Parfois vue avec admiration.
Parfois avec détestation.
Mais vous ? Qu’avez-vous à dire de Marie Laurencin ?
Que vous laisse-t-elle comme souvenir ?
Nous espérons tous en savoir plus lundi...
Marie Laurencin
Est-ce que j'ai à dire quelque chose de Marie Laurencin ?
Évidemment ! Je suis bien placée pour le faire, puisque c'est moi !
Bien sûr que je suis morte à la moitié du siècle dernier. Tout le monde est au courant. Enfin tout le monde… les Français un peu vieux sans doute, et puis les esthètes, à claques ou non.
Pourquoi ai-je la possibilité d'être présente alors que le XXIe siècle est déjà bien entamé ? Si vous posez la question c'est que vous n'avez pas compris grand-chose à la vie prolongée des artistes. Des femmes notamment, des bisexuelles en particulier. (C'est bien comme ça qu'on dit dans la modernité ? De mon temps on disait gouines).
Nos œuvres sont immortelles et nous presque. Alors, les vrais artistes, nous sommes encore, là observant le monde. Ne me demandez pas comment ça se produit, je ne le sais pas moi-même. En tout cas, je perçois. Pas de la même manière, mais c'est largement aussi bien. L'autre fois je me suis projetée chez Christie's à New York, j'ai vu que « femme aux tulipes » s'était vendue 358 000 €. Bédidon !! Si à l'époque je l'avais vendue 1/10 de ce prix j'aurais été contente, d'autant que j'ai peint ça en moins d'une heure et que je ne trouvais pas que ce fut une réussite ! C'est rentable l'aquarelle ! Sauf que je suis morte et que je n'en profite plus !
En revanche, je suis toujours heureuse de voir qu'Apollinaire est toujours « d'actu » (comme vous dites…). On a pris du bon temps ensemble. Tour à tour, l'un s'inspirait de l'autre. Lorsqu'il s'est mis à boire plus que de raison et pas seulement boire, il a commencé à avoir la main lourde sur mon délicieux corps. Aussi j'ai préféré m'enfuir.
Vous y dansiez petite fille
Y danserez-vous mère-grand
C’est la maclotte qui sautille
Toute les cloches sonneront
Quand donc reviendrez-vous Marie
Bah, mon pauvre Guillaume, tu peux toujours te brosser une toile !
Vous croyez qu'il m'aurait remercié d'avoir fait son portrait entouré tous ses amis ? Les hommes… tous pareils… c'est pour cela que j'ai fini par choisir les femmes, sans pour autant renoncer pleinement aux hommes. Alors à leur contact j'ai commencé à développer « le nymphisme». OK ça n'a pas plu à tout le monde mais qu'est-ce que je m'en tape ! (Vous voyez que je m'adapte parfaitement au vocabulaire moderne !).
On s'est quand même bien amusé dans les années 30 et jusqu'à la guerre. Ils m'ont même refilé la Légion d'honneur ! Après ce fut autre chose. Je préfère ne pas en parler. C'est tellement moche toutes ces saletés qu'on m'a reprochées. Certes j'ai été parfois imprudente, mais quand même…
Quant au tableau représenté ici, c'est le souvenir d'un super délire entre copines. Il est hors de question que je vous raconte ce qu'on a fait ce jour-là. N'allez pas croire à des choses que la morale réprouverait. C'était primesautier et bon enfant. D'ailleurs il est très probable que cela ait inspiré Guillaume, si j'en crois ceci par exemple :
Et les enfants s’en vont devant
Les autres suivent en rêvant
Chaque arbre fruitier se résigne
Quand de très loin ils lui font signe.
Mais je dois à présent vous quitter. Le sursis de présence qui m'a été accordé arrive à échéance. De toute façon vous finirez par m'oublier, à quoi bon dans ce cas rester encore.
Votre chère Marie L.
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Ces propos de Madame Laurencin sont évidemment authentiques. Ils ont été recueillis post-mortem au sein même de mon imaginaire personnel, certifiés comme véritablement inventés par mes soins attentifs.



Vérification de la véracité du proverbe "on n'est jamais si bien servi que par soi-même".
RépondreSupprimerTu es incollable sur la vie post-mortem, bravo.
Merci de nous avoir transmis la vision posthume de Marie...
RépondreSupprimerIl est bien possible, en effet, qu'elle regarde tout ça d'un oeil amusé !
Et puis, gloire posthume ou oubli posthume...
est-ce que ça change grand-chose ?
L'essentiel est d'avoir fait ce qu'on avait à faire...
Un jour peut-être, on se souviendra que les femmes ont assuré, en coulisses, la moitié de l'histoire des arts et des idées...mais ça, ce sera dans un siècle lointain...
Tu sais que grâce à ces toiles, Benoite Groult a aidé deux de ses filles a acheter un appartement.
RépondreSupprimerTu es une encyclopédie vivante de l'histoire de l'art !
SupprimerFinalement certaines histoires d'amour valent de l'or !
d'où la mansuétude ;-)
RépondreSupprimerExactement !
SupprimerQue de culture..........Il est certain que la notoriété est de plus en plus valorisée quel prix atteindront t ils ces tableaux dans quelques années?
RépondreSupprimerJ'aime beaucoup ta manière d'aborder le sujet.
Quand à Gilles son nouveau blog c'est méli-mélo.
Question culture ! On peut surtout remercier Internet…
Supprimerquant à la rédaction, je me suis surtout amusé !
Sa notoriété posthume sera d'autant plus grande qu'elle sera portée par la vague féministe qui réhabilite (à juste titre) les femmes artistes oubliées par l'histoire de l'art et par les mouvements LGBT qui loueront son lesbianisme (comme si ça ajoutait des qualités !)
RépondreSupprimerJ'aime bien ta réflexion intelligente sur mon délire de participant d'ateliers fatigué ! C'est juste quand à ces artistes femmes trop souvent dans l'oubli. Pour ce qui est des lesbiennes, il est vrai que celles que je connais ne sont pas plus intelligentes que les hétéros, vice et versa et réciproquement.
SupprimerC'est vrai que beaucoup d'artistes n'ont été célébres ( je veux dire celebrite rentable financierement )qu'une fois morts!
RépondreSupprimerIl serait intéressant de savoir si Marie Laurencin se vendrait plus chère actuellement si elle eut été un homme.… Je me demande si une étude à ce sujet a été faite comme il en est pour la différence de salaire entre un homme et une femme.
SupprimerMerci AlainX pour cette tranche d'histoire que je ne connaissais pas. Le nom oui je l'ai entendu dans la chanson de Joe Dassin "L'été indien" ... et puis c'est tout !
RépondreSupprimer"Là -bas on l'appelle l'été indien
mais c'était tout simplement le nôtre
avec ta robe longue tu ressemblais
à une aquarelle de Marie Laurencin
et je me souviens, je me souviens très bien
de ce que je t'ai dit ce matin-là
il y a un an, y a un siècle, y a une éternité"
Moi non plus je ne connaissais quasiment pas cette artiste.
SupprimerParfois on peut remercier tout ce qu'on trouve sur Internet…
J'ai parfois tendance à lire trop vite. Donc, dans un premier temps, j'avais d'abord lu "Bien sûr que je suis morte à moitié". La suite du texte m'a toutefois prouvé que je n'étais finalement pas si loin de la vérité ;-) . Bravo pour ces mémoires d'outre-tombe ;-) !
RépondreSupprimerTu me fais sourire !
SupprimerFinalement la question pourrait être : est-ce que l'on meurt vraiment ?
Parce que finalement, après le trépas, on continue d'obliger les autres à penser à nous !
Puisque de notre vivant on ne cesse de se débrouiller pour laisser des traces « pour après »
Pardon ! J'avais oublié de venir te lire...
RépondreSupprimerJe me suis bien amusée à te lire, et plus encore en lisant les mémoires d'outre-tombe de la dame !
Quel oubli regrettable ! (*Je plaisante*)
Supprimerl'important est que tu aies pris du plaisir à mes petites élucubrations ! Comme j'ai pris moi-même du plaisir à les écrire.