Le fond sonore d'une radio que je n'ai pas encore éteinte alors que je n'écoute plus. Ça rentre par une oreille ça traverse probablement mon cerveau et puis ça ressort par l'autre. Sauf qu'il a dû se passer quelque chose durant la traversée du cerveau. Ou alors c'est tout autre chose, un Insight étrange, ou un mélange de sonorités qui s'est électrisé et déclenche. Et c'est l'AMI d'enfance qui ressurgit.
Oui mais pas dans une pensée, la mémoire, l'évocation, non, une présence corporelle bienfaisante qui surgit. Et aussitôt je sais que c'est lui.
Ensuite arrive le souvenir. Un souvenir du temps de « nos adultes », pas un souvenir du temps de nos enfances partagées.
Ce qui surgit n'est pas dans un contexte de belles choses chaleureuses. On est à la sortie d'une église. Un cercueil qu'on entre dans le fourgon funéraire. Nous sommes à l'enterrement du père de mon ami. On a plus de 40 ans. Cela fait plusieurs années qu'on ne s'est pas vu. Il est parti vivre à l'autre bout de la France pour des raisons professionnelles et par choix. Internet n'existe pas. On échange quelques lettres « aux occasions » comme on dit. Parfois on se téléphone. On est toujours des amis d'enfance, on se le dit, mais la vie entraîne ailleurs. Chacun noue des amitiés d'adultes de son côté.
Sur ce parvis d'église, devant ce fourgon mortuaire, au moment où on se serre l'un contre l'autre et où tout mot est superflu, je suis envahi par une immense sensation de paix et de bienfaisance comme si elle émanait de lui. Quelque chose d'une intense félicité qui m'envahit le corps. Une dilatation de mon être. Je suis excessivement surpris et en même temps je ne le suis pas.
Je revis la scène, je ressens cette présence comme apportée par le temps jusqu'à aujourd'hui. Je pense à mon Ami d'enfance qui est décédé à son tour il y a quelques années à la suite d'un cancer qui le fit souffrir comme c'est pas permis. Je repense à nos échanges de mails parce qu'il était toujours à l'autre bout de la France durant sa maladie. Des choses fondamentales que l'on ne s'était jamais dites et qui ont comme donné sens à tout notre parcours commun puis séparé. Des mails que j'ai imprimé et garde précieusement.
Pourquoi donc es-tu passé te faire ressentir aujourd'hui ? En fait je me fous de la réponse. On ne répond pas une question idiote. « Ça s'est passé » cela me touche et éclaire plus que le soleil qui n'est pas là.
Cela me donne une grande paix.
Est-ce que ce n'est pas largement suffisant ?
Est-ce que cela a quelque chose à voir avec mon billet d'hier sur mon autre blog ?
Dis donc, Alain, tu arrêtes avec tes questions idiotes ?

Une petite divagation de l'esprit, sur une question existentielle, essentiel, même... ou alors un petit coup de vague à l'âme !
RépondreSupprimerIl y a des choses qui se ressentent tellement,qu'il n'y a pas de mot pour les décrire.
Probablement par un coup de vague à l'âme. Un surgissement inattendu, sûrement. Je n'avais pas pensé à lui depuis longtemps. Ce fut un ressenti corporel que j'ai identifié comme « sa présence ». C'est assez mystérieux et je ne souhaite pas chercher beaucoup plus loin une quelconque signification. La bienfaisance que j'en ai ressentie me suffit. Comme tu dis certains ressentis se mettent difficilement en mots.
SupprimerJe reviens sur le « vague à l'âme ». Il est vrai qu'ensuite j'évoquais sa mémoire. Un peu de vague à l'âme peut-être. Un regret de ne pas avoir suffisamment cultivé la relation quand elle était possible ? Il y a de cela sûrement… et merci de l'avoir perçu…
SupprimerRessentir la présence de qq'un qui n'habite plus un corps c'est intriguant. Il s'agit de la meme sensibilité je pense que de pouvoir ressentir l'état dans lequel une personne se sent, bien avant qu'elle ait prononcé un seul mot. Meme une pièce vide contient encore un genre de substrat invisible émanant des gens qui y étaient, surtout s'ils viennent de quitter. kéa
RépondreSupprimerSans verser dans une dualité et encore moins un sexisme (!) Je pense que les femmes ont une sensibilité plus grande à ce que tu décris. Une sorte de perception plus intense que nous, les hommes. Nous avons aussi cette possibilité, mais elle se manifeste avec une intensité moindre. Il faut se faire plus attentif pour percevoir. Enfin pour ma part, ce sont des femmes qui m'ont initié à cette attention à l'impalpable et je les en remercie.
SupprimerBon, j'arrête avec mes généralités !
Il est vrai que dans ma profession d'aidant, dès que j'ouvrais la porte je ressentais aussitôt l'état global de la personne. Mais il fallait ensuite s'en détacher pour l'accueillir « sans a priori ». Pas question d'émettre une quelconque induction du genre « ça n'a pas l'air d'aller ! »… La neutralité bienveillante de présence…
J'ai oublié de dire combien j'aime ton texte qui me parle de la grandeur qui habite les humains. kéa
RépondreSupprimerMerci pour cette remarque.
SupprimerLa grandeur dans l'humain, si on n'en parle plus on risque de la faire disparaître.
Bonjour Alain, on ne sait jamais quand un souvenir survient et pourquoi. Il passe puis s'en va, mais quelque chose à du le raviver c'est sur. Bonne journée.
RépondreSupprimerTant mieux pour le « quelque chose ».
SupprimerL'essentiel est ce qu'il peut produire de bon et de bénéfique pour soi et autrui.
"Une dilatation de mon être. Je suis excessivement surpris et en même temps je ne le suis pas."
RépondreSupprimerC'est exactement ça.
Ce peut être une voix, une parole, une image, une odeur, un endroit.
Ça te prend par surprise et ça te fait revivre un moment un autre vécu, plus ancien qu'on croyait définitivement enterré, voire perdu.
Quant à savoir si c'est une sensation de bonheur ou de chagrin, alors là...
Oui, c'est une expérience que chacun peut connaître il me semble.
SupprimerSur ta dernière phrase : certaines fois, sans doute que c'est difficile à qualifier, mais bien souvent on perçoit la nature de notre ressenti. Non ? Il est vrai que c'est parfois mêlé mais où est la dominante.
Pour ce que je relate un fin bonheur dominait quand même de tout ce que nous nous étions apportés l'un l'autre. C'est peut-être cela dans la foison des ressentis qu'il faudrait rechercher : la dominante.
J'ai perdu mon amie d'enfance, d'un sale crabe aussi, je me souviens de l'époque où on pensait qu'on devait mourir à 50 ans, c'était une belle ânerie, elle avait encore de nombreux projets, elle me manque, elle me manquera jusqu'au bout et pourtant on ne se voyait plus souvent.
RépondreSupprimerJe suis également spécialiste de quelques conneries verbales : j'ai prévenu ma « future » que je mourrais sûrement vers 40 ans, car un polio ne fait sans doute pas de vieux os… hélas pour elle, je suis toujours là… !
SupprimerBien entendu je comprends également ce que tu dis de ton ami d'enfance, c'est comparable à mon propre vécu.
J'ai beaucoup apprécié ton texte. J'ai l'impression de connaître cet état d'esprit cet état de conscience et surtout quand j'écoute de la musique classique comme la symphonie du Nouveau Monde. Me vient alors en esprit des Etres que j'ai beaucoup aimé et qui ne sont plus .
RépondreSupprimerCe n'est pas la première fois que tu évoques la puissance évocatrice de la musique classique pour toi. C'est quelque chose de puissant il me semble ce genre de musique. C'est différent que les chansons qui évoquent souvent des situations précises liées à des événements.
SupprimerLa symphonie du Nouveau Monde de Dvorak
SupprimerJe comprends ce que tu as pu ressentir, Alain. J'ai régulièrement des flashs, des images, qui me reviennent à l'esprit, que ce soit du temps de mon enfance ou de ma jeunesse. Et aussi le fait de ressentir la présence d'une personne disparue, le regret parfois de ne pas avoir mieux profité de sa présence, de ne pas lui avoir davantage parlé. Un billet qui me parle et qui me touche.
RépondreSupprimer… Alors en effet, je pense que l'on se comprend et nous rejoignons…
SupprimerÀ propos du « regret de ne pas avoir mieux profité de sa présence » je comprends bien également, et je me pose la question du point de vue que l'on prend pour regarder la personne qui n'est plus. Le regret souvent affleure. Peut-être qu'il faudrait aussi se tourner vers tout ce que nous avons reçu et partagé de bon et de beau.
Ça me vient en te lisant, j'en ferai peut-être le sujet d'un autre billet.
Bonjour Alain
RépondreSupprimerTes questions ne me semblent pas idiotes
Parfois, il faut savoir se contenter d'accepter, de ressentir, sans vouloir expliquer
Et pourquoi ton ami ne serait-il pas venu te serrer dans ses bras une dernière fois ?
En réponse à ta question : peut-être en effet.
SupprimerMais pourquoi une dernière fois ? Après tout voilà notre relation hors du temps et de l'espace. Qu'il revienne quand il veut !
Il me semble, au fil des lectures que tu nous offres, où tu nous dit combien les humeurs d'une vie se côtoient sans cesse, Jean qui rit, Jean qui pleure, Jean qui vit, il me semble que tu cherches sans cesse à ce que chaque heure soit vivante. Je veux dire, vivant, comme le sont chacun de ces individus qui n'existent en toi que parce que tu prends la peine d'y prêter attention, et qui mourraient si tu cessais d'y veiller... C'est si fragile, une identité, et si précieux. Nous sommes faits de tant de choses, tant d'émotions, d'histoires, de souvenirs, tant de rencontres, et c'est bien quand tout se rejoint en soi, comme un dialogue avec réponses, et harmonie.
RépondreSupprimerMerci pour tout ça♥
tu nous diS pfff
SupprimerOh ! Comme j'aime beaucoup ton commentaire et comme il me touche… !
SupprimerJe suis persuadé qu'une identité, pour exister pleinement, nécessite de prendre soin, dans la durée et par-delà la durée, de chaque être vivant qui a fait en sorte qu'elle puisse se construire. Y compris les personnes dont on commence par dire qu'elles nous furent plus ou moins néfastes, sous prétexte que leur intervention a dérangé quelque peu la fausse ligne droite qui serait idéalement notre trajectoire, alors qu'elle ne fraye son chemin que par des méandres et des circonvolutions de tous ordres.
Même s'il y a, de fait, des personnes « réellement néfastes ». Mais il existe des moyens pour s'en débarrasser.
Merci ! Merci !
Prendre cela comme un présent de la vie tout simplement.
RépondreSupprimerLorsque cela m'arrive je ne cherche aucune raison.
J'en suis heureuse et je dis merci.
Merci à qui ? Je ne sais pas vraiment et en même temps je sais que cela est possible parce que je suis celle que je suis…
Cela m'arrive et j'en suis heureuse. Je prends, je ressens, je le garde en moi…
Je te souhaite d'autres belles rencontres…
Je comprends bien ce que tu exprimes.
SupprimerPour ma part il se fait que le « j'en suis heureux » s'amplifie lorsque j'en trouve le sens profond, de ce fameux bonheur d'être. C'est pourquoi j'écris des textes de ce genre.
Merci pour tes propos, toujours passionnants.
Merci pour ce partage et merci pour ton commentaire
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