en quelque sorte au dernier rang, près d'une porte de sortie.
Le silence n'est pas toujours bon surtout quand il s'agit par exemple d'abus sexuel au sein de la famille . A ce sujet le livre de Camille Kouchner " La familia grande".
Excuse moi pour ce que j'écris je ne suis pas très sur en fait de mes affirmations. Je crois finalement que chacun sait mieux que l'autre ce qui lui convient . Mais encore, une fois écrit, on doute.Sur ce je t'embrasse . Cà c'est sûr !
Je ne crois pas que l'objectif d'une analyse soit de « tout dire ».
SupprimerJe ne sais si j'ai bien compris ta question… forcément je sais ce dont je parle. Le factuel et mon vécu tel que je l'ai ressenti.
Ensuite ce que j'ai à faire de « tout ça », je pense qu'en effet c'est à moi de trouver ce qui convient le mieux. Il semblerait que je n'ai pas encore trouvé…
Je reste sur ma faim. Sur son lit de mort, j'ai pardonné à ma mère tout ce qu'elle nous a fait subir et a fait subir à notre père, quoique, j'ai moins digéré, nous avons moins digéré, ce qu'elle faisait subir à notre père... comme j'aimerais que mes enfants me pardonnent si je n'ai pas toujours été une bonne mère. De toute façon, une fois la personne morte, va donc te venger, trouver la paix de l'âme, si ce n'est pour se faire du mal ou, peut-être, enfin espérer passer à autre chose. Tiens, comme en ce moment, avec tous ces faits divers de viols, d'abus sexuels qui sortent au grand jour. Est-il bon de tout lâcher sur les réseaux sociaux, de leur demander d'être juges, de vouloir se venger ? Va donc juger parfois une personne décédée, puisqu'elle ne peut plus se défendre. A la rigueur, on peut en parler sans citer de nom ou comment a dit je ne sais plus qui, parler en métaphore.
RépondreSupprimerAu fond, j'aime mieux les blogs que les facebook, twitter and Co...Ces réseaux sociaux jugent un peu trop vite, t'ont un avis tranché sur tout, jugent à l'emporte-pièce, clac-clac, un ptit tour et puis s'en vont "juger" ailleurs une autre personne...Les réseaux sociaux me font peur.
Au moins, sur un blog, on peut discuter...même si on ne sait pas toujours qui se cache derrière un écran.
Il me semble qu'en disant que la vengeance est un échec, je ne t'apprendrai rien ! Se venger ne peut qu'envenimer et faire pire que mieux ! Ce n'est même pas une question de morale. C'est une erreur terrible. Le désir de vengeance est une sorte de drogue. On s'y accroche, on en devient dépendant et on perd sa liberté d'être et le bonheur devient impossible.
SupprimerAlors effectivement c'est dans l'air du temps… je ne fréquente pas les réseaux sociaux et l'étalage des turpitudes supposées ou avérées des célébrités ou des anonymes ne m'intéressent pas. C'est glauque. Et je pense que c'est plus néfaste que bénéfique.
J'aurais même tendance à penser que les réseaux sociaux sont pires en capacité de contagion des esprits que la covid 19 !
Lire la souffrance n'est pas chose aisée lorsqu'on se sent impuissant à apporter un quelconque soutien moral. Les blessures dans la chair ont bien sûr leurs résonances dans l'esprit. L'écriture de ce post t'a t'elle soulagé l'espace d'un instant ? L'effacer , le crasher (c'est volontairement que je l'écris ainsi) te fera t il du bien ? C'est toi qui agis, toi qui décides L'essentiel est que ta décision t'apporte un soulagement. Bien à toi.
RépondreSupprimerLire, et qui plus est commenter, c'est déjà, en soi, un soutien.
SupprimerNon, l'écriture de ce post ne m'a pas soulagé. Je crois d'ailleurs que je ne cherchais pas cela. Je cherche à poser une problématique : un certain « pour quoi taire encore ? » Et je crois que la réponse ne peut venir instantanément. En tout cas ce n'est pas le cas.
(J'aime bien le « crasher »… cela m'a fait sourire d'une manière bienfaisante, alors tu vois il y a mil et une manière de soutenir).
Merci pour ce beau commentaire.
Quand je passe et ne laisse pas de commentaire c'est que je continue de réfléchir. Tu donnes à réfléchir Alain. Je vais revenir lire encore plus et dire ce que je pense me convenir mais en aucun cas dire ce que je pense TE convenir... tes questionnements sont à toi, chacun d'entre nous se reconnaitra en eux ; et il est vrai qu'un vie, C'EST COURT pour tout résoudre et s'alléger des fardeaux !
RépondreSupprimerAmicalement.
« mais en aucun cas dire ce que je pense TE convenir. »
Supprimerc'est le plus beau cadeau que l'on puisse faire.
Je veux dire par là que l'authenticité du commentateur est aussi primordiale que l'authenticité (la tentative d'…) du rédacteur.
Alors merci pour cela.
Flagorner comme je l'ai vu dans le temps sur les réseaux sociaux, c'est lamentable !
(Il y a peu de commentateurs par rapport au nombre de lecteurs. Environ 15 % des lecteurs laissent un commentaire. Je pense que c'est tout à fait normal pour un bloc de ce genre)
Une chose m'interpelle dans les commentaires : "Encore faut-il avoir retrouvé au fond de soi suffisamment d'amour fort pour celui qui bénéficiera du pardon."
RépondreSupprimerL'amour de l'autre comme condition nécessaire au pardon ?
Comme le mot l'indique, et comme on le précise souvent, « pardon » se lit « par – don ». Il faut être en capacité de donner, faire le don de ce par-don. C'est pour cela que je parle d'amour. Le mot est peut-être fort. Et probablement que plutôt que « d'amour fort » j'aurais dû écrire une force suffisante d'amour. C'est-à-dire quelque chose puisé en soi, au-delà de l'offense, de la souffrance ressentie, et probablement être parvenu à un assainissement suffisant pour faire ce don de se redonner à la relation, au moins l'intérieur de soi-même, particulièrement dans le cas où l'autre est décédé.
SupprimerAlors je ne sais si c'est une condition nécessaire. Je crois que ça l'est au moins pour moi. Mais on peut procéder par étapes peut-être : des sortes de demis pardon en attendant la force intérieure suffisante pour aller au bout…
Merci beaucoup pour cette question qui me permet de préciser. Mais on peut penser tout autrement que moi bien entendu…
Je te relis encore ce matin et me pose la question suivante: Faut il vraiment tout dire et justement en particulier ce qu'on craint de dire ( car on n'en connait pas les conséquences)? C'est toi qui sait pour toi et moi pour moi.
RépondreSupprimer« Faut-il vraiment tout dire ? »
SupprimerD'abord il faudrait ajouter « à qui ? ».
Si l'accent est mis sur le mot « vraiment », alors la réponse est non ! Le travail sur soi n'est pas effectué devant un tribunal avec pouvoir de sanction !
Et si on projette sur l'éventuel thérapeute qu'il va nous juger, c'est un sujet de séance !
Chacun trouve sa façon de se protéger de ces monstres qui sommeillent parfois longtemps en nous avant de se réveiller et de nous prendre à la gorge jusqu'à nous étouffer ou nous pousser à crier nos peurs.
RépondreSupprimerLe pardon est pour moi simplement la meilleure manière d'avancer mais il n'est absolument pas obligatoire après tout si l'on peut canaliser ses émotions et décider de rayer de notre vie ceux qui nous ont blessé.
Bien entendu tout dépend de l'horreur que l'on a vécue, là je ne parle que pour moi et de mes histoires que la vie s'est amusée à provoquer.… alors en vouloir à la vie ? Non impossible, la vie déroule ses bons, mauvais ou inacceptables projets pour nous. Nous essayons de les contourner sans trop de dégâts mais surtout sans nous perdre. Pour cela, pour résister seul l'amour que nous avons en nous peut nous donner la force d'y parvenir. Nous sommes seuls. Toute notre vie nous vivons en face à face avec nous même alors autant pouvoir compter sur nous pour s'en sortir.
Ceci est mon bouclier personnel, comme cette protection que les légions (enfin, je crois !) utilisaient en formation de tortue pour ne pas laisser pénétrer l'ennemie au coeur de leur groupe.
Merci pour ton commentaire chère Angedra.
SupprimerIl est clair, et je ne vois rien à y ajouter
Je ne sais quoi dire et mes propos vont paraître incongrus. Ta réflexions m'a immédiatement fait penser à certaines jeunes filles qui se sont fait violer et qui ont occulté pendant des années cette terrible agression. Dans ce silence, voir cette amnésie, il y a peut être aussi une question de survie. J'imagine ta terrible souffrance et ton immense frustration à l'âge de 12 ans. Quelle solitude....On est toujours seul face aux épreuves !!
RépondreSupprimerJe réponds d'une manière générale : oui, le refoulement et l'absence de souvenirs du fait traumatique est une nécessité de survie. Jusqu'à ce que…
SupprimerPour ce qui me concerne : aucune amnésie. Le factuel m'est présent depuis son accomplissement. Par métaphore je pourrais dire que je l'ai bien enfermé dans sa boîte hermétique de certains ressentis et donc censée être protectrice de ma personne.
De mes souvenirs je retiens que j'ai à peu près tout effacé des 15 premières années de ma vie. Celles qui précédent la mort de mon père.
RépondreSupprimerJ'ai quelques souvenirs reconstruits. Quand on me rappelle tel ou tel fait ou événement. Mais je les "vis" comme si j'étais extérieur à la chose, spectateur en quelque sorte d'un événement auquek j'ai pourtant participé.
Il fut un temps, j'écrivais beaucoup pour me souvenir, pour éviter de perdre la mémoire. Et puis ça m'est passé. Ma foi, je vis amputé de 15 ans de souvenirs et en oubliant beaucoup de choses dans ma vie présente. Et pour l'instant je ne perçois pas les problèmes que ça pourrait me poser. Et ça ne m'en pose pas. Je n'en tire pas de souffrance ni de problème de personnalité ou d'identité. Je dirai que ce trou de 15 ans en fait parti ! Je vis au présent, le seul moment que je vis, c'est le présent ! Au final, je ne ressens pas la nécessité de revisiter ou de (re)découvrir ce passé. Je n'en ressens même plus l'intérêt.
J'ai lu deux fois ton texte que je trouve beau et profond. Oui, beau aussi !
Au cours de ma vie professionnelle où j'ai tenté d'aider les gens, il m'arrivait de recevoir des personnes qui venaient sensiblement avec les réalités que tu évoques, avec bien évidemment leur singularité propre. Je veux parler de cette état : « j'ai oublié le vécu d'une partie de ma vie » et souvent il s'agit de l'enfance. Quand je demandais en quoi ça les empêchait de vivre, la réponse était parfois que ça n'empêchait pas vraiment. Alors pourquoi venir me voir ?
Supprimer— Parce que ça ne me semble pas normal !
Je passe sur le débat : qu'est-ce que la normalité.
L'essentiel demeure ce que tu dis : vivre au présent. Un travail sur soi n'est nécessaire que si le présent se révèle encombré de choses dont on préférerait se désencombrer. Par exemple des traumatismes dont on a conscience de l'existence et qui empêchent de « vivre vraiment aujourd'hui ». Alors ça peut valoir la peine de mettre de l'ordre, d'assainir.
Mais si ce « trou de 15 ans », si je puis dire : « tu ne tombes pas dedans » c'est que tu l'as contourné, et c'est bien ainsi.
Merci pour la dernière phrase.
N'enlève pas ton billet, Alain, à moins qu'il ne te dérange, toi.
RépondreSupprimerIl y a des choses dont je n'ai jamais parlé à personne et dont je ne parlerai jamais, des choses qui appartiennent à ma jeunesse, des choses indicibles ou si difficiles à exprimer que je ne suis même pas sûre de vouloir les entendre moi-même. Il y a des situations tellement dures émotionnellement qu'il est impossible d'en parler. Pourtant, je me dis des fois que je devrais les écrire pour que mes enfants les lisent, plus tard, mais je ne sais pas si c'est une bonne idée. Lorsque j'écrivais des poèmes sur mon enfance sur mon blog "Des mots pour le dire", mon fils cadet me disait qu'il ne pouvait pas les lire car cela le faisait pleurer, alors il vaut peut-être mieux taire l'indicible pour ne pas les encombrer avec...
Je comprends très bien ce que tu exprimes sur les choses indicibles. D'autant que tu rejoins les raisons pour lesquelles je me tais moi-même. Comme tu dis fort justement « pas sûr(e) de vouloir les entendre moi-même ».
SupprimerAlors, est-ce que tes enfants « plus tard » (tu veux dire après ta mort ?) seront à même de les entendre ? Et tu précises « mais je ne sais pas si c'est une bonne idée ». Alors tant que tu n'as pas la certitude que c'est une bonne idée… mieux vaut attendre… ou s'abstenir…
Pour tout ce qui est de ce que l'on retient de dire, ce n'est pas sans raison plus ou moins consciente ou inconsciente (le refoulement).
Ce dont on est conscient (mais je ne dirais pas) il faut respecter cet empêchement qui éventuellement se lèvera le moment venu parce qu'on aura la force ou la nécessité de sortir du silence. En fait cela commence très souvent par l'évocation plus ou moins en se tenant à distance, puis plus ou moins émotionnelle d'abord face à soi-même. Pourvoir laisser se revivre les émotions enfouies ou des souffrances enkystées, face à soi d'abord (par la pensée, l'écriture secrète etc.) Puis éventuellement ensuite face à un tiers aimant, accueillant et compétent. Alors cela enclenche un nouveau processus d'assainissement de son histoire.
Mais l'expérience me fait dire qu'il faut être patient ce qui ne veut pas dire passif. C'est-à-dire guetter l'opportunité d'un possible. Et oser.
Mais ne jamais se croire « obligé de… » par je ne sais quelle obligation qui viendrait de l'extérieur.
Merci de cette longue réponse que je garde précieusement, Alain.
SupprimerOui, je voulais dire après ma mort.
Bonne fin de journée.